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28 octobre 2010

Les badges : une histoire de sécurité et de privilèges!

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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16 ans de badges

T’as ton badge ?

Pas de badge, t’entres pas !

T’as quel badge ? Moi All access.

File moi le tien, faut j’aille derrière et le gars de la sécu ne veut pas me laisser passer !

Avoir le bon badge? En avoir déjà un pour entrer sur un plateau, dans ses coulisses et faire ainsi partie de ceux, qui comme nous, intermittents, participons à la fabrication de spectacles ou de programmes de télévision. Un privilège probablement.

Pas d’histoires de badges et sans histoires de sécurité. Cela va de pair!

Enfin normalement puisque les badges ont pour but de repérer qui est qui sur un plateau, dans les coulisses mais aussi de limiter les accès à certaines zones du plateau.

Si c’est l’équipe de production qui attribue les accréditations matérialisées par des badges plus ou moins précis ou des bracelets de couleur, c’est au personnel de sécurité placé à différents endroits stratégiques de vérifier le respect de ses accréditations.

Et parfois il peut y avoir du jeu entre ce qui est prévu et la réalité.

Du jeu c’est bien le mot car parfois c’est la sécurité qui n’est pas très regardante et laisse passer des personnes non accréditées (quand ils les connaissent, quand c’est une jolie fille avec un grand sourire, quand une personne tient un discours bidon mais crédible : je suis danseuse, j’accompagne bidule etc.)

Quand on est du coté de la production on n’aime pas ce jeu mais il nous arrive aussi parfois d’être un joueur quand on veut à notre tour rejoindre un camarade sur un autre plateau en profitant du « gars » de la sécu que l’on connait! « Tiens, comment tu vas, je vais juste voir machin  ou « il m’accompagne » et hop on passe !)

Mais je ne vais pas vous donner tous les tuyaux. Non mais !

Et puis à l’inverse, parfois la sécurité fait bien, trop bien même son boulot et est très intransigeante.
Une artiste à qui l’on refuse l’entrée sur un plateau car le personnel de sécurité ne la reconnait pas ou fait de l’exès de zèle car l’artiste lui «  a mal parlé ». Je me souviens notamment d’une comédienne qu’un agent de la sécurité n’avait pas reconnue et qui face à l’insistance et le ton de la comédienne  : »m’en fous je vais rentrer, tu sais qui je suis?  » avait répondu par un  » et moi je suis le pape ». Cela aurait alors été le premier pape noir installé à la Plaine Saint Denis. Au final il a tout de même fallu renvoyer en urgence un stagiaire récupérer dans sa voiture (toute pourrie) la comédienne repartie furieuse et la ramener sur le plateau.

Revenons aux badges.

Des badges pourquoi faire ?
Et bien tout d’abord pour limiter les accès des différentes parties du lieu de tournage.

Ainsi, certaines personnes doivent pouvoir accéder au plateau mais pas aux coulisses. D’autres ont accès aux coulisses (backstage) mais pas à la scène etc.

Parfois comme lors de la production des Colocataires sur M6, le zoning était encore plus précis.

En effet, il y avait le plateau de la quotidienne, le plateau du prime, les zones de production, de post production, la régie de tournage du flux continu et la zone la plus restrictive : le plateau où se trouvaient les maisons. L’accès à cette zone était limitée aux quelques techniciens et cadreurs qui y travaillaient ainsi qu’à quelques personnes de la production.

Comme vous pouvez le voir sur mon badge All Access nous utilisions une technique assez simple.

A chaque zone était affectée une couleur.

Toutes les zones dont la couleur n’était pas perforée étaient autorisées. Un badge sans perforation était donc all access.

Tout cela demandait un premier travail important pour définir les zones (bien les délimiter sans en créer un trop grand nombre) et pour déterminer qui y avait accès ou pas.

Pour accentuer la sécurité, certaines zones n’étaient accessibles qu’après un passage par un détecteur d’empruntes.

Lors d’autres événements, tournages, on peut aussi décider de créer des badges de couleur ou d’aspect différent selon les professions : Artistes, accompagnateurs artistes, presse, technicien, invités, chaine, musiciens, danseurs, production etc.

De la même manière il faut donc préparer des listes, imprimer le bon nombre de badges de chaque catégorie, préparer des enveloppes pour les trier et préparer leur distribution pendant le tournage, bref de quoi occuper des stagiaires. C’est aussi parfois un moment qui rassemble toute l’équipe de  production le soir avant le tournage. On s’y met tous autour d’un repas rapide livré pour l’occasion.

On profite aussi de la fabrication du badge pour ajouter au dos une courte liste des numéros des portables importants ou les numéros des fréquences des talki-walkis.

Selon le budget de prod, on imprime, on photocopie, on plastifie et puis avec un peu de chance, le diffuseur vous a envoyé de jolis cordons aux couleurs de la chaine pour vos badges. Dans le cas contraire on revient à la bonne vieille technique de la ficelle coupée et nouée. Un vrai métier.

Mais attention, la « création graphique » du badge peut parfois être sujette à de longues discussions. On y met bien sûr le nom ou mieux le logo de l’émission, le logo du producteur, du diffuseur et parfois des partenaires. Attention à la différence de taille entre chacun, cela peut chatouiller certaines susceptibilités.

Quand on a plus de moyens (ou quand votre producteur est fasciné par les badges… Si si j’en connais !) on passe à la badgeuse pro! Vous savez, celle qui permet d’imprimer à volonté des badges en dur, en plastique avec photo, code barre etc selon vos envies.

C’est souvent le cas des cérémonies, des programmes qui se déroulent sur des périodes longues (téléréalité, quotidienne en direct etc.)

La date peut aussi être une information importante sur le badge. Sur certaines cérémonies, on choisit aussi de distinguer les badges papiers utiles pendant le montage et le démontage des badges sophistiqués destinés uniquement aux équipes d’exploitation du lieu. C’est par exemple le cas du Festival international du film de Cannes.

Les badges de couleurs ont pour avantage de repérer facilement les gens. Trop de monde en coulisse qui encombre les passages des artistes? Tiens, que fait ce « badge bleu « derrière la scène? Et hop on fait le ménage!

De la même manière, les différents intervenants peuvent facilement repérer les équipes de production grâce à leur badge.

Parfois cependant l’organisation se grippe.

Un grand classique? Vous rassemblez proprement les badges artistes, accompagnateurs artistes dans une enveloppe pour chaque artiste. Vous profitez des répétitions pour donner l’enveloppe à une personne de confiance… l’attachée de presse. Ainsi toute l’équipe pourra revenir le soir dans le studio. Enfin en théorie car combien de fois, l’enveloppe a été oubliée. Combien de fois, des accompagnateurs supplémentaires (parce qu’ils ont appris que le catering était très bon?), des changements de noms etc.

Et puis parfois cela peut être encore plus surprenant.

Pour se faciliter le travail, de nombreuses productions ont remplacé les badges par des bracelets de couleur (parfois aux couleur de la société de production), vous savez, le bracelets VIP de certaines soirées ou les bracelets de vos vacances en All Inclusive!

Ces bracelets sont destinés aux techniciens et accompagnateurs mais pas aux artistes à qui vous donnez des badges. A l’attaché de presse et surtout aux assistants de réalisation de vérifier que les artistes ne montent pas sur scène avec leur badge.

Mais vous avez beau bien expliquer tout cela aux artistes et à leurs staff, et bien parfois cela donne cela …

Cela s’est passé pendant le tournage de la Cérémonie des Trophées Afro Caribéens 2008 au Théâtre du Châtelet diffusée sur France 2 et France Ô . Et oui, le flutiste de Raphael avait récupéré un bracelet… et gardé pendant la cérémonie.

Pas de chance, on l’a bien vu son bracelet surtout sur le gros plan en médaillon sur la photo!

Il existe aussi des badges très personnalisés.

Je me souviens en particulier de celui reçu pour la première saison de Bachelor sur M6. Ce programme avait été produit par W9 Productions avec le concours de KM Productions.  Ces derniers en avaient en particulier assuré la partie tournage.

Directeur des productions de W9 Productions j’étais passé quelques jours sur le tournage mais avait ensuite laissé la main aux équipes de KM pour me concentrer sur les autres étapes de la fabrication et sur les autres émissions en cours de production. De retour sur le plateau de la dernière émission, j’avais alors découvert que les équipes de KM avaient eu l’idée originale de m’offrir un badge doré, VIP ! Une charmante attention qui m’avait touché.

Comme vous l’avez peut-être déjà compris, les badges sont des éléments indispensables pour la sécurité et la gestion des personnes sur un tournage mais ce sont encore plus des souvenirs.

De souvenirs de nombreux tournages, des expériences uniques et inoubliables.

Nous sommes nombreux à les conserver. On ne va pas jusqu’à les regarder toutes les semaines mais de temps en temps quand on tombe dessus (pour écrire un article par exemple) on repense à de nombreux moments qu’on avait quelque peu oubliés.

Festival du Film de Cannes 2008

Et puis, certains badges ont plus d’importance que d’autres comme celui-ci qui permettait d’accéder à la terrasse du Palais des festivals de Cannes.

Ce soir là, on n’était pas nombreux, en direct, sur cette terrasse à accueillir les grands gagnants du festival.

Ah oui, dernier conseil très important : Quand on vous demande une photo pour un badge, prenez le temps de la choisir. Si la photo est prise sur place avec une webcam, n’acceptez de valider que la bonne. Cela vous évitera d’avoir à les flouter quelques années après! Sans parler de ces cérémonies qui conservent la même photo des années durant.






4 commentaires


  1. Parfois je trouve que les badges sont plus intéressants que les événements auxquels ils sont associés. Les choix esthétiques en disent long sur l’état d’esprit des organismes émetteurs, et la qualité de fabrication peuvent donner une idée sur les moyens dont ils disposent et le sérieux du filtrage qu’ils entendent effectuer avec lesdits badges, du nom écrit à la main sans photo sur un badge en papier jusqu’au badge en plastique avec nom imprimé, photo, et puce informatique.


  2. Shelley Mc Morrow

    Mais il y a des badges en photo que j’ai fabriqué avec amour…… ou au moins pour lesquelles j’ai passé des heures à genoux avec une plastifieuse, poinçonneuse et un massicoteuse….

    Toute personne qui veut travailler dans la prod, que ça soit en télé ou événementiel, doit passer le stage obligatoire « Atelier Fabrication de Badges ». Petite astuce : ne les laisse pas à la dernière minute…. ça peut prendre des heures 🙂


  3. François VERLEY

    Mais c’est un véritable casse tête ces badges !! Pourquoi tout le monde n’a pas accès aux différents endroits du plateau, régie ou autre ? Moi je pensais que oui… Pas de différences que cela soit cadreurs, ingénieurs du son, producteur, assistants et j’en passe… Pourquoi cette restriction ? Est-ce vraiment nécessaire ?
    Par contre, je me souviens d’avoir assisté à l’enregistrement de « La Roue de la Fortune » en 2007. A l’époque l’émission était enregistré au batiment 130 de la SFP et j’ai pu me balader comme je voulais sur le plateau entre 2 séances d’enregistrement… Personne ne m’a rien dit !Et je n’avais pas de bagde puisque je n’étais présent qu’en tant que personne du public et non candidat !! Il faut dire aussi que le plateau était un peu désert… Bizarre, non ?
    Mais c’est vrai qu’un badge est très important !! J’en possède un moi même pour mon travail (je suis conseiller clientèle sur une plateforme téléphonique) et je n’ai pas accès aux différents plateaux !! Chasse gardée comme on dit !!



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