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14 juin 2011

Cube, laser, écrans… les projections dans Ce soir (ou jamais !) sur France 3

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Et, moi aussi je me projette mais déjà à la rentrée puisque la dernière saison de Ce soir (ou jamais!) en quotidienne est terminée.

Je vous ai déjà raconté l’ambiance pendant le tournage, je vous ai présenté les nombreuses machineries, j’avais encore envie de vous parler de l’habillage du décor.

Celui-ci, imaginé par Michèle Sarfati prend vie grâce aux lumières de Jean-Pierre Renaudat et d’Eric Caurant mais aussi grâce à des astuces de projections.

Les projections sur le cube suspendu et en rotation, les projections laser et même le grand écran derrière Frédéric Taddeï ont quelques secrets que je vais vous raconter.

Encore des innovations dans cette émission Laboratoire comme aime à l’appeler son réalisateur et metteur en image : Nicolas Ferrarro.

Quand vous avez regardé Ce soir (ou jamais !) sur France 3 vous avez surement repéré les ring led, ces lumières autour des caméras robotisées dont je vous ai déjà parlées et remarqué ce cube en rotation au dessus du coin talk.

Ce cube m’intriguait.

J’avais bien vu qu’il ne s’agissait pas de 4 écrans plasma assemblés mais bien de projections.

Mais, les projecteurs étaient-ils à l’intérieur et tournaient avec le cube ? En effet, comme le cube tourne, il faut faire tourner les images des 4 faces aussi non ?

Et puis ce n’est jamais simple de câbler un matériel qui tourne sans arrêt. A un moment le câble est enroulé.

Commençons par la réponse à cette question : le cube ne réalise en fait qu’un tour et demi avant de tourner dans l’autre sens pour un tour et demi et ainsi de suite.

Qu’en est-il du système de projection ?
Et bien il ne s’agit pas d’une rétroprojection avec des projecteurs à l’intérieur mais bien d’une projection avec 4 projecteurs Panasonic suspendus. Imaginez que le cube ne tourne pas. On trouve alors un projecteur face à chacune de ses 4 faces.

Voici l’un des 4 projecteurs blancs :

Un projecteur Panasonic face au cube

Mais le cube pivote. Comment se fait-il alors que l’image n’est pas déformée et suit bien les mouvements du cube.

Cube en rotation face à l'un des 4 projecteurs

Et bien c’est le résultat du savoir faire d’Utram qui gère tous les écrans du décor de cette émission.

Utram utilise le système Pandora box qui calcule en temps réel les déformations de l’image pour s’adapter aux mouvements du cube.

Pour chaque face, l’ordinateur calcule la déformation des images en fonction de la distance entre chaque point de la surface du cube et le projecteur (correction de géométrie et de parallaxe). On parle aussi de position relative du cube par rapport aux projecteurs.

On peut même ralentir ou accélérer le mouvement du cube, l’arrêter, l’ordinateur adapte alors les 4 projections.

Le technicien m’a expliqué que le logiciel et le système de calculs avaient été créés par un constructeur pour une surface en forme de sphère. Utram aurait ensuite adapté le système à un cube.

Mais pour remplir les cubes, il faut des images.

En régie, le truquiste peut envoyer jusqu’à 2 sources d’images différentes.

Ainsi il est possible de diffuser deux images différentes sur les faces des cubes. Ainsi alternent les images 1, 2, 1, 2 sur les faces 1, 2, 3, 4.

Il est aussi cependant possible de diffuser la même image sur les 4 faces. Pour cela le truquiste envoie la même image dans le flux Cube 1 et le flux Cube 2.

Monitoring projections Cubes Ce soir ou jamais

Au moment de la photo, Nicolas Ferraro a choisi les deux gros plans de 2 invités (VP Live et VP Soir3). Le truquiste les a truqués en noir et blanc comme cela se voit dans les flux Cube 1 et Cube 2 qui sont envoyés au serveur Utram. Ainsi ces deux images sont projetées dans le cube comme vous le voyez dans le plan large, dans l’écran du monitoring à gauche.

A droite de l’image du Cube 2 vous voyez aussi en partie une boucle « Revue de presse ». Sous l’écran on devine le titre JJT… JJTRON.

Le JJTRON est un autre grand écran installé dans le décor, derrière Frédéric Taddeï.

Ce JJTRON est un écran en led déjà assez ancien et qui a un inconvénient : il a une taille fixe et assez grande. Depuis, ont été inventés les carrés de led plus ou moins grands qui permettent de composer des surfaces et des formes très variées.

Cependant, sur cette émission, l’écran a été perfectionné et traité d’une façon assez originale.

Un film (un lisseur) a été placé devant lui pour atténuer les points led de l’écran. En effet plus on est proche d’un écran dont la définition n’est pas exceptionnelle (Frédéric Taddeï n’est pas très loin de l’écran derrière lui), plus on voit un écran pixelisé. Et devant l’écrant et le film lisseur, a encore été installé un mirolege, un miroir léger sans tain qui habille l’écran et le transforme en élément de décor.

Voilà ce que cela donne en plateau :

Frédéric Taddeï sur le plateau de Ce soir (ou jamais!) sur France 3

Et voici ce que l’on voit à l’arrière de ce grand écran :

Les projections de Ce soir (ou jamais!)

Sur cette photo vous apercevez les projections sur le cube mais aussi deux projections sur les rideaux face à Frédéric Taddei. De plus vous pouvez aussi apercevoir le nom de l’invitée écrit au laser au dessus de son visage sur le rideau de gauche.

Je reviendrai sur l’écriture au laser un peu plus tard mais voici les 2 projecteurs Panasonic suspendus face à ces deux rideaux.

Projections les rideaux de Ce soir (ou jamais!) / France 3

Et voici en exclusivité comment toutes ces projections sont indiquées sur un plan de décor.

Schéma des projections sur Ce soir (ou jamais!) France 3

Il n’est pas toujours simple de savoir qui est la personne qui parle dans un débat. Certains invités ont une forte notoriété, d’autres pas. On pose alors souvent un synthé en bas de l’image pour indiquer son nom et parfois sa profession ou son livre.

Mais quand vous arrivez en cours de route, vous ne tombez pas toujours sur le moment où apparait le synthé. Et laissé en permanence à l’image, le synthé peut vite devenir trop présent à l’image.

L’équipe de Ce soir (ou jamais!) a imaginé un système original de projections laser gérés par la société Team Tech.

Ainsi, à l’arrière des sièges des invités, à cour et à jardin, un projecteur laser diffuse par exemple en permanence le nom de l’invité qui intervient sur le canapé.

Projection laser Ce soir (ou jamais!)

Et oui, le laser est caché dans la boite noire au sol.

De la même manière un projecteur laser de la même puissance (1 w) diffuse sur les 2 rideaux du fonds.

Comment fait on pour diffuser un nom sur l’une des face, sur les deux etc ? Oriente-t-on mécaniquement le laser?

Et bien, non. Encore une fois un logiciel, Laser Show Designer 2000, calcule la déformation de distance des rideaux par rapport au laser.

Le tracé de Ce soir ou jamais pour la projection Laser

L’opérateur saisit sur le logiciel tous les noms et textes qui pourront être diffusés pendant l’émission.

Pas très compliqué, me direz-vous (si si, je vous connais, vous me dites ça!) c’est de la saisie informatique.

Le technicien doit cependant ensuite encore caler les fréquences de chaque texte.

Explications : le laser est un balayage de points et non une projection. Et comme le laser balaye très vite un écran, notre œil a toujours l’impression que tous les points sont écrits en même temps.

Par contre les caméras ne sont pas comme nos yeux. Pour chaque nom, il faut donc vérifier que la fréquence fonctionnera avec les fréquences des capteurs des caméras.

Le temps des réglages, une caméra est placée devant une projection laser pour vérifier tout cela.

Enfin, comme un nom est succession de lettres espacées et non une ligne continue, le technicien doit encore ajouter des points noirs entre les lettres pour finaliser chaque nom.

Quand tout cela est fait, le système fonctionne parfaitement.

Les postes de commande des lasers et projections

Et voici un exemple de l’utilisation complète du système pendant un live.

 

Les projections pendant le Live de Ce soir (ou jamais!)

Le rideau de gauche est ouvert laissant apparaitre la zone live. Nicolas Ferraro a ce soir là choisi de diffuser la même image, un trucage à 4 fenêtres, sur les 4 faces du cube mais aussi sur l’autre rideau en fond de décor.

Dernière subtilité encore, regardez dans la bande mirolege à gauche, au plafond… Grâce au reflet on peut y lire la projection laser sur le dos du canapé situé en dessus.

Voilà un article un peu technique mais finalement autant artistique : Ou comment utiliser des technologies de façon habile, intelligente et esthétique et les mettre au service d’un contenu, d’un programme.






2 commentaires


  1. Niko

    Merci pour cet article très intéressant ! C’est vraiment éclairant. Comme le reste du blog d’ailleurs.
    Peut-être pourrez-vous m’éclairer sur un point : comment se fait-il, avec tous ces moyens et toute cette intelligence mise en oeuvre, qu’il y ait un offset sur ce fameux cube ?
    Car il me semble bien qu’il y a un décalage de quelques images entre ce qu’il se passe sur le plateau et ce qui est projeté sur le cube.
    Ce qui est « logique » d’ailleurs, et on remarque le même décalage lors de retransmissions de concerts en live sur écran géants par exemple, son et image n’allant pas à la même vitesse.
    Mais quand même, pour une émission du calibre de Ce soir ou jamais, je suis très étonné qu’ils n’arrivent pas à remédier à ce problème…Une explication ?


    • Niko,

      Merci pour tes compliments.

      Je n’ai pas fait attention au décalage mais tu dois avoir raison. En effet, avant d’arriver sur le cube, l’image passe par différentes machines (truquage et calcul de parallaxe) et malgré les progrès technologiques cela prend toujours un certains temps. Le temps est de plus en plus court mais reste toujours perceptible par nos yeux, surtout quand ils sont exercés.

      On ne sait toujours pas accélérer le temps mais par contre on peut retarder une image. Ainsi quand on utilise différentes types d’écrans avec ou sans trucage, il peut y avoir un décalage entre une même image diffusée sur différentes écrans. Quand on fait les choses bien, on retarde alors l’arrivée des images sur les écrans où elle arrive le plus vite pour les aligner sur les images des écrans les plus lents.

      On peut aussi retarder des images lors d’un dupleix ou lors d’une interview en plateau. Exemple : si on incruste derrière l’animateur le gros plan de l’invité qui est face à lui, on va alors aussi retarder les images de l’invité quand il est plein pot ou dans une double fenêtre (animateur/invité). Ainsi quand on passe du gros plan invité au plan large de l’animateur avec l’invité dans l’écran derrière lui notre oeil ne sera pas choqué.

      Quand on utilise le gros plans du chanteur en fond de décor sur des variétés, on ne peut rien retarder et c’est là que c’est cela choque. J’aurai alors tendance à proposer de beaucoup truquer l’image dans le fond histoire d’en faire un vrai habillage « hors du temps » qui choque moins nos yeux et notre cerveau.

      Merci à toi pour cette question très pertinente

      Emmanuel



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