Point de vue

13 mars 2011

Séisme, Tsunami, catastrophe nucléaire au Japon : 48h de télévision hypnotique.

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Explosion nucléaire - Réacteur 1 - Fukushima

 

Explosion nucléaire – Réacteur 1 – Fukushima

48 h plus fort que 24 !

Jack Bauer battu à plate couture par ce « programme » diffusé en quasi direct et en boucle sur les chaines infos pendant le week-end et à l’origine d’éditions spéciales dans tous les journaux.

On a rien vu de pareil depuis 2012 le film ont dit certains.

Un week-end à rester collé à sa télé et/ou à son smartphone !
On consacrerait 2h16 par jour à s’informer nous expliquait il y a quelques jours l’Express.

Si j’en crois l’avertisseur de mise en veille de mon téléviseur j’ai largement dépassé ce nombre d’heures ce week end, hypnotisé comme vous peut-être par ces images de tsunami, la puissance de ces vagues terribles avant d’avoir été fasciné par l’auréole du blast de l’explosion du réacteur numéro 1 de Fukushima, ville que nous ne connaissions pas du tout avec cette catastrophe épouvantable.

Elle est effrayante cette catastrophe et pourtant elle vous a peut-être autant fascinés que moi.

Mais pourquoi ? Pourquoi être resté parfois plus d’une heure à naviguer de BFM TV à ITélé en passant par les JTs de France 2 et autres CNN, CBS & NBC via des Podcasts et même la NHK que je me suis même surpris parfois à regarder en japonais, cherchant probablement à me rapprocher du direct, à voir ce qui se passait avant même que les chaines françaises ne reprennent les informations, les images…

Je regarde probablement un peu trop la télé… Cela doit être une première explication.

Je suis aussi passionné par l’info française et internationale, les sciences. Ceci explique cela!

Du fait de mon métier, j’ai forcément un autre regard sur les images? Oui c’est possible.

Mais aussi et surtout parce que ces images restent fascinantes.

Pas d’effets spéciaux. Il s’agit de la réalité, enfin d’une réalité telle que je la perçois à ce moment là, telle que je l’interprète, fonction de ce que je vois.

Des images du séisme ? Presque du déjà vu!  Déjà trop vu?

Les images du tsunami. Ah oui c’est toujours aussi fascinant. La puissance d’un flot de boue,  la fascination face à ces voitures, camions, serres agricoles, maisons qui sont envahies, détruites et emportées tels des petits jouets, des maquettes, par ces vagues.

Tellement invraisemblable que l’on pourrait regarder ces images pendant des heures.
Oui on connait déjà la fin, oui on les a déjà vues mais on les regarde encore. Est-ce vraiment possible ? Est ce que cela a vraiment pu exister ?

On peut être blasé par les plus beaux effets spéciaux dans les films catastrophes mais peut-être que notre imagination a des limites, les limites de l’acceptable et que notre cerveau ne peut concevoir certaines choses. Alors nous regardons, regardons encore.

Il faut aussi tenir compte des moyens de tournage. De nombreuses images ont été tournées depuis des hélicoptères nous proposant des vues toujours fascinantes. D’autres images dites amateur, proviennent des innombrables caméras et appareils photo tant utilisés au Japon.

Et les journalistes télé de nous vendre ces images de nous attirer à chaque édition par l’annonce de nouvelles images. Certaines images sont d’ailleurs plus « télégéniques », plus fascinantes que d’autres. Vous avez surement pu observer que certaines séquences ont été diffusées sur toutes les chaines, parfois en boucle.

Et puis plus fort encore que l’hélicoptère : les images satellites. Et pour résultat des avant/après, une autre manière encore de montrer et surement expliquer le désastre.

Alors on voit, on regarde encore. On est attiré par ce que ce n’est pas de la fiction et pourtant on le regarde encore et encore comme si la fin pouvait changer. Étrange paradoxe.

Dans cette réalité, tout est possible tout et surtout le pire.

Et le pire c’est peut-être l’explosion partielle d’un réacteur et une catastrophe nucléaire dont on ne peut  à cette heure imager les conséquences. Encore plus fort que le tsunami? Nouveau, inédit c’est sûr.

Il est vrai que pour la première fois on a vu cette explosion, cette onde de choc, ce nuage.

On a vu un peu plus tard des techniciens dans leur tenue de protection NBC (Nucléaire, Biologique, Chimique) avec leurs détecteurs de radiations. On les avait vu dans les fictions. On les avait imaginés ainsi et les voilà dans une situation réelle. Encore de quoi nous fasciner. On en arriverait presque (?) à espérer que cette situation ne s’arrête pas là  pour voir ce qui se passerait!

Pas de quoi être fiers mais oui nous avons chacun un coté voyeur plus ou moins important, parfois uniquement limité par notre incapacité technique à pouvoir le mettre en pratique. Les producteurs de téléréalité d’enfermement en savent quelque chose.

Nous restons fascinés, hypnotisés par la force de la nature et ces images que l’on regarde parfois aussi en remarquant à chaque fois un autre détail, nous focalisant alors sur un motard qui espère éviter la vague dont nous voyons depuis l’hélicoptère qu’elle va le happer. Nous regardons encore et encore dans cette autre séquence ces voitures qui sont bloquées, certains chauffeurs tentant de reculer, dans un dernier geste de désespoir alors que la vague immense n’est plus qu’à quelque mètres derrière eux.

On veut peut-être croire que cela va changer ?

Ne sommes-nous pas aussi curieux de voir comment notre « espèce » réagit face à cette catastrophe naturelle ? Qu’aurions nous fait?

D’ailleurs, vous aurez d’ailleurs peut-être remarqué que nous n’avez jamais vu la conclusion tragique de ces deux situations. Nous n’avons jamais vu le motard être englouti par la vague tueuse pas plus que les voitures être submergées. Les séquences se terminent avant ces moments.

Je ne connais pas bien la culture japonaise mais est-une forme de pudeur, d’auto-censure? On a d’ailleurs vu pour le moment assez pu d’images de victimes sur les images fournies par les télévisions japonaises.

Pour le motard, il y a peut-être aussi une autre explication. En effet il semble sortir du cadre. Peut-être que le cadreur ne l’avait pas aperçu au moment du tournage et que seul un visionnage a pu permettre de découvrir cette scène.

Filmer un tsunami depuis un hélicoptère doit aussi être déstabilisant.

Cet événement a enfin encore une fois donné une place importante aux nouvelles technologies via le net et les communications via Web cam avec des français installés à Tokyo et dont les qualités  de témoins, les compétences journalistiques étaient très inégales.

Même Google a proposé, pour la première fois semble-t-il une aide pour retrouver les personnes disparues.

Mais une information en chasse une autre. Qu’elle sera la prochaine?

Et vous comment avez-vous vécu cette catastrophe dans les médias?






One commentaire


  1. Matthieu

    C’est vrai qu’on peut dire que ces images peuvent avoir un côté « passionnant », même si je préfère nuancer ce propos…

    Outre BFM TV et i>Télé, j’ai également suivi la chaîne info suédoise « TV4 Nyhetskanalen » qui à passer le week-end à diffuser le signal de la NHK (en réalité retransmis pas l’agence Reuters), entrecoupé de quelques journaux.



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