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4 juillet 2011

Nicolas de Tavernost, Président de M6 et « le Point d’équilibre par hasard »!

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Nicolas de Tavernost © Arnaud Baumann/M6

Nicolas de Tavernost © Arnaud Baumann / M6

Pas de discours lu. Avec sa voix grave, Nicolas de Tavernost « le Grand » comme on l’appelle parfois à M6, à la fois pour sa grande taille, par respect et tout de même aussi un peu par crainte, a montré comme toujours beaucoup d’assurance lors de son intervention au Colloque NPA ConseilLe Figaro le 23 juin dernier.

L’occasion pour lui de rappeler son opposition ferme à l’arrivée immédiate de nouvelles chaines gratuites sur la TNT tout en indiquant que s’il n’était pas suivi il était prêt à « entrer dans la bagarre » avec deux nouvelles chaines.

L’occasion aussi pour lui de donner son point de vue sur le marché publicitaire actuel et en particulier sur les « trésor caché » des CSP +, mais aussi sur le contenu des chaines de TNT et de parler de la « rente » des producteurs/distributeurs de cinéma .

Son analyse de la situation actuelle du PAF  et du marché publicitaire :

Aujourd’hui, nous sommes dans un marché publicitaire de la télévision qui est resté stable (3,4 milliards € annuels). Cette évolution du marché publicitaire est davantage liée à des facteurs économiques qu’à des facteurs d’offre.

Il n’y a pas d’élasticité à l’offre car le temps de consommation de la télévision est assez invariant au nombre de chaines que nous pouvons recevoir.

Je ne vois pas une forte augmentation de la redevance publique dans les prochaines années.

Le coût des programmes de toute nature ne baissera pas dans les prochaines années, il aura plutôt tendance à augmenter.

Nous nous situons donc dans un marché relativement flat (plat) au mieux.

Nous pensons que le système actuel a trouvé un point d’équilibre par hasard.

D’un coté on a lancé tous azimuts des chaines de la TNT publiques et privées. Et, de l’autre, le Président de la République a pris la décision d’arrêt de la publicité sur les chaines publiques après 20h00.

Les 250 millions € perdus par le secteur public se sont transférés sur le secteur privé et ont financé globalement sans trop de dégâts pour les chaines historiques le développement de la TNT.

Je dis qu’en France on ne peut pas vivre dangereusement à ce point là, c’est-à-dire prendre des décisions dont on espère que par hasard elles vont se recoller.

Nous disons donc : Faisons que ce ne soit pas un hasard que cela continue de marcher.

Nous proposons que l’offre supplémentaire de canaux de télévision gratuits puisse se faire quand on aura dégagé des ressources supplémentaires.

(Le parlement envisage une fin totale de la publicité sur le service public en 2016 soit 400 millions d’euros remis dans le système dixit Nicolas de Tavernost)

Dans ce cas là (en 2016 avec la fin de la publicité sur FranceTélévisions), peut-être que l’on pourra envisager la création de nouvelles chaines privées de manière économique et à l’avantage de la création.

Commençons à conforter l’équilibre hasardeux que l’on a pu trouver, renforçons, et c’est une nécessité, la qualité des 19 chaines qui existent aujourd’hui … des chaines de rediffusion et non HD… et alors éventuellement ouvrons l’offre.

C’est une position juste et incontestable.

La théorie du trésor caché des CSP+ :
Ce qui parlent d’un trésor caché disent des bêtises.

A l’heure du dîner, M6 a plus de CSP + que n’en a Canal +. S’il y avait un trésor caché on l’aurait pris. Aujourd’hui 75% de la publicité de Canal + vient des cibles traditionnelles de la télévision.

Aujourd’hui les écrans publicitaires ne sont pas pleins.

La « rente des gens du cinémas »

Les gens du cinéma, enfin certains, ne peuvent être qu’en faveur de nouvelles chaines car c’est une rente.

Sous le phénomène des quotas, le fait de créer de nouvelles chaines crée une rente pour ceux qui ont des films.

Nous avons quelques uns. Si je prends les Louis de Funes que nous avons, vous allez les voir souvent car nous en avons besoin pour faire nos quotas. Sans eux on ne peut pas diffuser autre chose.

Que les gens souhaitent développer des rentes c’est normal. Que les pouvoirs publics y adhérent, cela me parait moins normal.

Nous attendons que Michel Boyon (président du CSA) , dans sa sagesse, clarifie ce point.

Si tel n’était pas le cas, si de nouvelles chaines étaient crées, nous aurions droit à une chaine (chaine compensatoire) et nous serions candidats à une autre et on rentrerait dans la bagarre.

Nous sommes prêts à appuyer sur le bouton de deux chaines dans le groupe M6.






2 commentaires


  1. Nicolas

    Merci pour cette transcription très intéressante !

    Il y a quand même quelque chose de frappant.
    Au moment de l’annonce de l’arrêt de la publicité sur France Télévisions après 20H, les opposants à cette réforme avançaient comme argument que cela était un « cadeau aux chaînes privées ». Ça paraissait franchement grotesque.

    Mais au final, Nicolas de Tavernost affirme lui-même que cela a permis un rééquilibrage des investissements publicitaires au bénéfice des chaînes privées (meurtris par l’arrivée de la TNT) et mise également sur l’arrêt total de cette même publicité sur le service public pour envisager la création de nouvelles chaînes.

    Des chaînes qui, tôt ou tard, finiront par appartenir aux grands groupes du secteur privé (tout comme TMC, NT1, W9). Les investissements sont davantage répartis, certes, mais les sources qui récupèrent cette manne sont les mêmes. Seules les autres chaînes sont de « véritables concurrentes », encore faut-il que les audiences soient suffisantes.


    • Nicolas,

      Merci pour ton commentaire.

      Je rajouterai que l’arrivée de la TNT a une conséquence supplémentaire, celle de créer le doute chez les annonceurs. En effet, certains se sont éloignés des chaines historiques dont particulièrement TF1 car elles ne garantissaient plus de pouvoir toucher toutes les cibles. A une époque, la diffusion d’une pub sur un prime de TF1 était la garantie d’une bonne notoriété immédiate. Ce n’est plus nécessairement le cas. Les annonceurs ont donc investi sur d’autres chaines comme celle la TNT pour une communication plus ciblée. Cependant il semble qu’une grosse partie des investissements transférés des chaines historiques vers la TNT ait alors quitté la télévision pour être reportés sur d’autres supports comme internet.
      Cela a eu pour conséquence ce que fait remarquer (à juste titre de mon point de vue) Nicolas de Tavernost, c’est à dire une qualité souvent décevante des programmes sur la TNT et aussi au final désormais parfois sur les chaines historiques.

      D’un coté, de façon positive la multiplication des offres de programmes, un choix plus large mais de l’autre une baisse de la qualité technique et artistique de bon nombre d’émissions.



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