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8 juin 2009

Intermittents du spectacle… « espèce » protégée, ou en voie de disparition?

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Et oui les fameux Assedic avec lesquels tous les intermittents vivraient. Les intermittents bénéficient en effet d’un régime particulier un peu complexe que je vais essayer de résumer. Ce régime a été créé pour prendre en compte la variation permanente de jours de travail, chaque mois, chaque année. A chaque fin de droits, les intermittents doivent avoir effectué 507 heures dans les 10 derniers mois. Ils peuvent alors à nouveau bénéficier de 243 jours d’indemnisations Assedic. Et ainsi de suite à chaque date « anniversaire ». Alors 507 heures / 8 heures journalières ça fait 3 mois de travail tous les 10 mois. Cela peut paraitre effectivement très peu. Les intermittents qui ont régulièrement du travail n’ont pas trop de soucis à se faire pour renouveler leurs droits et n’utilisent alors que très partiellement leurs droits. Mais quand il faut chercher journée par journée, quand on est par exemple comédien et qu’on ne peut pas enchainer des pièces et des pièces, des mois de tournage dans des films et bien c’est vite la galère et à tout moment ils peuvent perdre leur statut et cette aide des Assedic.
Alors parfois certaines personnes en manque de jours demandent à étaler leur salaire journalier sur plusieurs jours pour avoir au final leurs 507 heures. Si cette pratique illégale était encore monnaie courante il y a quelques années elle a presque totalement disparu aujourd’hui. J’entends encore parler de comédiens qui le demandent au théâtre. Cela peut alors parfois se justifier car les jours de répétition ne sont souvent pas payés et finalement une pige d’un jour de représentation peut correspondre à 2 ou 3 jours de travail effectif. Au final certains obtiennent ainsi leur quota d’heures à quelques heures prêts mais pour toucher au final qu’une indemnisation très modeste car elle est calculée sur le taux horaire moyen des 10 derniers mois.
Comment les intermittents sont indemnisés par les Assedic pendant leur périodes de droits ? Sont indemnisées les jours non travaillés mais dans une certaine limite qui dépend du montant global du mois. Les règles du régime ont beaucoup évolué ces dernières années pour tenter de réduire le déficit du régime mais aussi pour mettre fin à des abus et à des détournements.
Des abus oui il y en avait. A mes débuts, les Assedic payaient chaque jour non travaillé et en plus le taux ne dépendait pas de votre salaire mais de votre profession. Alors il fallait essayer d’être déclaré sur son contrat avec la bonne fonction. Il y avait parfois jusqu’à 5 personnes déclarés assistants de réalisation. Je me souviens aussi du statut d’ « agent spécialisé émissions » Je n’ai jamais su ce que cela voulait dire, mais j’y ai eu droit à celui là. En effet quand un producteur voulait être sympa avec un assistant de production, il le déclarait sous ce statut et hop une meilleure indemnisation journalière en provenance des Assedic. Et pour couronner le tout on pouvait assister à des discussions étonnantes entre un producteur et un intermittent. « Bon tu comprends (oui tout le monde se tutoie… et se fait la bise à la télé !) on ne peut pas t’augmenter mais ce que je te propose c’est le même salaire mais on va te déclarer en 3 jours de moins.» Ces trois jours non déclarés étaient alors compensées par les Assedic. Et hop une augmentation de salaire payée par les Assedic.
Alors comme je vous l’ai dit le mode des calculs a changé pour pallier à ces abus. Il n’en reste pas moins que le régime social des intermittents reste déficitaire. En effet même si la part charges sociales patronales est très élevée (jusqu’à 67% du brut) le régime n’est pas équilibré. Et puis après, pourquoi ne pas considérer finalement ce déficit comme une contribution supplémentaire de l’état et donc des contribuables pour financer cette forme de culture faite de théâtre, de cinéma, de concerts mais aussi d’émissions télé qui nous divertissent, nous informent. Quand on paye son billet de métro, du bus, une partie du billet est déjà payée par l’état et la région.
Et les congés?
Et bien pour simplifier le système, les jours de congés sont centralisés par un organisme commun : les Congés spectacles. En fait les intermittents reçoivent une indemnisation en fonction de leurs salaires annuels.

Déclaration aux Congés spectacles

Déclaration aux Congés spectacles

Mais au fait finalement pourquoi tant de personnes sont ou veulent être intermittents, malgré toutes ces contraintes. Et bien parce qu’ils sont passionnés par leur métier. Alors quand cela reste un choix, une façon pour des techniciens de vivre des moments privilégiés sur un plateau ou lors d’un tournage de films, pour des artistes de vibrer face à leur public sur scène, ou dans une salle de cinéma et qu’ils gagnent plutôt bien leur vie avec un rythme de travail agréable c’est un régime privilégié. Jamais de routine et puis il est bien plus motivant d’aller capter le concert de Johnny Hallyday que d’aller passer sa journée à un guichet ou à la chaine pendant 8 heures.
Mais voilà il y aussi tout ceux, de plus en plus nombreux qui galèrent. Nous avons tous choisis d’être intermittents mais il y a un moment où nous aimerions choisir un statut bien plus sympa et rassurant comme le CDI mais ce n’est que rarement possible. Tiens j’ai redis nous !
Alors non l’intermittent n’est pas une sale bête. C’est une personne passionnée, créative, très impliquée dans chaque nouveau projet, capable de s’adapter à chaque nouvelle mission, d’évoluer tout au long de sa carrière. Ne soyons pas dupes, dans ce milieu comme ailleurs pas de cadeau ! Chacun doit de se faire sa place et les coups bas peuvent aussi exister. Ce milieu est parfois très « piapia » donc quelques rumeurs, une mauvaise réputation et une carrière peut-être stoppée nette. Mais comme partout il y a aussi des rencontres magnifiques avec des personnages admirables personnellement professionnellement et certains sont très fidèles à leurs équipes!
Et puis enfin, peut-être que ce contexte de crise, où de nombreuses personnes se retrouvent brutalement au chômage pour la première fois parfois peut aussi faire prendre conscience au plus grand nombre de ce que vivent très régulièrement certains intermittents. Et même avec un bonnet péruvien, même en manifestant, il n’y aura jamais de passage par la case départ en empochant xx 000 euros.

Il y aurait encore beaucoup à dire, surement des précisions voir peut-être des corrections à apporter et je compte sur vous pour le faire. J’aurai aussi d’autres occasions de revenir sur ce vaste sujet.
A vos commentaires !

 
 





3 commentaires


  1. Romain

    Article très intéressant.
    Vous avez répondu à toutes les questions que je me posait. Enfin cela ne m’empêchera de faire ce qui me passionne (real.) comme vous l’avez justement dit!
    Merci encore pour ces informations. =)


  2. Les Ressources Humaines ont leurs chasseurs de têtes, les professionnels des médias ont les intermittents du spectacle dits « les traqueurs de missions » !

    Belle présentation des intermittents et des obstacles rencontrés pendant leurs carrières professionnelles (oui au pluriel car nous sommes à l’ère DES carrières).
    Merci d’éclairer nos petits projecteurs 😉


  3. un vrai cours en la matière! espérons que cela ne découragera pas un grand nombre…compte tenu en plus du contexte actuel qui n’aide en rien.



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