Point de vue

4 juillet 2010

Quartier Montorgueil : On a retrouvé les « voleurs de patates » ?

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Les voleurs de patates

Les voleurs de patates

Ces voleurs nous faisaient rire!

Les voleurs de patates ?

Mais si souvenez-vous… C’est ainsi que, sur Canal +, dans les Guignols on appelait Nagui, Arthur et Jean Luc Delarue à l’époque où Jean Pierre Elkabach dirigeait FranceTélévisions. Leurs personnages étaient censés avoir touché le pactole, des contrats en or et des sommes folles.

Alors non, les trois animateurs ne viennent pas dejeuner ou diner dans le quartier Montorgueil et les restaurateurs le regrettent bien. A part les simili people, cela ne fait illusion longtemps. Ca manque de têtes vraiment connues.

Non, je parlais des restaurateurs et cafetiers du quartier, comme ceux d’autres quartiers de Paris et de France dont on peut se demander s’ils ne seraient pas les voleurs de patates de notre époque ?

Bon, des patates, des pommes de terre, certains n’en ont pas vu depuis  bien longtemps. Plus souvent hommes d’affaires que cuisiniers, ils ne mettent pour la plupart plus les pieds en cuisine. Et encore faudrait-il qu’il y ait encore du frais en cuisine.

Patates et repas en poudre, sous vide ou congelées.
Revoyez l’étonnant documentaire dans Spécial Investigation sur Canal + : Restaurants, les pieds dans le plat et faites comme les journalistes du documentaire. Allez voir les emballages dans les poubelles et vous devriez être surpris par ce que vous retrouvez dans vos assiettes dans le Quartier Montorgueil et ailleurs probablement. Un excellent moyen d’acheter des plats, même haut de gamme mais surgelés et de les refourger à la clientèle avec le sourire 4 ou 5 fois plus chers. Ni vus ni connus. Un peu de déco, beaucoup d’esbroufe et le tour est joué. Bingo!

Beaucoup moins cher à cuisiner, cela être alors au moins financièrement intéressant pour le client.

Mais non vous n’y êtes pas du tout. Je vous rappelle que quasiment aucune restaurant ni café n’a respecté les engagements du lobby de la restauration consécutif à la baisse de la TVA. Certains ont même augmenté leurs tarifs. Pourquoi se gêner.

3 milliards annuels d’économie de TVA sans baisse des tarifs, cela fait un beau vol de patates non ? Kerviel n’est à coté qu’un petit joueur!

Mais encore une fois, pas la peine que le lobby de la restauration n’ait à se défendre. Hervé Novelli, secrétaire d’état à la consommation l’a fait pour eux.

France Soir titrait d’ailleurs jeudi 1er juillet : Restaurants : Non l’addition n’a pas baissé. D’après l’UFC que choisir, seuls 40% des restaurants ont baissé leurs tarifs et parmi eux seulement 1 sur 4 de plus de 10%. 50% n’ont rien baissé et hop 12% de marge dans la poche et 1 restaurateur sur 10 a même osé augmenter ses tarifs.

Des créations d’emploi. Les chiffres annoncés sont trompeurs. Promesse de 40 000 emplois supplémentaires créés en 2 ans ? Seuls 6 000 emplois supplémentaires ont été créés en un an.
Mais pourquoi se gêner puisque le bon pouvoir, de droite, n’avait assorti ce généreux cadeau fiscal offert en notre nom d’aucune condition.

Mais cela s’est vu !
Selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest France repris par le JDD, 67% des français, 2 sur 3, souhaitent voir réduire cet avantage pour les restaurateurs qu’est le passage à la TVA à 5,5%

Un secrétaire d’état qui défend lui-même une profession qui n’a pas tenu ses promesses, François Baroin, pourtant Ministre du Budget qui est pourtant désavoué par Christine Lagarde alors qu’il proposait de revenir sur cette baisse de la TVA très couteuse pour les français.

A quand une enquête approfondie sur le pouvoir du milieu de la restauration sur les élus? Comment expliquer ce cadeau fiscal sans précédent, sans contrainte, en pleine période de crise ?

Du coté de la gauche, pas grand bruit non plus. Si les restaurateurs peuvent apporter des électeurs à la droite, ils pourraient aussi en apporter à la gauche ?

Est-ce ce calcul que les élus de la Mairie de Paris font en ne réagissant pas à l’évolution des problèmes de voisinage entre riverains, parisiens et business men restaurateurs ?

Enfin si, ils ont réagis. Subventions et aides au « milieu de la nuit », financement d’un site commercial pour ce milieu sur les subsides publics. Promotion de la vie parisienne pour le tourisme ? Oui le lobby a bien fonctionné.

Paris s’endort ? Paris transformé en musée ?
Mais bien sûr que non. Même dans nos rêves les plus fous après avoir comme presque chaque soir avoir du attendre jusqu’à 2h du matin pour pouvoir dormir à cause du bruit en terrasses, cela n’a jamais été réél, ni même possible.

Mais admettons que le travail de communication des ces lobbys a été très bien fait. Comment dire non à des personnes qui disent représenter la jeunesse, les branchés et qui affirment représenter du secteur d’activité important ?
Et cela a marché .

Et le quartier Montorgueil est un summum du kidnapping au grand jour et en force de l’espace public et du territoire parisien par les restaurants et cafés.

Et maintenant sur la route

Terrasses qui n’en finissent pas de grandir, même désormais sur la route, au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité (comme le montre la photo… avec une voiture garée en arrière plan), non baisse de la TVA, non respect des terrasses fermées transformées en terrasses fumeur et jamais verbalisées, et bien sûr, absolument plus aucun respect des riverains, du voisinage dont vous savez que j’aime à rappeler qu’ils payent le décor qui permet à ces businessmen de remplir la piscine de leur nouvelle résidence secondaire.

Des restaurants, des terrasses, il y en a toujours eu dans ce quartier comme ailleurs. Mais le vrai changement c’est le hold-up réalisé par les hommes d’affaires et accessoirement restaurateurs qui gèrent le quartier avec leurs propres règles. Comme me l’expliquait une serveuse du restaurant en question, le restaurant paye le primeur à coté de lui pour transformer son trottoir en terrasse le soir, sans oublier de prévenir le fisc de cette transaction n’en doutons pas!

Pas de problème à filer de l’argent aux commerçants voisins. Cela rapporte tellement.

Et ce ne sont pas les quelques amendes données de temps à autre par des agents municipaux démotivés par l’attitude des restaurateurs. Que représente une amende de 30 euros face aux milliers d’euros de chiffres d’affaires réalisés en quelques jours avec ces terrasses illégales.

Un gamin qui se fait chopper pour ne pas avoir payer un ticket de métro de quelques euros peut être sanctionné d’une amende importante et tout le monde trouve cela logique.

Ces restaurateurs trichent tous les jours et au grand jour et leur seul crainte est de payer 30 euros 1 ou 3 fois par mois. Vous trouvez cela logique?

Mais soyons précis, ils peuvent aussi être amenés à payer des amendes bien plus importantes quand elles sont posés par des policiers.

Francis Vincenti, le nouveau commissaire du deuxième arrondissement avait annoncé qu’il allait changer tout cela et effectivement des procédures sont en cours.

Mais quels changements visibles? Les terrasses continuent à progresser. L’italien en face de chez moi n’hésite même plus certains soirs à installer des tables sur le trottoir d’en face. Pourquoi se gêner?

Ce commissaire est probablement arrivé rempli de bons sentiments mais les résultats ne sont pas là. Le bruit est insupportable et le sentiment d’impunité des restaurateurs toujours plus fort.

Jacques Boutault, le Maire de l’arrondissement y avait aussi cru. Une charte devait être signée etc… les restaurateurs ont juste gagné du temps, testé sa motivation. Pas de sanction alors, comme des gamins, ils ont triché et toujours plus.

Il y a toujours eu des restaurants et des cafés dans ce quartier comme ailleurs dans Paris. Mais à l’époque, ils étaient tenus par des amoureux du métier, des amoureux de la cuisine française, vous savez celle que notre président voulait faire reconnaitre comme patrimoine mondial.

Elle a bonne allure aujourd’hui notre cuisine réchauffée, surgelée!

Il est où le quartier chaleureux où cohabitaient commerçants en tout genre, restaurateurs traditionnels, cafetiers accueillants, riverains, SDFs tentant de profiter un peu du passage pour récupérer quelques euros. Ah non ceux là ont été dégagés du quartier par la police ces dernières mois. Cela gâchait l’appétit de clients !

Je me suis encore promené ce weekend dans différents quartiers de Paris. Paris en recèle vraiment de très charmants. J’y ai croisé des restaurateurs, chaleureux et respectueux de la circulation sur les trottoirs, des habitants et touristes heureux et joyeux.

On pense tout de suite à les rendre eux aussi piétonniers. La mairie de Paris y pense d’ailleurs.

Mais et si cela était en fait une fausse bonne idée, un cadeau empoisonné pour les riverains?

Imaginez : reprise des commerces et restaurants par des business men comme dans le quartier Montorgueil.  N’infligeons pas cela à d’autres. C’est déjà le cas dans trop de quartiers animés de Paris.

Paris ne peut donc plus être qu’une somme de :
– quartiers délabrés ou dangereux,
– quartiers animés mais rendus invivables car volés et transformés en centres commerciaux par des entrepreneurs sans scrupules avides d’argent avec le soutien tacite des élus,
– quelques rues dans les « beaux quartiers » sans vie le soir car aucun restaurant ou cafetier n’oserait gêner la tranquillité d’une personnalité importante y vivant (politique, people), personnalité qui a un accès direct aux gradés de la police qui s’assurent de leur tranquillité.

A quand le retour à une ville respectueuse de chacun, une ville du partage, une ville chaleureuse dont la chaleur ne viendrait pas seulement des micro-ondes qui réchauffent les plats congelés ou des machines à cartes bleue des commerçants, restaurateurs  qui ont pris le pouvoir dans certains quartier grace à leur argent et leur influence politique.

A quand le retour à une ville où les commerçants ne vous considéraient pas d’abord comme des voleurs mais comme des clients (fouille des sacs, obligation de laisser son sac à l’entrée sous un panneau où il est par contre écrit que le magasin se décharge de toute responsabilité en cas de vol de vos affaires! On n’est plus un paradoxe près. Supermachés qui vous interdisent d’entrer avec un sac mais en même temps ne vous donnent plus de sac au passage aux caisses ? Allez comprendre. Magasins qui vous soupçonnent d’être des voleurs mais n’hésitent pas à vous arnaquer grâce aux prix choc entre autre (lien) )

Quand, oui quand?
L’espoir fait vivre… mais ne fait toujours pas dormir dans ces quartiers bruyants.

Certains s’étonnaient que je ne parlais plus de ce quartier à qui j’ai consacré une page (lien) sur ce blog pourtant dédié aux medias. En fait j’aurai pu en parler toutes les semaines. Voici un bilan alors que l’été ne fait que commencer et que les nuisances sonores ne vont que croire.  A moins que… Je rêve à nouveau surement!






7 commentaires


  1. Yaann

    Si t es pas heureux dans ce quartier, pourquoi tu y reste ? Déménage !!!


    • Yaann,

      Je te remercie de te préoccuper de mon bonheur et oui je le quitterai un jour.

      Mais ta remarque repose toujours la même question : faut il transformer les quartiers vivants de Paris en quartiers inhabités, morts? Faut-il que les appartements de ces quartiers soient achetés par des touristes étrangers qui n’y séjournent que 2 fois l’an pour effectivement y faire la fête?

      Ou plus logiquement redonner à ces quartiers leur charme et leur vie en partageant simplement l’espace public entre commerçants, locataires, passants avec respect?


  2. Michael

    je propose une opération coup de poing : plusieurs habitants du quartier excédés par ce kidnnapping, peuvent prendre plusieurs chaises et tables et les déplacer à leur gré dans la rue, et bien oui le trottoir est à tout le monde, et ce qui s’y trouve aussi !!! ah ah ah

    en tout cas une opération coup de poing avec un petit côté médiatique, ça marche en ce moment !

    en attendant je me bat dans mon Onzième arrondissement, mais je pense bientôt dire « onze bar » au canada !!!


  3. Thibs

    je pense qu’il faut des quartiers pour tout…
    habiter aussi près des Halles, au centre de Paris, avec des rues remplies de bar c’est forcément se rapprocher du bruit.
    si on veut être au calme on va au fin fond du 15e ou du 16e. c’est tout de suite beaucoup moins bruyant!


    • Laure

      Ce serait formidable de pouvoir déménager au gré de ses humeurs, de ses besoins, avoir élu domicile dans le 2e hier, aller vivre dans au fin fond du 15e ou du 16e demain…
      Partager harmonieusement l’espace public n’a rien d’utopique. Si certains quartiers sont depuis longtemps plus typés que d’autres (quartiers d’affaires, quartiers résidentiels, voire « dortoirs »…), dans beaucoup d’autres un équilibre entre les activités et les intérêts de leurs habitants, commerçants, employés, touristes et autres visiteurs a toujours existé et perdure, pour la satisfaction de tous.
      Le problème vient de ce que de plus en plus, c’est le bruit qui se rapproche des résidents et non l’inverse (se rapprocher du bruit pour s’en plaindre aussitôt, voilà qui serait manquer curieusement de bon sens…) : aux côtés des nouveaux propriétaires étrangers fortunés ou des occupants à la semaine d’appartements loués à prix fort par des investisseurs soucieux uniquement de rentabiliser leurs biens, toujours plus nombreux, le quartier Montorgueil compte encore des habitants de longue, voire de très longue date qui ne peuvent constater qu’avec déplaisir l’évolution qui a abouti à la situation très précisément décrite par Emmanuel Matt.
      Enfin il ne faudrait pas oublier que dans cette affaire c’est aussi tout simplement le respect de la loi qui est en cause.


  4. Nono

    On dirait le reportage d’envoyé spéciale sur barcelone la semaine dernière.
    Même problème, les habitants sont pris en otage par les marchands qui vivent du tourisme et des fêtes tardives.
    D’un autre coté au fin fond de la france je suis tranquille mais je pense à vous quand même… Bon courage même si je ne vois pas de solution à moyen / court terme. Dans le monde actuel le business passe toujours avant le bien de la communauté.


  5. marie

    Rien à rajouter, l’article reflète parfaitement la situation
    J’espère que les autorités du 2nd ardt arriveront à contenir la folie furieuse du tiroir caisse
    J’étais la bien avant l’arrivée des vendeurs de surgelés et je ne vois pas pourquoi je déménagerais
    Marie



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