Point de vue

20 juin 2010

Affaire Anelka, une Une de l’Equipe discutable…

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Une certitude, à moins d’avoir vécu samedi sur une autre planète il vous a été impossible d’échapper à cette Une grossière à connotation homophobe et misogyne de l’Equipe citant, d’après eux, les propos de Nicolas Anelka à Raymond Domenech lors de la mi temps de France / Mexique lors de la Coupe du Monde de Football en Afrique du Sud.

Mais cette énorme pub pour ce quotidien sportif et ses conséquences pendant la journée de samedi provoquant même la réaction de Nicolas Sarkozy pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Les chaines d’informations n’ont cessé d’en parler depuis le matin.

Quelle publicité pour l’Equipe.

Un journaliste de France Soir a d’ailleurs annoncé sur Itélé dès le matin que le journal détenait aussi sa Vérité, des informations recueillies auprès de Nicolas Anelka lors d’un entretien téléphonique d’une heure. Mais il faudrait attendre l’édition papier lundi pour tout savoir.
Et le site internet de lancer la controverse dès samedi après-midi. Anelka aurait démenti avoir tenu exactement ces propos et de critiquer ceux qui ont rapporté la scène.

A 18h45, après l’annonce du renvoi de Nicolas Anelka, conférence de presse de Jean-Pierre Escalettes, Président de la Fédération Française de Football et de Patrice Evra, capitaine de l’Equipe de France. Ce dernier a d’ailleurs rapidement déplacé la controverse en lançant une chasse au « traitre », celui qui aurait informé la presse. Mais qui est-il ?

La conférence de presse a aussi montré l’affrontement biaisé entre la presse justifiant la une de l’Equipe et un capitaine de l’équipe de France rappelant que certains propos même excessifs et qu’il condamne fermement doivent rester internes, privés. Et un journaliste de lui répondre que cette Une pouvait être justifiée par le refus des joueurs de donner du biscuit aux journalistes.

L’équipe de France n’en donne pas assez aux journalistes et donc aux Français (puisque les journalistes rappellent souvent que les snober reviendrait à faire un affront à leurs lecteurs, c’est-à-dire à la France entière ! Cela se discute). Cela justifierait-il donc que les journalistes se « vengent » en se lâchant, en montrant eux aussi qu’ils pourraient s’affranchir des règles du métier mais aussi d’habitudes liées au respect mutuel ?

En voyant les conséquences de la Une de ce matin, même un non expert en foot comme moi pouvait se souvenir de l’acharnement du même journal contre l’équipe de France 98 et Aimé Jacquet, son sélectionneur devenus finalement des héros.

Peut-on tout se permettre à la une ?
Devait-on inscrire cette phrase très grossière en Une ?
Oui car c’est la vérité (le doute est d’ailleurs depuis permis) et que le journaliste ne doit pas s’auto-censurer ?

Ne pouvait-on pas trouver une solution intermédiaire qui aurait permis à tous les adultes de la comprendre sans forcément en faire une expression, un classique pour les gamins ?

Était-il nécessaire d’en faire auprès des gamins, l’équivalent du « Casse toi pauv con » présidentiel? Faisons confiance aux nombreux gamins pour s’en amuser, en jouer!

Est-ce que parce qu’une phrase est réelle qu’elle doit absolument être énoncée ? Et en une ?
Faut-il mettre toutes les citations racistes, antisémites, ordurières et à tendance homophobe en une sous prétexte qu’elles sont vraies et peuvent d’ailleurs être le reflet concret d’une ambiance détestable au sein d’une équipe de sport, d’un parti ou de la mentalité d’une personne?

Vous ne m’ôterez d’ailleurs pas de l’idée qu’il a été plus simple de décider de la mettre à la Une qu’elle était à connotation homophobe et misogyne. Oh, puisque que tant de supporters utiliseraient avec facilité ce type d’insultes, autant ne pas se gêner!

Cela me fait d’ailleurs penser à la publicité radio pour Saturn qui faisait dire à des supporters « Raymond, Raymond on t’en… » coupés alors par  Thierry Rolland. Faire du business en jouant avec certains bas instincts des clients potentiels est des plus contestable.

Mais c’est vrai qu’il parait qu’il n’y aurait aucun homo chez les joueurs de foot, et donc probablement encore moins bien sûr parmi les joueurs de l’Equipe de France. Inconcevable. Encore plus qu’imaginer que si certains l’étaient cela pourrait aussi être source à certaines mésententes!

La presse doit être se contenter de relater l’information ou d’en être un acteur?
Relater ou pas une information peut influencer les faits.

Le sourire embarassé de Patrice Evra lors de la conférence de presse lorsqu’il lui a été demandé si Nicolas Anelka aurait été renvoyé à Londres si l’information n’était pas sortie dans l’équipe de ce jour est en un exemple.

Son silence semble confirmer que l’information déjà connue des joueurs, et de la FFF n’aurait peut-être pas été traitée ainsi ou aussi rapidement si l’affaire n’avait pas fait l’ouverture de tous les medias pendant la journée.

Les journalistes doivent-ils cependant influencer l’actualité ou simplement en être observateur.
Bien que certains journalistes, éditorialistes très écoutés influencent la politique et d’autres événements, qu’une information sortie ou pas peut avoir des conséquences très importantes, les journalistes sont censés être avant tout observateurs et nous transmettre les informations qu’ils recueillent, être des MEDIAS !

Certains connaissent usent et abusent de leur pouvoir. D’autres sont sans concession sur le respect de la déontologie.

A chacun d’entre eux d’assumer aussi de la responsabilité de son travail et de ses conséquences. Cela ne doit pas toujours être très simple.

Peut-on, doit-on tout raconter ?
Oui car la citation du jour comme peut-être aussi certaines phrases comme lors de l’affaire Hortefeux seraient l’illustration d’une mentalité, d’un état d’esprit, une « preuve » concrète et non discutable puisqu’elle serait filmée, enregistrée ou simplement mise en Une ? Vaste sujet.

Non, car chacun a droit a sa part de vie privée, qu’il est important que chacun connu ou moins connu puisse continuer à s’exprimer, à rester spontané en comité restreint.

Faisons chacun la liste des bêtises que nous avons déjà dites, des vacheries que nous avons dit contre beaucoup de personnes. Imaginons ce que cela donnerait si elles étaient transmises aux personnes concernées.

Est-ce que parce qu’on est connu, qu’on représente un pays dans une compétition sportive on est obligé de subir sans réagir et chercher à se protéger une pression médiatique aussi forte ?
Ok, l’équipe de France a été mauvaise, ok, les joueurs semblent bien plus intéressés par le nombre de zéros dans le montant de leurs contrats de sponsoring que par les scores des matchs, ok ils ont des personnalités rares, fortes, hors du commun et sont très entourés (très ne veut pas toujours dire bien).
Cela justifie-t-il pour autant cette chasse aux informations, cette pression envers les joueurs et le sélectionneur ?

60 millions de sélectionneurs, des enjeux financiers énormes pour eux, pour les médias, pour la FFF. Pas facile probablement d’affronter cela même avec un égo sur-dimensionné et en étant aussi très (trop?) chèrement payés.

Beaucoup de questions auxquelles chacun de nous a probablement ses propres réponses.






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