Point de vue

27 mars 2011

Un quartier au centre de Paris : Symbolique d’une France injuste actuelle ? Et fier de l’être ?

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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THE quartier au centre de Paris, des restaurants et des cafés, des terrasses à n’en plus finir pour vous accueillir dans un décor magnifique. Quelle ambiance… Bref, le lieu où il faut être vu, the place to be, que dis-je : Saint-Tropez à Paris.

Ou alors …

Un quartier où des récidivistes connus des services de police ont pris le pouvoir. La rue leur appartient. Les policiers sont obligés de se déplacer à plusieurs. Des relations étranges avec certains élus. Bruit, Tabac… Une histoire de cuisine qui sent surtout le réchauffé. Des « hors la loi » prennent tous les jours plus le pouvoir dans une indifférence assez générale voire parfois avec le soutien de certains quand frauder les arrange aussi. Des italiens, thaïlandais, mais aussi des « auvergnats ». Ils occupent le lieu, font voter des lois qui les arrangent et ne respectent pas celles qui les dérangent. Ils font la loi. Un quartier en danger ? Oui mais pour qui?

Bien sûr, ces deux présentations sont exagérées. La première correspond à l’image que les commerçants du quartier essayent d’entretenir. La seconde, que l’on aurait pu voir écrite au sujet de certains quartiers défavorisés difficiles, n’est peut-être pas si fausse que cela quand on observe de près la situation du fameux/fumeux/fumeur et très cher, trop cher Quartier Montorgueil au centre de Paris.

Pourquoi parler de ce quartier piétonnier au centre de Paris? Peut-être parce qu’il semble illustrer, en concentré en quelques rues, comment des intérêts particuliers prennent le dessus sur l’intérêt général. Pratiques de restaurateurs/businessmen organisés en lobby intouchable, pratiques abusives de commerçants en matière de prix et comportements humains individualistes révoltants. Une illustration de cette France actuelle injuste devenue insupportable pour une majorité de concitoyens, majorité souvent silencieuse ou au moins inaudible.

Des exemples du rôle des lobbys, des politiques et des autorités policières et judiciaires dans notre société.

Où comment les promesses liées à la baisse de la TVA dans la restauration ont été piétinées, comment les terrasses non fumeurs ne sont pas respectées et pourquoi ? Comment un magasin n’hésite pas à augmenter de 29% le prix d’un produit premier prix tout en communicant sur les baisses des prix ? Comment une boulangerie n’hésite pas à vendre du pain pendant des mois alors qu’elle sait très bien qu’elle est infestée de cafards et pourquoi une partie de sa clientèle ne réagit pas ?

Pour les non-parisiens, le quartier Montorgueil est un quartier particulièrement bien situé au cœur de Paris entre les Halles, le Centre Pompidou et le Louvre. Un quartier piétonnier ou plutôt une Zone de Rencontre puisqu’il parait qu’à la Mairie de Paris on a décidé qu’il fallait désormais l’appeler ainsi. Autant l’appeler directement centre commercial puisque la Mairie semble avoir décidé ici comme dans d’autres quartiers de Paris de sacrifier une partie de ses riverains, ceux qui par ailleurs financent par leurs loyers l’ensemble du décor qui rend ces zones de rencontres si attrayantes et les transforment en une mine d’or pour les commerçants.

Avant d’entrer dans les détails quelques explications sur la seconde présentation exagérée, je l’admets, de ce quartier.

Les italiens, chinois… vous aviez compris que je parlais des spécialités culinaires. Quand aux récidivistes que j’ai déjà appelé Hors la loi, il s’agit d’une majorité de restaurateurs et cafetiers. Ceux qui pratiquent souvent plus la cuisine électorale et celle au micro-onde et au bain marie en se contentant de réchauffer des plats sous vide servis avec quelques tomates cerise et feuilles de salades fraiches elles, le tout facturé ensuite 3 ou 4 fois leur prix d’achat comme l’expliquait un très bon documentaire diffusé à plusieurs reprises sur Canal +. Je vous invite d’ailleurs à jeter un coup d’œil dans les poubelles de vos restaurants préférés. Instructif !

Récidivistes ? Car ils savent tous qu’ils sont hors la loi concernant l’occupation abusive des trottoirs du quartier. Ils ont déjà été verbalisés à plusieurs reprises. Des amendes bien trop faibles ne les incitent il est vrai guerre à changer de comportement. Le tarif d’une amende est remboursé en deux couverts.

Des agents de police qui doivent se déplacer à plusieurs? Effectivement, lorsque la mairie envoyait encore des agents verbaliser les excès d’occupation des trottoirs, les patrons de certains restaurants et cafés, toujours les mêmes, se sont à plusieurs reprises rassemblés auprès d’eux pour les intimider. Quand des hauts gradés se déplacent, la technique change un peu. Un exemple, un soir récemment, vers 23h30, un restaurateur cumulant plusieurs infractions n’a pas même pas pris le temps de répondre au gradé qui se présentait. A la place, il lui a passé son avocat joignable à toute heure par téléphone.

Un exemple du rapport de force actuel et du sentiment d’impunité de cette profession. La tolérance 100% en contradiction pourtant à la Tolérance zéro affichée par Nicolas Sarkozy, le même qui leur a offert de notre part chaque année sur un plateau 3 milliards par an en baisse de TVA. Je vous conseille d’ailleurs la lecture du Livre Noir de la Gastronomie à ce sujet et concernant l’organisation de l’univers de la restauration (fonds de pension et autres… )

Résultat : des terrasses sans fin avec deux conséquences : un bruit toujours plus important pour les riverains totalement oubliés voire méprisés par les restaurateurs et un risque d’accidents toujours plus fréquent sur la voie publique.

Un accident responsabiliserait peut-être les restaurateurs ? Même pas. il y a déjà eu un accident devant Planet Sushi. Une femme âgée qui a chuté en tentant de descendre du trottoir parce qu’il était illégalement totalement occupé. Je vous racontai d’ailleurs dans un précédent article de la Page Quartier Montorgueil – Paris, la réaction minable d’un responsable du lieu refusant toute venue des pompiers. Il se savait responsable. Le dossier a été porté devant la justice. Depuis aucun changement d’occupation du trottoir ni chez lui ni chez les autres commerçants du quartier.

Regardez pourtant cette photo prise cette semaine mais nous pourrions tous en prendre des identiques tous les jours.

La rue Montorgueil/petits carreaux occupée! Piétonnière?

Au centre un camion comme il en circule souvent malgré tout, un trottoir sur la droite occupé par un fleuriste jusqu’au bord de la route, et sur la gauche une terrasse débordant comme toujours en longueur mais aussi en largeur (les chaises sont quasiment sur la route) et un motard pressé qui décide de passer entre les tables et le camion. Si quelqu’un a encore besoin de comprendre l’utilité des 1,60 mètres entre les terrasses et la chaussée…. Et encore il manque la moto ou la voiture du patron du restaurant souvent garés dans le coin.

Mais voilà, le profit apporté par les terrasses est tellement important que rien d’autre ne compte. Il faut d’ailleurs noter que ce sont les quelques derniers restaurants du quartier qui respectent la loi, qui pâtissent de tout cela. Beaucoup moins de tables en terrasse, des clients agacés qu’on « ose » leur demander de faire un peu moins de bruit à partir de 22h et qui préfèrent alors aller s’installer sur une autre terrasse. Cela en a d’ailleurs poussé certains à « faire comme les autres ».

Les clients du quartier partagent aussi grandement la responsabilité de cette situation. Qu’ils ne sachent pas toujours qu’une distance de 1,60 m minimum doit être laissée sur le trottoir pour que les badauds dont des personnes âgées et des femmes avec poussettes puissent circuler est une chose. Mais pensez-vraiment qu’ils ne se doutent pas du problème quand ils se retrouvent assis sur des tabourets en partie sur la route, ou pouvant basculer sur la route au moment où passerait une voiture ou une moto pressée ?

Mais, pour certains, être en terrasse dans le Quartier Montorgueil n’a pas de prix. Il faut se faire voir dans ce quartier. (à comprendre comme on veut !) Ah t’es là ? Ouaih moi aussi ! Les affaires ont l’air de marcher ? Et là c’est le moment de montrer sa voiture luxueuse (et poluante) garée juste sur le trottoir d’en face ou un peu plus loin. Payer une place de parking? Suis-je bête. Quand on a les moyens de se payer une telle bagnole on ne va pas la garer avec les voitures des ringars même s’il y a plusieurs parkings à moins de 5 minutes de là. Une voiture aussi chère cela se montre.

Et puis, bizarrement, pour certaines voitures les verbalisations sont peu fréquentes. Les restaurateurs auraient-ils leurs relations pour faire entrer les voitures de leurs clients et les leurs dans le quartier censé être fermé aux voitures. Auraient-ils des passes droits pour faire stationner les véhicules de leurs clients? Et puis de toute façon, quand on a les moyens de se payer une telle bagnole, on a aussi les moyens de payer une amende.

Un fait peut aider à y répondre. Un ASP (agent de surveillance de Paris) m’a expliqué un jour qu’un de ses collègues avait été jugé trop efficace par les restaurateurs qui avaient alors demandé sa mutation au précédent commissaire de Police.

Et puis, désormais dans la logique pas vu pas pris, ils sont de plus en plus nombreux à circuler en moto et même en voiture à contresens et parfois à vitesse importante pour ne pas se faire « chopper » et ce notamment dans l’artère principale la rue Montorgueil. On peut aussi citer les livreurs de suhis du quartier mais aussi de nombreux clients de la Salle de sport de Paris, , LA salle qui est tendance actuellement : le Klay. Regardez encore cette photo prise vraiment au hasard il y a quelques jours en passant.

Stationnement à contresens Klay Quartier Montorgueil

Ne vous trompez pas, ce n’est pas la voiture du fond qui est à contresens. Ce sont en fait les 2 motos et la voiture stationnés devant la salle de sport qui sont en infraction. Ben oui, rejoindre ce club chic implique un chemin un peu sinueux. Trop dur, ch’te dis! Avoir les moyens de payer un abonnement à ce club semble donner des droits, des privilèges à certains clients, comme prendre la rue à contresens. Passez le soir aux heures de pointe, vous verrez…

Revenons aux clients des restaurants et cafés et en particulier les fumeurs. Aucun ne peut ignorer qu’il leur est interdit de fumer dans une terrasse fermée. Mais il est vrai que le Parisien même dans un arrondissement dirigé par un Maire Vert semble refuser d’accepter que pendant l’hiver il fasse froid et qu’il serait donc plus logique de s’installer à l’intérieur d’un café ou d’un restaurant.

Le restaurateur, ravi de pouvoir aussi occuper les trottoirs en hiver leur propose donc des terrasses fermées chauffées et fumeur au mépris complet d’une loi pourtant claire. Une occasion de parler aussi du rôle de la justice.

La loi dit que pour qu’une terrasse fermée soit fumeur, la plus grande longueur doit être ouverte. Simple non? Mais voilà, une juge a prononcé un jugement étrange en ne condamnant pas un commerce car il n’avait pas incité à fumer. En effet il n’y avait pas de cendrier sur les tables de la terrasse fermée fumeur. Il a depuis était fait appel de ce jugement surprenant.

En attendant, dans le quartier Montorgueil, nos terrasses sont donc sales car les restaurateurs ont enlevé les cendriers considérant déjà ce jugement comme acquis et comme faisant jurisprudence.

Lors de mes derniers entretiens avec des responsables de la police, ils agissaient peu sur ce sujet. En effet, on m’avait expliqué que tant que la police n’est pas sûre d’être suivie par la justice il ne fallait pas perdre de temps sur ce sujet et faire d’autres choix avec des moyens humains toujours moins nombreux dans cet arrondissement. Et puis, comme le Ministère de l’intérieur, pour des raisons électoralistes, et surtout celui du budget pour des raisons financières (les taxes sur la vente de tabac sont une source importante de revenu pour l’état) ne sont pas pressés de faire appliquer la loi… Quelques semaines avant l’arrivée du beau temps j’ai tout de même appris que le Bianco, un restaurant fraudeur permanent (Sa terrasse, sur la moitié de sa longueur, n’a toujours pas d’autorisation) s’était tout d’un coup mis à respecter la loi contre le tabac ! Une première victoire?

Je regrette tout de même aussi avoir constaté il y a un an que certains policiers mettaient plus d’énergie à chasser des SDFs du quartier installés à coté de terrasses fermées fumeur mais sans verbaliser les fumeurs qui par contre pouvaient alors consommer sans un SDF gênant leur vue ou qui aurait pu les faire culpabiliser. Le chiffre d’affaires du restaurateur était sauf!

Et les restaurateurs et cafetiers sont eux aussi tout à fait conscients du manque de temps, de personnel et des priorités de la police et en profitent pour se moquer encore plus ouvertement des règlements et règles de vie. Ainsi un café situé au croisement de la rue Montorgueil et Tiquetonne n’a pas hésité depuis deux hivers à installer une terrasse sur la totalité du trottoir incluant même l’entrée du bâtiment. Ses habitants sont obligés de se faufiler à travers la bâche puis à cheminer entre les tables et bien sûr dans la fumée. Et dans le cas de cet établissement c’est tout le café qui est fumeur car il n’y a pas de séparation entre intérieur et extérieur du café. C’est aujourd’hui le cas pour de nombreux cafés du quartier totalement fumeur. Et depuis ce café double a rajouté en plus de la musique.

Café Père et fils, terrasse illégale

Et sur cette photo le dernier café à avoir obtenu une autorisation de terrasse OUVERTE. Et bien finalement il a décidé de ne pas respecter cette autorisation et de construire une terrasse en dur, inamovible, en partie installée sur des bouches d’égouts. Il a fait arracher le panneau indiquant le nom de la rue et bien sûr quand tout était fermé, l’ensemble était fumeur. Même pas peur! Une nouvelle démolition de terrasse devant caméras et journalistes en vue?

Petite anecdote d’ailleurs. Une boite de nuit à la mode du 9ème arrondissement avait du fermer pendant les fêtes de fin d’années. Fermeture imposée par le non respect de la loi d’interdiction de fumer avait annoncé le lieu, histoire reprise par de nombreux sites. Et pourtant, il n’en était rien. La loi anti-tabac a servi de prétexte pour cacher un problème important lié à la sécurité. C’est un peu comme les Bains Douche fermés pour les mêmes raisons depuis plusieurs mois qui continuent à afficher « la soirée est annulée » ! La vie nocture est morte à Paris? Non mais elle raconte beaucoup de cracks! Vous me direz, pour une boite de nuit ….

Et le rôle des responsables politiques ?

Un conseil de Paris a lieu ce lundi 28 mars. Peu de bonnes nouvelles à en attendre semble-t-il. A part peut-être m’a-t-on expliqué un voeu de la mairie à destination du Parlement pour demander que les restaurateurs et cafés qui ne respectent pas les espaces dédiés aux terrasses soient mis sous astreinte. Cela signifie qu’il ne serait plus utile de verbaliser à chaque fois. L’amende serait automatiquement reconduite tant que le restaurant est hors la loi.

Quand on connait le poids du lobby sur l’UMP, quand on voit le peu d’empressement de la Gauche en France à condamner le non respect de l’exécution de la loi de baisse de la TVA, on peut se dire que la Mairie de Paris ne prend pas un grand risque à le demander! On peut aussi constater que la Mairie de Paris n’aura jamais autant privatisé les rues de Paris. On pourrait effectivement alors se demander si la Gauche locale ne chercherait pas aussi à sa manière à faire « allégeance » au lobby très puissant de la restauration. La Marie EELV du 2ème arrondissement dit vouloir agir mais regrette de ne pas être suivie par le Maire de Paris. Concernant le tabac je vous invite à lire l’édito de l’association Droit des Non Fumeur, et pour toutes les autres infractions je vous suggère le site du Réseau Vivre Paris, un réseau d’associations de riverains.

Vous vous êtes peut-être aussi demandé le pourquoi du « casse toi pauvr’ » collé sur la photo d’introduction de l’article.

Une petit allusion à une petite phrase que nous connaissons tous mais aussi une autre nouvelle particularité de ce quartier : la discrimination par l’argent, la volonté de le transformer en quartier pour riches et parvenus avec pour conséquence d’y faire partir des personnes aux revenus moyens et des personnes âgées qui participaient aussi à l’équilibre et à la vie du quartier.

Comme l’expliquait à un riverain un restaurateur qui n’avait pas baissé les prix en même temps que la TVA mais, au contraire, avait augmenté ses tarifs : nous avons trouvé une autre clientèle qui a bien plus de moyens. On s’en fout des riverains.

Et effectivement la baisse de la TVA n’a quasiment pas été appliquée dans le quartier. Au contraire certains tarifs ont même augmenté. Et l’Euro n’y est pour rien. Ce sont comme partout en France uniquement des commerçants qui ont profité d’un prix facial divisé par 6,55 pour au passage augmenter les tarifs. Regardez les tarifs des restaurants et des primeurs du quartier et convertissez les en Francs, vous aussi vous aurez peur. Et faites leur confiance pour utiliser l’argument de la hausse des produits alimentaires pour nous en remettre une couche!

Mais voilà, une grande partie des clients habitent les environs, ces rues où par contre ils ne supporteraient pas une nuit le bruit qu’ils imposent aux riverains du quartier Montorgueil jusqu’à 2h du matin voire plus tard. Certains les disent Bobos, nombre d’entre eux sont en fait effectivement plutôt jeunes et se sont assez rapidement enrichis ces dernières années. Et cette richesse semble leur avoir donné des pouvoirs plus que d’obligations. Il semble que certains principes aient disparu avec leur nouveau statut.

Le quartier et les terrasses sont un moyen de s’afficher, de faire partie d’une certaine partie de la population. On défile dans la rue Montorgueil avant de s’installer en terrasse pour observer les autres qui y défilent à leur tour. On flatte son égo! La plupart des célébrités qui habitaient le quartier sont pourtant parties.

Et la fierté de la clientèle du quartier provoque même des comportements très étranges.

La fenêtre cendrier !

J’ai le « bonheur » d’habiter au dessus d’une boulangerie, la seule ouverte le dimanche et qui vend cher une baguette dite traditionnelle au joli nom féminin. Depuis de nombreux mois, je suis devenu un fumeur passif même pendant mon sommeil. En effet, par fainéantise et maintenant par provocation, certains employés fument dans l’escalier. Et comme ils font partie des gens qui se lèvent tôt (!) j’ai droit à un parfum fumeur très sympathique le matin.

Certains fument même maintenant directement à l’arrière de la boulangerie. Si vous trouvez des cendres sur votre pain, non la boulangerie ne s’est pas équipée de fours à bois! A cela s’est ajouté pendant presque un an la présence de cafards sortants le soir de la boulangerie. Agacé par tout cela, j’ai donc choisi un dimanche matin de réagir.

Ouvrant la porte de l’immeuble, j’ai donc annoncé à la longue file d’attente du dimanche que c’était journée porte ouverte et que j’invitais tous ceux qui le souhaitaient à venir observer le cimetière de cafards dans l’escalier et le couloir avant d’acheter leur pain. Résultat ? Ils ont tous baissé la tête et sont restés dans la queue pour acheter leur baguette. J’ai répété l’opération à deux reprises : même résultat. Ne pas savoir pour ne pas avoir à prendre de décision! Étrange non?

A noter d’ailleurs la réaction des services sanitaires contactés par un autre locataire : Comme les cafards ne sortaient que de nuit, et qu’eux ne travaillaient pas de nuit, ils ne pouvaient pas passer. Et le cimetière de bestioles en journée ? Faut qu’on les voit sortir (surement pour le interroger !)  : Kafkaïen !

Et puis comme une partie du quartier a de plus en plus de moyens, les autres commerces ont décidé d’en croquer eux aussi. Venez à moi porteurs de CB foncée!  Résultat un changement de types de boutiques plutôt destinés désormais aux fashion victims et monopole de Super U et FranPrix qui ont décidé de monter en gamme.

+ 29% en un changement d’étiquettes – Janvier 2011 – Franprix

Un exemple pour illustrer encore une fois le mépris de certains commerçants. Je vais encore vous reparler du fameux Franprix, celui qui pratiquait déjà des arnaques « prix choc » (non pas moins chers mais encore parfois plus chers qu’à l’unité cf un ancien article).

Voici ce qui s’est passé, par hasard, en janvier dernier, bien avant que la grande distribution nous explique la tête penchée sur le coté, la larme à l’œil que nous allons nous prendre une belle augmentation des tarifs dont une grande part justifiée uniquement par des spéculations irrationnelles de traders sur les matières premières.

Ce 17 janvier 2011, j’ai surpris un gérant du Franprix avec une liasse d’étiquettes de prix à changer. J’arrive alors à voir ce qui arrive au prix de étoiles bretonnes Premier Prix qui passent en un changement d’étiquettes de 1,39 à 1,71€ soit une augmentation de 23%.

Je n’ai pas d’affection particulière pour ces étoiles que je n’ai jamais goutées, mais ne voyez vous rien de choquant à ce que ce magasin change bon nombre de prix et en particulier des Premiers prix qui sont des produits achetés en priorité aux plus démunis et sur lequel les distributeurs se font en plus une marge importante. 23% d’un coup!

Et tout cela a été fait très discrètement. On indique pas les augmentations de prix voyons ! Par contre, depuis plusieurs jours, le magasin fleurit d’étiquettes bon prix (qui ne veut strictement rien dire en tout cas pas que le prix a baissé, méfiez-vous en comme des prix choc ou malins), et de prix à la baisse. On se croirait dans un magasin avec des patrons tout gentils qui auraient baissé tous leurs prix. Et hop le tour est joué. Tant pis pour nous consommateurs. Fallait faire attention !

J’ai été très long je le sais et encore il y aurait tant à dire, sur la gastronomie et non la cuisine française mis à l’honneur par l’Unesco, sur ces clients fortunés qui dinaient en l’air dans le jardin du Louvre à la recherche de sensations fortes à 924 Euros en pleine crise économique mondiale.

De qui se moque-t-on ?

Alors pourquoi au final cet article hors sujet médias?

Bon d’abord parce qu’à force de ne pas pouvoir dormir avant 2h du matin, ça me laisse du temps pour écrire. Et quand en plus comme souvent ce ne sont plus que 3 ou 4 personnes à une seule table du café Les Petits Carreaux qui font du bruit jusqu’à 2h du matin et empêchent à eux seuls avec l’aval du patron du bar toute une rue de dormir ça fait vraiment réfléchir.

De plus, je pense qu’il va bien falloir que les différents responsables locaux s’expliquent sur la situation très particulière de ces quelques rues au coeur de Paris qui a bien trop duré?

Mais surtout parce que je crois que ces exemples illustrent toutes des situations toujours plus insupportables pour la grande majorité des français.

Ce sentiment d’impunité de lobbys, de groupes d’influences qui obtiennent des avantages toujours plus importants pour des groupes de personnes toujours plus limitées.

Ce constat que derrière des chiffres de pouvoir d’achat se cachent en fait des situations au quotidien inadmissibles comme des prix de produits dont on peut se passer en baisse alors les produits de première nécessité mais aussi l’énergie, le loyer augmentent fortement.

J’ai osé parler d’un comportement d’un quartier particulier, d’une population très particulière qui ne peuvent se généraliser tels quels à d’autres quartiers, d’autre villes. Je crois cependant que chacun y aura trouvé des ressemblances avec d’autres situations où une petite partie de la population, une « élite » économique mais aussi politique a un comportement sans morale qui devient tous les jours plus insupportable et qui agace cette majorité de français, cette majorité silencieuse qui ne trouve plus de représentants pour se faire entendre et la défendre.

Qui pour défendre cette majorité ?

Les partis politiques ? Lesquels? Vraiment, quand la majorité d’entre eux ne passent que d’un calcul électoral à un autre? Quand certains députés finissent par présenter parfois des textes de lois directement rédigés par les lobbys eux même? Et il y en a des lobbys en France. Restauration mais aussi taxis qui au bout de deux heures de manif à Paris obtiennent satisfaction à toutes leurs exigences, les dentistes récemment et j’en passe. Et l’opposition? Nous devons être nombreux à attendre des propositions, une autre vision de la société et qu’elle sache gérer aussi ses affaires intérieures.

Les syndicats ? Que penser des ces quelques dizaines syndicalistes du Port du Marseille qui bloquent un port et mettent en danger les activités d’une région uniquement pour voir encore augmenter leurs salaires et leur monopole ? Que penser du soutien des syndicats au statut des aiguilleurs du ciel? Que penser de ces négociations entre le Président de la République et la CGT sur le service minimum qui s’est traduit par de nouveaux avantages uniquement pour les conducteurs de la SNCF ? Petits arrangements discrets qui permettent aux patrons de syndicats et aux politiques de sauver les apparences!

Et que dire de ces élus qui justifient le système particulier et privilégié de cotisation retraites par la précarité de leur emploi? Comment des chômeurs précaires, des intérimaires, des intermittents du spectacle peuvent percevoir ces explications alors qu’il doivent s’accommoder de contrats de quelques jours parfois et non de mandats de plusieurs années?

Les class action, cette possibilité à de nombreux clients bafoués de porter plainte ensemble serait une solution à certains problèmes mais les lobbys de la téléphonie mobile, des providers internet et autres ne sont prêts à laisser passer une telle proposition. Trop d’argent à perdre!

Alors oui, les chômeurs, les travailleurs précaires, toutes ces personnes qui n’ont plus aucun intérêt pour les commerçants du quartier Montorgueil et d’autres ont besoin de trouver des interlocuteurs qui vont prendre en considération leur situation.

Messieurs (et mesdames), élus et responsables politiques de gouvernement, syndicalistes et autres responsables, commerçants, financiers, il serait peut-être grand tant de prendre en compte les préoccupations parce que personnellement je ne me résoudrai jamais à croire que seuls les partis des extrêmes et notamment d’extrême droite comme le Front National puissent apparaitre comme le seul espoir pour un nombre toujours plus important de français.

A chacun désormais de prendre ses responsabilités.

Enfin je ne pourrais terminer sans indiquer que comme vous probablement je connais des restaurateurs qui n’ont pas oublié ce qu’est la cuisine et que la baisse de la TVA a sauvé. Mais pourquoi ne pas les avoir aider eux plutôt que d’enrichir toujours plus des fonds de pension et riches propriétaires de chaines de restaurants dont parle le Livre noir de la Gastronomie? Cela aurait couté moins cher et aurait bien plus juste.

Une dernière photo pour conclure.

Quand Il tre occupe aussi le trottoir d’en face – Quartier Montorgueil

Mais non, je n’embêterai pas un restaurateur qui n’a que pauvres 2 tables en terrasse.

Mais vous allez rire! En fait ce monsieur qui installe une seconde table est le responsable d’Il tre un restaurant italien. En fait, ce soir là, après avoir bourré de tables son trottoir en largeur, en longueur, il a fini par décider d’installer ces demoiselles affamées de l’autre coté de la rue, sur le trottoir en face. Mais combien de tables a-t-il?

Lui en tout cas il a faim, faim d’argent!

D’ailleurs depuis quelques jours, il n’occupe d’ailleurs plus que le trottoir mais aussi la route avec sa nouvelle moto vroum vroum de livraison stationnée en permanence soit sur la route soit sur le trottoir quand les tables sont repliées.  Il marque son territoire!

(Article rédigé malgré les pannes successives de  connexion de la SFR Box!… Quand ça veut pas ça veut pas! )






8 commentaires


  1. jp da silva

    Je suis bien d’accord avec ton article.
    D’ailleurs le problème d’occupation des trottoirs dans le quartier de Montorgueil est reconnu de longue date. Il est en effet décrit de loin en loin dans différents articles de presse, les palabres entres restaurateurs/commerçants avec la mairie y sont évoqués mais sans effet de changement.
    Dans certaines rues proches, comme celle de Rambuteau, le problème reste le même. Sur certaines portions, à l’approche de Beaubourg, il est impossible d’y circuler sur un trottoir sans risquer « l’accident » avec une poussette ou bien de bousculer un convive de bistrot attablé à moins de 50 cm de la chaussée.
    Par contre, dans d’autres rues comme celles des Lombards et des Archives, les cafetiers sont priés de respecter au cordeau les distances réglementaires, les contrevenants se font verbaliser par la police, l’amende est salée.
    Ce qui est curieux c’est cette différence de traitement d’une rue à l’autre.
    Je sais que les riverains rue des Archives ont mis beaucoup de temps à obtenir la limitation des décibels dans les cafés (notamment par la pause d’appareils ad hoc).
    Rues des Lombards, très étroite, je ne sais pas si c’est l’action des riverains ou bien un choix politique de la Mairie, mais la police y sévit sans états d’âmes pour aligner à tous les sens du terme les dépassements de terrasse (interdiction de déborder de la terrasse ou de prendre un verre sur le trottoir d’en face).
    Autrement j’enrage de constater que tes actions répétées in situ dans la boulangerie n’ont pas bousculé le moins du monde les clients ! C’est peut être aussi cette passivité générale qui pousse les commerçants à oser toujours plus le franchissement des limites légales.


  2. Fabien

    Tout est dit !
    Malheureusement rien n’est caricatural.


  3. Dominique

    Bonjour,
    Je ne suis pas confronté à ce problème, mais j’imagine très bien les gênes que tout cela engendre..
    Pourquoi ne pas se faire plus entendre, avec un reportage tv, en y incluant les exemples de JP DA SILVA.. avec les réactions des politiques…et autres autorités…
    Mais peut-être que c’est déjà fait ..


    • Merci à Dominique pour vos conseils et aux autres pour leurs commentaires.

      Cet article fait parti des initiatives de chacun mais on ne peut être inquiet quand certains me confirment que le Conseil de Paris devrait valider un grand nombre de nouveaux règlements qui ne feraient en fait que rendre légales toutes les attitudes hors la loi actuelles des restaurateurs.
      Et oui c’est pourtant simple : Pour ne plus avoir à verbaliser et à se mettre à dos les lobbys aussi puissants on légitime par loi leurs infractions.
      A quand l’autorisation de frauder dans le métro? A quand l’autorisation de ne plus payer ses impôts locaux? Ah mais non ce n’est pas possible, les personnes que cela concerneraient n’ont pas le pouvoir de l’argent, ne sont pas audibles!!!


      • Marie-Ange Schiltz

        Désespéré, désespérant, je suis prête à reprendre la violence des révoltes de ma jeunesse
        Bravo beaucoup est dit
        Maire-Ange


  4. Claude

    Avec certaines spécificités, dont la vente de boissons alcoolisées dans des gobelets plastiques par différents bars à des clients qui obstruent le passage des piétons et peuvent être tapageurs, ce qui est dit à propos de Montorgueil vaut, par exemple aussi, pour le quartier de la Butte aux Cailles (Paris 13ème).
    Au fond, les bars qui n’y respectent pas le voisinage ne sont pas plus de 8 ou 9. Mais ils sont si envahissants qu’ils feraient oublier qu’il y a d’autres établissements respectueux de leur environnement. Ils masquent, voire éteignent toute autre forme de manifestation du lien social dans le quartier.
    L’impression est celle d’un îlot de défoulement que les pouvoirs publics s’attachent à ne pas voir, ne pas entendre et donc ne pas prévenir ou sanctionner.
    On nous dit qu’il n’y a pas les moyens d’éviter les tapages sur la voie publique dans de tels quartiers.
    Pourtant, il est possible de traiter les problèmes via les responsables d’établissements dont il est logique de penser qu’ils doivent répondre de leur clientèle et empêcher qu’elle empoisonne la vie des voisins. Il est possible de mener, en parallèle, des actions éducatives pour appuyer la légitimité du message que l’on demande aux commerçants de relayer ?
    Mais, à Paris et ailleurs, rien de tout cela.
    Comment l’interpréter : comme une spéculation sur la paix publique, reposant sur l’idée que le sacrifice des riverains habitant ces ilôts « festifs » est une contrepartie « raisonnable » pour éviter que les frustrations que révèlent les comportements inciviques de beaucoup d’usagers ne se canalisent par le biais d’actions plus politiques ?
    La spéculation est dangereuse : on néglige la « revanche » des habitants sacrifiés et excèdés et … nombreux à Paris et dans beaucoup de grandes villes.


  5. Ray

    Merci pour cet article et les quelques commentaires, ça fait du bien de savoir que l’on n’est pas seul dans ce sentiment d’impuissance face à ce que j’appelle les « ultracapitalistes de la nuit », ces gens sans foi ni loi, prêts à tout pour maximiser leurs profits, au mépris de la tranquilité de centaines de riverains, de l’environnement, et parfois même de leurs propres clients.

    Les politiques locaux qui laissent passer ces comportements délétères, par collusion ou laxisme, font un bien mauvais calcul, en choisissant de sacrifier les petites gens et leurs nuits de sommeil, leur santé, car ce sont ces petites gens, cette majorité silencieuse, qui se lèvent chaque matin pour travailler et produire des richesses tangibles, faire tourner la société.

    Pour ma part je vis à la limite du marais, rue quincampoix (4e), qui est colonisée la moitié de la semaine, par deux établissements de nuit et leurs clients alcoolisés en folie. Quand on l’appelle, le commissariat d’arrondissement n’a jamais « de véhicule disponible » pour intervenir quand ça dégénère (il paraît qu’ils ont seulement une ou deux voitures pour tout l’arrondissement, la nuit). Il faut prendre son mal en patience, parfois jusqu’au petit matin.

    La seule solution est je pense de se fédérer entre riverains, et inverser le rapport de force, c’est ce que je compte faire ici.

    Autre phénomène à noter, qui ronge Paris et son tissu social à petit feu, dont je suis témoin tous les jours: la jungle des locations sauvages à la semaine.
    Dans les quartiers centres et historiques, c’est la nouvelle mode pour les propriétaires en mal de rendement à 2 chiffres, louer des appartements à vil prix, à la semaine, à de riches touristes étrangers, sans bien sûr déclarer au fisc ces revenus importants, ni collecter la taxe de séjour, obligatoire, et encore moins se soumettre aux législations de l’hôtellerie ; faisant ainsi concurrence déloyale aux artisans hôteliers, et faisant monter astronomiquement les prix des locations, excluant à terme les parisiens. Sans compter les relations de voisinage qui se délitent, les têtes changeant chaque semaine, les « visiteurs » se croyant à l’hôtel…
    Un ami qui travaille à la mairie de Paris a lui-même assisté à des discussions surréalistes en interne, où il était question de ne pas faire de vague sur le sujet (qui concernerait au bas mot 20 000 logements d’après ce qui est sorti dans la presse), pour ne pas se mettre à dos les propriétaires de logements…

    Unissons-nous, fédérons-nous !



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