Coulisses des émissions

16 février 2011

Café Picouly / France 5 – les coulisses : Pour moi ce sera un double !

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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L'écran plasma face au réalisateur

Le monitoring en régie

Double tournage : Émissions 144 et 145 diffusées toutes les 2 le vendredi à 21h35 sur France 5

Double équipe technique d’Euro Media France.

Double dose d’invités cette semaine – Eric et Ramzy – lors de la séquence «Mémoire de Zinc»

Double lieu de tournage : le Café Chardon et son annexe, la salle de spectacle le Nouveau Casino,

Et un café, un double à 9h30 pour certaines personnes de l’équipe déjà sur place depuis plusieurs heures pour cette journée d’enregistrement de Café Picouly, l’émission présentée par Daniel Picouly, réalisée par Nicolas Ferraro et produite par Catherine Barma/Laurence TricocheTout sur l’Ecran.

Le café Charbon – Le junior est sur un rail, la grue aussi et la lumière en cours d’installation

A mon arrivée, Laurence Jouin, directrice photo de l’émission depuis janvier s’affaire à la lumière avec son équipe.

Dès 6h00, les régisseurs ont pris possession du café Chardon situé à Belleville, un quartier populaire de Paris.

La régie Fly d’Euro Media France est déjà installée dans la seconde salle du café, celle du Nouveau Casino, salle de spectacle dans laquelle se tournera aussi la dernière séquence de chaque émission : «la Performance». Les postes des producteurs ont été installés sur la scène, la régie son spécialement conçue par Tapages pour l’ingénieur du son est aussi prête.

L’équipe technique peut investir la salle du café pour installer les 5 caméras dont une de secours et terminer les réglages son. Le junior avec grue télescopique de Microfilms est lui aussi en cours d’installation.

Il y a en avait deux au lancement de l’émission 5 saisons plus tôt. Désormais il reste bien 2 rails, l’un devant, l’autre derrière les tables, les « alcôves » centrales mais le junior restant est maintenant changé de rail par les techniciens selon la séquence à tourner.

La grue Taïpan et son bras de 3 mètres ne devrait pas tarder à arriver avec son installateur, concepteur (avec Denis Rodier) et utilisateur/cadreur du jour : Loïc Danielou. Et oui, tout cela en un seul homme !

Le début du tournage est prévu à 14h30. En fait, le sommaire (avec Ipad !) est tourné avec Daniel Picouly dès 13h30.

Pour le moment il reste encore pas mal de travail du coté de la lumière et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord car il faut éclairer les différents lieux du cafés dans lesquels seront tournées les séquences de l’émission.
De plus, si la rangée de projecteurs au dessus du bar reste en place à l’année, tous les autres projecteurs, plus d’une centaine de par 16, 56, mais aussi OXO (led) des découpes 150W, 300W, 650 W, des tubes en led (neoled) loués à la société Arpège doivent être installés sur des dizaines de bras magiques et pré-réglés un par un à l’avance. Dès que le tournage aura commencé il faudra en effet pouvoir enchainer au plus vite toutes les séquences.

Nicolas Ferraro vérifiant un cadre

Une centaine de projecteurs, cela peut paraitre beaucoup mais c’est un vrai choix, l’une des conséquences d’un principe adopté sur ce tournage par Nicolas Ferraro, le réalisateur, metteur en scène, en image… : « Essayez de m’emmerder! »

Cela mérite quelques explications de sa part :
« En 5 ans d’existence, les séquences ont évolué mais l’intention de départ y est toujours » commence-t-il par m’expliquer. « L’enjeu : profiter d’un endroit avec une âme qui préexiste en l’occurrence un vrai café parisien populaire, avec une décoration et une ambiance de salle déjà très caractéristiques. L’idée était de respecter  et de restituer cela au mieux. »

Et pour réussir, il faut parfois oublier le confort technique et des équipes y compris celle du réalisateur pour ne pas transformer le lieu en un plateau télé.

Et cela a des conséquences à la lumière, au son, au cadre, dans le comportement de chacun et même dans l’organisation de la journée de tournage.

A la lumière :
« Il n’y a pas 30 000 manières de faire m’explique encore Nicolas Ferraro. Soit on met tout à plat et on est dans une configuration plateau, soit on s’adapte à l’existant et on essaye de ne pas modifier l’existant mais de s’en servir, de le restituer. »

Pendant le tournage de Café Picouly

Pas question donc de placer des boules chinoises, de sur-éclairer le tout pour être sûr d’avoir une lumière utilisable partout. Et pourtant c’est plus simple et plus rapide.

Au contraire, il a été choisi de travailler avec une basse lumière et de placer de nombreuses petites sources équipées de gélates de différentes couleurs. A l’image on peut ainsi aussi profiter des lampes d’architecte et autres éclairages présents dans le décor réel du café.

Si un client passe parfois devant un projecteur, ce n’est pas grave, voire tant mieux. Cela contribue à donner une ambiance réaliste au programme.

Le Public / les clients :
Le public géré par la société La nouvelle Image (lien Facebook) est d’ailleurs plutôt incité à passer devant les caméras.

Au début du tournage, les assistants les y encouragent même sans que cela soit pour autant perceptible à l’image. Et puis tout au long de la journée, le public se transforme naturellement en clientèle, profitant de leur bière (ou boisson non alcoolisée bien sur !) gratuite. Certains passent d’une table à une autre, d’autres vont récupérer leur boisson, d’autres encore sympathisent avec les jeunes demoiselles d’à coté… Au fur et à mesure du tournage, certains partent après avoir passé un bon moment d’autres les remplacent et ainsi de suite.

Au son :
« On veut éviter des gens raides comme des piquets, qui veulent être derrière l’animateur ou l’invité, qui vont applaudir, qui vont rire, qui ne parleront pas ensemble et qui vont faire semblant d’écouter et de réagir alors qu’ils entendront mal. C’est la première chose que l’on voit dans une image et c’est justement ce que l’on ne voulait pas. » m’explique encore Nicolas Ferraro.

Bien sûr, l’ingénieur du son préférerait du silence en tournage et rajouter une ambiance sonore au mixage. Mais ce n’est pas la solution retenue.

La salle n’est pas sonorisée. Ainsi, comme dans un café, la plupart des gens n’entendent pas les conversations  au loin et donc sur ce tournage celle entre Daniel Picouly et ses invités. Comme dans un café, ils parlent alors avec leurs voisins.

Le son devient un peu trop fort? Un assistant son qui se promène dans la salle pendant le tournage peut alors demander à certaines personnes de parler un peu moins fort. En post-production, le travail sera perfectionné par environ 6 h de mixage par émission.

L’organisation du tournage :
Les équipes techniques et de production peuvent paraitre quelque peu dissipées pendant le tournage. Et ça parle ici, ça charrie les habitués du public… Cadreurs, équipe de production, électros font un tout avec le public et encore une fois c’est voulu. Il s’agit de créer une ambiance et faire oublier qu’on tourne une émission.  Et cela marche !

Passion d'auteur, changement d'accessoires entre 2 tournages de séquences

Les séquences s’enchainent 2 par 2 (sauf impératif d’un invité) dans un même décor. On installe les caméras, on fignole la lumière pour la séquence Passion d’auteur, on y tourne la séquence pour les émissions 144 et 145 et on passe au décor suivant, à une autre séquence. Ainsi on gagne pas mal de temps dans une journée déjà chargée. C’est malin, bravo la prod!

De de la même manière, le conducteur de l’émission a été conçu de façon intelligente. Ainsi l’émission est découpée en plusieurs séquences tournées dans différents lieux du décor. Par une astuce de montage – un sujet, un élément de transition – le passage d’une à une autre séquence se fera naturellement à l’image.

De plus, les séquences ont aussi été adaptées et pensées en fonction des lieux, des décors présents dans ce lieu. Une séquence au bar, une autre sur les tables du milieu, une autre au fond, une autre face à un miroir etc.

Chaque séquence a ensuite été enrichie.

Eric & Ramzy invités de Café Picouly – Avant le tournage!

Parfois on utilise un accessoire : un sifflet, un punching-ball, une mini caméra, parfois on utilise le principe du miroir de façon très complète en en ajoutant d’autres de façon subtile pour obtenir des reflets et une variété de plans.

De plus, puisque l’émission est diffusée de nuit mais qu’elle est en partie tournée de jour, il a été décidé de commencer par tourner les séquences éloignées de la vitrine du café. En journée, celle-ci est tout de même obstruée par le rideau métallique et du taps noir.

Ce n’est que le soir tombé qu’est tournée la séquence Mémoire de Zinc, au bar avec, en fond, la rue.
«Cela devient magique quand les voitures passent, quand on a en plus la vie de la rue. L’été, c’est encore plus beau quand tout est ouvert. » me dit Nicolas Ferraro.

La réalisation :
Tout ce dont je viens déjà de vous parler concoure pleinement à la réalisation et participe à la création d’une ambiance que l’on ressent en regardant le programme.

Coté cadre, axes de caméras, pas de véritable confort non plus. Nicolas Ferraro dispose de 5 caméras, enfin 4 plus la secours me précise-t-il.

(Un petit secret de production : le prestataire emmène toujours une caméra de plus, la spare indispensable en cas de problème technique. De plus en plus souvent, on finit par demander au prestataire de la sortir pour l’utiliser… Pour ne pas gâcher ! Attention, cependant, si une caméra devait tomber en panne… je touche du bois… on perdrait cette caméra. Il faut donc ne pas tout miser sur elle)

Voici le détail des 4 caméras HD Sony
– 1 caméra sur un junior Microfilms, c’est-à-dire une caméra sur travelling sur rail avec une colonne télescopique c’est-à-dire une colonne qui permet de faire monter la caméra.  Deux rails sont installés pour une utilisation différente selon les séquences.  (Gérald Créteur était au cadreur ce jour là.)
– 1 caméra sur grue Taïpan pour travailler principalement le décor et l’ambiance du café. (Loïc Danielou à l’installation et au cadre)
– 2 caméras épaules même si l’une est souvent sur un pied de campagne. Nicolas Ferraro m’a expliqué qu’elles étaient toutes les deux tenues à l’épaule au début de la série mais qu’aujourd’hui, avec l’habitude, les cadreurs ont trouvé des positions, des cadres intéressants qui permettent d’en poser au moins une sur pied. (Fred Leleu & Cédric Gargallo au cadre)
– La caméra spare qui est en plus utilisée en caméra fixe sur pied.

Voici le retour image dont dispose Nicolas Ferraro devant lui en régie avec les images proposées par les 5 caméras :

5 caméras pour filmer au plus 3 invités, cela parait raisonnable. Mais il faut tout de même trouver une écriture d’image qui ne lasse pas, qui ne soit pas qu’un enchainement de ces 5 images.

« Comment dans la mécanique réussir à mélanger ces 5 sources sans user chaque caméra trop vite et sans être trop lent non plus ? » voilà à quelle problématique Nicolas Ferraro doit essayer de trouver une réponse assez subtile.

Cela passe par exemple par une variété de plans proposés par les cadreurs épaule et le cadreur junior. On passe l’image de la 3, celle du cadreur épaule et hop dès que le réalisateur le lâche il doit proposer une autre image, un autre cadre, une autre amorce que le réalisera passera ensuite etc.

Ce travail se poursuit au montage grâce à 2 jours de montage/visionnage/modifications suivi de 2 jours d’étalonnage/truquage et 6 heures de mixage par émission.

La régie Fly Euro Media France pendant le tournage de Café Picouly

Pas question donc de perdre de temps dès le jour du tournage. Même si les séquences des 2 émissions du jour sont tournées ensemble, elles sont cependant enregistrées sur deux bandes différentes. Ainsi dès 19h, les bandes de l’émission du vendredi partent déjà en digit (lien) A noter que sont enregistrés sur 4 magnétos le Programme, le Secours/dub, et deux divergées (lien)

Après un montage qui permet de raccourcir les séquences enregistrées sur une durée assez longue, un travail d’étalonnage et même de trucage est réalisé pour travailler encore une fois l’ambiance générale du programme.

Un trucage permet en particulier de rendre les noirs vraiment noir.
Sans vouloir trahir tous ces secrets de fabrication le réalisateur m’a expliqué que souvent les noirs deviennent rouges, verts, orange selon les autres couleurs présentes à l’image. Grâce à son truquage, les noirs le sont complètement ce qui lui permet ensuite d’aller alors plus loin en saturation.

A noter que dès le tournage, les caméras sont équipées d’un filtre Black Promist qui permet par ailleurs de lisser les peaux, de travailler en basse lumière et de donner un premier caractère à l’image.

19h00… Une petite demi heure de retard sur le planning mais c’était prévisible. La coupure diner n’est pas loin. Il reste encore 2 séquences à tourner quand je quitte le tournage.

Il y aurait encore tant à vous dire sur ce travail très réussi et très complet. Ce sera bien sûr l’objet d’autres articles en particulier sur la régie fly d’Euro Media France.

Pour la première fois d’ailleurs, je vous proposerai deux exemples concrets d’implantation de caméras dont la première dès demain. Vous pourrez ainsi un peu mieux comprendre l’écriture d’image proposée par Nicolas Ferraro et découvrir d’autres photos sur l’emplacement des caméras et le résultat à l’image.

J’espère que cet article aura donné envie à certains de regarder Café Picouly sur France 5, et permis à d’autres de regarder cette émission différemment.

Quand j’étais tombé sur cette émission, j’en avais apprécié la chaleur, son originalité, sa créativité. Je suis ravi d’avoir pu passer une journée avec les équipes car cela m’a confirmé qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir des budgets et des moyens techniques hors du commun pour réaliser une bonne émission. Il faut cependant que chacun dans son métier sache et surtout ait envie d’utiliser au mieux, de façon maline souvent, ses capacités au service d’une création télé. C’est un métier mais aussi une passion sans aucun doute.

Un grand merci à Nicolas Ferraro, par ailleurs aussi réalisateur de Ce soir (ou jamais!) présenté par Frédéric Taddeï sur France 3, de Semaine Critique présenté par F.O.G. sur France 2. Merci à ses équipes, à Norbert Letroll, réalisateur lui aussi et assistant de réalisation ce jour là. Un grand merci enfin à la production et en particulier à Julien Boutet ainsi qu’aux équipes (à la Planète ! allais je dire…private joke !) de Tout sur l’Ecran

N’hésitez pas à aller assister au tournage au café Charbon : 06 73 83 34 53 (numéro indiqué sur le site de France 5)

Et pour voir ou revoir Café Picouly – Lien Pluzz et tous les vendredis à 21h35 sur France 5

(Vous aurez par ailleurs pu remarquer de nombreux autres liens tout au long de l’article)






One commentaire


  1. Nicolas

    Bonjour,
    Encore un article très intéressant.

    Merci beaucoup !



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