Point de vue

12 février 2010

Les medias, opposants à abattre ? A vous de juger

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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« Sarkozy a raison. Les médias, il faut les passer à la kalachnikov » aurait dit Eric Besson avant son passage sur RMC et BFM TV cette semaine.

Ce n’est pas la première attaque du genre. Mais contrairement au titre de l’émission d’Arlette Chabot sur France 2, pas de passage par la case jugement, ou plutôt si, mais à la manière d’un président qui ne juge plus que des « coupables »!

Mais pourquoi tant de haine ?

Contre les médias ou les journalistes d’ailleurs?

Le média est avant tout un intermédiaire entre deux personnes, celui qui émet le message et celui qui le reçoit. Le journaliste, par contre, n’est pas et ne doit pas être qu’un transmetteur d’infos, de paroles, de propagande diront certains.

Ah si seulement les médias n’étaient que le relais de la voix du pouvoir !

Tous les partis ont au moins un point en commun : leurs attaques répétées contre les médias et journalistes. Le Président de la République, encore lui, et l’UMP en premier lieu, comme souvent d’ailleurs pour le parti au pouvoir dont on attend des actions et des résultats ne cessent pas de critiquer les médias en même temps qu’ils en abusent.

L’opposition n’est pas en reste, de Martine Aubry râlant régulièrement contre la meute de journalistes aux attaques ahurissantes de Vincent Peillon contre France Télévisions (lien) en passant par François Bayrou sans oublier Lepen, père, fille et bientôt petite fille…

Les journalistes sont-ils parfaits, une « espèce » à protéger ? Bien sûr que non et comme dans toute corporation, il existe aussi une certaine solidarité qui n’est pas toujours justifiée.

Les médias ont-ils tant de pouvoir ?

Editos, enquêtes, scoops, unes accrocheuses, l’offre des médias est riche et variée. Chaines d’informations en continue en nombre, forte consultation de sites internet d’information, le goût pour l’information reste fort.

Les humoristes ont aussi depuis longtemps fait des hommes politiques leurs têtes de turc. Véritable poil à gratter, les Cantelou, Guillon et Guignols ne font pas toujours plaisir. Surtout quand ils deviennent pour certains jeunes, le seul contact avec la politique : « Vous ne ressemblez pas à votre marionnette! « 

Les journalistes sont critiques, leurs éditos ou prises de paroles sont souvent musclées.  Certains aiment se payer un homme politique de temps à autre. La concurrence entre eux et bien sûr, la concurrence avec le net et certaines paroles libres les incitent à en faire toujours plus.

Et, plus ils sont critiqués par les hommes politiques, plus ils sont tentés d’en rajouter jusqu’à la démagogie et le populisme parfois.

Le Petit journal et d’autres émissions nous aident à comprendre les techniques de com des politiques. Et les images peuvent être redoutables. Ces émissions, comme le web ne laissent plus rien passer. Les nouvelles technologies (caméra sur smartphones, mobilité etc.) facilitent encore la tâche.

Mais, si le Petit Journal énerve effectivement les hommes politiques, s’il ne doit pas être la seule source d’information politique, par combien de personnes est-il regardé ? Par combien de personnes comparées aux 50% de part de marché réalisés par le JT de Jean Pierre Pernaut qui n’a jamais parlé de l’affaire Hortefeux et ses Auvergnats, qui oublie souvent l’actualité internationale… ?

De plus, il est à parier que les fidèles téléspectateurs de Yann Barthès viennent pour découvrir les coulisses de la communication politique. Ils ont déjà cette curiosité, ils sont déjà informés.

Qu’en est-il de la population du 13h de JP Pernaut qui n’a que ce journal et la presse locale comme source d’information sans parler de ceux, les jeunes en particulier, qui n’ont plus aucun intérêt pour les médias.

Les bonnes audiences, à l’échelle Canal +, du Grand Journal montrent cependant que la politique peut encore intéresser à la télévision. A vous de juger, C dans l’air, Mots Croisés, Dimanche +, les chaines d’infos ont le méritent d’exister et intéressent. Et, il leur en faut de l’obstination, de l’imagination pour tenter d’intéresser le grand public à la politique et aux hommes politiques malgré eux. Les médias donnent encore de la place aux débats politiques, surtout quand l’enjeu des élections approche.

Le débat existe, entre journalistes et politiques, entre journalistes eux mêmes et même encore encore hommes politiques même si cet exercice aussi les rebute de plus en plus. Les hommes politiques ne veulent plus que parler seul, sans contradicteur quel qu’il soit et en contact direct avec les « français »

Pourquoi n’écoute-t-on plus les politiques ?

Il y a bien sûr encore quelques hommes politiques très peu doués pour s’exprimer via les médias traditionnels. Jacques Chirac a mis du temps à apprivoiser la télévision, certains encore aujourd’hui ont des difficultés à exprimer leurs pensées, d’autres du mal à apprivoiser le Web et les nouvelles technologies.

Mais en fait la plupart dépensent des fortunes en cours de communication, en séances de coaching diverses et variées pour mieux apprivoiser les médias (postures, stylisme, relooking, débit, vocabulaire, argumentation et…)

Un vrai business pour tous ces conseillers media..

Et puis certains, comme Nicolas Sarkozy, sont des enfants de la télé, habitués aux medias, attirés par les lumières et les caméras. Ils aiment utiliser la télévision.

Du coaching, de l’aisance au moins apparente dans les medias, mais alors pourquoi les hommes politiques en veulent tant aux medias ?

Tout d’abord car ils les empêchent de jouer avec la télé, la radio … leurs jouets!

Mais probablement aussi car c’est plus facile que l’autocritique.

En effet, à trop vouloir maitriser leur communication, ils usent et abusent des toutes les techniques de com’, répètent à l’infini les mêmes phrases, utilisent les mêmes techniques et jouent des caméras : un regard vers la cam, vers le peuple pour parler directement aux français, aux questions renversées etc.

Ils maitrisent mais nous ne sommes pas dupes.

Certains, comme Jean François Copé nous ont annoncé qu’ils arrêtaient la langue de bois, ils n’ont fait que la remplacer par une communication encore plus maitrisée, contrôlée et aseptisée.

Ont-ils vu qu’en même temps se multipliaient les sources d’information.

Grâce à la multiplication des images, des sources professionnelles et amateurs, fiables ou pas, nous pouvons en voir et savoir bien plus.

Comme les journalistes qui attendent la fin d’une conférence de presse pour poser la question qui les intéresse vraiment et qui sera la matière principale de leur sujet, nous préférons regarder les autres sources d’images, moins maitrisées, au risque de mal les interpréter et de nous passer à tord du filtre du journalisme qui permet de vérifier les sources, de nous expliquer le contexte etc.

Les hommes politiques sont accros aux sondages, aux idées-test lancées dans les médias. Même au pouvoir, ils savent que les lois votées, leurs bilans ont beaucoup moins d’influence que leurs attitudes, leurs phrases, leurs attaques verbales dans les médias.

N’oublions pas aussi que les hommes et femmes politiques ont voulu être traités comme des stars. Ils n’ont pas su résister aux pages glacées des magazines du même type, ouvrant ainsi aussi les portes de leur vie privée et aux rumeurs.

Quand seules les décisions du Président ont de la valeur, les ministres, députés et autres parlementaires n’ont plus le choix que de faire des coups, des buzzs, de donner des scoops à tel ou tel media, de faire de la provocation pour simplement faire parler d’eux.

Et que dire de l’opposition?

Elle est souvent muette ou inaudible. Attaques faciles et peu constructives, critiques permanentes des décisions du pouvoir.

Quand le débat n’est plus possible dans un parlement qui n’est plus qu’une chambre d’enregistrement, quand l’opposition n’a aucun moyen d’influencer des lois,  il ne leur reste plus que la possibilité de lancer des petites phrases, de réaliser des coups d’éclat plus ou moins réussis pour se faire entendre et exister. Dans le système politique français, l’opposition et le pouvoir en place n’ont que trop rarement réussi à construire des lois ensemble.

Quand les médias sont critiques, pourquoi les entend-on mieux que l’opposition? On peut être ou ne pas être d’accord avec le point de vue d’éditorialistes, mais on n’attendra jamais d’eux qu’ils passent à l’action. L’opposition a été au pouvoir ou y aspire. La population peut donc être plus exigeante : Pourquoi ne l’avez pas fait quand vous étiez au pouvoir, quelles autres solutions nous proposez-nous?

Danger pour la société ?

De nombreux hommes politiques, Nicolas Sarkozy en tête, multiplient les discours mais ne sont plus entendus, plus écoutés.

Nicolas Sarkozy ne participe plus à aucune conférence de presse, encore moins quand des journalistes étrangers sont présents. Il préfère d’ailleurs parler au « peuple », représenté par un échantillon comme il l’a fait récemment sur TF1. (lien)

Il avait déjà fait créer sa Web Télé pendant la présidentielle, il ne va probablement pas s’arrêter là (twitter, facebook, sites web, sites communautaires…). Tout pour pouvoir se passer des journalistes et de tout intermédiaire considéré comme inutile voire nuisible.

Et d’un autre coté, des journalistes passionnés et passionnants, des médias toujours plus concurrentiels, à la recherche du scoop, de la rapidité qui sont tentés d’annoncer toujours plus vite des informations parfois erronées.

Va-t-on voir d’un coté des journalistes, des médias, de plus en plus partisans, critiquer et s’adresser à la population et remplacer une opposition qui ne peut influencer par leurs votes les décisions du pouvoir et d’un autre coté des hommes politique décidés à prêcher leur parole, leurs vérités à leur fan club, aux convertis?

Et le pluralisme? le débat contradictoire dans tout cela?

Il y aura toujours des personnes qui iront chercher l’information et ils trouveront des sources d’informations diverses et fidèles à la réalité. Mais qu’en sera-t-il de la grande majorité de la population? Abstention toujours plus massive? Volonté de gérer ses problèmes par soi-même localement?

Nous n’avons jamais eu accès à autant de sources différentes et pourtant la confiance dans les médias ne s’améliore pas.

Les journalistes expliquent, critiquent, posent des questions parfois agaçantes, partagent des points de vue et puis oui, ils commentent mais n’agissent pas.

Les hommes politiques agissent et ne voudraient pas être contredits ou critiquées car leur travail est difficile. Ils utilisent les médias pour nous convaincre, nous font des promesses pour se faire élire à nouveau.

Est-ce si nouveau ou surprenant? Et si chacun était dans son rôle?

Les nouvelles technologies, par contre, l’accélération du temps ont modifié bien plus profondément notre relation à l’information.

Ne faudrait-il pas nous réapprendre à utiliser ces sources d’informations et ne plus nous laisser déborder par les possibilité toujours plus nombreuses offertes par ces nouvelles technologies de l’information et de communication?






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