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14 février 2011

Le conseiller des programmes : l’homme de la chaine !

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Oublié le temps où un producteur incontournable fabriquait son émission et livrait sa cassette à l’une des 6 chaines qui diffusaient alors.

La chaine de fabrication s’est enrichie et le diffuseur est de plus en plus présent.

Le conseiller des programmes lorsqu’il existe est l’un de ces nombreux maillons.

Vérification, validation mais aussi conseils : le rôle de cet interlocuteur principal de chaque producteur qui prend toujours plus d’importance.

On a fait 25% sur la Ménagère. Vous avez fait du bon boulot… nous dit-il : On l’adore !
Quoi? Il veut qu’on coupe cette séquence ? … Ah le boulet ! (chaine, maillon, boulet… humour ! )

Quand on est du coté de la production il y a des moments où l’on apprécie son Conseiller des programmes et d’autres où on aimerait l’avoir perdu au milieu de tous les plateaux de la Plaine St Denis!

Un jeune producteur qui fabrique sa première émission pour une chaine importante sera ravi de pouvoir compter sur son expérience, sur sa connaissance des attentes des téléspectateurs.
Un producteur aguerri, qui plus est, aussi animateur de son émission, pourra parfois avoir des relations plus conflictuelles. « je fais ce que je veux, c’est MON émission ! »

Selon les moyens et l’audience d’une chaine,  il n’y a pas ou pas encore de conseiller des programmes. Le producteur travaille alors directement soit avec un directeur d’unité ou encore avec le directeur des programmes.

Les relations avec le conseiller des programmes changent aussi avec les années passées ensemble.
Plus d’expérience d’un coté comme de l’autre mais aussi création d’habitudes de travail.

Un producteur connait son conseiller des programmes, ce sur quoi il tique à chaque fois, sur quoi il est moins à cheval. Le conseiller des programmes connait aussi bien son producteur, son animateur. Il sait ce sur quoi il est doit être attentif. Il sait comment lui parler et le convaincre parfois de modifier son conducteur ou son approche de tel thème ou le traitement de tel invité.

Maxime Maton, Conseiller des programmes à l’unité Magazines de TF1 nous avait déjà dépeint une partie de son travail lors d’une interview pour Media un autre regard (Lien).

Je vous propose de compléter son propos avec mon expérience même si toute ressemblance avec … ne serait que pure coïncidence bien sûr!

Et, je commencerai par tout ce qu’il peut (devrait !) apporter à un producteur

Le conseiller des programmes est en général rattaché à une unité (divertissements, magazines, fiction, documentaires etc.)

Chacun supervise pour sa chaine et son directeur d’unité et des programmes plusieurs émissions. Il peut aussi avoir des missions complémentaires comme la veille internationale, la déclinaison sur le net, le casting d’animateurs etc.

Il travail en liaison avec de très nombreux interlocuteurs au sein de la chaine  :programmation/antenne, direction artistique, direction financière, marketing, communication/presse, produits dérivés, web, conformité, juridique, publicité, études, habillage et j’en oublie surement.

A la pub, on sait le type de programmes que l’on pourra billboarder (dont une marque pourra être le sponsor), quel type de programme sera trop segmentant pour intéresser des annonceurs. On sait où l’on doit placer ses coupures de pub pour tirer avantage de la concurrence mais aussi respecter la législation.

A la programmation, on connait par cœur sa grille de programme. On sait ce qui a fonctionné ou pas. On sait sur quoi les téléspectateurs suivent ou non la chaine. On connait ses besoins pour les mois à venir, les cases à remplir.

Aux études, à la veille, on étudie les tendances du marché, les programmes qui fonctionnement à l’étranger, les tendances de fond en France, les thématiques qui émergent, celles qui sont fédératrices…

Et ainsi de suite.

Tout ce travail doit permettre à la chaine de mettre à l’antenne des programmes qui font de l’audience et rapportent.

Si la télévision n’est pas une science exacte, loin de là, ces informations sont alors souvent centralisées et apportées aux producteurs pour les aider dans leur travail par le conseiller des programmes.

Ensuite, avec l’habitude et selon les organisations, cotés producteur et diffuseur, d’autres contacts directs seront mis en place naturellement : un attaché de presse préparera un plan de com’ avec  le service presse de la chaine, un directeur de production travaillera en liaison direct avec le service financier, avec le service des livraisons et Pads etc.

Le Conseiller des programmes apporte l’expérience et impose les habitudes ou exigences de sa chaine : Charte éditoriale, charte visuelle (habillage, décor…)  Et c’est là que parfois les avis, envies du coté producteur et diffuseur peuvent diverger !
A quelles étapes de la production intervient un Conseiller des programmes ?
– Développement
Le conseiller des programmes peut intervenir dès la proposition de projets. En contact direct et régulier avec certains producteurs, il reçoit leurs projets, leurs propositions de programmes. Parfois c’est aussi le conseiller des programmes qui peut avertir tel ou tel producteur qu’il côtoie régulièrement des besoins de la chaine en terme de programmes, de cases à remplir.

Sur la base d’un projet, on travaille alors sur la thématique, la case horaire, la fréquence de diffusion, le format, le rythme, l’animateur etc.
Le projet avance du coté du producteur selon les avis et recommandations du conseiller des programmes. Celui-ci avance aussi de son coté avec sa direction et les autres services de la chaine. La thématique intéresse-t-elle des marques ? , Quelle case pourrait correspondre à ce programme ? Comment ce type de programme fonctionne à l’étranger ? …

Une convention de développement peut alors être mise en place avec le producteur pour financer les frais de mise en route du programme : engagement d’un rédacteur en chef pour travailler sur un conducteur, frais de casting etc.

Cette phase peut durer de 1 mois à 6 mois et parfois le projet ne verra jamais le jour. A contrario, le programme peut être piloté dans une version diffusable ou non. Le programme peut alors aussi être mis à l’antenne pour un one shot de test ou sur une période de quelques semaines pour un jeu quotidien par exemple.

Le pilote sera aussi probablement passé par les études avant d’être ou non mis à l’antenne.

Pendant la pré-production
Le conseiller des programmes intervient dès la pré-production c’est-à-dire toute cette phase qui précède la fabrication et diffusion du premier numéro.

Il est relation très régulière avec le producteur pour travailler à la fois sur le conducteur, les séquences, les thématiques, les intervenants, les durées des séquences, l’angle d’attaque d’un sujet, l’originalité de l’émission, son habillage, le décor, l’animateur, la durée globale, la périodicité de l’émission, sa première date de diffusion…

Il travaille au quotidien avec le producteur via des réunions, des coups de téléphone, des échanges de mails. Il avance aussi au sein de la chaine pour que chaque service soit informé de l’évolution du programme et que chacun ait pu lui transmettre leurs avis, leurs conseils et impératifs.

Sont aussi validés par la chaine les choix de certains intervenants : l’animateur et les chroniqueurs bien sûr mais aussi souvent le réalisateur, le directeur photo, le décorateur, la société choisie pour l’habillage, le rédacteur en chef, le directeur de casting etc.
Dans certaines chaines, il y encore des chasses gardées. Tel ou tel réalisateur ou directeur photo vous est fortement conseillé. Mais, cela change. Est-ce du à la baisse des budgets? Les chaines semblent s’ouvrir à d’autres personnes toutes aussi talentueuses mais moins exigeantes au niveau de leur salaire par exemple !

En accompagnement de la production
Lors d’un one shot et bien plus encore lors de la production d’une série d’émissions, le conseiller des programmes devient l’interlocuteur principal du producteur au niveau éditorial. Il accompagne le producteur et participe plus ou moins fortement à la production.

Fini le conseiller des programmes qui débarque au moment du tournage. Son travail commence dès la préparation du conducteur, le choix des intervenants, des thématiques. Un programme évolue chaque semaine. Le conseiller des programmes apporte des informations comme les analyses d’audiences. Il faudrait reculer ou avancer telle séquence, en dynamiser une autre ou la traiter différemment, la raccourcir ou l’allonger, plus la traiter en plateau ou en sujet.  Il apportera aussi ses idées.

On parle aussi des invités, des intervenants. Celui là on l’a trop vu sur les chaines, on le trouve trop mou, vulgaire etc.
On parle du contenu, des problèmes juridiques et de conformité etc.

Et c’est ainsi que s’engagent des discussions parfois houleuses entre producteurs, animateurs et conseiller des programmes.

On n’est pas toujours d’accord. Un producteur voudrait prendre tel risque, le conseiller des programmes pense que telle ou telle séquence ne va pas plaire.

Parfois les discussions tournent autour d’un invité. Pourquoi vous ne voulez pas qu’il passe chez moi alors que vous l’avez mis sur telle autre émission ? Pourquoi vous me l’avez piqué sur telle émission ?  … et j’en passe.

Il peut y avoir un vrai différent qui découle d’une politique générale d’une chaine notamment au niveau de la programmation et la volonté d’un producteur et de toute une équipe qui fabrique le programme au quotidien d’avoir toujours le meilleur.

C’est aussi au sein de la société de production que se fabrique au quotidien une émission. Quelque soit l’implication, l’état d’esprit constructif du conseiller des programmes, au quotidien, ce sont tout de même toutes les personnes de l’équipe de production qui doivent trouver des solutions, des astuces, des idées pour construire un programme. Le travail du conseiller des programmes peut alors, à tord ou à raison, être perçu comme celui d’un inspecteur des travaux finis.

Fabriquer un programme reste comme partout ailleurs aussi une histoire de relations humaines.

Pour participer à la fabrication du programme, le conseiller des programmes doit donc être présent en tournage. Beaucoup de choses peuvent se passer. Un intervenant absent, moins bon et il faut alors prendre ensemble tout de suite des décisions.
En tournage un producteur peut tenter une idée qui lui tient. Le public réagit très bien? Le conseiller des programmes changera d’avis et validera finalement la séquence et assumera alors avec le producteur les résultats en diffusion.
Une autre bonne idée à priori ne fonctionne  pas avec le public et elle finira dans le chutier.

Le conseiller des programmes sera enfin aussi présent au montage et bien évidemment au visionnage final.

Est-ce qu’il prend toutes les décisions seul ?
Avec de l’expérience et avec la confiance de sa direction, le conseiller des programmes en prend de plus en plus. Avec le temps il connait de mieux en mieux son producteur et animateur et son émission. Il a aussi appris à connaitre sa chaine et les attentes de son public.

Cependant, chacun dans la chaine prend aussi ses responsabilités même si leurs décisions peuvent être transmises par le conseiller des programmes. A l’inverse, c’est aussi à lui qu’il reviendra de défendre auprès de la chaine les positions du producteur, les initiatives, les risques qu’il souhaite prendre.

Bien sûr, dans certaines chaines, le conseiller des programmes n’existe pas sous cette forme ou n’a pas du tout les mêmes moyens. Toutes le travail sur les études, le marketing, la com’ etc est parfois fait par une et seule personne. La relation entre chaine et producteur n’est donc pas la même.

On pourrait penser que la chaine laisse alors plus de latitude au producteur qui met souvent à disposition des équipes qui travaillent par ailleurs pour de « grandes chaines » mais cela n’est pas toujours le cas.

En effet, quand une chaine diffuse sur son antenne quasi uniquement  du catalogue français et étranger c’est à dire des émissions, des fictions déjà produites pour d’autres ailleurs, les responsables de cette chaine mettent souvent beaucoup d’énergie à participer à la fabrication des quelques uniques heures de programmes frais de l’année sur leur chaine.

C’est le producteur et ses équipes qui fabriquent le programme. La chaine en tant que diffuseur reste le responsable final du programme et des conséquences de sa diffusion. Il faut donc trouver une relation équilibrée à laquelle doit participer pleinement un conseiller des programmes.






7 commentaires


  1. Merci pour cet article 🙂 Vos billets sont toujours très intéressants pour un jeune producteur comme moi désireux de monter une émission de plateau.

    Quid du directeur/responsable des acquisitions ? En fait, j’aurai pensé que le conseiller que vous décrivez assumait ce poste :s


    • Bonjour Ravana,

      Merci pour vos compliments.

      J’ai choisi de parler du Conseiller des programmes tel que je le connais, celui qui participe à la production de programmes frais.
      Un responsable des acquisitions serait plutôt pour moi quelqu’un chargé des achats de fictions, de formats qui ne seront que doublés pour la France ou adaptés en France et c’est alors un conseiller des programmes qui prendra le relais avec un producteur.

      Comme je l’ai indiqué, chaque chaine, selon son organisation, donne un rôle différent au conseiller des programmes quand il existe.

      Peut-être qu’un conseiller des programmes pourra compléter cet article et ce commentaire


  2. D’après vous, si je devais adresser un projet, je devrais plutôt viser le directeur des programmes pour une émission de flux (talk et info) ? Intéressant, il est vrai que ma connaissance de la hiérarchie télévisuelle est assez faible ^^

    Merci de votre réponse en tout cas 🙂

    Au plaisir de vous lire et peut-être de vous croiser IRL un jour 🙂

    PS : je me suis permis de vous ajouter sur Fb, je comprendrais si vous refusiez de m’accepter 🙂


    • Ravana,

      Il m’est difficile de répondre précisément à votre question car la réponse dépend du type de projet et du type de chaine qui pourrait être intéressée par votre projet. Les organigrammes sont assez différents selon la taille et selon chaque chaine.
      De plus, selon l’ampleur du projet, il peut aussi parfois être utile de s’adosser à une société de production déjà bien implantée.

      Bonne chance

      Emmanuel


  3. Il est vrai que j’y pense… mais je ne connais pas de société de production sur mon créneaux et qui voudrait « oser » me suivre. Enfin, je pense 🙂

    Bref, je tente ma chance et je verrai bien 🙂

    Merci pour vos encouragements et au plaisir de vous lire 🙂


  4. The Screenwriter

    Où l’on aimerait tellement qu’en fiction, le conseiller de programme français calme un peu son désir de contrôle et laisse faire, en définitive, ceux qui savent, ceux dont c’est le métier : les producteurs, les scénaristes. (Les réalisateurs, eux, s’ils sont aussi sous contrôle, sont néanmoins plus libres : nous sommes en bout de chaîne de fabrication, les décisions ont été prises en amont, même si à leur niveau, les conseillers de programme peuvent-être extrêmement tatillons sur les histoire de casting et de montage…)

    La plupart du temps, les scénaristes, parce qu’ils sont obligés d’obéïr aux conseillers de programme, se retrouvent à devoir écrire moins bien que ce qu’ils savent.

    Tant de fictions françaises rabotées par le bas par le bon vouloir frissonnant desdits conseillers de programme. Tant de sujets en or étouffés sous le poids de la consensualité. Tant d’émotions et d’intelligence – et donc, de spectacle, en définitive -, tués dans l’œuf à cause d’excès d’édulcorant.
    Si la fiction française n’est pas leader en son pays – comme la plupart des fictions locales en leurs pays -, ce n’est certainement pas à cause des créateurs (scénaristes, producteurs, réalisateurs)…

    A titre d’exemple, voici comment a été créée l’excellente série Borgen – qui vient d’être diffusée sur Arte – où l’on voit que la toute puissance du conseiller de programme a été largement maîtrisée pour laisser place à l’équipe de création :

    • La chaine nationale Danoise (DR1) a décidé de faire de la fiction une priorité car elle définissait son identité nationale.
    • Sans ligne éditoriale particulière, elle a demandé à des auteurs de lui proposer leurs » images » de leur pays.
    • Les responsables de DR1 ont posé comme principe que l’auteur scénariste était le dépositaire d’une vision, perfectible certes, mais qui doit être nourrie et protégée.
    • La chaine entretient des scénaristes dont elle a aimé les pitch en les payant parfois pendant deux ans avant le premier scénario.
    • Elle produit avec un producteur maison mais des chefs de postes freelance motivés, dont le choix revient essentiellement à l’auteur/showrunner.
    • En cas de désaccord, le producteur donne quasiment systématiquement raison à l’auteur initial sur le réalisateur, car c’est le créateur/showrunner qui est le dépositaire de la vision originale.
    • DR1 fait des saisons de dix renouvelable dès les 3 premiers épisodes diffusés (un par semaine).
    • Depuis 2000 la chaîne a été nominée 8 fois aux Emmys et en en gagné 5, plus deux prix italia et un fipa d’or. Ces récompenses internationales prestigieuses lui ont permis d’assurer des financements étrangers par des investisseurs qui venait investir chez eux avant même de savoir ce qu’ils allaient faire. (The Killing est co-financée par le lander de Bavière). »

    Si notre télévision pouvait s’inspirer de cette façon de faire, il y aurait sans doute davantage de fiction pour les gens, et moins pour les bureaucrates.


  5. Claire

    Bonjour,
    je fais des études de droit (2ème année) mais je m’intéresse de plus en plus à ce métier que vous venez de décrire. Pourriez-vous me dire quelles sont les études nécessaires pour y parvenir ?
    Merci.



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