Point de vue

2 mai 2010

Gordon Brown… Fais pas le malin ! Des buzz pour rien ?

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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gordon brrown Nicolas Sarkozy Buzz

Gaffe de Gordon Brown pour Le monde et le Post.  Gaffe qui pourrait lui couter l’élection nous dit Rue 89. Tous les journaux en ont parlé. Le Premier Ministre britannique a même présenté des excuses. Mais qu’a-t-il pu bien dire ou faire ?

Quelques jours plus tôt, Nicolas Sarkozy aurait à nouveau gaffé ? On repense alors tout de suite au  fameux « Casse toi pauv con ». Qu’a-t-il donc pu dire cette fois ?

Et bien il a dit « Fais pas le malin »… à un jeune.

C’est tout ? Bon ok, le langage est quelque peu familier : « NE fais pas le malin » aurait été plus français. Mais cela fait longtemps que le Petit Journal sur Canal + s’amuse de ses adaptations libres de la langue française !

Et Gordon Brown aurait dit quoi ?

Et bien, grâce ou à cause d’un micro HF encore ouvert, il a été enregistré se plaignant d’une rencontre organisée par son staff avec une femme qu’il qualifie alors d’ « espèce de bornée ». Pas la grande classe c’est vrai mais cela valait-il aussi tout ce bruit médiatique même pendant une campagne électorale pendant laquelle toute erreur est exploitée et plus si affinité!

Ces deux histoires sont cependant devenues des buzzs (+ de 130 000 visionnages sur Youtube pour une vidéo de Fais pas le malin ) ce qui nous amène à nous poser plusieurs questions :

– Où s’arrête la vie publique et plus concrètement  qu’en est-il du droit de l’être humain à pouvoir dire des conneries (et à en faire) !

– la crédibilité des médias donnant toujours plus vite, plus d’importance aux petites phrases et événements souvent mineurs ?

– la question plus générale de la perte de repères.

Les limites de la vie publique : le droit de dire ( et faire ) des conneries.

Qui ne s’est jamais énervé, qui n’a jamais critiqué, qui ne s’est jamais livré à des discussions bien peu objectives sur telle ou telle personnalité ou sur un voisin ou un collègue de travail, sur telle ou telle photo de magazine, sur telle ou telle rumeur.

Et ne me dites pas que cela ne se passe que dans les bureaux de prod ou dans les coulisses des plateaux télé !

Imaginez que l’on enregistre et diffuse tout cela. Nous serions bien embêtés, dans la société qui nous emploie, dans notre quartier ou village.

Alors pourquoi demander aux hommes politiques d’être meilleurs que nous ?

Peut-être parce que nous n’avons pas tous demandé à être ni Président français ni Premier Ministre anglais? Nous ne sommes donc pas des personnages publics devant assumer le poids des fonctions.

Depuis le désormais collector « casse toi pauv’ Con » au salon de l’agriculture, symbole pour certains de l’unique rupture du Président avec le passé il avait été reproché à l’entourage de Nicolas Sarkozy d’aseptiser tous ses déplacements en France (foule composée uniquement de militants UMP,  figurants à taille réduite, fausses clientes de supermarché, ah non cela était réservé à un ministre)

N’est-il pas étonnant alors de reprocher un propos tout de même assez anodin pour l’un des premiers bains de foule plus spontané, semble-t-il.

Que n’aurait-on pas dit aussi s’il s’était laissé insulté surtout que cette séquence pourrait n’être que la première d’une nouvelle façon de passer à la télé, d’être le roi du net : Toit aussi joue à provoque le Président !

A ce jeu, qui sera le gagnant ? Pour le moment, peut-être les médias qui semblent se délecter de ces petites phrases, de ces scènes non préparées, non formatées. Et le perdant pourrait être l’information.

Ce jeu entre provocateurs pose aussi la question de la crédibilité des médias.

Yesss, enfin une nouvelle petite phrase !

Voici l’impression que l’on pouvait avoir en lisant, écoutant les medias ! Libération en a même fait sa une.

Nous aussi finalement étions probablement restés sur notre faim depuis le « Casse toi pauv’ con » !

Encore encore ! criait la foule dans les arènes !  Et les médias, comme les hommes politiques de satisfaire le peuple assoiffé de spectacle et de « sang » !

Sans oublier la concurrence toujours plus importante entre des medias toujours plus nombreux, pressés de publier au plus vite et le plus souvent tout ce qui peut ressembler à de l’information, on peut aussi y voir un soulagement, peut-être même une vengeance face au contrôle permanent du discours présidentiel. Discours, actes, mise en scène, tout est contrôlé, alors dès que qu’un événement spontané, imprévu arrive, tous se jettent dessus.

Tout cela méritait-il vraiment autant de bruit médiatique, autant d’articles et de commentaires ?

L’information est-elle gagnante quand il n’y a plus de limites ?

Certains journalistes expliquent que tous ces off, ces images qu’ils qualifient de « vraies » disent quelque chose de la personnalité de telle ou telle personne. Probablement, mais faut-il pour autant ne plus se concentrer que sur ces phrases arrachées, pour ne pas dire volées ?

Le net est un moyen de trouver des sources très diverses et très riches d’information c’est vrai mais est-il vraiment sûr que la majorité de la population cherche plus que ces quelques petites phrases?

Nous pourrions aussi parler de la disparition du Off. Tout serait public et donc encore plus contrôlé et moins spontané.

Et si ce genre d’attitudes contribuait à mettre en cause la crédibilité des medias en général ?

Les medias ont souvent critiqué chez certains hommes politiques dont le premier d’entre eux leur tendance à nous abreuver de propos, d’informations, d’annonces non suivies d’effets au point de transformer leur discours en un vague brouhaha inaudible. Quoi ? Nicolas Sarkozy a encore fait une nouvelle annonce aujourd’hui ? Ah, bon ben une de plus…

Le risque est le même pour les journalistes. Trop d’informations tue l’information? Toutes les informations sont-elles à placer au même niveau?

Est-ce qu’une affaire Hortefeux et ses auvergnats a la même importance qu’un fais pas le malin ? De mon point de vue, bien sûr que non.

Il est de la responsabilité des journalistes de les traiter différemment pour éviter de perte toute crédibilité.

Et si c’était le signe de plus d’une perte généralisée de repères ?

Dire des hommes politiques qu’ils seraient tous des menteurs est devenue une banalité et certainement une contrevérité dangereuse

Mais quand le doute touche aussi les medias, notre démocratie est encore plus fragilisée.

Si à cela on rajoute, la perte de confiance en le monde scientifique comme on peut le voir actuellement au sujet du réchauffement climatique (75% des américains en doutent).

Quand on parle de révisionnisme au sujet notre histoire,

Quand les religions ne donnent plus de repères à ceux qui y trouvaient un guide moral (pédophilie ou extrémisme ailleurs…),

Quand on  rajoute à cela la crise qui  ne fait qu’accroitre les inégalités et accentuer le recentrage sur soit même.Chacun pour soi!

Quand le doute s’insinue partout, tout le temps,

On peut craindre que de plus en plus se tournent vers ceux qui ne leur disent que ce qu’ils veulent entendre : les sectes, partis extrêmes…

A chacun donc de prendre ses responsabilités.






One commentaire


  1. ange

    Article intéressant , tout est à peu prés dit, il est vrai que c’est peu de bruit pour pas grand chose, même si il est vrai, qu’on attend de meilleurs comportements de la part d’hommes/femmes censés nous représenter, mais ils n’en restent pas moins humain…
    Disons que si les médias et citoyens lambdas devraient garder leur énergie, pour dénoncer,critiquer ,analyser, certains faits, plus importants que de simples écarts de conduite…



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