Les Hors la loi du Quartier Montorgueil, Paris ! Quand lobby rime avec impunité ? (M à j.)
Il était une fois un pays merveilleux qu’on appelait le quartier Montorgueil, un quartier piétonnier où l’on pouvait déjeuner, diner et même faire du shopping. Les heureux et gentils restaurateurs et cafetiers étendaient toujours plus leurs terrasses sur le trottoir pour accueillir toujours plus de clients. On pouvait rire, chanter, crier jusqu’à pas d’heure. On pouvait rouler à fond à moto, même à contresens, se garer en voiture sans payer, et même se fournir pas loin en certaines substances qui font rire … ou mourir. Service très complet assuré !
Mais, je vais vous dire un secret … les pays merveilleux ça n’existe pas …
Voici, par cet article, un exemple vécu de l’intérieur du comportement d’un lobby, d’un abus de pouvoir et de réactions non suivies de résultats convaincants à ce jour de la part de la Mairie de Paris et de la Préfecture de Police.
Après vous avoir parlé de la situation actuelle en pages 1 & 2, vous trouverez en page 3 (lien) une présentation plus complète de la situation, de la réglementation et quelques informations complémentaires. Vous trouverez enfin page 4 (lien) les lettres ouvertes envoyées à Monsieur le Préfet de Police et à Monsieur Bertrand Delanoë, Maire de Paris.Mise à jour du 8/10/09 : 3 policiers (ilotiers) du 2ème arrondissement se sont déplacés pour en savoir plus sur les nuisances sonores dont je parlais… Initiative intéressante et appréciable qu’il fallait vous préciser. Pour le respect des surfaces au sol des terrasses, ce ne serait pas leur rôle… à suivre…
Pour revenir au joli comte du début, peut-être que les restaurateurs et cafetiers et leur lobby ont gardé une âme de gamin. Ils continuent à rêver… à rêver de gagner toujours plus d’argent, bien sûr.
Et puis en même temps, c’est comme pour tous les gamins :
Ils font une bêtise une fois… Personne ne les punit ou pas assez fortement… Alors ils recommencent et en font d’autres, toujours plus grandes et repoussent toujours un peu plus les limites de l’illégalité. Bon, faut dire aussi que nos « gamins » ont été très mal habitués et trop gâtés. Ils viennent encore de recevoir un énorme cadeau de notre part à tous : 2,4 milliards par an de baisse de TVA quasiment pas répercutés.
Alors, pas de chance, ils ont viré sales gosses, voyous! Et le quartier Montorgueil est devenu l’un de leurs territoires. On se retrouve ainsi actuellement avec : des restaurants et cafés qui refusent de laisser le passage légal de 1,60 pour les piétons et étendent leurs terrasses sur les trottoirs des commerces fermés le soir, encore une fois dans la plus grande illégalité. Ils refusent enfin de demander à leurs clients de faire un peu moins de bruit le soir, Pourquoi faire moins de bruit ? Simplement car il existerait des habitants au dessus des restaurants ! Si, si, je peux le prouver !
Et depuis quelques jours commencent à apparaitre les terrasses fermées dont la quasi-totalité, d’après la mairie, n’ont pas d’autorisation.
Et puis ça a fini par se savoir qu’il y avait un endroit où on pouvait ne pas respecter les lois et au grand jour, en plus. Se sont alors rajoutés des motos souvent à vive allure et à contre sens et des voitures aussi à contresens depuis quelques semaines. Et puis, après la fermeture des cafés (si si, à un moment ils partent se coucher) la rue devient le lieu de dégrisement de ceux qui veulent finir leur soirée sans se faire écraser par des voitures.
Mais attention, ne mélangeons pas : Nos voyous, à moto, en voiture, piétons, restaurateurs et cafetiers ne sont pas des « racailles » ! Ah non, ils sont bien de Paris! Chics et bien habillés. Pour reprendre un autre terme cher au Président de la République, Nicolas Sarkozy, il est question de « voyoucratie » mais ici, c’est de la « voyoucratie de luxe », Monsieur.
Quartier particulièrement fréquenté par le milieu de la mode, de la télé, les bobos parisiens etc… le quartier Montorgueil a su encore une fois se montrer avant-gardiste !
En effet car si je vous parle de toutes ces nuisances qui, depuis plus de 6 mois, ont fortement dégradé un quartier qui était charmant et où commerçants, habitants et passants savaient cohabiter, savaient se respecter et partager l’espace public, c’est parce que la situation n’est pas unique et semble se développer dans d’autres secteurs.
Mais alors oui, si les patrons, pour gagner plus d’argent, ne peuvent plus se mettre dans l’illégalité alors où va-t-on ? Si, quand on a les moyens se de payer les restaurants du quartier, on a plus le droit de rire, de s’amuser et de faire du bruit parce qu’il y aurait des, comment vous dites ? des « habitants » qui voudraient aussi y vivre et même y dormir, alors la vie ne vaut plus le coup d’être vécu ! Vite quittons ce quartier Montorgueil, rentrons chez nous, dans notre rue où personne n’a intérêt à faire le moindre bruit quand on voudra dormir!
On a tous eu des problèmes de voisinage, des soirées d’anniversaire de voisins un peu bruyantes (surtout quand certains ont leur anniversaire plusieurs fois par an). Mais, faire du non respect des habitants une règle, est ce l’avenir de notre société?
Je crois que la situation dans ce quartier est aussi l’illustration d’un phénomène plus général où certains pensent que l’argent leur donne tout pouvoir, où tant que la police, la justice n’ont pas fortement sanctionné leurs actes, leurs actions, rien ne les arrête.
Ben oui, on y revient, comme des gamins qui, tant qu’ils n’ont pas été punis « correctement » continuent.
Et puis depuis quelques temps nos chers « gamins » restaurateurs et cafetiers sont très colères !
Ben oui, les habitants du quartier, vous savez, ceux qui payent tous les étages du joli décor de ce quartier, ceux qui font gratuitement de la figuration en se promenant dans le quartier, en faisant vivre les commerces et bien ces habitants voudraient avoir droit à la parole et le droit d’exister et d’être respectés.
Des habitants qui veulent pouvoir circuler sur les trottoirs le jour, la nuit, pouvoir dormir la nuit. Il est d’ailleurs étonnant que dans un arrondissement dirigé par un Maire vert, la pollution sonore soit si peu traitée. On aurait aimé en parler avec lui mais il ne vient plus aux conseils de quartier.
Quant au Maire de Paris, il a laissé les habitants du 1er arrondissement perplexes en répondant lors se son compte rendu de mandat que ceux qui n’aimaient pas le bruit n’avaient qu’à vivre à Rodez… Vous allez leur faire peur à Rodez… Tous ces parisiens qui vont débarquer !
Allez demander aux restaurants et cafés de faire respecter un peu de calme après minuit, vous êtes bien reçu! Je vais vous éviter la longue liste des insultes auxquelles on peut rajouter les basiques « Rien à foutre », et le célèbre T’es de la police ? Très colères je vous le dis !
T’es de la police ? T’as qu’à déménager… Voilà deux des réponses que l’on peut entendre quand comme moi on ose demander des explications à ces hors la loi !
Mais oui, finalement posons-nous ces deux questions : (page suivante)
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Monsieur,
Maire depuis 2001 maintenant, je suis aussi un habitant du 2e arrondissement. Je m’y promène, je le parcours, j’y vis. Je crois pouvoir prétendre bien connaître le territoire et mon ambition première est que les gens y vivent bien. Je mets tous les pouvoirs de maire d’arrondissement en œuvre pour y parvenir.
La rue Montorgueil n’a pas toujours fait l’objet de telles crispations. Il fut un temps, pas si lointain, où les différents usages cohabitaient dans une certaine harmonie, et tout du moins du respect me semble-t-il. La situation s’est dégradée, il y a plusieurs mois maintenant, mais à une vitesse effrayante. Certains commerçants se sont mis à faire fi de leurs autorisations de terrasse et à envahir l’espace public, ce qui génère plusieurs problèmes préoccupants :
- Le manque de place pour un cheminement sécurisé et agréable pour les piétons. De nombreux riverains se plaignent de ne plus pouvoir circuler sur les trottoirs. Les personnes âgées, les personnes porteuses de handicap, les parents avec poussette sont contraints de descendre sur la chaussée, où la circulation existe puisque nous sommes dans une zone à circulation réglementée.
- Le non respect de la réglementation en vigueur concernant l’occupation de l’espace public avec parfois des détériorations du mobilier urbain ;
- L’iniquité entre les commerçants qui appliquent les règles et ceux qui étendent impunément leur terrasse, peu soucieux du respect des règles collectives ; en effet, les commerçants vertueux qui respectent leur autorisation de terrasse sont les plus nombreux, bien que moins visibles.
- Les nuisances sonores, en particulier nocturnes, pour les riverains de la rue Montorgueil, qui sont inadmissibles.
Nous avons d’abord discuté avec ces commerçants qui abusent ostensiblement. Pas ou peu de réactions. J’ai alors décidé, en avril dernier, de matérialiser l’espace dévolu aux terrasses en marquant au sol les surfaces autorisées. Ces limites correspondent, ni plus ni moins, aux autorisations accordées par la Ville. Aucun commerçant n’a vu son autorisation remise en cause.
Bien entendu, il n’a jamais été question de remettre en cause l’existence de terrasses qui contribuent au charme et à l’animation de nos rues. Pour sauver le quartier Montorgueil de la banalisation, je pense qu’il faut à la fois lui conserver son caractère d’exception et permettre à tous les usagers, en particulier les plus fragiles, de pouvoir s’y déplacer sereinement et en toute sécurité.
Il est vrai que je n’ai pas assisté aux deus derniers Conseils de Quartier Montorgueil Saint-Denis mais j’ai un emploi du temps contraint (je prends enfin le temps de vous répondre…) et j’ai surtout des adjoints, Messieurs Des Gayets et Maurel notamment, qui, de part leur fonction, me représente et qui étaient présents. Par contre, j’ai personnellement présidé la réunion en mars où nous informions en amont les commerçants de ce marquage. Et malgré leur colère, malgré parfois leurs menaces, malgré leurs pancartes, je n’ai, à aucun moment, cédé. Par contre, je les ai écouté et amorcé une concertation devant aboutir à une « Charte du bon usage de la rue Montorgueil ». Nous en sommes à la 5e réunion à ce jour et je ne vous cacherai pas que le dialogue est difficile.
Après les paroles, après le marquage, et devant une inertie parfois provocante de certains commerçants, j’ai demandé aux services verbalisateurs de mettre en place des opérations coordonnées de verbalisations (Direction de la Prévention et de la Protection de la Ville de Paris, Direction de l’Urbanisme, Préfecture de Police). Nous n’avons à aucun moment relâché la pression. Début octobre, je recevais encore Monsieur le Commissaire du 2e et les responsables de ces directions à ce sujet. Les verbalisations continuent et l’attention sur ce sujet est constante, soyez-en assuré.
Monsieur, j’apprécie votre engagement et vous soutiens dans votre combat, mais il est faux, vous l’aurez compris je l’espère, de m’accuser de ne pas « prendre en considération les demandes légitimes des habitants » et de sous-entendre que je me défile en ne venant pas aux Conseils de Quartier (si c’était le cas, je me défilerai d’autant plus face aux commerçants…). Encore une fois, avec les pouvoirs qui sont les miens, je me bats – car il s’agit bien d’un combat – pour que la rue Montorgueil soit partagée justement et respectueusement par tous.
Monsieur le Maire,
Merci pour votre réponse très détaillée et complète.
Je vous propose d’ailleurs dans les prochains jours de donner la parole à Messieurs Des Gayets et Maurel pour qu’ils nous expliquent leurs objectifs et leurs propositions.
Suite à la réponse de Mr Boutault. Effectivement, il y a quelques progrès dans le quartier. Après un été épouvantable, les commerçants ont fait quelques efforts ces derniers temps. A part un bar, Rue Mandar, les tables sont moins sur les trottoirs et plus du tout sur la chaussée. Cependant, certains établissements continuent a organiser des soirées festives toutes portes et fenêtres ouvertes au son des tambourins et des fifres comme encore samedi dernier.
Je redis ma réserve quant à la signature de chartes locales qui ne font qu’entériner un rapport de force établit par la force. Il y a suffisamment de textes de lois pour arriver à trouver un accord. J’insiste aussi sur l’importance de la volonté politique de la part de la Mairie de Paris de réguler sur l’ensemble de la capitale, le partage équitable de l’espace public. Seuls la mairie, les conseils de quartiers et les habitants du 2nd ne parviendront pas à établir un respect des lois si dans d’autres quartiers l’occupation de l’espace public n’est pas également régulé.
Marie-Ange Schiltz