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21 mars 2011

Alain de Chalvron, envoyé spécial de France 2 au Japon. Interview

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Alain de Chalvron – Première intervention Samedi 12/03/11 – Tokyo 13h France 2

Une information en chasse une autre. Les Éditions spéciales Libye ou remplacé les Éditions spéciales Japon.

Suite au tremblement de terre, au tsunami et plus encore à la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, nous avons été très nombreux à suivre avec attention les interventions en direct d’Alain de Chalvron , chef du bureau de France2 à Pékin.

Venu de Pékin dès le lendemain du séisme, il s’est installé tout d’abord installé à Tokyo. Depuis mercredi, avec son équipe,  il réalise désormais ses directs dans les journaux de France 2 depuis Osaka, plus au sud. Il a ainsi gagné 500 km de distance avec la centrale du nucléaire et une journée pour réagir en cas de dégradation de la situation.

Entretien avec un journaliste chevronné mais qui doit faire face à un danger invisible, imprévisible. L’occasion aussi  de nous raconter cette première semaine et de nous expliquer l’organisation sur place.


Comment vous-êtes vous organisé pour venir de Pékin à Tokyo?
Alain de Chalvron : Quand nous avons appris la nouvelle du tremblement de terre vendredi à 14h environ heure de Pékin. (-1heure par rapport à Tokyo), avec mon équipe du bureau de Pékin, nous avons immédiatement réservé des billets d’avions. Nous nous sommes alors précipités vers l’aéroport pour prendre le vol de 17h30. Cependant le vol comme les suivants ont été annulés et nous n’avons pu partir que samedi matin.

Pékin / Tokyo c’est environ 3h30 de vol ce qui nous a permis d’arriver largement à temps samedi pour faire le tour des quelques personnes que nous connaissons sur Tokyo et prendre ainsi le pouls et l’ambiance au Japon. Nous avons aussi pu recueillir certaines informations et assurer alors le premier direct lors du 13h de France 2 (21h à Tokyo) et le 20h suivant (4h du matin à Tokyo).

Je suis venu à Tokyo avec Sylvain Giaume, le caméraman du bureau de Pékin mais aussi avec un second cameraman/monteur qui travaille occasionnellement avec nous : Gael Caron .

Vous avez aussi été rejoint par des équipes en provenance de Paris ?
A. de C. :  En effet, en même temps partait de Paris une équipe, dirigée par Claude Sempere.  Pierre Monegier et l’équipe du bureau de New Dehli nous ont aussi rejoint.  Ces deux équipes sont immédiatement parties vers Sendaï au nord alors qu’à la demande de Paris, nous sommes restés à Tokyo pour assurer les directs mais aussi pour montrer l’ambiance dans la capitale.

Très vite deux autres équipes sont encore arrivées de Paris dont une qui accompagnait la sécurité civile.

Chacun était équipé de son propre matériel de tournage et de montage ?
A. de C. : En effet. De plus Paris nous a aussi envoyé une parabole ainsi que deux techniciens pour nous permettre d’être autonomes pour les transmissions ?

Où vous êtes vous installés ?
A. de C. : A Tokyo nous avons eu du mal à trouver un endroit qui acceptait que l’on installe notre parabole sur le toit mais on a fini par trouver un immeuble qui nous héberge. A Osaka, cela a été plus facile. On a trouvé un hôtel qui a accepté que l’on s’installe sur son toit.

Quel autre matériel avez-vous reçu ?
A. de C. : On a aussi reçu du matériel de protection, les fameuses tenues blanches avec des masques à gaz. Nous avons aussi reçu des pastilles d’iode ainsi qu’un tas d’autres trucs (dit-il en souriant) qu’on a heureusement pas du utiliser pour le moment.

En quoi le nucléaire est une menace particulière?
A. de C. : Je dois dire que ces histoires de nucléaire ça fait peur. Cela semble être le mal absolu et mystérieux à la fois. Ca n’a pas d’odeur, pas de saveur, pas de couleur. Cela ne se voit pas. Quand on était à Tokyo et que le vent était défavorable, on se demandait : est- ce que les radiations sont là ou pas ? Peut-être, on ne savait pas. .

Alain de Chalvron – 13h France 2 depuis Osaka

En plus c’est un mal insidieux, qui entre en vous vous donne le cancer. Ce n’est pas comme dans une guerre ou le mal, ou plutôt le danger est en face de vous, matérialisé par un canon, un avion. Quand vous êtes touchés vous avez un trou dans le corps et ça saigne.

Le danger des radiations est angoissant, permanent. Vous vous sentez impuissants. C’est d’ailleurs pour cela que certains ont choisi de rentrer sur Paris.

Comment ont d’ailleurs été prises les décisions de rester ou partir ?
A. de C. : Tout le monde a été parfaitement libre de partir ou de rester.

Vous avez couvert des guerres en particulier lorsque vous étiez correspondant à Beyrouth au Liban dans les années 8. Aviez-vous plus peur qu’aujourd’hui ? Etait-ce différent ?
A. de C. : C’est différent. En couvrant une guerre on a très peur avant, quand on y va. Et puis, quand on y est, on est totalement mobilisé  par le travail et occupé à assurer sa sécurité. On sait ce que l’on peut faire, ne pas faire, comment plus ou moins se protéger.

Quand on est un peu aguerri on connait un certains nombre de règles comme le nombre de murs à mettre en soi et les fenêtres d’un bâtiment. On sait par exemple aussi que si on ne se met pas entre deux combattants, cela devrait aller. Voilà. Et on oublie la peur pendant l’action.
Avec les radiations il s’agit d’une angoisse permanente.

Votre fils, Marc de Chalvron est actuellement envoyé spécial pour Itélé/Canal + en Lybie. Comment vivez-vous cela ? (Marc de Chalvron est depuis revenu à Paris)
A. de C. : Je me rends compte aujourd’hui de ce que j’ai fait endurer à ma famille pendant toutes ces années parce que je le subis maintenant. Cela  a du être pénible pour eux. Et maintenant, je suis toujours un peu inquiet quand il est sur un terrain aussi dangereux que cela.

Que lui avez-vous donné comme conseil ?
A. de C. : Je lui ai demandé de faire attention, de ne pas prendre de risques inutiles. Dans le métier que j’ai choisi et qu’il a lui aussi choisi, il y a des risques. Il assume comme j’assume.

C’est probablement vous qui lui avez aussi donné envie de faire ce métier?
A. de C. : Oui, c’est une vraie satisfaction de voir que son fils a choisi le même métier. On ne lui a donc pas donné un exemple si négatif que cela. On lui a fait envie. Cela m’a fait très plaisir qu’il choisisse ce métier. Et il se débrouille très bien. Il est bon, il est très très bon !

Avec votre équipe tournez-vous encore des sujets actuellement ?
A. de C. : Nous avons tourné des sujets avant l’arrivée des renforts. Depuis j’ai été principalement chargé d’assurer les directs pendant les journaux, de diriger les équipes et d’assurer le contact avec Paris.

Pouvez-vous nous donner une idée de votre emploi du temps quotidien au Japon ?
A. de C. : Les journées passent assez vite en fait car elles sont très riches. On termine la journée vers 5h30 du matin après avoir assuré le direct du 20h vers 4h du matin, heure du japon. Avec la montée d’adrénaline due au direct, il nous faut un peu de temps pour réussir à dormir.

Alain de Chalvron Mercredi 16/03/11 Osaka – France 2

On essaye donc de dormir 3 ou 4 heures la matin. Ensuite on passe des coups de téléphone, on cherche les informations, on regarde la télévision et on se fait traduire la presse japonaise.

Il est alors assez vite 15h, l’heure de la première série de direct dans Télématin. Il reste ensuite assez peu de temps avec le direct du 13h (21h heure locale)

De plus à Tokyo, comme la population, nous avions pas mal de problèmes logistiques à régler.

Le décalage horaire est particulièrement fatiguant.

Est-il facile d’avoir des informations sur place ?
A. de C. :  En dehors de la télévision et de la presse nous avons principalement 3 personnes que l’on peut déranger et qu’on appelle systématiquement une ou deux fois par jour. Elles ont vraiment de bonnes informations. On arrive aussi à obtenir les niveaux de radiations transmis pas le Japon à l’AIEA. Par contre les japonais communiquent très mal.

Et c’est encore au sujet de ce qui se passe réellement dans la centrale que l’on a le moins d’informations. Quelles sont les conséquences de telle explosion ? Qu’est ce qui est cassé ? Qu’est ce qui s’est passé ?

On peut comprendre que les 150 – 180 personnes qui travaillent sur le site à trouver des solutions aient d’autres préoccupations que de communiquer. Mais par manque d’informations, ou d’informations contradictoires règne alors un climat de suspicion.

On est en pleine nuit au moment du direct du 20h (4h locale). Avez-vous vraiment de nouvelles informations depuis le 13h ?
A. de C. : Non honnêtement, les dernières personnes qu’on essaye de joindre c’est autour de 20h, heure de Tokyo pour le 13h. Ensuite ce sont les mêmes informations qu’on réutilise pour le 20H. Sauf bien sûr si la situation évolue sur le terrain. Et bizarrement les grands rebondissements qui ont lieu comment les explosions ont eu lieu dans la matinée.

A l’exception peut-être de certaines répliques du tremblements de terre ?
A. de C. : On a effectivement eu de bonnes secousses de nuit. Dimanche soir en particulier, à Tokyo, la secousse a du durer 10 minutes. Pendant 10 minutes alternaient des secousses et des temps morts. On avait l’impression que cela ne finirait pas. C’était vraiment très désagréable.

Etait-ce une première pour vous ?
A. de C. : Non car j’avais déjà eu deux expériences de tremblement de terre, l’une en Italie l’autre au Mexique.
En Italie il s’agissait du tremblement de terre d’Assise (11 morts en décembre 1997). J’étais alors correspondant à Rome mais on l’a très bien senti.
J’étais ensuite à Mexico pour couvrir le développement de la grippe porcine et il y a une secousse unique mais terrible.

Comment se fait le choix des sujets. N’y a-t-il pas trop de décalages entre les demandes de Paris et vos envies, vos propositions sur place ?
A. de C. : Non, on discute. Souvent on est d’accord et puis de toute façon le dernier mot c’est eux qui l’ont. De temps en temps les préoccupations ne sont pas les mêmes. Mais il faut répondre aux préoccupations des français. C’est donc Paris qui jauge quel est l’angle de traitement de la situation.

Vendredi, au 13H vous n’étiez plus en une du journal, remplacé par la situation en Libye?
A. de C. : La Libye prend le pas et c’est bien normal. Pour nous c’est aussi un soulagement, un signe que la situation commence à s’arranger au Japon même s’il reste encore des inconnues.

Un grand merci à Alain de Chalvron 夏翁, Délégué permanent de France Télévisions à Pékin
法国电视台驻京记者站 pour avoir accepté de répondre à mes questions. Il fait un métier parfois dangereux mais indispensable.  Respect.

Vous pouvez aussi retrouver des informations sur le blog du bureau de Pékin

Lien Media un autre regard Wikipedia / Alain de Chalvron (sous réserve)

Interview réalisée par téléphone le vendredi 18/03/11






8 commentaires


  1. Flippant juste flippant ! On pense fort à toutes les personnes qui pour nous donner une information mettent leur vie en danger….


  2. Regine

    Félicitations à la Star de France 2……


  3. Grégory

    J’adore ce journaliste qui est plus qu’un reporter…c’est un vrai conteur de ce qui se passe dans le monde… Tout comme Charles Enderlin je trouve.
    11 septembre, Irak et maintenant Japon : vous m’avez passionné à chaque fois avec vos reportages ou interventions !!! Vous êtes parfait Mr De Chalvron ! Ne changez rien et bon courage !!!


  4. Delmas

    Un grand comique ce Alain de Chalvron! Le 15 mars il témoignait en direct depuis Osaka en se protégeant des radiations avec un parapluie et ce, à plus de 700 km de la centrale de Fukushima…. Ah Ah Ah Ah AH!


  5. Bonjour!
    Robert-Gilles Martineau A Shizuoka, Japon!
    Je voudrais commenter, un peu tard il est vrai, mais comme je vois tres souvent Alain de Chalvron commenter sur A2 que je regarde tous les matins au Japon, sur certains propos du « grand reporter »:
    L’annee derniere Mr. De Chalvron avait ete envoye d’urgence au Japon apres le terrible mais exagere tremblement de terre et tsunami de Fukushima. J’en sais quelque chose puisque Shizuoka est la region la plus en danger au Japon!
    Bon, j’aimerais poser une seul question a Mr. de Chalvron:
    Quelle la distance entre Osaka (d’ou le rportage se faisait en direct!) et Fukushima?
    …750 km!
    Donc cela reviendrait en France a faire un reportage en direct de Lyon sur une catastrophe a Lille!
    Mr. de Chalvron n’est jamais alle a Fukushima, et probablement pas a Tokyo ou l’Embassade de France provoquait une panique coupable et irraisonnee.
    Mr. de Chalvron repetait et disseminait des informations recues en deuxieme ou troisieme main…
    Je vous laisse juge.
    Bien amicalement,
    Robert-Gilles

    P.S.: Vueillez bien me pardonner le manque d’accents, etc., mon PC est Japonais!


    • Robert-Gilles,

      Merci pour votre commentaire venu du Japon.

      Vous touchez en fait un problème assez habituel : la nécessité d’être « sur place ».
      C’est parfois aussi le cas à moins de distance d’un événement.

      Il y a cependant deux intérêts : le téléspectateur aime cela! mais aussi car être là où se trouvent les autres journalistes, les autorités permet tout de même d’en savoir plus que depuis Paris ou Pékin dans le cas d’Alain de Chalvron. J’essayerai de développer la réponse prochainement.

      Enfin une dernière précision, Alain de Chalvron était bien à Tokyo les premiers jours. Il n’est parti dans le sud qu’à partir du moment où le risque de contamination nucléaire a été plus important à Tokyo.



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