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2 août 2010

Jean-Maurice Ooghe, réalisateur du Tour de France sur France 2 & France 3 : Interview

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Jean Maurice Ooghe en discussion avec Fabrice Roche, chef Pilote Euromedia France

Jean Maurice Ooghe en discussion avec Fabrice Roche, chef Pilote Euromedia France

Alberto Contador vient encore une fois de gagner le Tour de France.

Avenue des Champs Elysées – Paris, caravane de production d’Euromedia France en charge des moyens HF.

L’autre gagnant du Tour, son réalisateur, Jean-Maurice Ooghe nous accorde une interview pendant que les équipes préparent à la bonne franquette un pot de fin de tournage.

Première question sur les moyens HF base de la réalisation du Tour de France.
Jean-Maurice Ooghe : Pour bien utiliser les moyens HF, il est important de bien connaitre leur technologie et les possibilités offertes par cet outil.

Ne pas bien connaitre l’outil, c’est prendre le risque de le mettre en difficulté et au final de proposer une mauvaise réalisation.

La HF c’est comme un instrument de musique. Il faut que je sache en jouer, m’en servir au maximum de ses possibilités et à bon escient.

Quelle est la particularité de la captation d’un événement itinérant comme le Tour de France ?
J.-M. Ooghe : En télé il y a les sports de Stade et les sports itinérants.

Jean Maurice Ooghe dans sa régie de réalisation

Les sports de stade (ou équivalent) ressemblent à des spectacles donnés sur une scène avec du public autour. On est vraiment au théâtre malgré que ce soit du sport.
La réalisation demande de la virtuosité, une technicité. La mise en place technique reste malgré tout relativement facile.
On met le car « au cul » du stade, on tire des câbles, des caméras et puis voilà !

Et puis il y a les sports itinérants comme le Tour de France qui restent des exploits techniques et qui font appel au meilleur de la technologie télé.
Les lignes d’arrivées, certains points fixes intermédiaires d’une étape (sommet d’une montagne, point intermédiaire d’un contre la montre) sont réalisés comme si l’on était dans un stade, comme ici sur les Champs Elysées équipées en caméras fixes.

Pour réaliser la partie itinéraire, les motos et hélicoptères HF sont alors indispensables.

Comment considérer vous votre métier sur le Tour ?
J.-M. Ooghe : Je me considère comme un conteur.

Le peloton est une sorte de microsociété qui vit. Et moi je dois raconter en direct une histoire que les coureurs vivent et écrivent.

C’est  d’ailleurs un sport qui a beaucoup inspiré les auteurs comme Antoine Blondin (Sur le tour de France). Le tour est un feuilleton quotidien. Pour certains comme Marc Teissier (Président de FranceTélévisions avant Patrick de Carolis) le Tour de France est une téléréalité à travers les routes de France.

Ce qui est extraordinaire avec le cyclisme c’est que c’est une histoire dans un décor magnifique au milieu de cascades, de villages de France, des châteaux, des forêts, et du bord de mer.

Vous avez d’ailleurs développé cet aspect de la retransmission de la course.
J.-M. Ooghe : Le coté « La France vue du ciel » en complément de l’aspect sportif est une particularité dont je suis assez fier. Je l’ai pas mal développé et d’après des sondages récents, cet aspect de la retransmission du Tour de France sur France 2 et France 3 a participé au maintien des audiences.

Comment sont préparées ces images du patrimoine français ?
J.M. Ooghe : La réalisation du Tour de France commence au mois de Janvier. Je le fais le Tour de France deux fois chaque année.

2 roads book conçus pour le Tour de France

La première fois je repère tous les parcours. La moindre église, le moindre château, le moindre « truc » que vous voyez à l’image, je l’ai repéré avant et détaillé dans un road book.

Jean Maurice Ooghe me présente en effet deux documents. Le premier présente l’itinéraire de course de façon précise.
Le second est un Road book qui contient des informations historiques et autre sur les chateaux et autre sites remarquables le long du trajet du Tour.

J.M. Ooghe : Nous préparons ce document à destination de nos équipes mais aussi de tous les commentateurs. Il est disponible en français, en anglais et nous avons même conçu un site internet.

J’ai commencé à l’écrire en constatant il y a quelques années que les commentateurs avaient du mal à commenter les images d’hélicoptères que nous leur proposions de plus en plus souvent.

Grâce au repérage et au road book, les hélicoptères savent à chaque moment ce qu’ils ont à filmer.

Je mets l’hélicoptère 1 uniquement sur la course à des moments importants au niveau sportif. Le reste du temps, il cherche les lieux autour de la course : les châteaux, les paysages etc.

En régie, mon assistante suit le Road book pour m’indiquer ce qu’il y a à filmer et m’aider à raconter l’histoire. Grace à ce repérage nous pouvons aussi mettre à l’image un nom sur tout ce que montrent les hélicoptères.

Ce qui me plait dans la réalisation du Tour de France, c’est que, comme  au cinéma, il y a un travail de préparation, de découpage. A cela se rajoute une forme de réactivité par rapport à l’histoire sportive écrite par les coureurs.  Il ne faut rien rater de la course.

Le mélange des deux fait le succès du Tour de France à la télévision.

Vous avez eu l’idée d’équiper un hélicoptère de 2 caméras.
J.-M. Ooghe : Les deux hélicoptères disposent d’une boule Wescam gyrostabilisée avec un puissant objectif  Cineflex rapport 42. Cet objectif permet de réaliser des plans au dessus des coureurs.

Vue aérienne en provenance d'un Hélicoptère équipé en boule Wescam

On pourrait croire parfois à un travelling réalisé depuis le sol. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai demandé au cadreur hélico de terminer ce type de plan par un mouvement façon Grue pour qu’on comprenne bien le coté spectaculaire de la boule Wescam

Sur l’hélicoptère 1 avec mon meilleur équipage j’ai fait rajouter une seconde boule Wescam avec un rapport 20, une focale plus courte et un grand angle. Quand j’envoie l’hélicoptère au ras des falaises ou des champs avec le grand angle. C’est spectaculaire et très payant.

La population vous réserve aussi parfois des surprises le long des routes du Tour de France (dessins dans les champs par exemple).
J.-M. Ooghe : En fait, je suis prévenu de ces événements.

Les agriculteurs, la FNSEA me transmettent les coordonnées GPS de ces événements via les organisateurs. Tout est organisé à l’avance.

Les villes aussi me contactent. Et parfois d’une année à l’autre, elles me font remarquer que je n’avais pas passé telle ou telle action. Les gens s’imaginent qu’avec un hélicoptère on voit tout. Ils se trompent. Même si nous découvrons parfois des choses en direct, il vaut mieux nous prévenir.

Comment organisez-vous le travail des motos ?
J.-M. Ooghe : Dans une étape de plaine, 1 moto se trouve devant le peloton, une autre derrière. Un troisième se tient prête pour les échappées.

Position 1 cadreur moto, devant la course

Les deux autres réalisent alors ce que j’appelle des fixes, des passages. C’est aussi quelque chose que j’ai amené.

Le Tour de France, ce sont avant tout des travellings (on suit ou précède les coureurs).

J’ai donc souhaité que l’on puisse aussi s’arrêter de temps en temps et montrer la course, le passage des coureurs comme le voient les spectateurs le long de la route. Ainsi les deux dernières motos du dispositifs s’arrêtent de temps en temps à des endroits et précis et nous montrent la course passer.

La quatrième caméra qui réalise ce type de plan depuis le début de la course peut aussi réagir très vite en cas d’échappée. Si la tête de la course éclate elle suit l’un des groupes de tête.

C’est le seul sport, en particulier en montagne, où il faut placer les caméras en même temps qu’on réalise et ne jamais perdre le fil de l’ordre du fil des motos.

(Un consultant dispose aussi en régie, comme dans le car Finish Line d’Euromedia des liaisons HF (lien) , d’un écran avec la position GPS de toutes les motos et des hélicoptères.  )

Parlons un peu de sa façon de réaliser dans le car Régie de FranceTélévisions (moyens de Lyon) En effet, en entrant dans le car, j’ai découvert qu’il était dans une position en hauteur et donnait des tops à un switcheur qui commutait ainsi les caméras « attention la 3, Top, attention la 4, la 4 etc. »

Sur son pupitre, il dispose aussi d’une petite console. Explications.

J.-M. Ooghe :  Je réalise en effet en même temps deux réalisations différentes. L’une via mon switcheur pour le signal international et une seconde moi-même pour France 2. Je donne des ordres au switcheur pour le signal international et je réalise moi-même sur un petit mélangeur l’habillage France 2.

Mais parfois comme lors du dernier contre la montre, je réalise un signal totalement différent pour France 2. Ainsi ce jour là, pour France 2 je proposai principalement des images des contre la montre de Alberto Contador et Andy Schleck. Alors que sur le signal international, nous proposions des images de tous les coureurs.

Les plans des caméras fixes sur les Champs Elysées

Je dois donc jongler entre les 2 réalisations et en plus jongler sur le petit mélangeur pour France 2 car je ne peux accéder à certaines sources que par une touche Shift !

On est toujours bluffé par la quantité d’écrans et de touches dans une régie !
J.-M. Ooghe : Certains réalisateurs vous expliqueront qu’appuyer sur les boutons n’est pas la vraie difficulté. Le plus difficile est de savoir ce que l’on fait, comment on raconte l’histoire qui se déroule.

Les gens qui ne sont pas du métier sont cependant toujours  impressionnés. Mais comment faites-vous? !

Utilisez vous des Lsm ?
J.-M. Ooghe : Il y a effectivement 4 opérateurs LSM qui gèrent 6 postes dont un LSM palette. Certains travaillent pour le signal international d’autres pour l’habillage France 2.

On utilise peu les ralentis sauf pour les chutes ou arrivées (avec une caméra loupe).

Contrairement au foot ou au rugby, dans une course cycliste il n’y a pas qu’un ballon. Il peut y avoir plusieurs événements simultanés pourtant filmés chacun par moins de caméras. Les opérateurs LSM m’aident ainsi à surveiller les images. Je ne peux pas tout voir.

Pouvez-vous nous parler de votre numérotation de caméras.
J.-M. Ooghe : En fait la numérotation commence par les caméras HF par exemple de 1 à 5. Ensuite je laisse un blanc, une touche vide sans affectation de caméra et je continue ensuite avec les caméras fixes.

Nacelle équipée d'une boule caméra Gyron

La touche vide n’est pas inutile. Elle peut servir pour l’informatique, pour des keys etc.

Lors de l’étape du Tour de France à Paris, Jean-Maurice Ooghe disposait de plus de 20 caméras (dont les caméras du studio commentateurs)

Je lui demande enfin de me parler de certaines caméras présentes en fixe sur le parcours dans Paris.

On pourrait penser que des grues sont installées tout au long du parcours. Et, il y en a effectivement 2, l’une près du rond point des Champs Elysées pour passer au dessus des coureurs ainsi qu’une Space Crane derrière la magnifique fontaine sur la place de la Concorde.

A d’autres endroits cependant, les mouvements façon grue sont en fait réalisés par des cadreurs dans des nacelles. Le résultat est assez bleufant.

J.-M. Ooghe : Derrière la statue de Jeanne d’Arc le plan est réalisé par un cadreur sur une nacelle. Il réalise son plan avec l’aide d’un opérateur nacelle qui met le moteur en marche et monte doucement.

Il en est de même pour le plan réalisé en hauteur derrière l’obélisque de la Concorde. La nacelle est cependant plus haute et équipée d’une boule gyrostabilisée Gyron (une marque concurrente de Wescam)

Image depuis la nacelle de la concorde. Au sol la Space Crane

Sur le reste du parcours il y a d’autres caméras fixes comme à l’entrée du tunnel, à l’étoile. Des portables complètent le tout.

Je rajouterai que 2 caméras supplémentaires stockées à coté de la tribune présidentielle sont mises en place pour la cérémonie du protocole.

Un grand merci encore à Jean-Maurice Ooghe dont j’ai fait la connaissance sur cette étape finale du Tour de France ainsi qu’à ses équipes.

Caméras protocole

Grue Pégasus au Rond point des Champs Elysées

Cliquez sur les illustrations pour les agrandir






4 commentaires


  1. Vincenté

    Merci Emmanuel pour cette itw, c’est toujours agréable intéressant de voir les coulisses de ces moyens.

    Bonnes vacances…..


  2. Béghin Olivier

    Intéressant et instructif, le tour étant pour moi un évènement télévisuel qui mérite que l’on s’y attarde …
    see you soon
    Olivier b.



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