Coulisses des émissions

21 septembre 2011

Jean Marc Sylvestre : interview de celui qui détient Les Clés de l’Eco sur I>TELE

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Jean Marc Sylvestre, Les clés de l'éco - I>TELE

Il a été Directeur de l’information économique et sociale à TF1 avant de participer en 1994 à la création de LCI.

Jean- Marc Sylvestre est à l’antenne sur I >TELE

Pour la deuxième saison, chaque dimanche, il présente (à 11h35, 14h05, 15h05 et 16h35) Les clés de L’Eco et intervient chaque soir de la semaine à trois reprises dans l’Édition du soir sur I> TELE

Il publie aussi Nouvelles petites leçons d’économie pour ceux qui doutent des promesses qu’on leur fait chez Flammarion et tient un blog : JeanMarc-Sylvestre.Com.

Plusieurs raisons de le rencontrer à I>TELE pendant l’enregistrement des Clés de l’Eco, de parler de son travail de journaliste économique en pleine crise et de découvrir prochainement les coulisses de la chaine d’information.

La rencontre fût assez rapide. Rapide mais efficace. Rendez-vous au maquillage un vendredi après-midi. Le temps d’une petite visite très instructive des locaux d’I>TELE et c’était parti pour les tournages en condition du direct des Clés de l’Eco.

Le temps de souffler, de saluer son invité et les deux autres intervenants de l’émission, c’était le moment de l’interview en compagnie de Stéphanie Gavillet, la chef d’édition de l’émission.

Jean-Marc Sylvestre, quelles sont « Les clés de l’éco » sur I->TELE ?
Jean Marc Sylvestre : L’idée de l’émission est de décrypter en 20 min l’actualité de la semaine en matière économique à la fois macroéconomique et entreprise avec l’aide d’un certain nombre de chroniqueurs (Muriel Motte, éditorialiste aux Echos et Yves de Kerdrel éditorialiste au Figaro, ce jour là) ou de témoins et d’acteurs même de cette actualité.

On choisit toujours un ou deux thèmes mais en fait ils s’imposent souvent d’eux-mêmes.

Jean Marc Sylvestre – Les Clés de l'Eco – I>TELE

Comment sont choisis vos invités ?
J.M. S. : En fonction de leur actualité et de leurs disponibilités et de leur aisance à intervenir à la télévision.
Par exemple pour l’émission du 18 septembre, nous avions la possibilité d’inviter Francis Mer et puis au dernier moment on a changé d’option. Après tout comme Jacques Attali était proche des Allemands et de l’Euro cela nous paraissait être une bonne idée.

Et puis cela reste un bon client …
J.M. S. : Bien évidemment. Il est pédagogique, il est clair et il fait le job. Il n’y en a pas beaucoup comme ça en France parmi par les profs, parmi les « sachant », parmi les experts. Et puis il sait de quoi il parle.
De plus, un peu comme Alain Minc, comme il est conseiller d’un certain nombre de gouvernements, ce qu’il dit a de l’importance car on sait qu’il est crédible.

Comment préparez-vous cette émission ?
J.M. S. : On se prépare toute la semaine en fonction de l’actualité. Le jeudi après midi, une fois que nous avons calé les invités je prépare une trame. A I>TELE, on définit les illustrations qui seront nécessaires. On prévoit un semblant de conducteur mais au moment de l’enregistrement cela se passe beaucoup au feeling.

L’émission est enregistrée dans les conditions du direct ?
J.M. S : Oui, tout à fait. Parfois on est un peu long, je « viole » ce qu’on me dit à l’oreillette pour obtenir une réponse ce qui nous oblige à couper une ou deux minutes.

Jean Marc Sylvestre, Les clés de l'éco – I>TELE

Vous présentez aussi 3 chroniques quotidiennes dans « L’Edition du soir » (21h00 – 22h30) sur I>TELE  (à 21h20, 21h40 et 22h15)
J.M. S. : J’ai trois interventions dans une tranche horaire qui a été voulue très CSP+, très explicative d’une actualité qui intéresse les décideurs, c’est-à-dire une actualité politique, économique et de politique étrangère.

Dans cette tranche présentée par Amandine Bégot dirigée par Luc Michal, le rédacteur en chef vous avez donc trois « experts » dont moi (Mickael Darmon pour la Politique et Olivier Ravanello pour l’International sont les deux autres) qui viennent appuyer par leur décodage, leur analyse ou leur jugement les points forts de cette actualité.
Lors des trois demi-heures de l’Edition du soir, vous trouvez 15 minutes de news et 15 minutes d’explications.

Vous intervenez à 21h20, 21h40 et 22h15, c’est précis.
J. M. S : Nos interventions ont lieu chaque jour avec une régularité assez stricte que l’on essaye de respecter, c’est un peu une horloge. Si vous voulez médiatiser des signatures, il faut que ayez des rendez-vous réguliers.
Il faut que les téléspectateurs sachent qu’à 21h15 ils vont rencontre Duchmol et à 21h25 ils vont retrouver Dugenoux

Et vous êtes Duchmol ou Dugenoux ?
(rires)

Vos trois interventions sont différentes, elles sont thématisées :
J. M. S : Elles sont plus éditées que thématisées.

Pouvez-vous préciser votre pensée ?
J.M. S. : Les approches sont différentes, La première intervention se fait autour du chiffre du jour. Le deuxième intervention concerne plus le fait du jour et la troisième intervention s’appuie sur la clôture des bourses et en particulier Wall Street puisque l’on passe 4 minutes après sa fermeture.

Cela veut dire que vous écrivez ces chroniques sur le moment ?
J. M . S. : Oui même si les deux premières sont déjà en partie écrites dans l’après midi vers 18h et envoyées ici à I>TELE aux assistants de production qui les habillent en cherchant des illustrations, des graphiques qui vont faciliter la compréhension.

Sur TF1 et peut-être aussi sur I>TELE, est-il plus facile d’interviewer un homme politique ou un industriel ? Y-a-t-il plus de risques pour une chaine privée à se fâcher avec un homme politique ou avec un annonceur ?
J.M. S. : Non parce qu’en interview je ne cherche pas à me fâcher avec les hommes politique ni les chefs d’entreprise. Je cherche à obtenir d’eux une pédagogie.

Que pensez-vous par ailleurs de la manière dont ont parle d’économie dans les médias ?
J . M. S. : Je trouve qu’il y a eu des progrès. La crise a obligé les médias à faire un certain nombre d’efforts.

Monitoring en régie du tournage des Clés de l'Eco – I>TELE

Vous pensez que les français comprennent ce qui se passe ?
J.M. S. : Je pense que les gens dans la rue l’ont bien mieux compris que ceux qui en parlent. C’est pour cela que les politiques ne peuvent plus raconter des histoires.  J’ai d’ailleurs été surpris par le premier débat des Primaires socialistes.  Le débat a été très sérieux loin des polémiques et de la démagogie que l’on pouvait éventuellement craindre.

On a assisté à un débat avec beaucoup de responsabilité et moins d’envolées démagogiques, politiciennes. Le débat a été assez technique et le résultat fait que cela a intéressé les gens.  J’avais peur que cela paraisse un peu ennuyeux mais la réalité montre que cela a fait énormément d’audience.

Mais l’économie dépend-elle encore beaucoup des femmes et hommes politiques ?
J.M. S : Elle devrait l’être mais il faut qu’ils reprennent la main. Ce sont les états et les politiques qui, en dernier ressort, ont le pouvoir de régler les choses. Ce sont les banquiers des derniers recours.  A partir du moment où vous levez l’impôt vous avez les moyens de trouver des solutions.
Mais pour pouvoir lever l’impôt encore faut-il convaincre les citoyens que cela vaut la peine. Donc ce sont au final les citoyens qui ont la main.

Actuellement il y a deux phénomènes : la gravité de la crise et le degré de conscience de l’opinion publique. L’opinion publique, à 78% d’après des derniers sondages y compris ceux qui sont à gauche (à 75%) considèrent que la dette est un problème important et doit être la priorité des priorités.

L’homme politique a l’expertise pour traiter de la situation et il sent une demande en face pour qu’il traite ces choses là. Donc il le fait et y compris ceux qui avaient pour habitude de penser que c’était plus dans la facilité, la démagogie, dans les grandes idées que l’on pouvait donner.

L’opinion publique, exactement comme les marchés ont besoin de savoir ce qui se passe un peu comme un malade.
Un malade, quand il sait ce qu’il a est plus en mesure de se battre, en tout cas cela a été mon cas (Voir son livre : Une petite douleur à l’épaule gauche). Il faut savoir ce qu’on a et vers où on va.
Quand les hommes politiques disent la vérité et tracent des lignes de direction, c’est mieux. Et pour le moment les hommes politiques tournaient en rond. On était dans le brouillard mais cela commence à s’éclaircir.

Est-ce que les gens n’ont pas tendance et peut-être raison de penser que les politiques n’ont plus de pouvoir et que les choses sont notamment gérées par institutions financières ?
J.M. S. : Il me semble qu’ils ne pensent plus cela car depuis 2008, ce sont les états et les gouvernements qui ont trouvé des solutions et encore aujourd’hui ce sont les banques centrales qui ont trouvé des solutions.

Et pourtant les dirigeants français nous expliquent vouloir tout faire pour garder leur notation AAA ?
J.M. S. : Ils sont effectivement obligés de rendre des comptes aux agences de notation qui ne font que tenir un thermomètre qui mesure la température de l’opinion publique. Ce n’est pas en cassant les agences de notation qu’on va changer la nature du problème.

Pourquoi a-t-on besoin d’avoir une note de crédibilité très bonne ? Car notre financement dépend du degré de confiance que l’on inspire.

Si vous me faite confiance et que je vous demande de l’argent, vous allez peut-être m’en prêter. Si je me mets à déconner vous n’aurez plus confiance et si je vous demande de l’argent vous me répondrez « allez vous faire foutre » ! On ne veut plus prêter d’argent à la Grèce parce que ce pays déconne et fait un peu n’importe quoi. Que la Grèce redonne confiance et on lui prêtera de l’argent.

Les citoyens ont aussi leurs responsabilités notamment en Grèce ?
J.M. S. : Le citoyen optimise son intérêt individuel. Le citoyen grec est aussi égoïste et égocentrique que le citoyen français.  On peut raconter ce que l’on veut.

En plus de cela il faut tenir compte de l’environnement.
Si sur votre route il y a un radar qui contrôle votre vitesse, vous allez lever le pied. S’il n’y en a pas, vous allez faire un excès de vitesse, évidemment.

Est-ce que votre livre – Nouvelles petites leçons d’économies pour ceux qui doutent des promesses qu’on leur fait – s’inscrit dans la même démarche d’explications ?
J.M. S. : Le livre est fondé sur des réponses et des explications aux peurs qui ont envahi les opinions publiques et en particulier l’opinion publique française qui a peur de la mondialisation. Elle pense que la mondialisation n’est porteuse que de mauvaises nouvelles. Elle est aussi porteuse de bonnes nouvelles. Je pense que la balance est assez positive mais que cela n’a jamais été expliqué.

Deuxièmement, l’opinion publique a peur de la concurrence, de l’économie de marché. On est quand même un peuple qui est directement passé de l’agriculture à la fonction publique ! Le rêve de tous les gens était de devenir instituteur… On a quand même un peuple qui prend assez peu de risques. Il prend tellement peu de risques qu’il a fait inscrire dans la constitution le principe de précaution, ce qui est une aberration, une stupidité.

Si Christophe Colomb avait du appliquer le principe de précaution, il n’aurait jamais découvert l’Amérique ! Si on appliquait le principe de précaution au mariage, on ne se marierait pas ! (rires)

On a peur du progrès technique, on a peur des OGM, on a peur de l’innovation, de l’intelligence. Il est vrai que certaines choses sont dangereuses mais il faut faire le pari que l’intelligence de l’homme est plus forte que les risques que l’on court.

Dans ce livre vous paraissez peut-être moins libéral que j’aurai pu le penser ?
J.M. S. : Parce que comme d’autres vous pensez que le libéralisme est une maladie honteuse. Ce n’est pas le cas mais c’est très contagieux, le libéralisme est partout.

Vous avez indiqué une phrase à la fin du livre : « et si le texte ne tient pas toujours ses promesses, que le lecteur sache que j’en suis le seul et unique responsable « 
J.M. S. : Quand vous faites un livre, la moindre des promesses est de se sentir responsable de ne pas atteindre l’objectif que vous vous êtes donné. Quand vous n’êtes pas compris ce n’est pas forcément la faute du lecteur. J’aurai même tendance à penser que c’est plutôt moi qui me suis mal expliqué.

N’est-il pas compliqué de publier un livre sur l’actualité économique dans une période où tout change très vite et au risque de proposer certaines réponses très vite périmées ? N’est ce pas déjà le cas pour quelques chapitres ?
J. M. S. Non car ce livre est écrit pour durer jusqu’aux présidentielles. J’explique un système. Si on avait résolu le problème de la Grèce, là oui, il aurait été fichu…mais vu que l’on n’est pas près de le régler ! (rires).

En plus du livre et de la télé, vous tenez par ailleurs un blog : Jeanmarc-sylvestre.com
J.M. S. : Ah oui, ce blog demande du boulot (dit-il en regardant Julien Gagliardi, son assistant, étudiant au CFJ). Mon but est de pouvoir m’exprimer avec plus d’espace qu’à la télé. L’espace télé est plus court car la zapette est redoutable. Les gens peuvent zapper au bout de 15 20 secondes.  Au bout de quelques minutes ils trouvent cela chiant et moi aussi cela m’arrive de zapper des programmes au bout de deux minutes.
La télévision est un média pas très adapté au savoir, à l’explication. Il est plus adapté à l’émotion, à la prise de conscience.

En entête du blog vous avez indiqué une citation de Woddy Allen :  L’argent est plus utile que la pauvreté, ne serait-ce que pour des questions financières » Pourquoi ce choix ?
J.M. S. : Il a aussi dit « prends l’oseille et tire toi » mais je n’ai pas osé !

Avec votre livre vous passez encore plus à la télé ?
J.M. S. : Oui c’est vrai, je fais la promo du livre et de I>TELE !

Comment préparez-vous vos interventions ?
J.M. S. : Je ne prépare rien.  Le livres est écrit. Je ne suis pas un homme politique, je suis un « explicateur », un instituteur de l’économie (Encore un Français qui veut finalement être un instit !)

Vous avez participé à la création de LCI, que pensez-vous de son passage éventuel en clair ?
J.M. S. : Je ne vois pas cette chaine arriver en diffusion en clair. Mais s’ils devaient arriver, ils sont quand même assez dénudés pour le moment.  Plus il y a de chaines mieux c’est et que le meilleur gagne !

Vous avez vu le nouveau décor des JTs de TF1 ?
J.M. S. : Non

Vous ne regardez plus TF1 ?
J.M. S. : Cela fait longtemps que je ne l’ai pas regardé. Je n’ai pas le temps car je travaille ici.

Ils ont le même décor à 13h !
J.M. S. : … mais je vais peut-être le regarder dimanche comme tout le monde… (interview réalisée avant la passage de Dominique Strauss Kahn au JT de TF1 présenté par Claire Chazal)

Un grand remerciement à Jean Marc Sylvestre mais aussi Anne Laure Dumas du service presse de I>TELE et un merci tout particulier à Julien Gagliardi, lecteur régulier du blog qui m’a mis en contact avec Jean-Marc Sylvestre. Grâce à eux trois vous pourrez découvrir au cours des prochaines semaines d’autres articles sur le Making Of du tournage des Clés de l’éco mais aussi sur les plateaux et moyens techniques de I>TELE.

Lien Media un autre regard – Jeanmarc-Sylvestre.com

Lien Media un autre regard – Les clés de l’éco / I>TELE

Lien Media un autre regard – Nouvelles petites leçons d’économie pour ceux qui doutent des promesses qu’on leur fait

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