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30 novembre 2009

Retour sur Enquête exclusive : la bataille du centre de Paris

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Enquête exclusive - Bataille du centre de Paris
Enquête exclusive - Bataille du centre de Paris
Enquête exclusive – Bataille du centre de Paris

« Scandale » dans le Parisien autour du « Grand frère » l’émission diffusée sur TF1 ? Le reportage diffusé sur M6 dimanche soir dans Enquête exclusive et produit par l’agence Tony Comiti mérite aussi qu’on s’y arrête quelques instants.

Il n’est pas aisé de raconter en 1 heure un quartier et les raccourcis peuvent être trompeurs. Dans le cas présent, je n’ai pas reconnu le quartier dans lequel j’habite.

Raccourcis, caricatures souvent soutenus par des propos en voix off très agressifs et surprenants.

J’ai fini par me demander si les journalistes avaient enquêté ou étaient venus chercher les « personnages » qui pouvaient illustrer l’image du quartier qu’ils avaient prévue de raconter.
De manière générale, sur ce blog, j’essaye de mettre en avant les émissions que j’apprécie et particulièrement le travail des intermittents, journalistes et prestataires.

Dimanche 29 novembre à 22h45 bien passées sur M6, j’ai regardé l’ « enquête » sur le quartier des Halles. Je l’ai regardé car c’est mon quartier mais aussi car je voulais voir de quelle manière était évoqué la relation riverains et commerçants du quartier Montorgueil dont je vous parle de temps en temps et qui devait être une petite partie du reportage. J’avais d’ailleurs assisté par hasard à la fin du tournage de la séquence des verbalisations des restaurants rue Montorgueil et discuté quelques minutes avec l’un des deux journalistes.

Je travaille à la télévision depuis assez longtemps pour savoir ce qui fait « vendre », avec quoi accrocher le public mais le teaser de début d’émission est un modèle du genre :
Sur fond de musique inquiétante, des images de violences, (couteaux, charge de policier, sdf et son gaz anti agression) et des mots inquiétants. Le teaser se termine sur les propos d’une femme policier : « Ce ne serait pas la première fois qu’on aurait des règlements de compte à coup de couteau. Le quartier est un peu connu pour ça, vous le savez bien »

Et bien si toi public, si tu ne le sais pas on va te le montrer… On va t’en donner à voir pour justifier notre titre bien vendeur « la bataille du centre de Paris »

Cumul de séquences de violence : Fauche dans un magasin de vêtement, papiers falsifiés à la Fnac, agression à la béquille par des jeunes filles dans le métro, querelles de bandes sur le parvis des Halles, et ainsi de suite.
Oui, le quartier est le lieu de rassemblement le mercredi et le samedi de jeunes désœuvrés. Oui il y a de la violence parfois voire de plus en plus. Mais pourquoi vouloir raconter les halles uniquement par ce qui peut s’y passer le mercredi et surtout le samedi soir ?

Et pour bien insister sur le caractère violent, quelle avalanche de termes en voix off :
Parlant d’une boutique de vêtements qui subit de nombreux vols, on a eu droit à : Elle doit « Organiser sa journée comme un général en campagne », « la directrice de magasin a prévu des munitions », « briefing des troupes » C’est la guerre dans les halles ?

Je passe sur les images de violence, de charges contres la « faune ». Et oui c’est ainsi qu’en voix off sont nommés les bandes de banlieusards.

Par contre on a bien vu le travail de la police, des images d’une police mesurée enfin presque, en tout cas sujette à aucune critique.

Pour ceux qui ne le savent pas , les halles, ce sont aussi des parcs pour des enfants, des zones de pétanque très calmes en journée et même souvent le soir mais le reportage a préféré rester sur le sensationnel.  Des situations difficiles existent mais ne font pas toute l’actualité du quartier et heureusement.

Autre exemple : la Rue st denis : « le quartier le plus sulfureux de Paris » ouaihh, enfin du sexe !

Dans l’imaginaire de tous c’est la rue de la prostitution, des sex shops. Mais ce quartier a beaucoup changé, en partie grâce à la Mairie, comme cela est expliqué, mais pas seulement. Vous pouvez vous y promener sans croiser à chaque coin de rue, à chaque entrée de vue une prostitué aux seins plantureux et exposés au grand air comme celles présentées dans le reportage. De la retape ? Oui mais à l’intérieur. « des lieux interlopes à transformer en commerces respectables » nous dit ont enfin.

Autre personnage de ce reportage : « le bobo » « avec un grand appartement », « citoyen aisé qui aime le quartier populaire » (présenté tel quel en voix off). Il s’agit en fait du président de l’association Accomplir, une association qui représente des riverains du quartier. Mais oui, il fallait bien un bobo dans le sujet alors on le présente en tant que tel.

Enfin, il nous manquait les 2 dames âgées en chemise de nuit comme il est rappelé en voix. Elles sont dans la rue Montorgueil à 5h du matin et se plaignent d’être réveillées dès 5h, tous les matins, par les livraisons trop matinales. Voici la présentation des riverains du quartier Montorgueil. Retour d’ailleurs au vocabulaire guerrier : « guerre de tranchée dans la rue Montorgueil opposent commerçants à quelques dames bien remontées »

Le reportage montre à un moment une querelle bien classique et réelle il est vrai entre un restaurateur et un policier qui vient de le verbaliser d’une amende de 35 euros. (oui je sais la somme est ridiculement peu dissuasive). On nous parle cependant du Quartier Montorgueil comme d’un quartier dans lequel on retrouve l’« ambiance de Paris authentique »

Agent de la Marie de Paris verbalisant le Bianco, restaurant récidiviste

Agent de la Marie de Paris verbalisant le Bianco, restaurant récidiviste

Miiip encore faux et caricatural. Seul le décor, les bâtiment payés et entretenus par les riverains sont encore authentiques. Les cafés et restaurants ont quasiment tous changé de main et font aujourd’hui dans le voyant, le bruyant et dans le « tendance ». Chiffre d’affaires maximum à faire en très peu de temps avant d’être déjà démodé et d’être remplacé par un autre restaurant. Cela va vite dans le quartier. Cette transformation en centre commercial à profits immédiats est la principale raison de la forte augmentation des nuisances sonores. Le quartier n’a plus rien d’authentique, c’est du tape à l’œil.

Quand aux prix de l’immobilier, contrairement à ce qui a été dit, il a chuté dans le quartier. A cause des nuisances et de la transformation du quartier en zone commerciale pour touristes parisiens et étrangers ?

Je ne suis pas journaliste, donc ce n’est qu’un point de vue personnel (c’est aussi cela le principe d’un blog) mais je vous propose de comparer le travail réalisé sur ce documentaire et ce que nous expliquait Nicolas Valode de Tac Presse il ya quelques semaines sur le travail d’investigation, et en particulier sur les aprioris et le travail de recherche. Lien : « C’est un sujet de Tac Presse » – Le métier d’Agence de Presse

J’avais insisté pour avoir le DVD du programme avant la diffusion et ainsi pouvoir vous en parler avant mais sans succès. Je comprends mieux depuis hier soir.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Lien Media un autre regard – M6 Replay






8 commentaires


  1. Merci Emmanuel de me rendre mon identité. Dans ce document les protagonistes ne sont que des prénoms: Chantal, Danièle, Françoise, Gilles… Quatre personnes appartenant à des associations, dont une présidente et un président. Chantal est SDF mais aussi membre de l’association Mains Libres et bénévole. Quand Françoise et Danièle sont dans le rue à 5h du matin, c’est en tant que riveraines, membres d’une association qu’elles interviennent. Quand Gilles demande à un kebab son autorisation de terrasse, c’est en tant que riverain président d’une association, sinon de quel droit le ferait-il? C’est d’ailleurs en tant que tel que je me suis présenté auprès des gérants d’établissement. Mais tout cela est tombé au montage.
    « La bagagerie a été créée par des habitants et des SDF ». Ah? Il suffit d’avoir une idée et hop par magie, ça existe. Eh bien non, il a fallu une association au départ (Accomplir) qui a fédéré d’autres associations pour monter ce projet, lever des fonds, intéresser les pouvoirs publics… Et des mois de préparation. Puis la bagagerie est devenue autonome, elle a ouverte et elle est gérée par l’association Mains Libres.
    Pas une seule fois le mot association ne figure dans ce reportage. C’est pourtant à ce titre que j’ai été contacté pour cette émission. C’est aussi parce qu’elle est présidente d’une association du quartier Montorgueil que j’ai recommandé Françoise aux journalistes.
    Il y a aussi de nombreuses scènes qui ont été filmées mais que nous n’avons pas vues:
    – des discussions avec des gérants de plusieurs établissements (Guiness Tavern, Brousse Bar, Enio, Pasta Rica, Crep’ Show, la pizzeria du bas de la rue Saint-Denis, le kebab au 17 rue Saint-Denis,…)
    – les discussions devant ENIO et le Brousse Bar avec notamment des interviews des commerçants étouffés par les terrasses
    – des parties rue Montorgueil avec discussions avec gérants et clients aux terrasses
    – la visite du jardin et notamment la visite guidée du Jardin Lalanne et un passage sur la place René Cassin. Mais ces images de quiétude ne collaient à ce qu’attendait M6.
    – le compte-rendu de mandat de Delanoë dans le 1er. J’étais équipé d’un micro HF. Mes questions ont été filmées. Les réponses de Delanoë aussi, notamment lorsqu’il nous a conseillé d’aller vivre à Rodez.
    De tout cela rien. Pourquoi? Décidément on n’est passé à côté d’un vrai sujet!
    On a quand même une petite idée vers la fin. Il faut rénover le quartier. Et de nous sortir la propagande institutionnelle de la Ville de Paris. Après les scènes de violence urbaines que l’on a vues, on ne peut qu’être d’accord avec le projet de la Ville. La rénovation des Halles va chasser « la faune » (quelle horrible voix off), les bandes, les SDF, les voleurs à la tire, les prostituées… Un vraie purification ethnique du quartier! Eh bien ce jour-là je partirai car je ne serai plus aux Halles!

    Gilles Pourbaix
    Président de l’Association Accomplir


    • Effectivement ici quand les commentateurs ne restent pas anonymes, les noms et titres sont acceptés (quand je peux les valider… C’est mieux)
      Je ne reviendrais pas sur la totalité de ce commentaire.

      Je pense cependant qu’il faudra que je vous propose prochainement un article sur l’interview. En effet, avant d’imaginer qu’un journaliste soit malhonnête , il faut toujours garder en tête que l’on tourne beaucoup, beaucoup plus que le nombre de « minutes utiles », que le minutage réel au final dans une émission ou un documentaire. La plupart du temps, le journaliste amasse un maximum d’informations sur différents thèmes. Il rencontre ensuite d’autres interlocuteurs et choisira au moment du montage les séquences les plus intéressantes par rapport à son propos. Le choix dépend souvent de très nombreux critères. Comme vous l’avez compris j’élargissais la discussion à l’interview en générale et pas à celles réalisées pour ce reportage.

      Je vais essayer de rencontrer un journaliste pour vous en parler. Mais oui très souvent on est déçu par le montage d’une interview. On trouve toujours qu’une autre phrase était meilleure et on a toujours un message qu’on veut passer alors que la personne en face vient chercher des informations qui peuvent être différentes… Cela s’appelle la communication…


  2. Gaspardgrognard

    Habitants du quartier, vous le connaissez, vous y déambulez chaque jour, au point que, inconsciemment vous n’y voyez…que votre quartier.
    Or, pour quelqu’un qui y vient accidentellement, ou tout simplement, de temps à autre, par exemple, pour un achat à la Fnac, ou un « petit shopping » histoire de se passer le temps, la vision du quartier est nettement différente de la vôtre.
    Madame XXX arrive porte Lescot pour emprunter l’escalator. Une troupe de « jeunes » (entre 14 et 30 ans !), vocifère, se congratule avec force démonstration, se lance à forte voix des « quasi injures » comme ça, pour rire. (salut connard, et autres beau langage, tout ça avec un accent de langage de type Rap).
    Madame XXX, commence à avoir peur, et tente de se faufiler quand même vers l’accès à l’escalator. Elle y parvient et ouf. Hélas, un petit groupe de « jeunes » la bouscule, car eux, descendent l’escalator en grandes enjambées sur la gauche et se fraie un passage en jouant des coudes.
    Franchement, croyez-vous que Madame XXX a la vision d’un quartier calme et tranquille ? Certainement pas.
    D’ailleurs ces « jeunes » qui s’attroupent, pas seulement le mercredi et le samedi, mais tous les jours, du matin au soir, que font-ils là ? Pourquoi les policiers (pas ceux du capitaine Malzieu), non ceux qui attendent, et croupissent, assis dans leurs cars, n’interpellent pas ces jeunes.? Certains sont mineurs, d’autres ont même nettement moins de seize ans. Ils devraient être à l’école. D’autres, plus âgés, semblent ne pas travailler, puisque à l’heure ou vous, vous travaillez, eux « glandouillent », vêtus de tenues mode dont le prix, des baskets au blouson, en passant par les baggies, dépasse la valeur d’un smic.
    Pourquoi la police ne leur demande pas ce qu’ils font là tous attroupés, ainsi que décrit plus haut, gênant l’accès aux escalators. Leurs revenus, ne serait-ce pas le produit de leurs trafics, dont l’activité est très visible pour tout le monde, sur les margelles, près du manège. C’est le cas de le dire, un manège !
    Cette police, celle du capitaine, dite de proximité, employée à faire de la répression en opérations « coup de poing », ne saurait dans ces conditions être au service de la population, comme il semble que cela devrait être la mission prioritaire. La répression c’est le travail de la police, genre CRS, ceux des cars garés en permanence.
    Si la police du capitaine ne s’occupait pas de ces trublions, elle aurait le temps de s’occuper des délits de voie publique. Stationnement abusifs, circulation de deux-roues dans les voies piétonnes, dans le jardin, empruntant sans vergogne les sens interdits, franchissant les feux rouges, etc.
    Cette police pourrait, et devrait être présente, des patrouilles à pied, régulièrement. Des policiers de prévenance, d’attention au bonheur de vivre des citoyens.
    Dans le quartier des Halles ce n’est pas le cas.
    Rue Montorgueil, n’en déplaise aux amis d’Accomplir, les abus de terrasses sont toujours là, les commerçants ne tiennent aucun compte de ce que peut bien vouloir (sans le pouvoir) le maire du 2e. Dès que la clientèle est là, ils
    « s’étalent », les chaises des consommateurs débordent parfois jusque sur la chaussée. Le reportage en parle correctement. Et c’est ça, que constatent ceux qui viennent là, de temps à autre. Et ils se sentent en insécurité.
    Les visiteurs de cette voie, modèle de voie piétonne à Paris, constatent qu’elle est sillonnée par de nombreux véhicules qui passent simplement et s’en vont. Motos, scooters, autos légères ou gros 4×4 rivalisent d’encombrement et de gêne pour les nombreux piétons, avec les bicyclettes qui dans certains cas viennent, ici, s’entraîner pour le futur Tour de France !
    Je pourrais continuer longtemps et longuement.
    Ce reportage que vous n’appréciez pas, vous les « habitants du quartier », fut, pourtant assez bien le reflet d’une réalité qui vous énerve, et je peux le comprendre, mais si vous voulez qu’on fasse croire que ce quartier, est calme, tranquille, agréable, sécurisant, vous risqueriez de créer pas mal de déception aux visiteurs occasionnels.
    Moi, je suis pour établir un réel inventaire des nuisances, et ensuite d’agir directement auprès des instances décisionnaires.
    Certainement pas auprès des maires d’arrondissement, ni auprès de la mairie de Paris et ses nombreux services, comme cela se fait actuellement avec l’insuccès qu’on peut constater.
    Non, directement auprès de la Préfecture de Police, et même du Ministre de l’Intérieur. Exiger une vraie police de proximité.Exiger le respect des lois (Code de la Route) pour les véhicules circulants. Exiger le respect des règlements et arrêtés fixant précisément le fonctionnement des voies piétonnes, des jardins et des allées.
    Mais ça, on ne peut pas le faire avec les « petits moyens » d’associations gérée uniquement par des bénévoles.
    Désolé, mais si on veut obtenir, il faut mettre les moyens.


    • Au concours de qui sera le plus long j’ai perdu sur ce coup là!
      difficile d’en dire plus sauf de constater qu’on n’est pas d’accord sur tout.
      L’anonymat a ses limites


      • Maïté Bouyssy

        Je ne comprends pas quelle est l’impression finale ici défendue par le visiteur qui se la joue à la Madame Michu. Habiter un quartier, c’est d’abord avoir son rythme, et un rythme personnel adapté à des services quotidiens dans un ensemble de rues, ce qui évidemment nous fait rentrer sous terre aux heures de pointe du telles que le samedi à 15 heures, heure de multiples trafics, licites ou pas. On ne peut réduire les nuisances liées à tout grand carrefour de transports et donc de foules à 100 m2 avec à la clé l’insinuation qu’une opération urbanistique de 700 millions d’euros apporterait la réponse adéquate. L


  3. Gaspardgrognard

    Court !
    On est bien plus d’accord que vous ne le pensez.
    Sauf sur la façon dont ce reportage a été construit.
    L’anonymat ? J’ai proposé de vous rencontrer.
    Ce soir, à 20h à la mairie du 2e il y a réunion de quartier. Étant membre, vous pouvez me rencontrer…si vous le voulez.

    Pas trop long !


  4. Julien Fu

    En 1heure il faut montrer le maximum lors d’un reportage . La preuve en ce

    moment avec le scandale de l’émission le  » grand frère  » . Deux jours avant le tournage pascal avait reçu un document ou était écrit tout ce qu’il allait se passer durant le tournage ….

    Une des productrice a avouer  » On filme la vie en accéléré,en quelque sorte  »

    Eh beh =//



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