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10 novembre 2009

« C’est un sujet de Tac Presse » – Le métier d’Agence de Presse

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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TACPRESSE

TACPRESSELes méthodes chocs des paparazzi ce soir dans Spécial Investigation (Lien) sur Canal + , un film très commenté sur le 11 septembre 2001, plusieurs prix, des procès, des intimidations, des pétitions, la vie d’une jeune Agence de Presse n’est pas toujours très simple.

Rencontre avec Nicolas Valode, l’un des dirigeants de Tac Presse en pleine période de turbulences. Réflexion sur le métier de journaliste, sur le travail d’investigation mais aussi sur la relation entre les journalistes et le grand public via des outils comme une chaine sur Dailymotion ou Facebook.

Je vous propose aussi de retrouver en fin d’article la réaction de Frédéric Texeraud, Fondateur de la société  sur le référé qui aurait pu empêcher la diffusion du documentaire « Les Méthodes des paparazzi » ce soir sur Canal +

Ce n’est pas un documentaire de plus sur les Paparazzi. Vous pouvez d’ailleurs déjà voir en fin d’article les premières images ainsi que de très intéressantes explications vidéos fournies par Romain Bolzinger,sur son travail de réalisateur du documentaire.

logo Zone interdite« C’est un sujet de … et de… pour Tac presse et Zone interdite », répétés à maintes reprises lors des plateaux de lancement de Claire Barsacq et Mélissa Theuriau. C’est ainsi que pendant les enregistrements des plateaux de Zone interdite m’est rentré dans la tête de nom de cette agence.

Ok, si j’avais été un peu plus attentif j’aurai remarqué que leurs sujets étaient aussi présents dans Envoyé Spécial, Capital, Spécial Investigation, Enquête exclusive, Arte reportage, Combien ça coûte ?...

Tac presse a été créé en 2003 mais existe dans sa forme actuelle depuis 2005. Trois producteurs associés dirigent cette agence de presse :
Frédéric Texeraud : Fondateur et gérant qui était auparavant directeur financier de l’Agence de persse Tony Comiti
Denis bouteiller, directeur de la rédaction vient de l’agence Capa.
Et Nicolas Valode, chargé du développement du groupe, développe actuellement  des projets d’émission TV et des sites internet, notamment pour des institutions culturelles.
Il a été rédacteur en chef de plusieurs émissions et producteur délégué de CULT, une quotidienne d’information culturelle sur France 5 (Emmy Awards 2006 du meilleur programme interactif).

Pourquoi avoir créé une agence de presse ?

11 septembre : enquête sur la théorie du complot Ph. Tac presse
11 septembre : enquête sur la théorie du complot Ph. Tac presse

N. V. : L’idée nous est venue de nous associer car nous étions assez complémentaires et que nous avions envie de faire du journalisme dit d’investigation.
Il existe différentes typologies de reportages. Tous les sujets nous intéressent a priori à condition qu’ils permettent de donner du sens, de mieux comprendre notre époque. Nous nous avons une vraie attirance pour les sujets d’enquête mais aussi pour les sujets internationaux et cela depuis longtemps.
On y tenait beaucoup car on avait le sentiment que dans notre pays, s’exerçait une sorte de repli sur soi, une curiosité qui s’arrêtait aux frontières. Pourtant pour comprendre même ce qui se passe au coin de la rue, il est souvent indispensable de s’intéresser à ce qui se passe à l’autre bout du monde.

Le journalisme doit s’occuper des sujets qui dérangent en démocratie. Je  trouve que le champ d’investigation des journalistes tend à se rétrécir, en particulier du fait de la diminution des moyens financiers. La situation n’est déjà pas simple pour la presse écrite mais en télévision les moyens nécessaires sont encore bien plus importants. Ce genre d’enquête demande du temps et donc de l’argent. Il  y a de moins en moins de cases de programmes qui nous le permettent. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes content de travailler pour Spécial Investigation sur Canal +.

Le but de documentaires comme le 11 septembre, comme le sujet sur la Martinique ou les paparazzi est-il aussi de faire de bruit ?

Les derniers maitres de la Martinique - Ph. Tac Presse
Les derniers maitres de la Martinique – Ph. Tac Presse

N. V. : Faire du bruit pour faire du bruit ne nous intéresse pas. Maintenant quand de nombreuses personnes sont choquée par les propos de nature raciste d’un béké dans le film sur la Martinique (Les derniers maitres de la Martinique réalisé par Romain Bolzinger), je le comprends et si la justice décide ensuite d’entamer une action en justice contre cette personne c’est son droit.

Par contre le réflexe de plus en plus régulier des juges de venir immédiatement nous rendre visite pour nous demander nos rushs ou dans d’autres cas nos sources est regrettable. La protection des sources est notre règle. Notre métier n’est pas possible si nous ne pouvons plus protéger nos sources. . Nous refusons de donner nos archives. De toute façon nous ne gardons pas les rushs ! Nous recyclons les cassettes… (raisons budgétaires surement ! ) La loi française sur ce sujet reste ambiguë. Par contre lors de chaque recours devant les instances juridiques européennes, les journalistes sortent gagnants.

Très récemment l’une de nos journalistes Isabelle Conttenceau a été attaquée personnellement sur le motif d’être présente au moment où se commettait une infraction.
(Voici le lien de l’appel à pétitions de Tac presse avec des explications plus précises. Pour résumer l’affaire, un jeune homme avait décidé de se suspendre grâce à un système s’accroche inséré dans son propre corps par un tatoueur, avec l’accord de sa mère. La journaliste a donc filmé la scène sans en diffuser l’intégralité. Elle avait donc été jugé pour avoir assister voire incité à cet acte)
N. V. : Le juge a écarté toute idée d’incitation au passage à l’acte lors du premier procès mais il y en aura un nouveau car le parquet a fait appel.  Avec ce reportage, il n’a jamais été question de chercher à faire de l’audience ou du voyeurisme bien au contraire. Il s’agissait de révéler un phénomène de société. Ce n’est pas parce que le thème dérange qu’il faut s’abstenir de le révéler à la connaissance du public. En effet, ce n’est pas parce qu’on ne parle pas d’un phénomène qu’il disparaît. Mais attention, il ne s’agit pas de diffuser n’importe quoi : il faut que le sujet ait une légitimité journalistique. C’était évidement le cas du sujet d’Isabelle Cottenceau, qui n’avait rien à voir avec les dérives sensationnalistes que l’on peut trouver dans une certaine télévision.

Cela ne doit pas être évident d’interviewer quelqu’un lorsqu’on sait que l’on est venu chercher la confirmation d’une information qui ne va pas lui plaire ?

Les méthodes chocs des paparazzi - Ph. TAC Press
Les méthodes chocs des paparazzi – Ph. TAC Presse

N. V. : Il faut savoir jusqu’où aller, il faut trouver le bon curseur. Ma déontologie personnelle quand je faisais des sujets était de ne pas mentir aux gens..sauf peut-être parfois mentir par omission. Quand on interview quelqu’un, la complicité ne doit pas exister avec elle mais avec le téléspectateur. C’est donc parfois un exercice compliqué.  Il faut être loyal sans être complaisant. Quand un sujet est diffusé un dimanche soir, il ne faut pas avoir envie de couper ton portable pour ne pas pouvoir être joint le lendemain. On doit pouvoir assumer ce que l’on a fait.
Quand on mène une enquête d’investigation, c’est une sorte de jeu du chat et de la souris. D’un côté une logique de communication, de l’autre une logique d’information.  Deux logiques qui s’affrontent. Ton rôle c’est de trouver l’information.

On arrive donc au thème récurrent ce l’honnêteté et de la déontologie des journalistes.
N. V. : L’objectivité est un mythe. Cela n’existe pas. C’est bien pour cela qu’un sujet est signé.  Tu prends 20 personnes pour parler du même sujet : ils ne feront pas le même sujet. Ce ne sera déjà pas cadré de la même manière et les images ne diront donc pas la même chose. Le montage ne sera pas le même, chacun ne gardera pas les mêmes propos et ce, pas forcément pour des raisons et des présupposés idéologiques mais tout simplement  parce que nous sommes tous différents, avec des expériences, des curiosités et des angles d’approche qui forcément différent.

Je ne préfère donc pas parler d’objectivité mais plutôt d’honnêteté intellectuelle. Pour faire un travail de journaliste honnête, il faut accepter d’aller contre ses apriori, être prêt à penser contre soi-même. D’expérience, un bon reportage c’est quand  la réalité du terrain, des interviews réalisés réussissent à te surprendre, voire à bousculer tes présupposés.

Faut-il un nouveau code de déontologie pour les journalistes ?
N. V. : Il y a déjà un mais ses principes sont assez vieux. La carte de presse n’est d’ailleurs plus qu’un statut fiscal. Quand un journaliste commet une faute importante. Il ne perdra pas pour autant sa carte.
Mais je ne pense pas que ce soit au législateur de s’en charger. C’est à chaque média, chaque journal, chaque agence de réfléchir sans cesse aux questions de déontologies, et de créer sa charte, comme un contrat moral avec les lecteurs ou téléspectateurs. Je suis contre toute forme de corporatisme car parmi les journalistes il y a comme pour toutes les professions la même proportion de gens honnêtes que de brebis galeuses. Mais pour autant, je défends absolument les principes de la liberté de la presse, à condition bien sur que l’expression de ce journalisme soit légitime. Ce principe est indispensable à la vie d’une démocratie. On l’oublie facilement.

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