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4 janvier 2010

Le Steadicam – Partie 1 : Introduction

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Karim, son assistant & son steadicam

Karim, son assistant & son steadicam

Avec un i comme la marque Steadicam ou avec un y comme nous sommes nombreux à l’écrire, peut-être à tord, le système du steadicam m’a toujours fasciné.

Il faut dire qu’il était beaucoup utilisé  à une époque où j’étais étudiant en Classes prépa aux Arts et Métier. (Et oui à l’époque plutôt branché Techno que money.. . l’école sup de commerce est ensuite passée par là ! ) Autant vous dire donc que, déjà à l’époque, cet objet magique me fascinait.

Il permettait de réaliser des mouvements fluides sur n’importe quel terrain et de tourner des plans séquences de parfois 5 minutes.

J’avais autant envie de savoir comment il fonctionnait que d’en utiliser un.

Grâce à Karim Boukerche, opérateur de steadicam rencontré avec son matériel sur le tournage de C’est notre affaire sur France 5, c’est bon, j’en sais aujourd’hui déjà plus sur son fonctionnement et je vais donc pouvoir partager ces informations avec vous.

Quand à en utiliser un… et bien faut encore que je convainque Karim ou un autre cadreur de m’en offrir la possibilité.

Mais place aux images cinéma :

Belle bande démo non ? (oui je sais, la bande démo a été réalisée uniquement avec des films d’avant 2007)

Le steadicam peut, bien sûr, être aussi utilisé en plateau, en particulier dans les variétés. Vous avez pu en voir un très récemment sur le plateau de La France a un incroyable talent réalisé par Franck Broqua sur M6. (un extrait avec Skorpion en fin d’article)

Mais regardez déjà cet autre extrait assez bluffant : (la séquence est à 2 minutes du début… mais bon si vous êtes vraiment fan d’Eurovision ne boudez pas votre plaisir !)
http://www.youtube.com/watch?v=5qR-cNtm3Ek&feature=player_embedded

Alors ? Impressionné ?
Je l’ai été aussi surtout lorsque j’ai pu  découvrir en image comment la séquence avait été tournée. Et oui il y a un stead mais pas seulement !
Mais va falloir être un peu patient… la vidéo des explications dans le prochain article sur le stead !

Cool, le steadicam ! (Comme le dirait mon neveu, enfin lui il dit cool pour un tas de trucs !). En plus le stead offre tant que possibilités de réalisation et pas seulement en plans séquences.

Et pourtant il avait presque totalement disparu des plateaux de télévision. Presque, car il fait de temps à autre des retours comme donc sur cette récente émission de M6 mais aussi lors d’une session de la Star Ac,  et bien sûr pour les aficionados de l’Eurovision, il fait, avec certaines grues, partie du kit imposé chaque année au réalisateur de l’événement.

Mais pourquoi est-il moins utilisé depuis quelque temps en plateau ?
– Peut-être tout d’abord car on l’a trop vu? : Sacré Soirée , Star 90 au Pavillon Baltard avec Valentin Monge, l’opérateur stead, star des plateaux à l’époque.
Et hop Top au Stead …. et le stead de partir vers le chanteur pour faire un 360° autour de lui avant de sortir du champ pour laisser le réalisateur passer un gros plan de l’artiste puis un plan plus large quand le stead n’était plus dans le champ.

Valentin Monge – Star 90 – Steadicam

Une utilisation devenue rapidement commune et donc ennuyeuse. Il fallait avoir un stead sur un plateau de variétés.

Rassurez-vous cela a été la même chose ensuite avec les grues. Plus elle était imposante, plus le bras était long et donc la location chère, plus le réalisateur pouvait se sentir important. Y aurait pas un truc phallique là dedans… revenons à nos moutons !

– A cause des inconvénients liés à sa mobilité?
Si le steadicam  peut se déplacer partout, réaliser toute sorte de déplacements, même dans des escaliers ou sur des sols difficiles  comme les sols de décors compliqués en plateau mais aussi dans des chemins escarpés en extérieur, cela peut aussi devenir un défaut.

Défaut ? Oui car il peut passer partout et donc être parfois très près de l’artiste au risque de passer dans la lumière et en particulier dans les faisceaux des poursuites, ces lumières qui suivent les chanteurs pour les éclairer parfaitement de face.

Lors de ses mouvement, l’opérateur stead ainsi que son assistant passent aussi dans le cadre des autres caméras. Si la séquence est mal répétée, si le stead ou l’assistant sont parfois décalés de quelques centimètres, ils peuvent alors passer par erreur dans le champ de leurs collègues. Et comme aujourd’hui on a parfois peu de temps pour répéter…

– pour des raisons techniques liées aux liaisons HF.
En effet, dans les années 90, les liaisons HF étaient encore analogiques.

Pour récupérer en direct les images du stead, il fallait faire appel à un pointeur, un technicien placé en hauteur qui pointait son récepteur vers l’antenne posé sur le stead. Le pointage devait être précis et en plus, il ne fallait pas d’obstacle entre le pointeur et le stead. Les risques de perte de liaisons, en particulier au pavillon Baltard où se tournait Star 90 présenté par Michel Drucker sur TF1, étaient importants. (comme le montre la photo précédente extraite du livre Star 90 – Michel Drucker, photo Patrick Roncen)

Quand le programme était enregistré, certaines productions demandaient aussi au steadicamer d’enregistrer ses images directement sur sa caméra. On pouvait ainsi les réintégrer au montage pour remplacer les images de mauvaise qualité, perturbées par la mauvaise réception HF. Mais cela demandait du temps.. Et de l’argent.

Il arrivait aussi parfois de coller un fil à la patte au steadicam, bref de le relier à la régie avec un câble comme toutes les autres caméras.  L’intérêt du Stead était alors amoindri… Et parfois on pouvait apercevoir le câble à l’image… comme dans cette autre séquence de l’Eurovision dans une toute petite salle de spectacle en Israel. (séquence en fin d’article)

Mais aujourd’hui tout cela a changé. Avec les liaisons HF numériques, les problèmes de liaisons HF sont bien moindres. On voit d’ailleurs les caméras épaules HF se multiplier sur certains tournages (la cérémonie du 11 novembre etc.  lien)

– A cause du coût du Stead et de son équipe.
En effet un steadicam est très cher : de plusieurs milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros à l’achat. Il faut donc les amortir dans le prix de location de la machine.
Le cadreur est très spécialisé, il est donc mieux payé, et parfois très très (trop bien ?  qui a dit ça… ben oui je reste dir de prod !) payé parfois. Il doit en plus être accompagné d’un assistant qu’il faut bien payer aussi.

– A cause de l’arrivée de nouvelles machineries
Sont ensuite arrivées les grues. Elles ont apporté des mouvements totalement nouveaux et différents, mouvements que l’on pouvait obtenir avec des Dolly au cinéma mais cela restait compliqué et cher. En France sont arrivées les grues techno, super techno et surtout la Taipan moins chère et très malléable. L’utilisation des grue s’est démocratisée.
Budgétairement il fallait donc choisir entre Grue et Stead.

Sont ensuite arrivés les premiers juniors, ces machineries qui permettent à des caméras de bouger sur des rails tout d’abord droits puis assez rapidement courbes et souples pour épouser les formes des décors.
Le junior ne permet pas autant de mouvements puisque le déplacement de la caméra est restreint entre les 2 extrémités du rail mais a l’avantage de pouvoir être commandé à distance et par une seule personne. Le junior est donc bien plus discret et économique

Là je parie que vous vous dîtes : mais c’est quoi cet article ! Il nous dit qu’il adore le stead et il finit par nous donner toute une liste de raisons de ne pas l’utiliser ! Il a mal récupéré de ses réveillons ?

Mais non, tout va bien, merci, et regardez à nouveau les premières vidéos ! Vous pensez toujours que le stead n’a plus sa place à la télévision, dans la pub ou au cinéma?

Et puis maintenant que je vous ai expliqué pourquoi il avait fini par disparaitre, je vais pouvoir vous donner tous les autres arguments pour le revoir peut-être réapparaître un peu plus souvent à la télévision.

Je vais aussi pouvoir prendre le temps de vous parler de tout ce que permet de faire le steadicam, de vous expliquer les secrets de son fonctionnement, de vous parler du duo Opérateur Steadicam/ Assistant, de vous parler des prix (achat, location, moyens humains,), de ses réglages… et vous montrer encore d’autres images, bien sûr

Et par-dessus tout de vous parler d’hommes car,  comme dans toute machinerie, ce sont d’abord les hommes qui le manient et les réalisateurs qui utilisent toutes leurs capacités qui font la différence.

Enfin je vous parle d’hommes mais je pourrai aussi vous parler de d’une femme opératrice Steadicam dont Karim m’a parlé.

Lien Media un autre regard – Karim Boukerche – Live Prod

Et comme promis, tout d’abord les images du passage du câble du stead filaire à 2’50 dans cette séquence avec Charlotte Nilsson, la gagnante de l’Eurovision de cette époque (Si vous ne regardez pas la séquence en entier pour la musique, vous pouvez tout de même la regarder pour l’opérateur steadicam, que l’on voit  très bien, trop bien se préparer à Cour oups Jardin je veux dire(à gauche de la scène)! (Merci Ant1.. j’avais une chance sur 2) Lien Media un autre regard – Cour Jardin!

Et pour ceux qui veulent voir ce que la chirurgie esthétique permet, revoyez la même artiste, il y a un an (avec un nom différent) encore plus étonnant que les mouvements de stead (HF cette fois) sur son titre.

Place enfin à la sympathique prestation de Skorpion dans La France a un incroyable talent tournée en partie en steadicam et réalisée par Franck Broqua.






8 commentaires


  1. philippe

    Très bonnes explications sur le stead. Bravo Emmanuel. Je conseille à tous de regarder l’excellente séquence de fin de film de « BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN » (Kenneth BRANAGH), où l’on peut voir l’utilisation couplée d’un stead et d’une grue dans un plan séquence d’environ 3mn : magnifique.


  2. Fred B

    Bonjour Manu, et une très belle année à toi 😉
    Merci pour ton bel article, et un petit nota afin de souligner l’un des plus beaux plans séquence au stead du cinéma, un chef d’oeuvre de cadre, de réalisation et de mise en scène : « Les affranchis ». La scène part d’une clé dans la portière d’une voiture, suit un couple qui en sort et qui rentre dans un cabaret en passant par les cuisines, avant d’arriver dans la salle et de se faire dresser une table… Bien que scripte, je ne l’ai jamais chronométré… mais une chose est sûre : de belles minutes de pur chef d’oeuvre ! A voir et à revoir !


  3. Ant1

    Tout d’abord bonne année ! Plein de tournages, de productions et de boulot à tous !

    Merci pour cet article très bien fait, comme d’hab ! 😉

    Côté cour, en revanche, c’est à droite depuis la salle (qui sert de point de vue de référence habituellement à tout le monde, non ? Y compris pour les dir prod, si je me goure pas…?! 😀 ). Le stead est côté Jardin, donc…

    Le plus rigolo, c’est la quantité de vidéos de système D avec des mecs qui se fabriquent des Stead « du pauvre » avec des trucs et des machins (pour des résultats qui ressemblent aussi parfois à des « trucs et des machins » !) genre balai de récup ou reste de tuyaux… Preuve que le système intéresse beaucoup de gens parmi les amateurs ou semi-pros.


  4. ludovic baron

    Super le montage avec les images de stead 🙂
    J’ai d’ailleurs toute une scène en Stead dans mon prochain film.

    des bizz



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