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19 octobre 2009

Les caméras divergées ! Première étape d’un montage réussi!

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Poste Opérateur Magnétos Car Enterprise Visual TV
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Mon dieu ! (ne jurez pas Marie-Thérèse !)  Ouh là ça a l’air technique, bien trop compliqué ! Mais non, mais non, je vais simplement vous expliquer comment, pendant le tournage, on se donne un maximum de moyens pour perfectionner encore le programme en montage.

Et cela passe par des différentes bandes que l’on enregistre pendant le tournage, les « caméras divergées » ! 

Et puis, comme je vous l’avais promis lors de l’article sur les monteurs, je vais vous confier mon secret pour qu’un monteur connaisse déjà le programme avant même le début d’un montage ! C’est parti !

Pour mémoire, voici le périple d’un programme enregistré :
Après les répétitions, on tourne le programme, c’est-à-dire que le réalisateur choisit à chaque instant, en régie, parmi toutes les images qui lui proposent les cadreurs, celle qui lui parait la meilleure pour suivre et montrer ce qui se passe dans le programme. Le réalisateur commute ainsi les caméras.  Le programme est alors composé de tous les plans enchainés les uns après les autres.
Tout ce travail est enregistré sur une bande (et bientôt directement sur disque dur). Cette bande s’appelle le Master.

En plus de cette bande, le monteur aura besoin d’autres images pour corriger certains points de réalisation mais aussi pour cacher les points de coupe. Pour cela, on enregistre d’autres bandes en parallèle du  programme que l’on appelle caméras divergées.
En effet, sur ces bandes nous allons enregistrer d’autres caméras pendant tout le tournage.  Par exemple, on va enregistrer en permanence les plans de la grue. On dit que l’on va diverger le plan grue.

On diverge souvent aussi le gros plan de l’animateur, d’un invité, d’un chanteur.

En synchronisant toutes ces bandes au montage, le monteur dispose alors à chaque instant de 4 (voire plus) images disponibles. Le monteur peut ainsi remplacer l’une par l’autre.

De plus, on peut aussi enregistrer une bande divergée commutée… Trop compliqué ? Non, suivez moi.
Comme le réalisateur choisit à chaque instant une image, un plan pour le programme, on demande à quelqu’un d’autre de faire pareil sur une autre bande. Son rôle consiste alors à choisir à chaque fois une autre image, une image complémentaire à celle que choisit le réalisateur.
Exemple : un animateur parle à un invité. Le réalisateur montre l’invité, hop en divergé commuté, on choisit un plan sur l’animateur et inversement. Ainsi au montage on aura à chaque moment à la fois l’image de l’animateur et celle de l’invité disponibles.

Voilà venu le temps de mon petit secret (qui est, je dois dire déjà appliqué aujourd’hui par de nombreuses sociétés de production) En fait je demande tout simplement au monteur du programme de venir pendant le tournage et de commuter lui-même les divergées. Il est en effet le mieux placé pour choisir les images dont il aura besoin au montage pour faire des corrections. De plus, ainsi, il voit déjà ce qu’il va devoir corriger. Enfin, il ne pourra pas reprocher à l’équipe de tournage de ne pas lui avoir donné les bonnes images pour faire ensuite son travail de montage.

Pour vous donner un exemple concret, j’ai ainsi demandé à Olivier Béghin, réalisateur entre autre du 1945 de M6, … , et de Zone interdite (je suis alors son assistant de réalisation) de me dire comment il organise les divergées pendant l’enregistrement de Zone interdite.

Sont ainsi enregistrés, en permanence, à chaque fois sur une bande :
– le Master
– le gros plan de Mélissa Theuriau.
– le plan de la Grue
– le gros plan de l’invité. Cette bande peut être commutée par l’opérateur magnéto. Celui-ci passe alors d’un invité à un autre s’il y en a plusieurs. Il sélectionne aussi des regards à gauche, des regards à droite, des regards de gauche à droite et inversement.
 – un plan moyen qui montre Mélissa et l’invité ou les deux invités cote à cote.

Comme me le fait remarquer Olivier Béghin : « Cela peut paraitre du luxe mais sur Zone interdite, il y a d’abord un montage son où le plus important est le propos des invités. Ensuite je refais l’image en gardant un rythme et une écriture sur la continuité et non pas seulement des plans de coupe cachant les points de montage. »

Pour compléter ses propos, je préciserai que Mélissa fait souvent le choix de réaliser des interviews plus longues que la durée prévue dans le conducteurs. Elle préfère probablement poser plus de questions et ne garder que les meilleures questions et sutout les meilleures réponses. Pour garder le plus de contenu possible, il faut alors faire de la dentelle au montage sans perdre la cohérence de la réalisation.

Enfin, pour plus de sécurité, on enregistre souvent en même temps un double du master, un double du programme : Le Dub (comme on dit en bon français !)

A cela peut encore se rajouter une autre version du programme que l’on appelle le Secours et/ou Clean !

Ben alors il ne sait plus ? En fait, il s’avère que selon les réalisateurs, chargés de production, on ne parle pas toujours de la même chose en parlant de Secours ou Clean.

En fait il s’agit d’une bande copie conforme du programme mais qui ne contient pas l’habillage, c’est-à-dire les synthés (les petits textes comme les noms, des logos etc.). Pour certains la version Clean ne contiendrait pas non plus les trucages images comme le détramage.

Mise à jour : Précisions de Philippe Journet, Directeur commercial TSF STUDIO :

Il existe des différences sur les appellations et les définitions entre le tournage, la post-prod et la diff, donc attention.

DUB : toute copie réalisée de n’importe quelle bande. En fait le dub est un anglicisme utilisé pour remplacer le mot copie. Mais attention, je crois que DUB peut aussi désigner la version SECOURS.

SECOURS : copie conforme de la commut du réalisateur pendant l’enregistrement, comprenant les éléments d’habillage, synthés, trucages…

CLEAN : version brut du programme pendant l’enregistrement sans aucun habillage.

A cela on peut donc effectivement rajouter le le MASTER ou PGM, les DIV et les PARALLÈLE ANTENNE.

D’autres informations complémentaires?

Cette bande Clean/secours permet d’avoir en stock des extraits du programme sans logo, sans titre. On s’en servira par exemple quand on utilisera des images du programme dans un sujet pour une autre émission.  C’est plus propre que les images d’archives dont les logos sont ensuite floutés.

Alors bien sûr, et là je reprends ma casquette de directeur de production, tout cela a coût. Chaque magnétoscope supplémentaire utilisé en tournage est à payer. Il faut aussi prendre en compte le coût des cassettes et  le prix de l’opérateur digit qui va copier ces cassettes dans le banc de montage. Plus il y a de cassettes à numériser, plus cela va lui demander de temps et plus cela coutera donc à la production!

Des questions complémentaires, des complétements? N’hésitez pas en commentaire!






2 commentaires


  1. Anat

    Bonjour et merci pour ce long et intéressant article.

    L’avenir (le numérique) dont tu abordes très légèrement un aspect par l’enregistrement sur DD directement à la place du Master Beta, devrait-il permettre de reduire les couts liés à la masse salariale et au support (magneto + bande).
    En gros je souhaitais savoir si un outil (ex : ordinateur) pourrait gérer l’enregistrement simultané sur un ou plusieurs DD des 4 ou 5 sources divergées.

    Voila voila …

    😉


    • Tu ne serais pas directrice de prod toi? A vouloir encore réduitre les coûts salariaux!

      Je vais cependant te répondre en 2 temps.

      Je reviens du Satis et j’ai revenu le responsable de la communication du groupe AMP/Visual TV et nous avons prévu de vous proposer des articles communs dans les prochaines semaines concernant certains éléments plus techniques (mais toujours expliqués simplement et illustrés à ma façon) J’aborderai donc ce sujet avec eux très prochainement.

      Ce que je peux déjà te dire c’est que pour certains programmes, l’enregistrement directement sur serveurs (ou disques durs si tu préfères) a déjà lieu :

      Lors du tournage des Colocataires sur M6 nous enregistrions en continu en même temps 4 flux venant des maisons sur d’énormes serveurs acquis par Eliote, le prestataire de post production (montage) spécialement pour ce tournage.

      De plus les chaines d’infos enregistrent actuellement directement leur antenne sur serveur pour les rediffusions ultérieures. La gestion des archives est d’ailleurs très complexe pour les chaines d’infos en continue (je vais leur proposer de vous en parler)

      Enfin, parfois c’est l’inverse qui se produit. Pour le 1945 de M6 par exemple, les sujets montés, les images d’illustration arrivent depuis les bancs de montage directement en régie de tournage via un serveur.

      Voilà voilà voilà!



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