Fred Eldar Gasimov, auteur – réalisateur – Son film préféré ? : « Le prochain !»
« Le cinéma c’est comme l’amour,
Quand c’est bien, c’est formidable,
Quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même ».
Et non, ce n’est pas de moi, (non, parfois ce n’est vraiment pas bien !). C’est sur cette citation de Georges Cukor que s’ouvre le site de Fred Eldar Gasimov. (Pour ceux qui comme moi sont des « buses » en ciné… lien Media un autre regard – Wikipédia Georges Cukor.
Déjà 3 courts métrages, des publicités et des institutionnels à son actif, Fred prépare actuellement son premier court métrage financé et écrit son premier long métrage.
Rencontre avec un jeune réalisateur discret mais déterminé.Parfois aussi réservé ? J’ai donc demandé à Karina Beuthe et Alexandre Le Provost, deux comédiens qui ont tourné dans l’un de ses courts de nous en dire un peu plus sur lui.
« Fred est très exigeant mais pour une bonne raison : il veut coûte que coûte, malgré les difficultés de tourner à budget et équipe réduits, arriver à réaliser le film qu’il a en tête. Je crois que pour tout cinéaste, quand on veut atteindre un certain niveau, c’est une qualité indispensable. Le cinéma est un métier difficile, le défi étant de rester fidèle à son identité artistique tout en trouvant les chemins multiples pour que cette identité s’épanouisse.
Fred a la chance et le talent de savoir assez jeune ce qu’il veut dire à travers un film, ce serait dommage de le lui reprocher. Je sentais qu’il avait des idées très précises, et l’idée de participer à un univers construit, à une histoire où rien n’était laissé au hasard m’a plu. Contrairement à ce qu’on pense, ça n’arrive pas si souvent que ça, même chez des réalisateurs plus confirmés ! » Karina Beuthe
« Fred a une exigence en direction d’acteur qui est un vrai plaisir et trop souvent rare dans le métier. J’ai pour ma part adoré tourner avec lui et aimé être désiré dans son imaginaire. il n’est donc pas difficile de tourner avec lui bien au contraire ! J’aimerais, bien évidemment que ça se reproduise. Il est très calme et j’ai apprécié les silences qu’on a partagé, même lorsque tout commençait à l’envers » Alexandre Le Provost
Comme vous l’avez compris, je leur avais demandé comment se comportait Fred en tournage, lui même se qualifiant de très exigeant mais très attentif aux comédiens. Cela se confirme.
Place aux images avec sa bande démo :
Retour sur son parcours.
Fred est originaire de Bakou, capitale de d’Azerbaïdjan, ex état de l’URSS sur la mer Caspienne. Il est arrivé en France il y a 8 ans. Ne parlant que le russe, il prend alors des courts intensifs de Français et réussi en 2 ans à obtenir à Paris 8 un équivalent français de sa maitrise de Science éco.
Fred Eldar Gasimov : « Mais là j’ai craqué, je me suis dit que j’avais envie de créer, de m’exprimer, de montrer les choses.»
Adolescent, il dessinait beaucoup. Il aurait d’ailleurs voulu faire l’Ecole des Beaux Arts de Bakou mais sa mère n’y tenait pas beaucoup.
F. E. G. : « Tous mes dessins étaient rassemblés dans un grand porte dessin et un jour tout a disparu… Le message était assez clair je pense … tu ne seras pas un artiste, mon fils ! » Elle ne l’aurait pas un peu traumatisé, le gamin ? Il n’a pas encore osé se remettre au dessin !
2005, il réussit le concours d’entrée à l’EICAR, une école parisienne située aujourd’hui à la Plaine St Denis, reconnue dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel.
C’est parti pour une formation de 3 ans qu’il alterne avec des petits boulots comme tout étudiant. Lien Media un autre regard – Eicar
Il apprend vite et beaucoup. Chaque année, son scénario ainsi que ceux des autres meilleurs étudiants, sont sélectionnés par les professeurs pour être réalisés. Il réalise ainsi 3 courts métrages : Le revers en 2005, Barye en 2006 (en 16mm), et V10.47 (en 35 mm) en 2008 (Avec Karina Beuthe, Alexandre Le Provost et Pierre Semmler).
L’école fournit les moyens techniques et ce sont les étudiants qui, chacun à leur tour, composent l’équipe technique pour le court métrage de leur collègue. Fred est alors recruté comme assistant mise en scène ou cadreur. Mais, en fait il avait déjà plus une âme de chef, de réalisateur. « Etre aux ordres des autres… j’aime pas ça ! Je préfère donner des ordres que d’écouter les ordres des autres» dit-il avec un grand sourire !
Cela ne doit pas être très facile de cadrer le plan demandé par le réalisateur quand soi-même on aurait envie de cadrer différemment.
Comment regardes-tu aujourd’hui tes 3 premiers courts métrages.
F. E. G. : « Lors du premier, Le Revers, je me testais un peu et puis en première année l’école nous donne moins de moyens, prends moins de risque. Ce n’était qu’une première expérience mais c’était déjà beaucoup de travail de préparation etc.
Je ne connaissais très peu à la technique de fabrication d’un film avant d’entrer dans cette école et je n’imaginais pas tout le travail qui était nécessaire pour en créer un. J’ai beaucoup appris sur ce premier tournage, c’était une très belle expérience. On l’a tourné chez un très bon ami qui était dans la même promo et je me rappelle qu’on cassé son carrelage d’entrée. Mea culpa Nico, j’ai peur de croiser tes parents depuis.» (rires)
F. E. G. :« Je préfère le prochain… » dit-il en riant. Bonne réponse !
Je suis très très critique sur mes premiers courts, c’était un travail d’école et puis je suis plus mature aujourd’hui. Ce sont des films que j’adore mais je changerai beaucoup de choses aujourd’hui. J’ai changé, j’ai muri et puis je pense que j’étais plus dans la technique à l’époque. 2 + 2 faisaient 4… Alors qu’aujourd’hui juste pour me faire plaisir j’aurai bien envie de dire 2 et 2 font 5 à la fin de mon film. A l’époque je n’osais pas me lâcher
Je suis plutôt quelqu’un de l’image, je préfère de beaucoup réaliser, faire de la mise en scène, de la direction d’acteurs, composer mon plan. Je vibre plus derrière une caméra que devant une feuille blanche.
A noter que Barye a été sélectionné à plusieurs festivals : USA Brooklin Int Film, le Festival Festroia – Portugal 2007, Off-courts - Trouville 2007 etc.
V10.47 a reçu un prix : Prix du Public –Festival Ecran Libre France 2008
Pendant ce temps il faut aussi payer ses études et le reste alors vous avez pu le croiser à cette époque… au BHV … mais surtout comme hôte d’accueil dans plusieurs agences. C’était le joli sourire qui vous accueillait dans les salons mais aussi sur les plateaux tv.
Et oui, souvenez-vous quand je vous parlais du public à la télé. Mais si (Lien : je veux passer à la télé, faire partie du public pour commencer ). Fred a fait parti de ces personnes, filles principalement, mais aussi de charmants jeunes hommes en fond de gros plan des invités et animateur. Il a fait cela en particulier sur les émissions de Michel Drucker ! Si tu nous écoutes…
F. E. G. : « En fait quand je suis arrivé en France, j’étais fasciné par la « cuisine », les coulisses de la télé, du cinéma. Je voulais absolument voir tout ce qu’on ne pouvait pas voir : comment étaient construits les décors. Grâce à ces figurations, je pouvais me balader partout dans les studios et en plus j’étais payé… enfin juste le minimum syndical»
En fait il est apparu dans les premiers rangs du public de plusieurs grosses émissions de variété mais il ne veut pas me donner d’autres noms ! Cela se fait mais ne se dit pas. Le public est beau naturellement… Bien sûr ! (Pour les émissions de Michel Drucker… il me l’avait raconté il y a bien longtemps donc je peux cafter ! )
Revenons-en à son métier de réalisateur
Nouvelle étape : la sortie en 2007 de l’EICAR avec son diplôme. Comment cela se passe-t-il ?
F. E. G. : On sort de l’école la tête dans les étoiles on rêve un peu et on atterrit rudement. Mais alors je ne tourne pas ? Personne ne m’appelle ? Alors là, il faut aller chercher du boulot, faut frapper aux portes. On commence par contacter ceux qui dans notre réseau personnel sont liées au milieu de la production. J’ai la chance d’avoir des amis merveilleux qui m’ont introduit dans le milieu de la publicité et des films événementiels.
J’adore la publicité. Il y a de vrais bijoux. Faire rire ou toucher des personnes en 30 secondes est un vrai challenge. J’aime bien ça.
Le travail est différent car les agences écrivent la pub et le réalisateur met simplement en scène, avec un story board bien défini. Les marges de manœuvre sont très faibles mais tu as ensuite tous les moyens techniques et financiers pour les réaliser. J’aimerai en faire plus.
Tu as aussi réalisé des films institutionnels pour des marques de cosmétiques de luxe ?
F. E. G. : Oui, mais c’est un travail différent. Il ne faut pas oublier qu’un institutionnel est destiné à une diffusion en interne. Les budgets sont donc souvent plus faibles et les formats sont plus longs et moins passionnants. C’est parfois beaucoup moins artistique. On n’est pas la pour séduire mais pour remonter le moral des employés, présenter un produit en interne, motiver du personnel. Cependant on a plus de liberté et on peut apporter quelque chose. Je suis ravi que l’agence Kikaya me propose régulièrement de travailler avec eux sur des divers projets de film.
Parfois je ne fais que de la direction artistique avec un monteur truquiste et c’est aussi intéressant. Du moment que je créer je suis ravi.
Fred vient aussi de signer un court métrage qu’il a co-écrit avec Kamel Hillion. Après les courts métrages d’école, où chacun travaille bénévolement, ce dernier sera produit par une société de production Les films au long cours. Actuellement, les producteurs et Fred sont à la recherche du nerf de la guerre : le financement (CNC régions, TV etc.) et on croise les doigts. Lien Media un autre regard – Les films au long Cours
En avant première, une courte présentation de ce court métrage :
F. E. G. : Il s’appelle « Quelqu’un d’autre ». Une histoire entre deux femmes de la même famille avec deux âges, deux destins et deux vies complètement opposées. Une relation qui aurait dû se limiter à un échange sans lendemain devient, de fil en aiguille, une lumière, une bouffée d’air pour ces deux femmes. Une tante et sa nièce par alliance. Mélange de sentiments, d’affection, d’amour. On vit cette relation avec elles sans savoir comment et où ça va se terminer et on est très agréablement surpris à la fin.
Les trois premiers courts étaient très différents. Celui-ci sera encore très différent. Je cherche à toucher les gens. Je recherche les sentiments dans un film, je cherche à créer des émotions.
Karina nous donne son point de vue sur l’Univers de Fred
« A la fois ancré dans la réalité et poétique. Fred utilise la fiction pour parler des choses qui lui tiennent à cœur : la vieillesse, le rejet social, la famille et ses dérives, la société individualiste et l’isolement qui en découle. D’un point de vue esthétique il est aussi précis dans ses choix de cadre, de décor, de costumes, de lumière. Il a l’œil au moindre détail pour que l’atmosphère de chaque plan soit préservée et pour que le film ait une « couleur » propre. »
J’ai d’ailleurs demandé à Fred s’il pensait que son passé, sa jeunesse dans les pays Baltes pouvaient influencer son cinéma. Il m’a répondu qu’il pensait que cela viendrait probablement plus tard avec l’âge. « On ne peut pas écrire un film dans lequel tout est inventé. Il y a forcément de mon parcours à chaque fois »
Si j’en crois Karina Beuthe, le Russe revient déjà à certains moments :
« Fred est en effet très réservé mais a une force de caractère qu’on découvre à l’usage : en tournage, il tentera toujours de négocier avec l’équipe pour ne pas avoir à supprimer un plan. Je ne l’ai jamais vu perdre son sang-froid, même dans les tournages de nuit quand tout le monde est fatigué. Mais je le voyais parfois parler russe avec un membre de l’équipe, le ton était vif entre deux prises, peut-être que ça l’aidait à lâcher la pression ! »Le russe comme moyen de défoulement en aparté !
D’ailleurs comment recrute-t-on les comédiens sur des courts métrages d’école alors que les comédiens sont bénévoles ?
F. E. G. : On les trouve sur les fichiers de l’école mais aussi à la maison des courts métrages ou via les fichiers de certains directeurs de casting. J’adore les castings. On n’auditionnait pas tant de gens que ça en Ecole mais c’était agréable de voir tout de suite qui sortait du lot.
Alexandre Le Provost : « Ma rencontre avec lui c’est faite comme très souvent dans ce métier par un casting qu’il a effectué lui même, ce qui devient aussi très rare… il a effectivement entendu parler de moi par une personne avec qui j’avais déjà tourné. Le casting s’est très mal passé ! Non, sérieusement on c’est tout de suite compris, je l’ai laissé me diriger ce qu’il a, je pense, fortement apprécié et je pense pouvoir dire sans trop me tromper qu’on a, tout de suite, voulu travailler ensemble. »
Karina Beuthe nous raconte à son tour comment elle l’a rencontré et comment s’est passé le casting : «J’ai toujours du mal à retracer le parcours qui mène un réalisateur à me contacter. Ce métier est un grand réseau où, à partir du moment où vous êtes une comédienne qui travaille, vos films sont vus et les gens avec qui vous avez travaillé se souviennent et parlent de vous… Toujours est-il qu’il a pris directement contact avec moi après m’avoir vu dans un court-métrage, et cherchait depuis quelques temps un physique comme le mien. J’étais le dernier rôle à distribuer, et il désespérait de trouver la comédienne dont il rêvait.
Comment s’est passé le casting ? J’ai vu d’emblée qu’il était enthousiaste car déjà je correspondais à ce qu’il avait vu sur pellicule ! Il cherchait une comédienne pas trop jeune, qui pouvait donc être mariée et mère, avec un physique plutôt américain, disons Julianne Moore par exemple. Nous avons fait quelques essais pour voir si nous étions sur la même longueur d’ondes d’un point de vue du jeu, ensuite il m’a tout de suite proposé le rôle.»
Passer un casting ce n’est pas simple pour un comédien mais qu’en est-t-il pour le réalisateur qui leur fait face ?
F. E. G. : On ne se sent pas très à l’aise au début. On ne sait pas comment s’y prendre, que demander. On doute un peu mais avec le temps on prend plus d’assurance. C’est bien d’être deux ou trois à faire passer les castings pour avoir plusieurs points de vue.
Parfois on se trompe. ?
F. E. G. : Ca arrive.
N’est ce pas compliqué de rappeler les comédiens quand on doit leur annoncer une mauvaise nouvelle ?
F. E. G. : Disons que dans mes castings je ne passais pas par une directrice de casting alors c’est du face à face, les yeux dans les yeux. Et quand tu dis à une actrice qu’elle est choisie et que 3 jours après tu rencontres une autre actrice qui est parfaite pour le rôle c’est très difficile de rappeler la première. C’est douloureux.
Même alors que ce n’est pas payé ?
F. E. G. : C’est encore plus difficile car ces personnes s’investissent personnellement. Elles ne viennent pas pour des cachets.
J’espère que cette présentation vous aura donné envie de faire sa connaissance, d’en savoir plus sur ton travail et de le contacter.
Comme vous l’avez compris, depuis son arrivée en France, la passion pour le cinéma l’a vite envahi. Il « bouffe » des films au cinéma, en DVD chaque jour et tente grâce aux avant-premières auxquelles il est invité de se faire connaitre, de rencontrer des producteurs mais aussi des comédiens et comédiennes pour notre plus grand plaisir !
Lien Media un autre regard – Fred Eldar Gasimov
Merci à Karina Beuthe et à Alexandre Le Provost pour leur participation :
- Actualité de Karina Beuthe : « Après plusieurs longs-métrages, en 2006 et 2007, j’ai décidé d’avoir des enfants, ce qui a légèrement modifié mon organisation professionnelle ! Actuellement, je joue dans la Compagnie au Coin du Cercle une danse-création « Est-ce Ainsi que les Hommes s’aiment ?« , en tournée en Ile-de-France et Champagne-Ardennes. Et je m’occupe de mon fils d’un an et du prochain en route… » Lien Media un autre regard – Karina Beuthe
- Actualité d’Alexandre Le Provost : « Je viens de finir 2 films : un film tv et un autre pour le cinéma. Le 1er pour France 2 « unité spéciale 1924« . Le deuxième est un film de Gilles Pacquet Brenner, une adaptation du livre « elle s’appelait sarah » avec Kristin Scott Thomas et Niels Arestrup.
Pierre Semmler : Comédien « fétiche » de Fred (Barye et V 10. 47 qui vient de tourner dans Cargo. Lien Media un autre regard – Pierre Semmler
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