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8 juin 2009

Intermittents du spectacle… « espèce » protégée, ou en voie de disparition?

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Même les robots ne peuvent pas fonctionner tout seul!

Même les robots ne peuvent pas fonctionner seuls!

Roulement de tambours ! Prise de risque maximum : Parler des intermittents… C’est le genre de sujet casse-gueule où de toute façon personne ne sera content. Certains trouveront que je défends trop les intermittents, d’autres pas assez, certains penseront que je ne suis pas assez précis d’autres trop long. Alors commençons par faire court et puis chacun pourra exprimer son point de vue, partager son expérience, apporter des précisions en commentaires. Et puis je ne suis pas professeur, juste un intermittent qui va vous proposer un point de vue !
Les intermittents du spectacle ?
Ah oui les artistes qui vivent grâce aux Assedic et d’ailleurs c ki qu’on les paye, c’est nous ben voui !
Ah mais oui ceux qui font grève et bloquent parfois la télé ! Tu te souviens y avait Pujadas coincé et dans son cagibi l’autre soir!
Ils portent des bonnets péruviens, non ?
Ils vivent des Assedic, ils ont la belle vie ! Ils ne travaillent pas souvent!
T’as vu les avantages qu’ils ont. Ils nous coutent cher, leur régime est toujours déficitaire etc.

Intermittent du spectacle depuis 15 ans j’ai vite compris que pour animer un déjeuner, il suffisait de dire ce mot : « intermittent ». Bon y a la politique aussi mais là çà peut virer à l’affrontement physique. Reste aussi que si vous avez une jeune cousine un peu coquine vous pouvez toujours faire allusion à ses dernières aventures pour changer définitivement de sujet. En plus vous pouvez raccrocher ce thème au moment où après avoir parlé de qui prend quoi à la télé (coke, alcool… ?) Ben oui c’est bien connu non! Après, vous en arrivez à qui couche avec qui… et là hop vous pouvez embrayer avec cousine Ginette. Ben oui j’ai décidé d’appeler ma cousine coquine imaginaire Ginette! Désolé pour les « Ginette » euh déjà en général d’avoir du porter ce nom toute une vie mais aussi car je trouve que çà colle bien avec le personnage.

Ben j’en étais où ? Ah oui les intermittents ! Qu’est ce c’est ?
Et bien parfois je nous définie comme des chômeurs professionnels. Je vous vois tout de suite venir : non non , non pas parce que nous serions de gros fainéants. Mais parce que pour nous toute la vie professionnelle est consacrée la le recherche de l’emploi suivant.
Les intermittents sont des techniciens (cadreur, directeur de production, assistant de production, maquilleur, monteur, chef électro… ) La liste est longue mais aussi des artistes (comédiens, danseurs, chanteurs, artistes de cirque, magiciens…)
Ils sont, nous sommes …. Petite parenthèse, je vais finalement opter pour « Ils sont » histoire déjà de prendre un peu de distance. Et puis je ne sais pas encore si prochainement c’est le régime intermittent qui va s’éloigner de moi ou moi de lui ! Et oui j’ai dit Régime car ce n’est pas Statut et c’est bien une des sources des problèmes des intermittents. (Quelqu’un pourrait il d’ailleurs en commentaire, expliquer bien mieux que moi cette importante différence? Merci.)
Tout le monde ne peut pas employer des intermittents. Seules certaines sociétés dont le code APE correspond aux secteurs d’activité de la télévision, du cinéma, du spectacle en général peuvent le faire.
Les intermittents sont donc engagés la plupart du temps à la journée pour 8h pour les techniciens, 12h pour les artistes avec d’éventuelles heures supp. Engagés à la journée signifie que chaque journée étant finie, il faut en trouver d’autres. En gros un CDD d’un jour qu’il faut compléter par de nombreux autres pour vivre de son métier. Devenir intermittent c’est se préparer à affronter la précarité de l’emploi, à s’adapter en permanence aux changements, aux imprévus et aux incertitudes. Les intermittents sont donc payés à la journée, parfois à la semaine ou plus rarement au mois comme le personnel de production ou d’autres professions comme les monteurs quand parfois la préparation ou le montage d’un programme sont très longs. Mais la norme est plutôt l’engagement pour une journée voir quelques jours.
Les salaires à la journée peuvent donc paraitre assez élevés pour certains d’entre vous. Un assistant de réalisation peut gagner 305 Euros brut/jour, une maquilleuse de 210 à 230 euros, les cadreurs 260 euros bruts etc. (tarifs télé). Ce tarif prend en compte la précarité du métier. Quand vous êtes engagés à la semaine et surtout au mois le tarif journalier est dégressif. De plus comme je vous l’ai dit il est normalement question d’heures supps. A partir de 8h. + 25% sur les 2 heures suivantes, + 50% sur les heures suivantes, + 100% etc. Attention certaines conventions d’entreprises sont différentes. On peut retrouver des tarifs pour des cachets forfaitaires de 10h, des majorations uniquement à partir de 22h (je parle de l’heure du soir, par du nombre d’heures effectués dans la journée bien sur !) etc.
Comme dans de nombreuses professions il y a une convention collective en cours de renégociation d’ailleurs je crois. Celle-ci impose un cadre aux employeurs : tarifs minimum, des calculs d’heures supp. Etc. Mais malheureusement ces conventions sont souvent mal ou pas appliquées.
Pour quelles raisons ? Car certaines sociétés de production se placent volontairement dans l’illégalité ? Pas tant que cela je pense.
Pour moi qui ai négocié bon nombre de salaires et de contrats de pigistes il peut y avoir différentes raisons :
La loi de l’offre et la demande. Dans certaines professions on peut trouver facilement quelqu’un pour le job. Il est donc plus facile de tenter de baisser le tarif et de faire jouer la concurrence. C’est totalement injuste mais c’est la réalité, et pour ceux qui font partie de ces catégories, la situation n’est pas toujours simple.
– A l’opposé il y a d’autres professions très organisées ou très protégées comment le sont par exemple, lors des tournages plateau, les cadreurs. Ils sont imposés par le réalisateur et donc le rapport de force entre production et cadreur peut être inversé. Mais même à ce niveau là la situation a changé. En effet il m’est souvent arrivé ces derniers temps d’avoir entre les mains des budgets plus faibles que ceux que j’aurai aimé avoir pour produire le programme. Alors avec les producteurs, nous demandons à chacun de faire un effort. Les cadreurs sont alors solidaires. Ils comprennent nos arguments et comme ils n’ont pas oublié qu’ils font aussi ce métier par passion alors ils participent à l’effort général. C’est à ce moment là que la relation de confiance entre vous, directeur de production, et eux prend tout son sens. Pour certaines professions le nombre de candidats est beaucoup plus rare et dans ce cas là à la télévision comme partout ailleurs les tarifs peuvent vite monter.
– de manière générale les budgets ont fortement baissé sur tous les chaines historiques et les budgets des chaines de la TNT ou du satellite dont on parle tant sont si petits qu’il est très compliqué de produire. On voit même maintenant des animateurs célèbres accepter de revoir à la baisse leurs tarifs. On ne va pas encore les plaindre quand même.
– Il me semble que la formation continue pour des employés en CDI dans des entreprises plus classiques n’est déjà pas une grande habitude alors imaginez pour des intermittents qui changent d’employeur toutes les semaines. Alors s’ils ne se prennent pas en main via l’AFDAS, par exemple, ils peuvent vite être dépassés. Et puis dans certains métiers, il y a tout le temps des jeunes motivés, bidouilleurs, autodidactes, comme des graphistes, truquistes qui peuvent en quelques mois mettre un claque à d’autres pourtant très réputés. En plus certains cassent les prix à leurs débuts.
– En effet, obtenir un stage rémunéré 350 euros par mois ça peut se trouver si on est très motivé et avec de l’acharnement. Mais au moment où il faut passer au statut d’employé, de pigiste et rester dans cette société la négociation du premier salaire n’est pas aisée. Il y a donc de plus en plus de jeunes (mais aussi d’intermittents en difficulté) qui acceptent de baisser fortement leur tarif pour survivre ou simplement car ils sont attirés par les paillettes, le show-biz et sont prêts à tout pour débuter.
Ah oui c’est là que vous vous demandez s’il faut donc coucher ou pas. Bon, pour régler à titre personnel la question tout de suite… non je n’ai jamais couché et en fait je finis par me demander si je dois bien le prendre !
Bref ! Cette recherche de travail permanente s’accompagne souvent d’une instabilité financière. Combien de fois n’ai-je pas répondu quand on me demandait si j’étais en vacances que je ne le saurai que quand je recommencerai à travailler! En vacances ou au chômage ? Aurais-je un boulot dans le mois à venir, au retour des vacances d’été ou pas et devais- je donc faire attention à mes dépenses. En effet quand vous touchez vos salaires du mois dernier, il peut vous arriver de ne pas savoir si vous allez devoir tenir avec pendant 1 mois, 2 mois, voir plus. Et croyez-moi, les banquiers à qui vous demandez un prêt pour un logement sont bien conscients de ces aléas. Allez sur les sites de crédit (même avant la crise) et cochez intermittent. « Nous n’avons aucune offre à vous proposer »
Ben et les Assedic mon bon monsieur ?

Un jour chez l'un, un jour chez l'autre!

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3 commentaires


  1. Romain

    Article très intéressant.
    Vous avez répondu à toutes les questions que je me posait. Enfin cela ne m’empêchera de faire ce qui me passionne (real.) comme vous l’avez justement dit!
    Merci encore pour ces informations. =)


  2. Les Ressources Humaines ont leurs chasseurs de têtes, les professionnels des médias ont les intermittents du spectacle dits « les traqueurs de missions » !

    Belle présentation des intermittents et des obstacles rencontrés pendant leurs carrières professionnelles (oui au pluriel car nous sommes à l’ère DES carrières).
    Merci d’éclairer nos petits projecteurs 😉


  3. un vrai cours en la matière! espérons que cela ne découragera pas un grand nombre…compte tenu en plus du contexte actuel qui n’aide en rien.



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