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5 avril 2011

TF1, France 2 : De l’animation dans les JTs de 20H. Interview de Fabrice Collaro

Un Titeuf au 20h de France 2 dimanche façon BD assez décevant au final.

Un réacteur nucléaire en animation 3D sur la table de Laurence Ferrari et le passage d’un hélicoptère sur son plateau dès le lendemain sur TF1.

Les journaux font preuve d’ingéniosité pour être plus pédagogiques mais aussi probablement pour attirer un public notamment jeune, qui abandonne les journaux télé.

Interview de Fabrice Collaro à l’origine de cette première en direct dans le 20h de TF1.

Explications techniques.

Laurent Delahousse nous annonçait la présence « pour la première fois en plateau » de Titeuf le personnage de Zep.

Il était bien là mais franchement à l’heure de la 3D au cinéma, de la captation d’événements live en 3D et de la réalité augmentée, on ne pouvait qu’être déçu.

On aurait aimé voir un personnage en 3D et nous avons du nous contenter d’une BD animée, sans aucun effet spécial.

Titeuf au 20h de Laurent Delahousse sur France 2

La technique utilisée a été assez simple.

Le dialogue a été écrit à l’avance. Ensuite les dessinateurs de Titeuf ont animé le personnage selon son « texte » et ses réactions. Ils ont collé le tout sur des images plus ou moins retravaillées du vrai fond de décor du JT de 20H sur France 2.

Deux valeurs de plan et un split screen à deux fenêtres pour imiter la réalisation du 20h de France 2. Il ne restait ensuite plus qu’à enregistrer les interventions de Laurent Delahousse ainsi que quelques plans d’écoute de sa part. Un peu de montage et le tour était joué.

Amusant mais pas très bluffant !

Du coté de TF1, dès le lendemain, lundi soir, Fabrice Collaro nous a expliqué la situation dans le cœur d’un réacteur de la centrale de Fukushima mais cette fois-ci en direct et avec une animation 3D insérée directemtn dans le décor réel du journal.

Voici les images de la séquence du JT avant de donner la parole à Fabrice Collaro.

Comment vous est venu cette idée ?
Fabrice Collaro : Cela fait très longtemps que je voulais faire des maquettes virtuelles.

J’ai démarré il y a 20 ans avec Michel Chevalet qui était le vulgarisateur scientifique de la chaine et aux cotés de qui j’ai beaucoup appris. Il utilisait beaucoup les maquettes pour pouvoir expliquer des catastrophes par exemple et expliquer Comment ça marche. (presqu’un copyright !)

Nous avons continué à faire évoluer cela avec des infographies dans les sujets parce que cela permet de vulgariser, de simplifier l’explication et la rendre visuelle.
On utilise beaucoup d’infographies pour des séismes, des accidents d’avion mais aussi pour parler innovation.

Vous utilisiez aussi de l’infographie lors de vos interventions en plateau ?
F. C. : Quand il y a eu le séisme, le tsunami et l’accident nucléaire à Fukushima, on a assez vite gambergé à des schémas pour expliquer. En général ils apparaissaient derrière moi dans un écran dans le décor lorsque j’étais assis face à Jean Pierre Pernaut, à Laurence Ferrari ou à Claire Chazal.

A deux occasions, lors de la première et deuxième semaine après l’événement, j’étais aussi debout devant un écran plasma. Je montrais alors le schéma dans l’écran à coté de moi.

Et puis en discutant avec les graphistes à TF1 je leur ai dit ce serait génial si on pouvait mettre la maquette de la centrale sur la table du JT. Ils m’ont répondu, on peut le faire !

Tout cela est parti de l’idée de personnes passionnées : Christophe Aragona, graphiste, qui a fait du très bon travail et de moi, passionné des nouvelles technologies, de l’innovation, des univers virtuels, d’images de synthèse…

Combien de jours ont été nécessaires pour arriver à ce résultat ?
F.C. : Avec Eric Freslon, le réalisateur, on a travaillé dessus depuis une semaine. On a commencé par faire des tests en plateau avec une autre animation et on a vu que cela fonctionnait.

Ensuite il a fallu travailler sur le contenu des animations avant que vendredi, en une journée, les trois séquences de l’animation soient créées.

Lundi matin nous avons réalisé des tests en plateau avec la vraie animation pour caler l’axe caméra, pour que j’arrive à poser mon regard vers une maquette qui n’existe donc pas en réel devant moi sur le plateau et pour apprendre à placer ma main au bon endroit.

Vous avez du travailler comme un présentateur de météo ?
F. C. : Comme pour un présentateur de météo qui travaille sur fond bleu. Il faut apprendre à caler sa main par rapport à la maquette en regardant un retour, un écran placé devant moi. Il a aussi fallu caler mon texte en fonction de l’animation. Il fallait que mon texte et l’animation soient synchronisés à la seconde près.

Pouvez-vous nous en dire un plus sur la technique utilisée pour incruster cette maquette dans le décor ?
F. C. : Je préfère garder notre petit secret de fabrication mais je peux vous dire que ce n’est pas de la réalité augmentée. Ca y ressemble mais ça n’en est pas.

Et si je vous dit que la technique est proche de celle utilisée pour un bug antenne animé en 3D sur un programme. Qu’on utilise alors un masque et une image de remplissage ?
F. C. : Oui c’est à peu près ça. (Media un autre regard vous en dit plus en fin d’article)

Techniquement je ne suis un spécialiste des outils en régie donc je ne peux pas entrer dans les détails. Je ne suis pas expert dans ce domaine.

J’ai surtout réfléchi au contenu.

Ce que je ne voulais pas c’était que cette animation ne soit qu’un gadget. Il fallait que cela serve l’information ce soit un plus. J’ai donc particulièrement travaillé sur l’explication que je voulais apporter.

Cette infographie est un support explicatif de l’information que je délivre.

Vous avez donc schématisé un minimum ?
F. C. : Ce n’est pas une maquette réaliste de la centrale nucléaire, ce n’était pas le but. C’était un schéma explicatif plus simple mais exact. J’ai bien sûr regroupé toutes les informations avec des spécialistes du nucléaire qui connaissent le fonctionnement d’un réacteur. J’ai aussi recueilli des informations du Japon etc.

Le but est de faire comprendre au grand public des choses assez compliquées et pointues comme le fonctionnement d’une centrale nucléaire. Cela fait peur, personne n’y comprend rien.

N’avez-vous cependant pas regretté qu’il n’y ait pas un second axe avec la maquette devant Laurence Ferrari ?
F. C. : Si, bien sûr mais on est limité par l’effet qu’on a créé. C’était le regret du réalisateur de ne pas pouvoir réaliser un second plan avec Laurence Ferrari et moi-même et la maquette au centre. Les outils techniques actuels à TF1 ne le permettaient pas.

Qu’aimeriez-vous encore apporter?
F. C. : On aimerait aussi interagir avec les objets.

On serait alors dans la réalité augmentée.
F. C. : En effet.

Vous envisagez de le faire ?
F. C. : Pour le moment, technologiquement, les entreprises qui produisent de la réalité augmentée ne sont pas encore tout à fait prêtes pour le broadcast HD et en plus en direct comme hier soir.

Il faudrait que cette technologie s’installe rapidement dans un journal où il y a tout un tas d’autres informations et de sujets. Faut voir en régie, c’est déjà une ruche.

On regarde comment évolue la réalité augmenté mais il faut encore que cela progresse.

On parle d’un changement prochain du décor des JTs. Etes vous intervenu pour que ce nouveau décor permettre dès l’orgine d’intégrer ces nouvelles technologies ?
F. C. : Je m’y intéresse. Cela fait partie de mes réflexions mais je ne suis pas décideur. J’ai cependant eu de bons échos en interne et à l’extérieur sur la séquence d’hier.

De plus, ce type d’animation 3D peut aussi être utilisé en politique, en politique étrangère comme sur des événements actuels comme les conflits. On peut imaginer de nombreuses applications de cette technologie.

Y-a-il déjà d’autres animations prévues?
F. C. : Il fallait déjà voir si cela fonctionnait, si cela plaisait. Cette étape est franchie. Oui, maintenant j’ai bien l’intention d’en faire d’autres. Je ne peux cependant pas vous donner de dates car cela dépend aussi de l’actualité.

Il faut aussi du temps pour la conception et la fabrication de chaque animation?
F.C. : C’est effectivement toute notre difficulté. L’actualité est souvent chaude et urgente mais il faut tout de même un temps minimum aux infographistes pour fabriquer ces images 3D. Ils sont de plus en plus forts et les temps de calcul toujours plus courts mais il faut un minimum de temps.

On verra en fonction de l’actualité mais j’ai bien l’intention de réitérer l’exercice, de faire encore mieux car il y a surement encore des petits détails à changer.

Et puis j’étais hyper stressé hier soir. Je m’étais mis une super pression pour que cela marche. Et donc pendant le direct il y a eu quelques « gloups » dans ma voix. Je peux faire mieux.

Que diriez-vous de la comparaison entre votre animation et la présence de Titeuf sur France 2 dimanche soir ?
F. C. : Ce n’était tout d’abord pas du direct et en plus il n’y a jamais eu de plan large avec Laurent Delahousse et Titeuf ensemble. Au mieux il y avait 2 fenêtres avec un personnage dans l’une d’entre elles. Je ne vais pas dire que c’était facile ni critiquer mes concurrents mais c’était enregistré et à aucun moment il n’y a eu de mélange de l’animateur et du personnage virtuel.

France 2 utilise aussi régulièrement un écran tactile au 20h en semaine. N’aimeriez pas aussi pouvoir en utiliser un ?
F. C. : Si, bien sûr mais il faut aussi tenir compte, même à TF1, des contraintes budgétaires. Ce n’est pas toujours possible d’avoir les dernières innovations.

Merci à Fabrice Collaro.

 

Fabrice Collaro devant la maquette 3D d’un réacteur nucléaire 20 h TF1

Et pour conclure, voici quelques explications sur la technologie utilisée pour réaliser cette prouesse technique.

Après avoir consulté quelques truquistes (merci à eux) il semble que le réalisateur ait utilisé une technique classique de masque et de remplissage comme on l’utilise souvent pour les synthés ou logos dynamiques sur des programmes.

Parlons déjà du fond de l’image. Il s’agit d’un fond graphique incrusté dans les écrans du décor du journal comme cela est déjà souvent le cas par exemple derrière le présentateur du journal.

L’animation 3D est ensuite placée sur l’image.

En régie, le mélangeur de la régie reçoit deux signaux : le premier qui correspond à l’image du réacteur que vous voyez (le remplissage) et un second, un signal de découpe, c’est à dire un masque dont les contours correspondent exactement image par image à l’image de remplissage.

A chaque image le masque indique à quel endroit dans le cadre, l’image réelle doit être remplacée par l’image de l’animation.

Image par image, le contour du réacteur avec la lave qui coule et de l’hélicoptère sont découpés dans l’image réelle tournée en plateau et remplacées par les images graphiques.

Cependant pour que cela fonctionne il faut que l’image tournée en plateau ne bouge pas. Dans le cas contraire on verrait aussi la maquette bouger et l’effet serait raté.

Il est aussi nécessaire que le graphiste ait bien adapté son graphisme à la position de la table et à l’angle de prise de vue. Le résultat avec la lave est particulièrement réussi.

Pour réussir à obtenir un second axe avec la maquette devant Laurence Ferrari, il aurait fallu calculer l’image du réacteur animé vu depuis ce deuxième axe et diffuser cette séquence en même temps que la vue du réacteur depuis l’autre axe. Un peu trop compliqué pour la régie actuellement et double de temps de calcul.

Pour ceux qui voudraient enfin avoir une idée de la réalité augmentée voici une vidéo tirée du blog A VR Geek’s Blog

 






2 commentaires


  1. Pierre

    Je pense que sur ce point là, les journaux français ont encore un « train de retard » par rapport aux autres chaînes européennes notamment.
    Si on regarde ce que fait la ZDF depuis maintenant bientôt 2 ans, il n’y a pas photo : les infographies sont faites de plain-pied carrément à côté du présentateur, qui peut même évoluer dans l’image.
    Tout cela a été rendu possible par le changement de studio pour le JT : un fond vert de plusieurs centaines de mètres carrés. Cependant, on voit, après 2 ans de fonctionnement, que les séquences en infographie sont peu fréquentes car certainement gourmandes en temps de conception, etc.

    Je trouve que France 2 s’en était mieux sortie lors des élections européennes avec des chiffres et des diagrammes qui sortaient de la table où étaient installés les présentateurs. Le JT de 20h, « relifté » depuis quelques semaines, apporte également un vent de fraîcheur.
    Peut-être que TF1, avec la future évolution de son studio en station debout, nous réserve des surprises !!!

    La 3D doit apporter un réel plus, ce n’est pas toujours le cas…


  2. vgb

    Autant j’apprécie la prouesse de la rubrique de Fabrice Collaro, autant l’ITW de Titeuf par Laurent Delahousse m’a laissé une impression d’étrange. oui je dois bien l’avouer un certain malaise.



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