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11 juin 2011

24 H. du Mans : Olivier Denis, interview. Comment on réalise une course sur un circuit de 14 km

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Comment on réalise un événement pareil ? Telle était ma première question à Olivier Denis, réalisateur du signal international des 24h du Mans lors de mon passage lors premiers essais sur le circuit du Mans, mercredi.

Sa réponse : Il faut de la chance !

Avoir de la chance, c’est toujours utile voire indispensable, mais réaliser une course (en fait 4 courses en même temps) sur un circuit aussi long c’est d’abord le résultat de beaucoup de travail, d’une préparation et d’une organisation précise.

A tout cela s’ajoutent une connaissance et une passion pour les courses automobiles.

Lors d’une course de Formule 1 dont la longueur du circuit est d’environ 4,5 km en moyenne (7 km pour Spa), toute la course ou presque peut être couverte par des caméras. Le circuit des 24h du Mans a une longueur de 14 km.

Il y a 4 catégories de véhicules et donc 4 courses simultanées à montrer et expliquer. Il peut aussi y avoir une dizaine d’actions (pannes, stands, dépassement…) simultanées.

La mécanique de réalisation est donc très différente.

Lors de mon précédent article je vous présentai l’ensemble du dispositif technique Visual TV de la course.

Place aux explications d’Olivier Denis, le réalisateur principal du signal international. (Il alterne avec d’autres réalisateurs)

Quand et comment se prépare techniquement la couverture d’une telle course ?
Olivier Denis : On commence très tôt.

Ce qu’on essaye déjà de faire c’est de couvrir l’ensemble du circuit et ensuite de placer les caméras aux endroits les plus spectaculaires et les plus esthétiques. (Le plan des caméras du circuit en fin d’article)

On a en plus un dispositif avec 12 caméras dans les stands parce que la course est une course d’endurance mais qui se joue aussi aux stands.

On travaille en plus avec des techniciens qui peuvent nous apporter de nouvelles idées.

Le plans de monitoring pendant les 24h du Mans / Olivier Denis

Il est important de bien connaitre ce sport mécanique?
O. D. : Le plus difficile est de comprendre la course. Et si on ne la comprend pas on ne peut pas savoir la raconter en images aux téléspectateurs. Priorité au contenu, place ensuite au dispositif technique qui nous permet normalement de raconter le mieux possible l’histoire.

Comment s’organise-t-on pour suivre la course ?
O. D. : Je suis aidé par des assistants qui se relaient à coté de moi (à sa gauche) dans le car mais aussi par les cadreurs qui sont eux au coeur de la course. Sans eux, il serait très difficile de suivre 2 ou 3 luttes de voitures sur 2 ou 3 endroits du circuit.

Personnellement, j’ai une mémoire tampon de  10 secondes. Je gère donc uniquement ce qui passe à l’antenne. J’ai donc besoin que l’assistant à mes cotés prépare toutes les caméras qui vont passer à l’antenne.

L’assistant suit la course avec les cadreurs et doit en permanence savoir où se trouvent les différentes « histoires » en cours sur le circuit. Il prépare les caméras c’est à dire qu’il indique aux cadreurs où (entre quelle et quelle caméra) se trouvent ces différentes actions pour que les cadreurs puissent les suivre quand le réalisateur va choisir une action à mettre à l’antenne.

Il m’arrive de dire « T où? » et l’assistant doit alors pouvoir me dire à tout moment où se trouve l’action qu’il suit, qu’il a préparé sur le circuit.

Olivier Denis, son assistante à sa gauche, son truquiste à sa droite.

Les évolutions technologies sont d’une aide précieuse, notamment le schéma de position des coureurs en temps réel?
O. D. : L’assistant prépare les caméras, il m’aide pour que les cadreurs se synchronisent sur les différentes actions et peut situer des voitures grâce à un plan électronique. Avant il fallait 2 minutes pour retrouver une voiture maintenant au bout de 15 secondes je commence à râler!

Panoramique à l'intérieur du car Enterprise Visual TV 24 heures du Mans

Les cadreurs présents le long du circuit vous aident aussi?
O. D. : Tout à fait. Ils sont une soixantaine à relayer pendant toute la course. Ils regardent en permanence ce qu’ils filment mais aussi toujours ce qui se passe à l’antenne pour anticiper nos demandes. En effet si on parlait tout le temps en régie pour raconter la course, tout le monde serait épuisé au bout de 24 heures.

Les cadreurs savent comment je travaille et, pour bien nous comprendre, nous avons établi de grandes habitudes de vocabulaire.

Ainsi, quand un cadreur voit une voiture mais qu’il ne peut pas filmer (il en a suivi une autre, il était en fin de mouvement et n’a pas le temps de se remettre en position de départ au moment de l’arrivée de la voiture suivante…) alors il dit « elle arrive à la 14 » ce qui veut dire : la voiture est à la 14 mais je ne peux pas la filmer.

Si le cadreur si « Elle est à la 14 » cela signifie : je suis le cadreur 14, et je peux filmer la voiture pendant 5,5 secondes (c’est très rapide comme plan, rien à voir avec d’autres sports ou des directs en plateau)

Vous ne suivez jamais une voiture pendant un tour complet?
O. D. : Non car un tour fait entre 3 et 4 minutes. On préfère donc souvent passer d’une voiture à une autre. Mais pas question que chaque caméra suive une autre voiture, on ne comprendrait rien à la course. C’est pour cela que l’assistant synchronise les cadreurs en permanence.

Cela signifie aussi que même si les caméras sont numérotées de 1 à 24 dans l’ordre de circulation sur le circuit, je peux aussi bien passer de la 24 à 2 puis à la 23 etc. On ne suit pas les caméras du circuit contrairement à ce que l’on peut imaginer au départ. (De plus, malgré les 24 caméras autour du circuit, les 14km de ne sont pas couverts en totalité en images)

Et comme on est en direct et logiquement dépendant de la course, d’un incident, d’un dépassement, d’un coureur attardé, on peut changer très vite d’action.

Comment on fait concrètement pour raconter 3 ou 4 histoires simultanées?
O. D. : Les 24 heures du Mans, c’est comme au foot à part qu’ici il peut y avoir plusieurs ballons. Il peut donc y avoir une action, ou 4 ou 10 en même temps.

Quand il y a en a plusieurs, on va décider laquelle est la plus importante, celle que l’on va diffuser en direct (tête de course, classement). Une autre action, un dépassement pour une autre catégorie sera joué (diffusé) en différé. (grâce aux nombreux serveurs dans le car Loupes)

Et quand la course est calme on peut aller chercher des choses dans différents endroits. On crée alors l’histoire qu’on raconte à la télévision. Il y a en effet tout un tas de scénarios qui sont écrits à l’avance. Les chefs d’édition sont là pour me dire  : tiens, on va aller voir cette voiture parce que c’est un ministre anglais qui la pilote etc.

(Une course est un direct et donc imprévisible. Il est cependant amusant de noter que pour la réaliser on utilise un vocabulaire de fiction. On nous raconte la course, les images nous racontent une histoire)

La réalisation du départ et de l’arrivée est particulière ?
O. D. : Oui ce sont deux moments totalement différents.

Le départ ressemble à une course de sprint. C’est proche de la Formule 1.

Quand on approche des 15h le dimanche et donc de l’arrivée, on prend soin de raconter les classements. On est plus proche d’un récit voulu, c’est à dire qu’on va bloquer énormément de cadreurs sur des voitures différentes car on va vouloir montrer les premier, le second, le troisième. On a par ailleurs des moyens plus importants au départ et à l’arrivée pour raconter cela dont un hélicoptère Wescam.

Eurosport diffuse les 24h en totalité, France 3 reprend le signal à différents moments. Est ce la réalisation s’adapte?
O. D. : Nous sommes prévenus des différentes prises d’antennes. Cela n’a pas d’incidence au moment du départ et de l’arrivée.

Par contre, quand FranceTélévisions est là, on va un peu plus axer sur les français. Quand les américains sont en direct pendant leur horaire de prime time avec le décalage horaire on va plus axer sur la partie américaine du plateau et axer sur les Corvettes et les pilotes plus connus chez eux.

Par contre si une histoire est très forte dans la course alors on ne tient pas compte des diffusions respectives.
On sera sur l’accident, le risque de dépassement etc.

C’est toujours la course qui donne à priori l’histoire à raconter.

Merci à Olivier Denis.

En complément de ces deux premiers articles je vous proposerai encore dimanche un article plus détaillé sur les caméra utilisées  : les 24 caméras le long de la course, les 18 caméras « OB, On Board » embarquées dans 9 voitures, les caméras dans les stands etc.

Pour retrouver tous les horaires de diffusion des 24h du Mans, voici le lien du BlogTVNews qui a aussi eu la gentillesse de reprendre le précédent article.

Et voici enfin encore en fois le plan de caméra officiel, de quoi vous occuper pendant les 24 heures. (cliquez pour agrandir les illustrations)

Plan de caméra officiel des 24h du Mans – Visual TV / Olivier Denis

http://www.mediaunautreregard.com/2011/06/10/les-24-heures-du-mans-le-dispositif-exceptionnel-visual-tv-exclusif/





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