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26 août 2009

Directeur de production, l’homme qui disait …. NON ?

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Un directeur de production pendu?
Un directeur de production pendu?
Un directeur de production pendu?

Est-ce que l’on pourrait avoir 2 danseurs de plus ? … Non.
Tu pourrais quand même me payer 10€ de plus par jour, tu comprends… d’habitude je suis payé plus ! …. Nooon !.
Tu crois que je pourrais avoir une assistante ?   Nooooooooooooon !  …
Alors tu vois, on avait prévu, une grue + 8 cams… Ce serait bien d’avoir un junior en plus .. N… !  Attends, je vais t’enlever 1 cam et, sur une autre on ne mettra pas de cadreurs … … Ok, laisses moi faire mes calculs et je te réponds tout à l’heure…
L’histoire de la photo en fin d’article (et oui c’est moi!)
Il était temps de vous parler aussi de mon métier! Avec cette introduction j’ai commencé par faire plaisir à quelques ex collègues qui ont du négocier avec moi et qui ont essuyé un refus, qui ont boudé. Certains boudent encore d’ailleurs !
Selon cette présentation caricaturale, le directeur de prod ne pourrait donc pas jouer au ni OUI ni NON remis au goût du jour cet été (avec succès) par Bruce Toussaint et Philippe Thuillier dans le News Show sur Canal +. Par contre au ni OUI, ni OUI il serait super bon !
Mais en fait c’est une grossière erreur de penser que le directeur de production est celui qui dit non et uniquement non à tout. C’est une erreur que certains techniciens, que certaines personnes de l’équipe artistique le pensent, c’est encore pire quand c’est le directeur de production lui-même qui le pense.
J’en sais quelque chose car j’ai pu être celui-là à mes débuts. Peur de ne pas réaliser les marges que les producteurs attendent de vous, incertitudes face à des surcouts éventuels, face aux imprévus, trop de pression que l’on s’impose finalement soi même. Et on finit par dire non à tout ce qui n’était pas prévu dans le budget, ce qui est une erreur. Erreur qui peut être entretenue par certains producteurs, trop heureux de vous laisser jouer le mauvais rôle, trop heureux au moment de découvrir une marge finalement bien plus importante qu’exigée à force d’avoir dit non à tout.

Allez, fin de la séquence auto-flagellation.

Mais que fait un directeur de production ?
Dans les grandes lignes… (Vous ne croyez tout de même pas que je vais tout vous dire ? Ben NON (les habitudes reviennent vite), enfin pas tout, pas tout de suite car il faudra bien plus d’un article pour tout vous expliquer, parce que j’aime ce métier donc  je pourrai vous en tartiner des pages! Et puis enfin parce que j’ai encore envie de me garder un peu de boulot quand même !)
… Le directeur de production est donc chargé de l’organisation complète d’un tournage incluant la gestion financière de l’ensemble. Cela va du devis, à la production en elle-même jusqu’à la livraison du programme et des documents annexes.
Et, comme tous les membres de l’équipe, du producteur au stagiaire, en passant par l’animateur, il doit avoir pour objectif de mettre à l’antenne la meilleure émission possible.

Le devis :
Il s’agit de réaliser une estimation budgétaire du programme enfin du projet. A ce stade le contenu du programme est encore peu élaboré, parfois très très peu. Emmanuel, tu pourrais me préparer un devis d’un prime pour … Comme d’hab’, des variétés, des magnétos avec des archives, un peu de frais et ah oui prévois des danseurs… Et débrouille toi maintenant pour établir un budget détaillé. Combien de caméras ? Quel type de décor ?  Une grue ? Un junior ? Combien de minutes d’archives ? On tournerai ça en un jour ou 2 jours… Dém.. débrouille toi !
Alors j’exagère, un peu seulement, et en fait surtout je parle d’une époque révolue pour plusieurs raisons :
-les producteurs mettent aujourd’hui le nez dans les budgets (le nerf de la guerre). En travaillant ensemble vous pouvez préciser le contenu du programme
– la concurrence est rude. Il faut donc proposer le programme le plus abouti. Plus le concept est précis, plus le travail du directeur de production est aisé.
– la baisse des budgets implique d’office un montant maximum par chaine, pas case de diffusion. Pas la peine d’arriver avec un budget de prime à 600 000 sur France 2 ou encore moins sur France 3. Il faut déjà revoir le budget avant même les négociations.
Réaliser le devis demande donc d’avoir une expérience des tournages pour savoir estimer par exemple le temps de tournage, les moyens techniques et humains nécessaires et leur coût.
De plus, pour de nombreux directeurs de production, qui comme moi ne proposons pas de devis à  « à la louche » (10 00€ là… 5 000€ là) mais rédigeons un devis très précis, il faut donc déjà imaginer le programme final et sa réalisation. De fait, le directeur de production créé déjà à sa façon le contenu du programme.
Dans les grandes lignes, le devis comporte des lignes concernant le personnel artistique et technique (plusieurs centaines de personnes parfois), les moyens techniques (lumière, décor, plateau, régie, caméras, sécurité etc.) de production et de tournage ainsi que le personnel et les moyens de montage, de post-production. Le devis se termine par les frais financiers (parfois), l’assurance, par les frais généraux, les imprévus et la marge (quand elle est ou peut être affichée). Enfin cela varie selon la chaine client.. Faisons simple pour cette fois-ci.
Réaliser le devis et le négocier avec la chaine est la première période de stress et de responsabilité du directeur de production. S’il a réalisé un devis trop faible, il peut avoir des difficultés à fabriquer le programme par la suite. Si le devis est surévalué, il peut perdre un appel d’offres (par exemple pour la captation d’un concert). Dur dilemme. Conseil : Stress à partager avec le producteur !

Pendant la période de production :
Y a de quoi faire :
Pour commencer, l’équipe artistique a été recrutée et a retravaillé le programme. Un nouveau devis interne est réalisé. Le producteur et le directeur de production conviennent d’une marge minimum à atteindre.
Ensuite et jusqu’au moment de la livraison du programme il y a ….. C’est parti pour la longue liste
Recrutement du personnel technique et artistique. Négociation des salaires de chacun, rédaction des contrats, choix des prestataires techniques, négociation de leurs tarifs, gestion du planning de chacun (de la pré-production à la post production en passant par les tournages)… Ah ben non la liste est courte en fait !
Finalement je ne fais rien ! Ben pourquoi ce métier est toujours épuisant, que les journées de travail se terminent parfois à 22h ou minuit ?
Ca y est ça recommence, je vais avoir du mal à expliquer ce qui prend tant de temps et qui rend ce métier si complexe, et donc passionnant ! Mais en fait il manque une caractéristique du métier de directeur de production : recevoir les doléances de chacun et proposer une solution à chacun de leurs problèmes, (Il n’y a  pas de problèmes, Monsieur, il n’y a que des questions qui demandent des réponses!… Oups, désolé, un brève remontée d’un souvenir d’une sentence d’un prof en Ecole Sup. de Commerce). Et ces quelques mots rendent tout de suite le métier plus compliqué… plus intéressant aussi surement parfois.

Il s’avère que le programme évolue en permanence, que des décisions doivent être prise chaque jour. Chaque décision a une implication pour chaque métier. Un artiste ne peut être là qu’entre telle et telle heure et bien il faut refaire toute la feuille de service, trouver des solutions pour ne pas créer de temps morts… C’est déjà des heures de travail : faire et refaire…
Il faut créer un décor. La première proposition du décorateur va évoluer. Il faut ensuite que la lumière établisse son budget technique et personnel. Un décor trop grand ? Il dépasse le budget?la location des écrans prévue est alors aussi trop chère ? idem pour la lumière ? lors on demande au décorateur de refaire son décor… en plus petit, mais en aussi efficace et beau. Et c’est reparti, nouveau devis pour la location des écrans plus petits, nouveau devis lumière plus léger et ainsi de suite.
Et c’est ainsi tout le temps. Chaque décision, chaque changement peut avoir des conséquences sur toute l’organisation. L’équipe de production a alors aussi un rôle important de coordinateur. Il faut transmettre les informations à tous. Un changement de titre d’un artiste par exemple a des conséquences pour le réalisateur, le directeur photo (lumière), le graphiste qui prépare des images d’illustration, le truquiste, le chorégraphe etc.
Le directeur de production, avec son équipe, devient alors une sorte de GO qui organise tout pour tout le monde, tout le temps. Un camion pour chercher tel accessoire.. Allo la prod! Des pizzas pour le déjeuner des équipes techniques? Allo la prod ?, Des billets de train ? Allo la prod. Un coursier pour aller chercher tel vêtement chez tel styliste? etc.
Vous comprendrez alors pourquoi il m’est arrivé parfois de partir 2 semaines en République Dominicaine en All inclusive. Parceque les plages sont magnifiques et que l’accueil est très sympathique bien sur,  mais surtout pour n’avoir rien, mais rien à organiser pour personne pendant au moins 2 semaines !

 
 





7 commentaires


  1. Mehdi

    Excellente description du métier mister Matt. Je fus une de ces personnes qui sont venues te voir question salaire et son reparties avec un NON !
    Pour autant j’ai tres vite compris la complexite et la dureté du metier de Directeur de prod… et je dois dire que je te trouvais magistral dans ton domaine.
    Tu étais certainement connu pour etre dur et c’est pour ca que tu etais bon 😉


  2. Très intéressant, y’a du vécu!! je confirme, Emmanuel sait dire « NON » et ce n’est pas donné à tous de savoir manier la négation!


  3. Julien Fu

    J’adore la description , franchement Emmanuel quand je lit t’es articles , je sais que je veux faire un métier en rapport avec les médias ! J’espère y parvenir ( oui oui je me le souhaite lol ) comme toi 😉

    Bravo 😉


  4. Julien est donc de retour. Merci pour tes différents commentaires! Tu as même participé aux sondages. Chouette!

    Ce milieu est passionant et comme dans toute passion, il peut y avoir des excès dans un sens comme dans l’autre. Il y a des hauts et des bas. Le but de ce blog est de partager mon enthousiasme tout en montrant aussi que c’est un milieu dur, où les échecs sont possibles. Il y a des hauts et des bas. Il faut le savoir et accepter les « bas ».

    Et puis faut bosser, bosser, bosser et s’accrocher!

    Je te souhaite bonne chance pour tes projets.


  5. Dom

    Merci beaucoup pour cet article très intéressant et plus généralement pour ce blog passionnant qui confirme mon envie de travailler à la télévision.

    Je passe mon BAC cette année, et je serai très intéressé de connaître quelques exemples de formations qui mènent au métier de directeur de production. Je compte faire une école de commerce en Angleterre pour améliorer mon anglais.

    J’ai lu que les personnes dans ce domaine proviennent de plus en plus d’écoles de commerce. Est-ce vrai? (J’ai cru comprendre que tu en as fait une toi-même) Comment compléter cette formation pour se spécialiser dans la production audiovisuelle? As-tu entendu parler de l’école Ina Sup’ qui propose une formation en production?
    Je sais bien sûr que les contacts et stages sont extrêmement importants. Mais je pense qu’ils ne servent à rien sans bonne formation… (vrai?)

    Merci par avance pour ta réponse, et encore merci pour ce blog que je visite régulièrement.


    • Dom

      Je n’avais pas remarqué que tu écris qu’il est également possible d’étudier de la finance pure ou du marketing.
      Si je comprends bien, c’est soit:
      – Ecole de commerce.
      – Finance / marketing
      – Etudes de production dans une école spécialisée.

      Je sais qu’il n’y a pas de parcours type. Mais peut-être peux-tu m’indiquer, si tu le sais, quelle filière est la plus empruntée. Je me demande également comment une boite de production / une chaîne peut engager un élève qui a fait finance si celui-ci n’a jamais eu d’expérience dans l’audiovisuel: Comment peut-il organiser une production s’il ne connait ni son déroulement, ni les corps de métier qui interviennent?

      Excuse moi pour toutes ces questions, et merci par avance pour tes réponses! 🙂


      • Dom,

        Merci pour tes deux commentaires, en fait deux questions assez vastes.

        J’ai effectivement été en Ecole sup de commerce avant de devenir assistant puis chargé de production. Si tu veux en savoir plus il y a la page mon parcours.

        Il n’y a cependant pas de règle.
        Je pense cependant que comme ailleurs une bonne formation est une bonne base qui doit être complétée par une formation de terrain type stage très riche.

        Certains ont appris et apprennent encore sur le tard, sur le terrain, d’autres viennent avec des études déjà impressionnantes. La pratique, le réseau et le bon choix de stages sont cependant toujours primordiaux.

        Pour le reste je t’invite à me contacter via l’onglet contact j’aurai plus de possibilités pour personnaliser ma réponse.



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