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10 mai 2010

Documentaliste : A la recherche des nouvelles anciennes images!

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Ina pathé, bbc, nbc archives

Elles ont toutes au moins une copine à l’INA même si elles préfèrent les secondes cumulables de Pathé.

Certaines sont les meilleures pour trouver des images insolites partout dans le monde, d’autres connaissent parfaitement de nombreux catalogues. Elles ont souvent un réseau impressionnant.

Elles parlent souvent plusieurs langues dont bien sûr l’anglais.

Elles parlent ayant droits, autorisations, TC, conformation, déclaration de droits.

Elles « cleanent » aussi les droits …

Elles doivent aussi avoir une âme de détective…

Vous les avez reconnues? Ce sont les documentalistes !
Oui j’ai dit Elles car perso je ne connais pas d’hommes documentaliste, mais il doit bien y en avoir !

J’en ai eu deux face à moi pendant quelques semaines. Je les appellerai Anne et Catherine ! (Toute ressemblance avec des documentalistes talentueuses et sympathiques ne seraient peut-être pas fortuite ! )

Je ne peux pas encore vous dire sur quoi elles travaillaient. Il faudra patienter jusqu’à la rentrée. Ce que je peux cependant affirmer c’est qu’elles font partie des meilleures dans ce métier.

Elles m’ont d’ailleurs donné envie de parler de leur métier à la façon de Média un autre regard bien sûr.

Les deux face à moi, un casque sur la tête à enchainer les visionnements des DVDs reçus depuis leur dernière venue, bougonnant parfois quand les DVDs reçus sont mal organisés. Pas de Time code horaire (TC) pour repérer les séquences? Pas de fiche pour repérer et avoir des explications sur les séquences? Ah non pas contentes!

Et parfois à éclater de rire tout d’un coup! Non non psychologiquement, elles vont bien mais elles étaient justement à la recherche d’images drôles et inédites. D’ailleurs parfois, après des heures de visionnage (visionnement, visionnage?… on peut semble-t-il dire les 2!) , elles pouvaient aussi être épuisées. Pfff, rien de drôle et d’intéressant dans cette série! Agaçant!

Et puis parfois elles étaient très contentes, ravies d’avoir encore trouvé de nouvelles sources et des perles inédites. Tiens, ça, ils ne les avaient pas …. Je savais qu’il fallait chercher de ce coté là!

De nouvelles sources? De nouvelles images. Et oui, si on attend des documentalistes qu’elles nous trouvent certaines images, des grands classiques, des images précises correspondant à telle ou telle émission, à tel ou tel événement, parfois on leur demande aussi de chercher des archives bien plus originales.

Le brief est parfois bien plus large, moins précis et alors … y a plus qu’à!

Et c’est alors que trois qualités sont bien utiles : La connaissance du marché des archives en France mais aussi à l’étranger, l’obstination et du nez façon détective mais aussi le sens de l’organisation.

La connaissance du marché

Pour trouver, il faut savoir où chercher!

Les documentalistes travaillent donc tout au long de leur carrière, leur réseau. Elles se tiennent informées des évolutions des bases de données, de ce qui est archivé ou pas, numérisé ou pas. Elles apprennent à connaitre le fonctionnement de chaque source, en France et à l’étranger.

Nous avons d’ailleurs la chance en France d’avoir une source particulièrement bien organisée : l‘INA (Institut National de l’Audiovisuel) dont le site public regorge d’heures d’images. Vous pouvez y passer des heures à vous balader, choisissant une date, un thème, une personnalité… Lien Media un autre regard – INA Vous pouvez aussi y trouver des présélections  (Thierry Ardisson, Cannes, la Pub), certaines selon l’actualité.

L’INA c’est aussi le leader mondial de l’archivage numérique. Lien Media un autre regard Ina entreprise.

Grâce à l’INA, les documentalistes peuvent retrouver des très nombreuses images, en particulier celles des chaines publiques françaises. Cela constitue une excellente source de départ.

L’INA sait cependant valoriser tout ce travail ce qui en fait une source parfois plus chère que d’autres, en particulier en ne permettant pas de cumuler les secondes utilisées.

Je m’explique !

Vous utilisez 10 secondes de telle séquence ici puis 30 secondes ici, puis encore 10 secondes là bas et bien non vous ne payerez pas 50 secondes mais 3 minutes! Hein? (Les Huns sont morts depuis longtemps comme le disait ma mère…. on dit Quoi ou encore mieux Pardon!)

Et oui, chaque séquence d’une durée inférieure à une minute est facturée comme une minute. Il n’est pas possible de cumuler la somme des secondes comme cela est le cas chez d’autres sources d’archives.

Cela fait partie du travail des documentalistes de connaitre et tenir compte de ces informations et de tenir leur budget. Elles doivent aussi savoir où chercher. Qui gère les images de telle ou telles chaine, de tel ou tel pays. La mondialisation est aussi passée par là.

Quand on parle connaissance des archives, on parle forcément aussi expérience. Plus les documentalistes ont « mangé » des images, des archives, plus elles vont vite. Elles savent où trouver. Elles ont déjà des milliers d’images en mémoire. Quand en plus elles ont déjà travaillé sur tel ou tel thème pour d’autres sociétés et chaines c’est un véritable plus.

Certaines sont d’ailleurs spécialisées dans tel ou tel domaine : musique, archives historiques, françaises, internationales etc.

L’obstination et du nez

En effet, il n’est pas toujours simple de trouver une image, un son, une photo. Il faut alors chercher, se renseigner, pister et autant vous dire que vous avez alors intérêt à parler et comprendre plusieurs langues. Anglais obligatoire.

Il faut être obstiné et bon détective pour trouver les images mais aussi leur source et leurs ayants droits.

Grâce à internet, à Youtube et d’autres sites, on peut trouver des milliers d’heures d’images mais ensuite, qui a produit le programme, que montre réellement les images, quels sont les ayant droits (réalisateur, auteur, producteur, auteur/compositeur de musique etc.)?

De même, parfois, les détenteurs des images n’ont pas toutes les informations. Elles peuvent vous fournir les DVDs ou bandes béta mais c’est encore à vous de trouver qui doit donner son autorisation avant la diffusion et qui peut vous vendre la séquence.

Internet permet cependant de gagner du temps et de découvrir de nombreuses images internationales.

Concernant internet, il reste en suspens la question des droits sur les images publiées, en particulier par les amateurs.

Je pourrais aussi parler de la particularité des archives sonores (Europe 1, RTL etc.) et photo.

Les meilleures documentalistes sont aussi celles qui ont une force de proposition, qui ont des idées, qui trouvent plus que ce que l’on leur a demandé.

Attention,cependant, parfois, on peut aussi les bouder. Parfois elles adorent telle ou telle séquence, elles sont fières d’avoir trouvé une séquence mais le monteur et le réalisateur n’en veulent pas ou n’arrivent pas à l’insérer dans le montage alors elles peuvent être déçues. En trouvant toutes ces images, elles ont déjà imaginé un autre montage, une autre histoire à raconter. Alors, il y a un peu de frustration!

Le sens de l’organisation

Sur un documentaire, sur une émission à base d’archives, les documentalistes reçoivent des dizaines voire centaines d’heures d’images, sur bande ou de plus en plus souvent sur DVDs.

Ces Dvds doivent être visionnés, numérisés (digitalisés) sur banc Avid ou final cut pour montage si elles sont intéressantes, puis conformées (pas de panique, j’explique plus tard!)

Pas question d’en perdre. C’est donc le moment des bonnes dénominations des dvds dès leur réception et la rédaction de listes précises.  Puis rangement.

Il est important de savoir à chaque étape de quelle séquence on parle. Il est donc important de classer la fiche de lecture qui accompagne en général le dvd (enfin presque toujours grrr)

But de toute cette organisation : savoir quel extrait de quelle séquence a été monté, utilisé dans le programme… Et par conséquent régler financièrement et déclarer les ayant droits.

L’une des phases primordiales de cette organisation est la conformation.

Lors que les images arrivent, elles sont souvent de moindre qualité et protégées par un Tc image : cela signifie que, sur l’image, apparait le Time code du programme. Ainsi on peut savoir à l’image près quelle séquence, quel plan nous intéressent. Le TC image permet aussi aux sources de protéger leurs  images en les marquant avec ce Time code (ex : 10:12:30:15)

Il est difficile d’utiliser des images avec ces chiffres qui défilent sur l’image.

Pour l’anecdote, il me semble qu’à une époque, le son était aussi volontairement altéré sur les images non conformées de l’INA, puisque l’on pouvait entendre régulièrement sur le son Jacques Chirac donner l’heure! (mais j’ai un doute tout d’un doup! … si quelqu’un pouvait me répondre! )

Bref, alors que le montage est validé par la production et le diffuseur et réalisé avec les images non conformées, marquées par les TCs, la documentaliste doit alors noter pour chaque bout de séquence utilisée, le TC du début et de la fin de la séquence. Ainsi, associé aux références de la séquence, la documentaliste peut commander l’extrait exact du montage.

Pourquoi tant de précision?

Et bien toujours pour des contraintes financières : les images peuvent coûter cher (de 300 à 1200 euros la minutes voire beaucoup plus pour certains films). Le tarif dépend aussi des chaines qui diffuseront le programme (le prix est forcément plus cher pour TF1 que pour la TNT ou le satelite) Le tarif dépend enfin du nombre de rediffusions (peu sur les chaines historiques, beaucoup plus sur les chaines du satellite : Jusqu’à plus de 40 multidiffusions (plusieurs diffusions dans la même semaine) pendant 3 ans par exemple)

Vous comprenez donc pourquoi il est important de commander les séquences à la seconde, voire à l’image près. Et il ne faut pas se tromper car, imaginez que vous vous trompiez de quelques secondes, il sera alors impossible de remplacer l’image du montage par l’image conformée, clean livrée.

Et quand vous savez que cette opération peut se reproduire des milliers de fois pour certaines émissions, il faut un excellent sens de l’organisation et de la précision.

Voilà en quelques lignes une présentation avec mon regard de cette profession parfois difficile mais passionnante et d’avenir.

Les chaines et les producteurs adorent recycler les images anciennes surtout quand ce sont les leurs. De vraies mines d’or.

En même temps on les comprend. C’est plus dur de faire rire ou surprendre pendant 5 minutes originales en plateau. C’est plus simple de montrer 5 minutes de best of d’images d’archives drôles.

Enfin facile??? Pas si sûr quand on connait mieux tout le travail des documentalistes…






6 commentaires


  1. Damien

    Je confirme qu’il existe des documentalistes homme !

    Petite précision concernant la voix que l’on entend sur les archives ina : ce n’est pas Jacques Chirac mais .. l’horloge parlante.

    ps : merci pour votre blog qui nous fait découvrir les coulisses de la tv.


    • Merci à vous…

      Et vous êtes sûr que Jacques Chirac ne travaillait aussi pour l’horloge parlante! Je blague… Et je le note! Mangez des pommes.

      Une documentaliste me précise d’ailleurs la chose suivante : l’horloge parlante figurait sur les documents 2 pouces et 3/4 , cela servait de repères pour identifier les extraits , ce n’était pas pour protéger le document.
      Maintenant sur les documents qui la possède et ont été numérisés , il y a une fonction qui nous permet de ne pas l’entendre, cela “ écrase” la piste son “ horloge parlante”, et c’est bien , car , franchement , c’est soûlant .


  2. Stoebi

    Super , très clair et expliquant très bien la profession. Il faut faire lire cet article par tout le PAF !!!


  3. seby9

    Moi je suis « Documentaliste » homme malheureusement que de passion , a bon entendeur …….


  4. BERRIER Edith

    A quand une photo de la Documentaliste Marine Vernin que j’ai bien connue et qui fait un super travail ?
    Bizzz à elle et à toute l’équipe.
    Edith



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