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18 juillet 2011

Le « stead à deux têtes » a défilé sur les Champs Elysées ! Une première…

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Défilé du 14 juillet - France 2

Et 1 et 2 , et 1 et 2, et 1 et 2 …

Têtes droites…

Pas de faux pas lors de son premier défilé aux cotés de Nicolas Sarkozy lors du défilé du 14 juillet.

Je parle bien sûr du Steadicam à 2 têtes de caméras utilisé par Bruno Vildé il y a quelques jours.

Explications sur cette nouveauté technique dont l’idée revient à Jean Jacques Amsellem, réalisateur du signal international de l’événement.

Regardez ces deux images superposées, ces deux valeurs de plans du Président de la République descendant l’avenue des Champs-Élysées lors du défilé du 14 juillet dernier :

Deux valeurs de plan du steadicam à 2 têtes de caméra – Bruno Vildé / TSF

Et bien ces deux images sont réalisées par la même machinerie, par le même cadreur – Bruno Vildé dit Bozo – et son steadicam à 2 têtes installé sur un P4 de l’Armée.

Quelle était la situation jusqu’à cette année?

A l’arrière du véhicule P4 qui suit ou plutôt précède le Président de la République lors du passage des troupes ne peuvent se trouver que 3 personnes :  le cadreur (qu’il soit cadré c’est un minimum), l’assistante pour le Point (qu’il ne soit pas flou c’est mieux) et l’assistant HF (que les images arrivent jusqu’au car régie c’est assez utile).

Cette revue dure cependant 17 minutes et c’est long. Long à réaliser avec uniquement un steadicam à ses cotés, un autre qui réalise un plan suggestif de ce que le Président peut voir, le tout éventuellement complété par des vues d’hélicoptère et par un plan en longue focale d’une caméra installée sur l’avenue des Champs-Elysées.

Il y a beaucoup de caméras pour la couverture du défilé mais la plupart sont situées au niveau de la Place de la Concorde.

Alterner ces différents plans, demander au steadicam de zoomer à l’antenne ce qui n’est pas toujours très esthétique, ou lui demander des valeurs de plan différents en alternance avec des plans de coupe d’autres caméras pouvait lasser.

Et pas question ce jour là pour un réalisateur de lasser ou de rater les plans du Président de la République.

Jean-Jacques Amsellem, réalisateur du signal international produit cette année par France 2 a donc eu l’idée d’un steadicam équipé de deux têtes de caméras, l’une pouvant filmer le Président en plan serré, l’autre en plan plus large.

Ainsi Jean-Jacques Amsellem pouvait passer en cut, du plan serré au plan large dans le même axe sur le Président : Cela faisait riche et dynamique m’a-t-on dit!

Sur cette image de l’habillage multi-fenêtres du signal privatif de France 2 par Jérôme Revon, vous pouvez d’ailleurs apercevoir dans la fenêtre en haut à gauche les 2 P4, celui du Président de la République et celui dans lequel est installé le cadreur Steadicam et dans la fenêtre en bas à droite un plan du steadicam.

Défilé du 14 juillet – France 2

Et c’est Bruno Vildé, cadreur Steadicam réputé et Eric Daubry cadreur grue et technicien reconnu chez TSF qui ont eu la lourde tâche de mettre ce nouveau système en place.

S’ils ont accepté c’est notamment à cause de l’apparition il y a déjà quelques mois de têtes de caméras très légères et de petite taille : les Sony HDC P1 full HD que je vous ai déjà présentées.

Ce sont ces têtes de caméras qui avaient déjà permis de tourner en 3D avec un steadicam équipé en miroir, comme je vous l’avais montré dans cet article sur le match OM/PSG sur Canal +.  Une caméra était alors face à l’objet à filmer et une autre caméra filmait par en dessous via un miroir sans tain. (D’où le nom miroir ou mirror)

Sur le steadicam à deux têtes, les deux caméras Sony P1 ont été alors installées côte à côte ou presque :

Eric Daubry, Bruno Vildé : Steadicam à 2 caméras

Les caméras sont côte à côte mais pas à la même hauteur. Celle de gauche légèrement surélevée réalise le plan serré alors que la seconde, à droite réalise le plan large.

Pour être précis, elles ne sont pas à la même hauteur et pas tout à fait parallèles pour que le centre de leurs deux plans soit bien systématiquement le même, le Président de la République dans le cas présent.

Une première partie du travail a consisté à réussir à positionner les deux caméras sur un même socle :

Ainsi après des premiers tests 3 semaines plus tôt, une pièce en aluminium a été usinée avec 58 trous : des Pas du Congrès alternés avec des Pas Kodak pour permettre un ajustement rapide des caméras en fonction de la répartition du poids des caméras et surtout des optiques plus lourdes que les corps des caméras.

Ouh, là, je sens que j’en ai perdu mais en fait c’est assez simple à comprendre.

Des trous ont été percés dans un socle en alu pour pouvoir positionner chaque caméra en avant, en arrière, à droite ou à gauche. Quand aux pas du Congrès ou pas Kodak ce ne sont que des types de visserie. Quand vous achetez un pied pour votre appareil photo ou votre caméra personnelle, vous vérifiez toujours que les pas de vis soient compatibles. Dans le cas présent des trous pour les deux types de pas de vis ont été prévus.

Les deux caméras peuvent donc être positionnées et l’une légèrement panotée vers l’autre pour qu’à l’horizontale, les axes de caméras coïncident sur objet, enfin là un Président placé à 10 mètres environ.

Pour que les axes coïncident aussi à la verticale, Eric Daubry a ajouté en dessous de la caméra plan serré un quart de Brie (et non pas de Camembert, pas la même taille de fromage m’a-t-on dit!)

Sur ce gros plan vous pouvez voir cet élément rehausseur :

Gros plan du steadicam à double tête de caméras

Pour repérer le 1/4 de Brie c’est simple, il y a une pince à linge dedans!  Et bien oui, on a beau parler de haute technologie, une pince à linge reste parfois indispensable pour un dernier calage! ( pas d’audiovisuel non plus sans Gaffer me rappelle aussi Bruno!)

Cette pièce, ce 1/4 de Brie permet de régler l’orientation vers le haut ou vers le bas de la caméra.

Je profite aussi de cette photo pour attirer votre attention sur la pièce marquée justement de gaffer vert : un moteur HF de point.

Au bout de ce moteur, une petite roue dentée qui agit sur le réglage du point de la caméra. Ce moteur est commandé à distance par Laure Atanasyan (en BTS à Cannes), l’assistante de Bruno Vildé sur ce tournage.

Bruno Vildé et son steadicam à 2 têtes de caméra

Bruno Vildé m’a expliqué par ailleurs qu’au cinéma il arrive que l’on ajoute aussi une remote (une télécommande HF in french) de réglage du diaphragme qui commande elle aussi un autre moteur. Dans le cas présent, le diaph et la colorimétrie étaient réglés en HF directement depuis le car régie par les ingénieurs de la vision.

Le cadreur se charge lui de régler l’axe du plan et la taille grâce à un zoom placé sur un gimble (cadran).

L’optique du plan serré était par ailleurs une optique stabilisée.

Eric Daubry m’a expliqué qu’il s’agissait d’une optique 13 x 9 stabilisée par un microprocesseur qui fait bouger la lentille dans un  bain d’ huile pour modifier la direction de l’image au plan optique à chaque choc.

Par ailleurs la conception du stead et les ressorts du bras ajoutés à l’amortissement des secousses par le bras de l’opérateur réduisent déjà grandement les secousses à l’image.

Pendant tout le tournage, Bruno Vildé avait à l’image dans son moniteur le plan serré du Président dont il pouvait faire varier la valeur à volonté. Ne disposant pas d’un double écran ou d’une fenêtre avec le plan large, il pouvait tout de même le vérifier grâce à un interrupteur placé au dessus de la tête de caméra plan large.

De plus, Bruno a finalement changé de stead entre les répétitions et le direct. Il n’a pas utilisé un stead Paddock  mais plutôt un autre stead avec un rig fabriqué par Christian Betz à Munich, m’a-t-il dit qui permettait aussi un changement de batterie sans coupure.

Le Stead en détails.

Sur le stead, deux batteries pour son fonctionnement étaient placées à son extrémité basse (en particulier pour équilibrer le poids). Grâce à un simple bouton il a pu passer d’une batterie à l’autre et cela sans coupure. Sans ce système, quand on change de batterie, il faut compter environ 1 minute pour que l’image revienne et en direct cela peut faire long!

Par ailleurs Bruno portait en plus sur son dos, deux émetteurs HF (liaison Link), un par caméra avec leurs propres batteries.

Un sacré poids mais pas plus finalement qu’avec un stead 3D soit une vingtaine de kgs.

Sur la photo de droite, dans le cadre du haut :  le gimble, dans celui un peu plus bas le système de passage d’une batterie à une autre sans coupure et au sol, le harnais que porte Bruno Vildé pour supporter le poids de toute cette machinerie.

Pour l’anecdote sachez que Bruno Vildé, un peu plus jeune, cadrait au steadicam les plateaux de Fan de sur M6. Le réalisateur réalisait alors des multiscreens dont un plan serré, un plan large et un plan du décor.

Pour le réaliser, Bruno Vildé devait alors filmer une première fois l’animatrice en plan serré, puis en plan large avant de faire un plan du décor et le tout était assemblé en montage. Il avait déjà imaginé à l’époque installer trois caméras sur son stead, deux en haut et une en bas mais ce n’était technologiquement pas faisable à l’époque. Une seule prise, aucun problème de raccords son ou image, cela aurait été royal!

Aujourd’hui avec les Gopro, on pourrait aujourd’hui installer bien plus de caméras que cela sur un stead!

Il m’est d’ailleurs déjà arrivé de tourner avec un steadicam dont la caméra était en position basse. Il s’agissait d’un tournage d’une parodie des Experts avec Cauet en Gil Grissom réalisée par Olivier Mégaton.

Pour ce faire, le cadreur steadicam avait simplement retourné son stead. L’image « à l’envers » avait ensuite été retournée en montage.

Parodie des Experts avec Cauet au steadicam

(Le plan tourné sur la photo est fixe mais nous avons bien utilisé le stead dans la même position en mouvement de travelling sur d’autres plans.)

Bruno Vildé m’a cependant précisé que ceci est un « faux » low mode. « On peut aussi mettre la caméra à l’endroit en bas tenue par la poignée par un « i » low mode ou mise dans une cage low mode (en film), ça c’est le « vrai » low mode car la caméra est dans le bon sens. »

Mais là je l’avoue, va falloir qu’il m’explique un peu mieux tout cela! Une idée de prochain article…

Merci encore à Bruno Vildé dit Bozo et à Eric Daubry pour leurs explications.

(Cliquez sur les photos et sur les liens en rouge pour les agrandir)






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