Coulisses des émissions

6 juin 2011

Une interview originale de Frédéric Taddéï, c’était Ce soir (ou jamais !) à France 3

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Frédéric Taddeï sur le plateau de Ce soir (ou jamais!) sur France 3

Tout est vrai ou tout est faux, l’important c’est de mentir avec cohérence !

Ainsi conclut Frédéric Taddeï lors de cette interview originale, second degré (au minimum) et détendue.

Frédéric Taddeï est-il toujours ainsi dans sa loge, juste après un direct de Ce soir (ou jamais!), après avoir été démaquillé?

Il avait des raisons d’être détendu puisque ce soir là il réalisera un record d’audience, avec plus d’un million de téléspectateurs, une nouvelle de bonne augure puisque Frédéric Taddéï a depuis annoncé que son émission devenue hebdomadaire à la rentrée prochaine serait aussi diffusée le mardi soir.

Frédéric Taddeï est parait-il très exigeant sur le contenu de cette émission dont la cinquième saison se termine. En présence d’une partie de son équipe dans sa loge, il était donc logique de commencer par lui demander quel était son rôle dans l’émission en dehors de son animation.

Quelle est votre implication sur l’émission ?
Frédéric Taddeï : Pratiquement nulle, c’est à peine si je viens.  (Rire général dans la loge !, le premier, vous imaginerez j’en suis sûr par vous même les prochains!)

Peut-être pouvez-vous alors me dire quel est votre emploi du temps chaque jour ?
F. T. : (Soupir) Je peux vous faire la version je travaille beaucoup et la version je n’en fous pas une. Comme elle (Anne Laure Sugier, rédactrice en chef) est là …

Je ne dis rien ajoute Anne Laure Sugier, en riant.

En fait je ne pense que cette question n’a pas de sens…  (et vlan!)

Sachant que si je vous dis que je travaille huit heures par jour sur l’émission, ou si je vous dis que je travaille dix minutes cela n’a pas d’importance. L’importance c’est le résultat. Après on le trouve satisfaisant ou pas. Moi je ne le trouve pas. Je trouve que cela devrait être mieux.

Est-ce que ce serait mieux en travaillant plus, en téléphonant plus, en lisant plus ou en faisant je ne sais pas quoi plus…  Et puis à quel moment on arrête de travailler sur cette émission ?

Le seul moment où j’arrête totalement de penser à cette émission, normalement c’est entre 1h et 4h du matin. Ce sont les trois heures les plus heureuses de ma vie depuis 5 ans. Ce sont les seules trois heures pendant lesquelles personne ne me téléphone pour parler de cette émission.

Que faites-vous pendant ces 3 heures ?
F. T. :  Je ne peux pas vous le dire, je veux le garder pour moi. J’ai trois heures libres. Tout le reste du temps j’ai l’impression que je travaille pour cette émission. Et en même temps Anne-Laure aurait raison de me dire : pas du tout ! Elle travaille sur cette émission et moi pas du tout !

Et pourtant vous semblez vouloir maitriser la totalité de votre émission…
F. T. : Oui je maitrise…

Vous semblez vouloir décider de tout ce qui concerne cette émission y compris le décor
F. T. : Ca je vous le confirme. Oui et depuis le début et d’ailleurs. Sur cette émission, depuis quelques temps, il n’y a d’ailleurs plus de producteur (Rachel Kahn ne produit plus Ce soir ou jamais depuis 2008).

Je vous l’ai dit je suis à la fois rien et directeur de la rédaction. C’est le titre qu’on ma donné il y a quelques temps pour que les rédacteurs en chef ne viennent pas m’emmerder ! Il y en a eu plusieurs et c’est histoire qu’en arrivant sur l’émission ils sachent immédiatement ce qui les attend.
Alors, oui, il n’y a plus de productrice et oui on peut dire que c’est mon émission.

Cela veut dire que vous validez tout des invités aux sujets..
F. T. : Il n’y a pas une image qui passe dans l’émission sans que je l’ai validée. J’ai même interdit aux spectateurs dans la salle d’applaudir et de siffler… (rires)

Et en même temps j’ai toujours adoré les grands moments pendant lesquels des gens se sont introduits dans l’émission ou l’ont perturbée. J’adore les déstabilisations, quelque chose dont je n’avais pas conscience avant.

Comment réagit-on en direct quand on voit un invité se lever et se rapprocher d’un autre? (Ce soir là, la revue de presse avait été très animée)
F. T. : Et bien vous voyez j’ai réagi en disant aux invités : « attention, vous êtes tous sous ma protection ». Cela les a désarmés.

Quel est votre rôle dans l’émission ?
F. T. : Je ne sais pas, dites le moi ! A votre avis ? vous l’avez vu…

Vous êtes un passeur de paroles… Vous ne donnez pas votre avis?
F. T. : Voilà, j’oriente le débat par le choix des invités, par les images que je passe, par les questions que je pose et par les questions que je ne pose pas, par les sujets que j’aborde et les sujets que je ne veux pas aborder. En fait il y a en a très peu que je ne veux pas aborder.

J’ai donc une influence considérable sur cette émission puisque je m’occupe de tout et même temps cela me parait être la moins des choses de ne pas emmerder en plus les téléspectateurs avec ce que je pense.

Les invités savent aussi que je ne serai jamais ni leur procureur ni leur avocat.

Enfin, parfois, je peux être pas vraiment leur avocat mais je peux les reprendre comme ce soir en disant : « ce que vous voulez dire c’est que… » histoire uniquement d’éviter les malentendus. Je n’ai pas à les défendre, ce sont tous de grandes personnes.

Et puis parfois quand ce que dit un invité risque d’être mal interprété, je lui laisse la possibilité à la personne de rectifier le tir. Maintenant si il redit la même chose, cela la regarde.

Je ne suis pas un père la pudeur. Tant que ce n’est pas interdit par la loi on peut dire ce que l’on veut dans cette émission.

Vous ne faites donc pas partie des animateurs qui ont tendance à reformuler ?
F. T. : Ah, oui, ça j’en connais. C’est quelque chose ça ! Et quand ils reformulent, vous remarquerez que c’est juste pour faire croire que l’invité a dit ce que eux pensent.

Comment réagit-on face à Gérard Depardieu comme il y a quelques jours dans votre émission ?  Comment cela se termine ? (extrait en fin d’interview)
F. T. : Et bien on est resté assez longtemps. On s’est bien marré.  Un taxi m’attendait pour partir à Reims. Je suis parti super en retard !

Et pendant le direct ?
F. T. : Gérard Depardieu est venu 3 fois dans l’émission et à chaque fois il a été extraordinaire. Là, il a été un peu moins extraordinaire mais dans un autre genre. Normalement c’est une formule 1, il est aérien, prodigieux. Là c’était une voiture de rallye. Quoi qu’il dise, et là il le disait plus lentement, de façon un peu plus syncopée, plus répétitive, ce qu’il est dit est toujours beaucoup plus intelligent que ce que la plupart des gens disent y compris mes invités.

Comment choisissez-vous vos invités ?
F. T. : Un peu à pile ou face! Il parait qu’il y en a qui donnent du pognon mais ce n’est pas moi qui le touche ! Il y a eu des rumeurs…

Qu’est ce que je peux vous dire… Il faut quand même que ce soit des artistes ou des intellectuels dans la majorité des cas. Il faut que ce soit des personnes qui aient des avis différents. Et c’est parfois très compliqué à trouver. Il y a quelques temps lors d’une émission Revue de presse, ils étaient tous d’accord sur le « Président normal Hollande » C’était très embarrassant !

C’était embêtant car, quand on les choisit bien, ils ne peuvent pas être d’accord. Ils représentent des visions du monde différentes souvent irréconciliables. Et là, ils étaient tous d’accord et j’étais un peu mal à l’aise.

Sinon on essaye qu’il y ait à la fois l’establishment et les contestataires. C’est l’une des spécificités de l’émission. Normalement les contestataires ne sont pas bienvenus à la télévision dans quelque domaine que ce soit. Alors que chez moi les contestataires de droite ou d’extrême droite, de gauche, d’extrême gauche, les contestataires de la science, de l’histoire sont aussi invités.

On essaye aussi d’inviter des excentriques et des gens plus centristes. On essaye qu’il y ait des hommes et des femmes.Parfois on arrive même à inviter autant de femmes que d’hommes. On est au final l’émission où il y a la plus grande proportion de femmes.

On essaye aussi qu’il y ait des jeunes, ce qui n’est pas facile non plus.

Et donc c’est à peu près irréalisable de réussir cela chaque jour quand il y a six ou sept personnes sur le plateau.

Il y a eu un débat dans les médias sur le fait de donner ou non la parole à des personnes comme Robert Ménard ou d’autres…
F. T. : Je n’ai pas de problème avec cela. Je n’aime pas les pudeurs, la censure des autres…

Dans mon émission, je ne suis le procureur de personne, tout le monde doit pouvoir s’exprimer sans bien sûr se répandre en injures en saloperies diverses ce qui n’est jamais arrivé. Mais il faut qu’il y ait des contradicteurs. Il n’est pas question de donner des tribunes à des gens.

Vous faites un pari sur l’intelligence des téléspectateurs.
F. T. : Evidemment. Je ne diabolise personne et ne porte personne aux nues. Tout le monde est traité de la même manière.

Est-ce que l’on peut parler un peu du décor et de la réalisation ? … puisque c’est vous aussi ! …
F. T. : Oui c’est moi ! (grand éclat de rire dans la loge)

 

Panoramique du décor de Ce soir ou jamais sur France 3

 C’est aussi vous qui l’avez construit avec les équipes de Michèle Sarfati il y a quelques années…
F. T. : C’est une reconstitution à quelques cm prêts de ma chambre !

Nicolas Ferraro, le réalisateur et metteur en image de l’émission, me disait que l’idée était celle d’une salle de vernissage, mais sans les tableaux…
F. T. : Ah bon ! Il voit cela comme ça ?

Non, moi j’avais donné uniquement des consignes concernant la liberté de se déplacer.

Je voulais aussi que les femmes soient belles… Si les femmes sont belles, les hommes seront beaux ! Je voulais que les femmes soient belles quelque soit leur âge. Je ne voulais pas de ces couleurs blafardes, criardes, vulgaires et la télé, c’est beaucoup cela. Et ils ont fait un boulot formidable.

Je ne voulais pas que cela fasse ambiance boite de nuit. Même s’il y a un bar, on est sur un plateau télé et on l’assume.

Je ne voulais surtout pas que l’on donne l’impression d’être sur un Festival de Cannes du pauvre.  C’est atroce!

Vous pensez à quelles émissions ?
F. T. : Toutes (grands rires)

Je ne sais pas, mais il y a un truc bizarre à la télé.

Dans le décor ou la lumière ?
F. T. : Dans tout mais c’est horrible. Peut-être est-ce aussi pour cela que je ne la regarde plus.

Mais quand je vois des zappings, quand je passe des extraits dans l’émission, je me dis « ahhhh! » de peur. Mais pourquoi font ils cela, je me demande.

Mais c’est peut-être moi qui suis super décalé…

Qu’est ce que vous appelez le coté Festival de Cannes du pauvre ?
F. T. : Des escaliers pourris, des rideaux qui s’ouvrent, des couleurs clinquantes. C’est entre le salon de coiffure de province et le Festival de Cannes. C’est un mix des deux. Le résultat d’un amour entre le Festival de Cannes et un salon de coiffure de province, cela donne les décors de la télé.

Frédéric Taddeï sur le plateau de Ce soir (ou jamais!) sur France 3

Le décor évoluera pour l’hebdo l’année prochaine ?
F. T. : Je ne sais pas. Les équipes vont y réfléchir.

Comme je suis considéré comme un ringard qui ne comprend rien à la beauté de la télé je vais laisser cela à d’autres car visiblement c’est moi qui ai tord !

Ce que je vous dis là est une perception personnelle dont je souffre ! Parce que évidemment je ne peux pas être le seul à avoir raison et 50 millions de téléspectateurs qui regardent la télévision à avoir tord.

Je dois avoir un regard un peu préhistorique… un peu grotte de lascaux alors que eux sont déjà bien dans le troisième millénaire.  Je préfère penser cela parce que comme je ne suis pas du genre à penser du mal du travail des autres.

Je préfère m’accabler moi-même… Tu ne comprends rien à rien, tu ne vois pas où est la vraie beauté des années 2010!

Vous passez à la rentrée en hebdomadaire, des changements sont prévus?
F. T. : L’hebdomadaire, ce sera Ce soir (ou jamais!) une fois par semaine donc en mieux.

On va changer les décors, les rajeunir, changer de lumière… mettre un escalier, moins de contestataires, plus d’establishment et recevoir des invités que les autres émissions ont et qu’il n’y a pas de raison que je n’ai pas aussi!  Et coté musique, je pense à avoir la même programmation que les autres.
Voilà, faire tout comme les autres ! Faut que je m’adapte à l’époque.

Et à propos d’époque, êtes vous réseaux sociaux, twitter, Facebook ?
F. T. : Je suis comme dans l’émission, je ne parle pas. Il n’est pas question de donner mon avis et donc je me mets les mêmes limites à l’extérieur que sur le plateau.  Pas question donc de raconter ma vie sur Facebook.

Cela ne m’empêche pas d’être très averti sur ce genre de choses.

Il y a quelques temps j’ai vu que sur twitter ils se demandaient pourquoi je n’avais pas de compte twitter… Cela ne m’empêche pas de regarder ce qui s’y dit régulièrement.

Mais pas question de commencer à faire des commentaires. A un moment ce serait de l’exhibitionnisme.

C’est un peu comme si, à vous, je disais la vérité.

Vous m’avez dit la vérité à un moment de l’interview?
F. T. : Non, je ne dis jamais la vérité mais quelque chose de plausible, il y a une cohérence. Ce sont les réponses absurdes ou totalement inconhérentes avec ce que l’on fait qui peuvent être assez pénibles.

Moi je mens, mais de manière cohérente.

Un grand merci à Frédéric Taddeï pour cette interview quelque peu décalée au moins par rapport aux questions que j’ai prévu de poser. Un exercice ma foi très sympathique.

Et pour les informations vraies, je vous invite à suivre les prochains articles sur les coulisses du tournage de Ce soir (ou jamais) dans les studios de France 3, l’occasion de découvrir la nouvelle régie de France 3, le décor, le dispositf technique astucieux et innovant, le secret du cube lumineux …


Depardieu je suis une vrai ordure [Fun] CSOJ… par peanutsie






3 commentaires


  1. Ant92

    J’aime bien Taddéi dans son émission, mais je trouve qu’il a une façon très désagréable de ne pas répondre simplement aux questions qu’on lui pose. Autant je veux bien qu’il se foute de la gueule de question un peu convenue, autant il pourrait aussi avoir un peu de respect pour le public de néophytes qui peut se poser toutes les questions de l’interview quand à son rôle, la façon dont il prépare son émission, etc. Y’a un côté pédant et condescendant qui me déçoit plutôt.


    • Ant92,

      Je ne peux que respecter ton point de vue et ton impression en lisant cette interview.

      Peut-être n’ai-je pas tout à fait su insister sur l’état d’esprit très détendu pendant ces 20 minutes qu’il m’a quand même accordées juste après le direct déjà tardif.

      Ce que je peux te dire c’est que je n’ai en tout cas ressenti aucun manque de respect vis à vis de moi pendant l’interview.

      Oui, je me suis fait « promener » pendant l’interview par un Frédéric Taddeï. J’ai surtout eu l’impression d’avoir participé à un « jeu » avec quelqu’un de malin et d’intelligent. Il s’est amusé avec moi et moi j’ai pris plaisir à me laisser prendre au jeu dans cette interview.

      Enfin, je pense que ce sont surtout d’autres personnes qui étaient les mieux placées pour expliquer le fonctionnement de cette émission.

      J’en appris tant pendant le tournage grâce aux nombreuses explications de tous sur le plateau que j’ai au final bien assez de matière à partager avec vous. C’est le plus important non?

      Emmanuel


  2. Merci pour cette interview, je me suis régalée en la lisant. Je trouve qu’elle retranscrit tellement parfaitement le bonhomme, sa position face à ses invités, son respect des individualités. Je prépare une émission dans mon domaine (l’amour) et CSOJ est une des émissions qui m’inspire le plus. Bien à toi
    Florence Escaravage



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