Coulisses des émissions

29 mars 2011

Comment ça va bien! sur France 2 avec ses 10 caméras mais seulement 7 cadreurs ?

L'implantation des caméras sur le décor de Comment ça va bien!
Caméra remote

Toutes les après-midis, du lundi au vendredi, à 15h15 sur France 2, Stéphane Bern et 6 chroniqueurs animent Comment ça va bien! produit par Martange Production

Après vous avoir présenté l’ambiance d’un tournage, mais aussi l’interview de Caroline Gavignet, je vous propose de découvrir le dispositif de tournage composé de 10 caméras.

Et pour la première fois, je vais vous proposer un plan d’implantation de caméras… faux!

Et oui, j’ai encore choisi d’innover! … en vous proposant pour la première fois un plan de caméras erroné.

Plus sérieusement, le plan d’implantation que l’équipe m’a transmis était celui qu’elle avait rapidement sous la main. Il date cependant de la période de développement de l’émission il y a plus d’un an, avant même la mise en image de Nicolas Druet.

Alors pourquoi vous le montrer?

Tout d’abord car souvent, quand un programme fonctionne et est agréable à regarder, de nombreuses personnes pensent que toutes ces bonnes idées, que cette mise en image, que ce décor, que cette lumière ont été trouvés en un instant alors qu’il s’agit souvent d’un long travail.

La seconde raison : un programme peut être réalisé de différentes manières. Ainsi on peut établir différents plans d’implantation de caméras à partir d’un même décor.

Et troisièmement… je n’avais que celui là !

Pour faciliter la compréhension du plan d’implantation des caméras voici un panoramique du décor avec à gauche le mur du décor et à droite le gradin pour le public. Au centre, la table prolongée jusqu’au fond du décor délimité par un mur d’images.

Panoramique du décor de Comment ca ca bien! France 2

(D’autres illustrations sont disponibles sur le précédent article)

Voici maintenant ce plan de caméra lors de la période de conception du programme.

Projet initial de la mise en image de Comment ça va bien!

(Pour information : les lignes bleues représentent les axes des caméras et la largeur du champ. De plus vous pouvez apercevoir en haut du document une élévation du mur du décor.)

Premiers constats :

Je vous parlais un peu plus haut de décor. Le seul changement entre ce plan d’avant construction du décor et le tournage de la première émission est l’abandon de la solution d’une rétroprojection sur écran. En effet il lui a été préféré un écran en leds.

Lors de la phase de conception la production craignait de ne pas trouver en technologie led de quoi concevoir un écran parfaitement 16/9 mais finalement cela a été possible. De plus, en terme d’appel d’offre, cette solution s’est révélé être la plus rentable. Enfin, il aurait été impossible d’avoir assez de profondeur sur le plateau de tournage pour placer le projecteur à la bonne distance de l’écran.

Ne faites par contre pas attention aux petits ronds autour de la table. Les 2 petits ronds face à l’écran n’indiquent pas qu’au départ la production aurait pensé à 2 animateurs ou à un animateur avec sa potiche à ses cotés. Je pense que ces ronds permettaient simplement au décorateur de montrer combien de personnes pouvaient être installées sur chaque coté de la table.

Venons en maintenant à l’implantation des caméras. On peut noter deux changements principaux  : le déplacement de la grue et l’installation d’une caméra remote au centre de la table face à Stéphane Bern à la place de la caméra placée juste devant l’écran sur ce premier plan.

Regardez en effet ci-dessous le plan d’implantation des caméras actuel tel que je l’ai observé un jour où David Montagne réalisait les émissions.

L’implantation des caméras sur le décor de Comment ça va bien!

Plutôt que de schématiser chaque caméra j’ai placé une photo de chacune d’entre elles sur le plan du décor. Elles sont au total de 10.

Et voici quelques explications.

Honneur à l’animateur, Stéphane Bern. Pour le filmer, le réalisateur dispose d’une caméra remote (5) c’est à dire commandée à distance et qui permet notamment de filmer Stéphane Bern en plan américain.

La caméra remote

Sur la photo principale vous pouvez apercevoir la caméra remote installée dans la table/scène. Dans les deux vignettes, le cadreur à son poste, caché derrière le voilage et en gros plan la caméra remote.

Les chroniqueurs sont eux installés par 2 ou par 3 sur 2 cotés de la table. Quelque soit le coté, le réalisateur utilise la même technique.

Les chroniqueurs sont filmés par 2 caméras qui leur font face, une caméra dite lourde sur pied pneumatique avec un cadreur et juste à coté une autre caméra fixe sur pied de campagne sans cadreur. Cette seconde caméra filme les chroniqueurs ensemble en plan moyen.

Ainsi, le cadreur filme en gros plan l’un des chroniqueurs. Mais si l’autre chroniqueur intervient à son tour, le réalisateur peut alors passer l’image de la caméra fixe en plan moyen car les 2 ou 3 chroniqueurs y sont toujours à l’image. Cela laisse ainsi éventuellement le temps au cadreur de changer de sujet et de venir sur ce chroniqueur qui vient de prendre la parole et ainsi de suite.

Pour filmer les 2 chroniqueurs dos au public complétés parfois par un invité, on trouve la 7 (fixe) et la 6

Ces deux caméras se fondent dans le décor comme vous pouvez le voir sur cette photo prise en coulisse derrière le mur avec en médaillon un gros plan des caméras vues depuis l’intérieur du décor. Discret!

Comment ça va bien! 1 caméra fixe et une lourde

Pour filmer les 3 chroniqueurs dos au mur, on utilise le même procédé : 1 caméra fixe (3) et une lourde avec cadreur (4) Elles sont positionnés en dehors du décor, aux cotés d’une grue Taïpan sur rail travelling (1) . Sur le plan initial, la grue était à l’opposé, pour être face à Stéphane Bern et pour être proche de ce qui se passait sur scène. Aujourd’hui elle a une position assez proche de celle de la grue du Grand Journal sur Canal +.

Elle a été placée sur un rail ce qui lui permet d’entrer plus profondément dans le décor et de permettre des mouvements plus amples. Un opérateur assis réalise le cadreur et, sous ses ordres, un technicien se charge de la faire avancer ou reculer et d’exécuter les mouvements du bras de la grue.

Grue Taipan, 1 lourde, 1 fixe et une caméra épaule

Vous pouvez apercevoir sur la photo le rail sur lequel circule la grue, la caméra lourde avec son cadreur et cachée derrière eux la caméra sur pied de campagne sans cadreur.

Devant eux, vous apercevez enfin un cadreur épaule assis sur un petit cube pour être stable et éviter de bouger sa caméra.

Les cadreurs épaule sont en fait au nombre de 3. Sur le plan de caméras j’ai placé les 2 autres là où se trouvaient alors posées leurs caméras. Mais bien sûr les cadreurs épaule ont pour fonction de se déplacer et d’ainsi proposer une grande variété de plans. (2) (8) (9)

Il reste enfin une dernière caméra (10) sur pied de campagne qui permet de réaliser un plan fixe de secours (surtout utile en montage) des 3 chroniqueurs vus de profil voire de dos. La caméra est cachée dans le voilage entre le public et le grand écran. La voici.

Comment ça va bien! Caméra fixe cachée dans le voilage

Et voici donc comment on en arrive à un total de 10 caméras mais avec seulement 7 cadreurs dont 2 cadreurs lourdes, 3 cadreurs épaule, 1 cadreur grue et 1 opérateur caméra remote.

10 caméras c’est plutôt beaucoup pour le budget d’un programme à cette case horaire mais c’est cependant nécessaire pour filmer autant d’intervenants qui peuvent en plus bouger dans plusieurs zones. Pour réduire le surcoût budgétaire, la production a cependant choisi de limiter le nombre de cadreurs grâce à ces astuces de caméras fixes. Sachez d’ailleurs qu’il arrive aussi que le réalisateur demande au cadreur de toucher à certains moments au cadre de la caméra fixe à coté de lui pour enrichir encore plus la réalisation.

Et quand toutes les images de ces caméras arrivent en régie, cela se voit ainsi sur le monitoring du réalisateur

Monitoring 10 caméras Comment ça va bien!

Vous pouvez y retrouver les images réalisées par chacune des caméras numérotées de 1 à 10, numéros que j’ai indiqués entre parenthèse lors de la présentation de chacune d’entre elles.

Sur cette photo vous pouvez d’ailleurs voir que les caméras 2 et 8 proposent des plans bizarres. Il s’agit de caméras épaule. Ce n’est donc ni très grave ni surprenant. En effet il faut toujours vous souvenir que chaque caméra n’est jamais tout le temps à l’antenne.  Ainsi entre le moment où l’image d’une caméra passe à l’antenne et son prochain passage, le cadreur peut et doit souvent modifier son plan. Au moment de la photo les deux cadreurs épaules étaient probablement en train de bouger pour proposer un autre plan.

Dernière précision, aucune caméra n’est équipée de prompteur. Place à la spontanéité!

A vous de revoir chaque position de caméra et de voir quelle image elle réalise.

Pour vous simplifier la tache, voici ce dernier plan de décor. J’ai remplacé cette fois-ci chaque photo de caméra par l’image qu’elle permet d’obtenir.

Voilà de quoi regarder Comment ça va bien! avec un autre regard bien sûr!

Un grand merci enfin à toutes les équipes pour leur accueil.






4 commentaires


  1. EXCELNICO

    Très bien détaillé !
    merci pour toutes ces explications et photos !
    C’est très intéressant !
    Merci !


  2. Colin

    Merci beaucoup pour cet article super détaillé ! j’ai fait un stage à Euromédia en février et j’ai pu assister à une journée de tournage de CCVB, mais malheureusement je n’ai pas eu le temps de poser toutes les questions que je voulais. Ton article viens de m’éclairer sur tous les points flous qui me restaient, merci encore 😉 .



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