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20 septembre 2010

C’était qui à la lumière ? Le directeur de la photographie

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Bravo le monde – Comédie – Lumières de Jean-Michel Racaud

Qui était à la lumière sur cette émission ? XX paraissait 10 ans de moins, je veux le même et la même lumière ! Propos tenus par un animateur.

D’autres artistes demandent, que dis-je exigent telle ou telle lumière pendant leur titre ou simplement pendant leur présence au talk. Bon maquillage et belle lumière et hop encore quelques années de gagnées et un manque de sommeil effacé !

Magie de la technologie ou talent? Lumière blanche et surex(position) : le travail du directeur de la photographie ou dir’ phot’.

Jean Philippe Bourdon (Star Académy(TF1), Les grands classements (M6)…), Frédéric Dorieux (Le Grand Journal (Canal +), Ca va s’Cauet (TF1)…), Jean- Bernard Favero Longo (Le grand zapping (M6), les César, Le festival de Cannes (Canal  +). Mais aussi Jean Poidevin (Cà balance à Paris (Paris Première) 2008 part en live (France 4)…), Laurence Jouin (émissions de Thierry Ardisson), Patrick Neufond (Les trophées Afro caribéens 2008 (France 2)…) , Jean-Michel Racaud (Vivement Dimanche (France 2), Bravo le Monde (Comédie…)), Jean-Pierre Renaudat (Ce soir ou jamais et Direct chez Vous (France 3)…)  Vincent Faure Chappat( Ma Maison pour l’avenir (TF1)…), Laurent Riobé (Zone interdite et autres émissions M6), Olivier Diolez et  Joel Durban (Zone interdite (M6)…) Nicolas Usdin (Plateau orange sport, Secret Story, la quotidienne (TF1)…) , François Roux (Revu & corrigé (France 5), Complément d’enquête (France 2), Eric Brancherie (Au Field de la nuit (TF1)..) Alain Duc

J’ai essayé d’en citer beaucoup ce qui risque au final de me fâcher encore plus avec ceux que j’ai oubliés !

Bref!

Je disais en plaisantant en début de l’article que les animateurs/trices étaient très sensibles à leur image et donc aussi à la lumière. Ce n’est pas que de l’humour mais aussi une réalité.

Un animateur doit toujours soigner sa maquilleuse (et son coiffeur), son réalisateur (pour éviter les mauvais profils, les plans doigts dans le nez etc.), son cadreur gros plan (pour éviter d’être flou) et  donc son directeur photo, celui qui le mettra en valeur ou pas, lui donnera quelques années de moins  ou pas.

Et quand on travaille à la production il ne faut pas sous-estimer les liens entre l’animateur (parfois aussi  producteur) et un directeur de la photographie.
Mais il est plus cher que les autres ? Mais il n’est pas toujours facile à travailler ? Oui je sais, oui peut-être, oui je comprends mais j’aimerai quand même que ce soit lui qui fasse ma lumière. Et oui cela va rassurer votre animateur préféré, qui veut que l’on soigne son image.

De la même manière que les animateurs et animatrices sont très attentifs au travail de leur directeur de la photographie, les artistes ont aussi parfois de sacrées exigences.
Elles font bien sûr des demandes quand elles interprètent un titre, un sketch. La lumière participe totalement au spectacle, à leur interprétation. Il n’est donc pas anormal d’avoir des demandes tant au niveau des couleurs que des effets, des transitions etc. Il m’est déjà arrivé de recevoir par mail des listes de demandes très précises et très longues .

Cependant, c’est aussi et souvent plus au moment du talk que les demandes sont les plus insistantes. Pas question de donner l’impression d’être malade et pire encore âgé (beurk!). Alors on demande tel blanc, tel projecteur à tel ou tel endroit. Ainsi, des dir phot’ ont été engagés, moyennant finance,  par l’entourage de l’artiste pour créer ce cahier des charges qui embêtera parfois un autre dir phot, celui du tournage ou l’amusera car les demandes seront parfois si classiques et habituelles ou extravagantes.

Du blanc, ah le blanc, beaucoup de blanc que l’on surexposera ensuite à la réalisation grâce à l’aide de l’ingénieur de la vision. Résultat un visage tout blanc tout lisse, tout jeune (ou livide!)

Le directeur de la photographie travaille toujours en duo avec l’ingénieur de la vision. Certains en imposent même en régie. Au moment d’annoncer aux prestataires plateau comme comme AMP/Visual TV et Euro Média le nom du dir phot’ elles savent déjà alors quel ingé vision prévoir.

Pendant le tournage, c’est d’ailleurs souvent aux coté du ou des ingénieurs de la vision que l’on retrouve le directeur de photographie.

D’autres restent cependant à coté de leur pupitreur, un moniteur (écran) étalonné devant eux en liaison directe avec l’ingénieur de la vision via le réseau d’ordre.

A noter que le moniteur est équipée d’une grille, c’est-à-dire d’une rangée de boutons qui permet au directeur de la photo de pouvoir choisir (switcher) les images de toutes les caméras à sa convenance. Ainsi il peut contrôler les images sans dépendre des choix du réalisateur.

D’autres étapes précédent cependant le moment du tournage.

Le travail du directeur de la photo démarre souvent au moment de la conception du décor.
En effet, un décor n’est rien (ou pas grand-chose) sans lumière au point que certains décors ne sont quasiment plus conçus qu’avec de la lumière.

Regardez certains décors. En dehors d’écrans, ils ne sont parfois que construits à base de ponts de lumière horizontaux ou verticaux, de diffusants, de projecteurs dispersés  etc.

Simulation 3D décor et lumière Ca va S'Cauet Franck Fellemann

Quand les budgets sont tout de même plus importants ou raisonnables, un décor est conçu. Le directeur de la photographie travaille alors avec le décorateur en collaboration avec le producteur, le réalisateur et le directeur de la production.
Le décorateur comme le directeur photo doivent parfaitement connaitre le métier de l’autre.  Le premier doit penser à la manière d’intégrer les lumières du second, à utiliser certains manières (diffusants, plexi etc.) et le directeur de la photo faire des propositions  au premier pour mettre en valeur le décor, le compléter harmonieusement avec des ponts, des cerces (ponts lumière en forme d’arc de cercle)

Le décorateur établit alors des plans de décor très précis qui permettent au dir phot’ d’établir (ou de faire établir) ce que l’on appelle un plan de feux, c’est-à-dire un plan d’implantation des lumières sur des logiciels comme Autocad.

A noter que les décorateurs utilisent des logiciels qui permettent déjà de simuler l’effet de la lumière sur leur décor. Les simulations en 3D « éclairées » sont très décisives lors de la validation d’un décor.

Leurs plans évoluent alors en fonction des contraintes de l’un et de l’autre mais aussi en fonction des contraintes financières du directeur de la production.

En effet, des devis ont été établis coté déco et lumière. En fonction du budget, il s’agit parfois de réduire le nombre de projecteurs, de limiter certains projecteurs automatiques ou d’autres plus chers, de réduire le nombre de ponts ou de les mutualiser entre le décor et la lumière.
Il est aussi nécessaire de prendre en compte le temps d’installation et de démontage et le budget personnel pour tout cela.
Ainsi on retravaille le décor et la lumière.

Sur certains plateaux, en particulier ceux de AMP/Visual TV, vous sont proposés dans le prix du plateau une base plus ou moins importante de lumière dite traditionnelle (c’est-à-dire hors automatiques et led pour le moment). Vous avez donc intérêt à ce que le directeur de la photo utilise en priorité ce matériel.

Projecteurs Ca va s'Cauet au sol avant leur montée

Quand toutes ces négociations sont terminées arrivent donc les moments de l’installation.
Se mêlent alors équipes lumière choisies par le directeur de la photographie rémunérées par la production et ceux du plateau. A ceux-là s’ajoutent les équipes du décor.
En effet, une organisation logique et bien réglée doit être mise en place. On commence souvent par le tracé au sol du décor puis par le montage de tous les éléments en hauteur (ponts, cerces, accroches en hauteur du décor etc.) Ensuite s’installe le reste du décor au sol et la lumière termine le tout.

Arrive ensuite le moment des réglages et du prelight. Le pupitreur (celui qui pupitre !  qui appuie sur tous les boutons d’une console lumière !) enregistre chaque projecteur, encode différentes types de lumières adaptés aux différents événements du conducteur de l’émission. Si un artiste chante un titre, le pupitreur va l’écouter plusieurs fois et préparer des effets, des transitions qu’il lui suffira de ressortir au moment des répétitions et du tournage.
Le directeur photo valide alors les propositions du pupitreur. La mise en lumière évoluera alors aussi pendant les répétitions selon les demandes de l’artiste, du producteur et du réalisateur. La lumière peut même évoluer entre plusieurs numéros d’une même émission.

Bon tout cela se passe ainsi en général. Mais c’est parfois le pupitreur qui finit par choisir la lumière car certains directeurs photos débordés (ou pas) font totalement confiance à leur assistant et pupitreur (on dira cela comme ça !) Il m’est d’ailleurs un jour arrivé de présenter le pupitreur en tant que directeur de la photographie de l’émission au manager d’une artiste internationale dont je ne citerai que les initiales (JLO !) car le directeur de la photo du jour avait du partir en urgence en hélico sur un autre projet ! Aucun des deux ne parlant bien anglais, cela n’aurait pas changé grand chose au final et l’artiste est repartie heureuse!

Anecdote seulement?
En partie car il est vrai que les directeurs de la photographique n’ont pas tous la même attitude face à leur travail.

Certains sont connus pour ne pas être très présents, ou pour être rapidement remplacés par un autre directeur de la photo dès la mise en place d’un programme terminée. D’autres par contre sont très impliqués au point de mettre la main à la tâche, à installer eux même certains projecteurs pour limiter les coûts et probablement aussi inspirer le respect de leur équipe.  En tout cas l’un d’entre eux se reconnaitra probablement et a gagné mon total respect ce jour là. En plus il est très talentueux.

Le travail du directeur de la photo ne serait rien sans ses électros, son chef électro (ceux qui ne disparaissent pas pendant toute la journée du tournage dès le contrat signé !), son assistante parfois, ses roads ( qui transportent au sol les caisses de projecteurs et aident à les installer), les riggers (on dit aussi accrocheurs) qui grimpent etc.

Cet article ne serait pas complet si je ne rajoutai que la technologie a aussi beaucoup évolué.

La lumière traditionnelle est toujours très présente mais souvent complétée si le budget le permet par des lumières automatiques (que l’on peut faire bouger, changer de couleur etc.) comme les vari*light

De plus, l’arrivée du led (HD ou non) a aussi profondément modifié la création lumière.  De petite taille, ne dégageant pas de chaleur et de moins en moins couteux, il est de plus en plus présent dans les éclairages actuels (y compris dans les automatiques)

Le milieu des directeurs photo a aussi évolué.
Certains comme Jean Philippe Bourdon, Frédéric Dorieux se sont associés avec André Mitnik (propriétaire de Phase 4, l’un des principaux fournisseurs en matière d’éclairage télé) et Philippe Désert, décorateur entre autre du grand journal pour créer Editing Art Light une société de location de leds. Autant en profiter des deux cotés et, comme me l’a expliqué Philippe Désert, la lumière et le décor sont de plus en plus proches même sans structures communes.

D’autres comme Vincent Faure Chappat, Nicolas Usdin, François Roux, Laurent Riobé ont rejoint Lightco la société de Grégory Dray. Ces directeurs de la photographie restent totalement indépendants mais peuvent immédiatement s’appuyer sur une structure qui peut rapidement mettre en place le personnel et les moyens lumières pour des tournages.

Certains directeurs photo continuent enfin à militer pour des droits d’auteur sur leur création de lumière.
Ils aimeraient que la décision concernant la Tour Eiffel et son éclairage nocturne fasse jurisprudence – (La Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) revendique des droits sur la publication de la tour illuminée[48], en s’appuyant sur une décision de la Cour de cassation du 3 mars 1992 relative à des illuminations mises en place en 1989, pour le centenaire de la tour. Selon la Cour, « la composition de jeux de lumière destinés à révéler et à souligner les lignes et les formes du monument constituait une “création visuelle” originale, et, partant, une œuvre de l’esprit[49].  Source Wikipédia

Voilà vous en savez plus sur ces hommes de l’ombre

Plan de feux du Grand Classement sur M6 – Jean Philippe Bourdon

Le Grand Classement M6 – Lumières de Jean Philippe Bourdon






5 commentaires


  1. ant92

    « Propos tenus par un animateur »… Ou bien une animatrice qui ne serait pas romancière par ailleurs ? 🙂


    • Ant 92…
      Bien tenté mais perdu… non non il s’agit bien d’un animateur. Mais cela pourrait aussi être le cas d’animatrices.
      Il faut bien sûr une certaines dose d’égo pour montrer sa bobine à la télé régulièrement alors oui certains sont coquets, tous (quasiment tous) sont très attentifs à leur image. On peut les comprendre!


  2. Françoise Ulrych

    Bonjour Emmanuel ,

    Ce qui est certain, c’est que le téléspectateur est devenu terriblement exigeant ….

    Un acteur/trice , un animateur/trice , doit absolument frôler la perfection , surtout et avant toute chose sur son apparence. Un teint blême, un mèche de cheveux mal placée, quelques imperfections cutanées, et c’est une inondation de critiques cyniques et désabusées .

    On peut les comprendre. Nous sommes sans cesse positionnés sur l’échiquier de « la course à la consommation » consumés de cette peur de paraître âgés ou laids qui pourrit notre société .

    Remercions donc ces magiciens de la lumière .

    Votre article m’a « éclairée » !! et j’en déduis donc , que de nos jours , tout s’achète … même la perfection … !

    Très bonne journée à vous !


    • Françoise,

      Merci pour ce commentaire.

      Vous avez tout à fait raison. L’animateur ne peut être malade ou fatigué. On veut le retrouver à l’image dans notre programme préféré avec toujours le même tempérament, avec le même visage.

      Les coupes de cheveux, le maquillage, les tenues (les cravates pour les hommes, les robes pour les femmes) suscitent toujours beaucoup d’appels, de mails, de courriers!


  3. ant92

    Oui et puis il faut dire que depuis le passage en HD, on voit tous les détails, et un éclairage dégueu ou un maquillage à la truelle, c’est super efficace pour ce qui est de souligner les ridules ! 🙂



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