Coulisses des émissions

20 juillet 2011

Un meeting d’athlétisme sur Canal + : Mohamed Hassani nous explique la réalisation des concours.

Caméra épaule au saut à la perche - Meeting athlétisme  - Canal +  Réalisation Mohamed hassani

L’unité sport de Canal + produit cet été deux meetings d’athlétisme de la Diamond League. Le prochain,à Monaco, sera diffusé en direct vendredi 22 juillet sur Canal + à partir de 19h45.

Grâce à Mohamed Hassani, réalisateur avec Pascal Mathieu des concours du meeting, je vous propose de vous expliquer comment on réalise une épreuve avec 4 caméras, comment on décompose la réalisation en direct et lors des ralentis qui suivent.

Petite initiation pratique à la réalisation du sport

Il y a quelques jours, se déroulait le Meeting Areva au Stade de France déjà diffusé et produit par Canal +.

Je vous en avais alors présenté les 3 plans de caméras, raconté les coulisses, expliqué en images comment on réalise le début d’une course et vous avais expliqué comment travaillaient ensemble 4 réalisateurs :
Jean Jacques Amsellem à la réalisation des courses et du signal international
Philippe Letourneur habillait l’ensemble pour le signal privatif de Canal +

Mais au départ, hors courses, il y avait deux autres réalisateurs – Pascal Mathieu et Mohamed Hassani – chargés de la réalisation des 7 concours.

Le dispositif devrait être à quelques exceptions près (pas de grue pour le saut à la perche et une loupe en moins) le même à Monaco  vendredi qu’au Stade de France.

J’ai donc demandé à Mohamed Hassani réalisateur de 4 des concours – le saut à la perche, le lancer de  poids féminin, saut et triple saut  – et responsable de la mise en image de l’ensemble des concours de me parler de son travail de réalisateur pendant un tel événement.

De quoi parler caméras, ralentis et travail en équipe.

Voici d’ailleurs pour mémoire le plan de caméras des concours avec en gris les concours réalisés directement par Mohamed Hassani.

Plan de caméras des 4 concours réalisé par Mohamed Hassani

Vous retrouvez les 4 zones de lancer ou de saut et les caméras à leur emplacement. J’ai d’ailleurs grisé la colonne entre chaque numéro de caméra et sa définition quand la caméra était à disposition de Mohamed Hassani. Les autres caméras étaient utilisées par Pascal Mathieu pour les 3 autres concours.

Pour mémoire, certaines caméras HF épaules notées a puis b sont des caméras partagées entre les deux réalisateurs de concours. Quand un concours est terminé la caméra passe sur un autre concours.

Pour suivre le saut ou le lancer d’un athlète, il y a toujours deux phases : le direct suivi du ralenti.
– En direct, il s’agit de présenter l’athlète, de le voir sauter ou lancer et de voir sa réaction de joie ou de déception après son épreuve.
– Au ralenti, il s’agit de permettre de décomposer et commenter les qualités sportives de son saut ou lancer. Un beau geste, un bel appui, un beau saut. Pourquoi a-t-il réussi? Peut-il encore faire mieux? …

Quand il s’agit de saut en hauteur, à la perche on peut tout de suite savoir s’il a réussi ou non. Une barre qui tombe, c’est raté, une barre qui ne tombe pas et le saut est réussi.

Pour d’autres épreuves comme le saut en longueur, le lancer de javelot ou de poids on arrive aussi aujourd’hui à avoir une idée quasi immédiate du résultat grâce aux lignes marquées sur le terrain mais surtout grâce aux lignes virtuelles de Swiss Timing qui s’affichent automatiquement sur l’image. Ainsi on peut savoir si le record du monde, d’Europe, du meeting est battu ou pas.

Par contre il faut tout de même compter entre 20 et 40 secondes entre la fin du lancer et l’arrivée de la mesure exacte dans le car régie. Et c’est aussi à cela que servent les ralentis diffusés après un saut ou un lancer… Les explications et différents angles de vue permettent d’expliquer techniquement le saut pendant qu’on le mesure.

Le travail du réalisateur consiste donc à nous raconter toutes ces histoires de sauts, de lancer, ces aventures humaines, ces exploits ou déceptions en quelques secondes et avec 4 caméras.

Prenons par exemple le saut à la perche.
Pour le réaliser, Mohamed Hassani dispose de 4 caméras : une caméra épaule HF (la 4b), une grue (la 2), une caméra loupe (La 1) qui enregistre à 75 ou 100 images par secondes contre les 25 habituelles. Comme vous le verrez tout à l’heure sur le monitoring, la 1 peut aussi permettre de cadrer d’autres concours quand cela est nécessaire.

Pour définir la loupe Mohamed Hassani utilise une image assez parlante : « Avec une caméra, quand il pleut, au ralenti tu vois des traits, avec une loupe tu vois des gouttes » Quelle chance, il pleut actuellement en France, Faites l’essai ! (Ouh ! Pas drôle !)

Revenons sur chaque caméra :
La caméra épaule va présenter l’athlète le temps de mettre un synthé avec son nom et son palmarès dans ce concours. Le cadreur peut aussi réaliser des gros plans sur la concentration du sauteur, zoomer sur ses mimiques, celles qui montrent souvent qu’il va se lancer.

Caméra épaule au saut à la perche – Meeting athlétisme – Canal + Réalisation Mohamed hassani

Dès le départ de la course du sauteur, c’est à la grue de 9 mètres cadrée par Eric Daubry (TSF pour Euro Média France) de prendre le relais pour nous faire vivre la foulée, la montée à près de 6 mètres et la chute de l’athlète.

La grue en action au saut à la Perche lors du Meeting au Stade de France – Canal +

Dès la fin de saut c’est souvent la loupe qui prend le relais pour voir la réaction du sportif suivi alors parfois par la première caméra épaule qui suit l’athlète rejoindre son entraineur pour faire un point sur le saut et le prochain.

Et c’est alors qu’interviennent les ralentis et en particulier l’image d’une quatrième caméra, une mini caméra installée juste au dessus de la barre à sauter, en gros plan dans la vignette sur la photo précédente.

On trouve une caméra du même type de taille très réduite sur la barre du saut à la hauteur.

Dans cette phase de ralenti, le réalisateur passe des images de la minicaméra mais aussi des 3 caméras du direct mais à d’autres moments de l’action et… au ralenti. Logique! On y voit alors des super ralentis grâce à cette fameuse loupe. (Visuellement elle ressemble beaucoup à une lourde classique)

Ainsi le saut est découpé et les commentateurs peuvent nous expliquer les raisons du succès de l’athlète.

Le réalisateur passe alors deux ou trois voire quatre ralentis. Tout dépend du temps d’arrivée des résultats exacts du lancer ou du saut. Bien sûr, là je parle de saut en longueur et de lancers qu’il faut mesurer précisément.

Au saut en longueur, une petite caméra est aussi placée face à la ligne blanche, la planche du saut, cette planche qu’il ne faut pas mordre au risque que le saut soit annulé.

La caméra gros plan sur la planche des sauts en longueur – Canal +

D’ailleurs, dans le car dès que l’on sait que le saut est raté car l’athlète à mordu on passe au sportif suivant ou à un autre concours.

Mais comment sait-on rapidement qu’il a mordu et pour passer tous ces ralentis ?
Et bien c’est là qu’interviennent aussi les opérateurs LSM (ou EVS) chargés des ralentis.

En effet toutes les images (ou presque) des caméras sont enregistrées sur disque dur en permanence et peuvent être utilisées, rediffusées et remontées à volonté par les opérateurs LSM dirigés par un chef ralenti.

De manière générale sur un LSM, on peut enregistrer simultanément 4 signaux, 4 flux d’images et en lire en même temps 2. Attention cependant les signaux des loupes prennent d’office 3 canaux (75 images = 3 x 25).

Sur le meeting Areva, Mohamed Hassani et son équipe disposaient de 7 LSM pour tous les concours.

Pour revenir à notre planche de saut, un opérateur vérifie immédiatement après le saut sur son enregistrement si la planche est mordue ou pas. Si c’est le cas on passe à un autre sportif autrement sont alors lancés les ralentis.

Et pour cela, il y a deux manière de faire : Soit un même opérateur envoie à lui seul les 2 ou 3 ralentis des différentes caméras qu’il vient d’enregistrer et de câler, soit on passe d’un LSM à un autre au top du réalisateur. Les opérateurs LSM s’appellent R1 R2 R3 comme Replay 1, Replay 2. (replay comme rejouer)

R2 prêt  : dit l’opérateur, Top R2 lui répond le réalisateur au moment de lui ordonner de lancer le R2 et ainsi de suite.

Autant vous dire que toute l’équipe d’opérateurs LSM, le chef des ralentis, la scripte et le réalisateur doivent être bien synchronisés.

Mohammed Hassani m’expliquait d’ailleurs qu’un brief très complet a lieu avant le début du direct en particulier car les opérateurs ont peu l’habitude de travailler sur l’athlétisme. Ils sont plus habitués au foot ou à d’autres sports. Et pas question de tout rexpliquer pendant le direct car il y a déjà bien d’autres choses à gérer avec plusieurs concours en même temps et un réalisateur, Jean Jacques Amsellem, dans son car du signal international impatient d’obtenir des images des concours pour compléter le programme entre chaque course.

Et c’est ainsi que dans le car des concours, il faut continuer à réaliser tous les concours en ne ratant aucun saut ou lancer tout en abreuvant « la bête », le signal international qui ne peut pas rester 30 secondes sur un plan large du stade. Nous, téléspectateurs exigeants, nous ennuierions et Jean-Jacques Amsellem ne le veut pas !

Et c’est pour cela qu’une organisation complémentaire à la réalisation du direct est gérée notamment par la scripte et le chef des ralentis dans le car régie Alfacam des concours.

Ainsi, en continu, Mohamed Hassani et Pascal Mathieu réalisent des passages d’athlètes aux différents concours, réalisations qui sont souvent stockées pour être diffusées quelques instants plus tard sur le signal international. A deux, ils ne peuvent cependant pas réaliser tous les concours qui se déroulent en même temps.

Ainsi la scripte, Nathalie Pinaud, suit le tableau des scores et classements fourni par l’organisation avec tous les résultats. Si un exploit a eu lieu dans une discipline qui n’était pas suivie en direct par l’un des deux réalisateurs, un opérateur LSM peut repartir des images enregistrées sur sa machine pour remonter le saut et le proposer au chef ralenti qui pourra le mettre à disposition du signal international.

Et la scripte pourra se mettre en contact avec la scripte du car signal international pour lui signaler tous les sauts et lancers disponibles.

De plus il est primordial de diffuser les épreuves dans l’ordre.

Exemple : Imaginez un sauteur qui va faire son troisième saut. Il peut être diffusé en direct mais si le signal international n’a pas encore eu le temps de diffuser son premier saut exceptionnel il faudra d’abord diffuser ce premier saut quitte à diffuser son troisième saut lui aussi avec un léger décalage.

Tout cela demande donc une mécanique et une logique assez précise. Ce que l’on perd en absence de direct intégral on le gagne en tant que téléspectateur en compréhension du concours.

Et pour que nous comprenions ce que nous voyions à l’image, il faut aussi déjà que les commentateurs sachent quelles images ils vont découvrir et commenter. Et c’est pour cela que la scripte les prévient de ce qui va être diffusé. Il en est de même pour les commentateurs anglophones présents sur le site.
Par contre, les commentateurs restés dans leur pays, ils se dém… ! Euh et bien oui, ils découvrent comme nous à l’image les séquences qui sont diffusées. A eux de savoir réagir vite.

Cependant pour les aider, sur chaque début de saut ou de lancer les réalisateurs indiquent toujours sur un carton le nom du candidat, le nombre de sauts qu’il a déjà effectués etc.

Petite confidence, Mohamed Hassani me précise que parfois il fait afficher ces informations, ces cartons à deux reprises : une première fois au moment où il arrive sur un athlète et une seconde fois juste avant l’épreuve si le sportif a mis du temps avait de faire son saut ou lancer. Ainsi il peut soit diffuser le tout en longueur si le signal international a besoin de durée soit lancer le sujet juste avant le saut, le nom apparaissant tout de même.

Si c’est possible, Mohamed Hassani préfère d’ailleurs ajouter les synthés en direct au moment de la diffusion du saut même s’il est diffusé en léger différé.

Par contre, me précise-t-il encore, il est quasi impossible de raccourcir une séquence au milieu, d’en couper un bout de ralenti au milieu etc
En effet, le programme est réalisé en permanence en version française et en VI (Version internationale) en anglais. La différence se voit à la langue utilisée pour les synthés, pour les cartons. Toutes les réalisations et signaux sont donc automatiquement doublés.
Et, si il est possible de couper un bout de séquence au LSM sur un seul signal de façon quasi instantanée, il faut 3 minutes pour faire une coupe et une nouvelle synchronisation entre le signal français et VI. C’est bien trop long pour un tel direct.

Regardons maintenant à quoi tout cela ressemble sur la « cabine de pilotage » du réalisateur, sur son monitoring :

Le Monitoring des 4 Concours – Mohamed Hassani – Meeting Athlétisme – Canal +

Toujours beaucoup d’écrans et pourtant il y a une vraie logique que m’a expliqué Mohamed Hassani et que je vais essayer de partager avec vous.

Bon tout d’abord, la tête de dos devant les écrans appartient à Mohamed Hassani ! (J’avais décidé de commencer par le plus simple!)

Dans le rectangle gris, les deux écrans correspondent au programme (sa réalisation) et au préview (la caméra suivante). La ligne du haut correspond aux différents Replay  (Par exemple Seb a le R 3, Ben le R4 et Greg le 5R… mais plus le temps en direct de donner le prénom, ils s’appellent R3 R4 et  R5!)

En dessous de la ligne Replay, Mohamed Hassani a placé les 3 minicam des gros plans pour les ralentis (la 3 à la perche, la 10 à la planche de saut et la 14 pour le lancer de poids). Ces images sont un peu à part car le réalisateur n’en a pas besoin en direct, il les a juste à l’oeil pour vérifier qu’elles n’ont pas bougé.

De plus, Mohamed a rassemblé en linéaire les autres caméras des différents concours.

Pour simplifier la lecture du monitoring je vous ai à nouveau indiqué sur les images le numéro de la caméra. Par ailleurs en bleu sont les images de caméras de la perche, en orange, celles des sauts et en vert celles du lancer de poids féminin. Mais il est vrai que madame en rouge vous donnait un indice!

Vous pouvez aussi remarquer que les images de la 4a et 4b sont les mêmes. C’est normal car c’est la même caméra. Seulement quand elle est en position a elle filme le saut en longueur et quand elle est b, elle filme le saut à la perche. Au moment de la photo la caméra a rejoint le concours de saut. Elle est donc en position a.

De la même manière, la loupe de la perche, la 1 est alors utilisée aussi pour des gros plans des athlètes de lancer de poids. Elle apparait donc à coté de caméras de la perche à gauche et à nouveau à droite au milieu des caméras du poids. Ainsi selon le concours, Mohamed Hassani retrouve bien rassemblées les caméras du concours concerné.

Pour comprendre plus simplement je vous conseille d’ouvrir l’article sur deux ou trois onglets différentes de manière à pouvoir regarder le monitoring sur une fenêtre et le plan de caméras sur l’autre. Un exercice intéressant je trouve.

Vous avez ainsi j’espère découvert une mécanique qui doit être bien huilée surtout que Pascal Mathieu, réalisateur des 3 autres concours, installé devant un monitoring de taille réduite à cause de la configuration du car agit aussi de son coté et parle aussi via son micro casque.

Pascal Mathieu, Mohamed Hassani car régie Alfacam Meeting Areva / Canal +

A chacun des deux réalisateurs de faire abstraction des informations qui ne les concernent pas pendant le direct.

Mohamed Hassani m’a enfin expliqué qu’au départ il réalisait les 7 concours seul mais comme les télévisions scandinaves demandaient à disposer du concours de javelot en totalité, Pascal Mathieu est arrivé et finalement ils se sont partagés les réalisation pour plus de fluidité.

Les deux réalisateurs doivent cependant avoir une manière de réaliser assez similaire pour donner de l’homogénéité au programme global.

Quelques mots enfin sur Mohamed Hassani :
Il travaille pour Canal + mais aussi Arte (des soirées thématiques, des journaux, des concerts et des opéras), France 3 Alsace (magazines, plateaux…) et pour Eurosport (Rugby, natation, handball, football…)

Sur Canal + vous pouvez le retrouver actuellement aux manettes de En route pour la Ligue 1 le dimanche. Il réalise aussi Les Spécialistes Foot et Les spécialistes Europe.

Il réalisera enfin aussi les championnats du monde de gymnastique rythmique à Montpellier du 19 au 25/09/2011.

Un grand merci à lui pour ses explications.

(Cliquez sur les illustrations pour les agrandir et les liens en rouge pour les ouvrir)






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