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17 janvier 2012

Naufrage du bateau Costa Croisières : Un sujet, deux versions pour les 13h et 20h sur France 2. Au final, rassurant!

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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les deux chaloupes de la SNCM

On ne rigole pas avec la sécurité. Les passagers du Costa Concordia de la compagnie Costa Croisières en savent quelque chose.

Puisque qu’il n’y a pas eu lundi de tempête et de catastrophe à la bourse de Paris suite à la perte du AAA de la France, c’est cette catastrophe maritime qui a fait la une des journaux télé ce lundi.

Mais voilà les images catastrophiques et les références au Titanic cela va un moment mais il faudrait aussi penser à rassurer les téléspectateurs surtout les plus âgés, ceux qui avaient peut-être prévu une croisière avec Julien Lepers ou je ne sais quel chanteur en perdition dans les prochaines semaines.

Et rassurer était semble-t-il sur France 2 l’une des missions de Nicolas Luiset, Grand reporter pour France 2 à Marseille dans son sujet sur les règles strictes et nombreuses de sécurité à bord des navires de croisières.

Une histoire de deux montages différents d’un même sujet entre deux éditions d’un journal comme cela se fait chaque jour dans les rédactions…

Lundi 16 janvier, je regardai le 13h de France 2 présenté par Elise Lucet, enfin je l’écoutai d’un seul œil (non, ne cherchez pas, on entend rien de l’œil, oui même des deux!)

Et puis tout d’un coup, un sujet a attiré mon attention, en fait c’est surtout une phrase qui m’a fait réagir… et ne m’a pas rassuré du tout.

13h de France 2 lundi 16 janvier 2012 ! : Et Elise Lucet de nous expliquer au moment du lancement du sujet : Sur le Costa Croisières c’était la panique mais il y a des procédures très claires à respecter sur les bateaux « Nicolas Luiset et Benoit jourdan l’ont vérifié à bord des bateaux de la SNCM qui effectuent des traversées vers la Corse et le Maghreb. »

Ouf, on va être RA-SSU-RE !

Le sujet débute avec un commentaire en voix off du journaliste « Au plus fort de la saison ce Ferry peut accueillir jusqu’à 1500 passagers. A bord de ce type de navire des consignes de sécurité très strictes sont imposées, le capitaine nous en fait la démonstration » Rassurant…

S’en suit alors une séquence dans un couloir avec le capitaine. La lumière s’éteint ? Pas grave, des signalétiques visibles même de nuit nous aideraient à nous repérer. On est rassuré je vous dis…

Les brassières (les gilets de sauvetage) sont faciles à porter et il y a du personnel pour les distribuer : Trop rassuré j’te l’dis…

Le capitaine du bateau équipe Nicolas Luiset d'une brassière

Ensuite (à 10’42’’ du début du journal) on passe sur un pont et le capitaine nous présente les bateaux de sauvetage. Écoutons le nous rassurer : « Nous avons 4 embarcations de sauvetage. Comme toujours, tout est symétrique. Il y en a deux d’un coté deux de l’autre. La plus grande, l’embarcation de sauvetage qui peut accueillir 150 passagers et la plus petite que l’on appelle le canot de secours qui peut elle prendre 100 passagers »

Et alors le sujet continue avec le capitaine en second qui nous explique que 4 coups longs signalent de l’abandon du navire…

Mais non je ne l’écoute plus, je suis resté bloqué sur la dernière phrase du capitaine. Je recompte dans ma tête… Et oh, je ne suis vraiment plus rassuré même plutôt inquiet maintenant.

Et oui, calcul mental rapide : deux bateaux d’évacuation d’un coté : l’un de 150 places, l’autre de 100 et la même chose de l’autre coté… 150+100 x 2 = 500 … 500 places sur les bateaux d’évacuation de ce bateau de la SNCM.

Mais dis, Nicolas Luiset, tu disais au début du sujet (oui, il entre par la télé dans notre salon ou notre cuisine, le journaliste de la télé, alors on peut le tutoyer même si on le connait pas!) Combien de passagers ce bateau peut accueillir au maximum? 1 500? Mais il manque 1 000 places dans les bateaux d’évacuation?

Alerte, alerte, panique à bord… Quoi les femmes et les enfants d’abord, ah non je passe en premier… Quoi les grands derrière? On n’est pas au spectacle madame! Je veux monter dans le bateau d’évacuation…

Calme, calme… Mais tout de même, Nicolas, ton capitaine de bateau il m’inquiète!

Quelques heures plus tard, c’est le moment du 20h. Un sujet de Nicolas Luiset est à nouveau diffusé mais dans une nouvelle version comme cela arrive souvent entre deux éditions et dans un nouveau format. Au 20h, Nicolas Luiset dispose de près d’une minute de plus pour son sujet : 2min 21sec au 20h à la place de 1min 36secondes min au 13h (d’après mon chronomètre Seiko à quartz!). Cela reste court…écrit un blogueur qui ne sait pas faire court!

Même angle, même thématique du sujet mais les commentaires de cette nouvelle version du sujet ont été presque entièrement réécrits. A l’image, certaines séquences ont été gardées, d’autres comme une séquence complémentaire ont été rajoutées pour enrichir le sujet et des plans ont été supprimés comme justement cette explication pas très claire et peu rassurante du nombre de places disponibles à bord des bateaux d’évacuation.

Coté chiffres, un autre sonore du capitaine a cette fois-ci été privilégié. Le capitaine  nous explique à propos des brassières « on en a 2 000, bien plus que le nombre de passagers » Le journaliste conclue le sujet en commentaire en nous rassurant vraiment : Toutes les précautions sont prises. Un abandon de navire est donc extrêmement rare, la compagnie n’a jamais connu ce type d’avarie.

Mission accomplie pour le capitaine et pour le journaliste. Nous voilà bien rassurés.

J’allais oublier le synthé posé en permanence sur le sujet et dans le fond de décor derrière David Pujadas. Il ne laissait aucune doute : Croisières : une sécurité draconienne.

A ce moment de l’article je pourrais très bien poursuivre en faisant dans le sensationnel, en faisant le « buzz » en parlant de remontage, en posant la question de pressions éventuelles de la SNCM ou d’autres etc. mais j’aurai tord.

Pour deux raisons au moins : premièrement, ce serait mettre un peu vite en cause sans raison le travail d’un journaliste qui exerce son métier depuis 2004 (France 2, France 24, TF1…) et plus important encore, d’après mes informations il ne s’agit en aucun cas de tout cela. Pas de pressions ou de demandes particulières de qui que ce soit…

Derrière le coté anecdotique de cet article et le plaisir aussi à l’écrire avec un ton moins sérieux que souvent sur Media un autre regard il m’a semblé qu’en parler pouvait aussi mettre en avant trois éléments que je n’avais pas encore abordés sur ce blog :

– Il y a souvent une différence, parfois très importante entre l’information qu’un journaliste veut transmettre, pense transmettre à ses lecteurs ou téléspectateurs. Il y a son information, la manière dont il nous l’explique et de l’autre coté, nous et la manière dont nous la comprenons avec notre personnalité, notre état d’esprit, nos certitudes, nos aprioris. Peut-être d’ailleurs ai-je été le seul à faire une fixation sur cette histoire de capacité d’accueil des bateaux d’évacuation des passagers.

– La difficulté pour tout journaliste d’expliquer en quelques minutes voire secondes son propos, de nous donner via des sonores, des images, des commentaires, un maximum d’informations fiables et complètes.

Revenons à ces bateaux d’évacuation. Le capitaine ne nous dit pas que ce sont les seuls moyens d’évacuation, il nous présente les chaloupes et leur capacité d’accueil. Il y a probablement d’autres moyens de sauvetage (bateaux pneumatiques, toboggans etc. ) et probablement en surnombre par rapport au nombre de passagers réellement embarqués. La SNCM n’aurait pas pris le risque d’associer son nom à un sujet lié à une catastrophe maritime si elle n’était pas sûre de son dispositif de sécurité.

– Un sujet est souvent retravaillé de façon importante entre deux éditions. Il s’agit d’actualiser un sujet, d’ajouter des images fraiches. Par ailleurs la durée affectée par le rédacteur en chef au sujet n’est pas toujours la même dans deux éditions. Il faut alors parfois couper encore un sujet et ce n’est pas facile.

A l’inverse, le journaliste a parfois quelques secondes (ou cela se discute à quelques dizaines de secondes) de plus ce qui lui permet de retravailler son sujet. Le journaliste peut alors ajouter un sonore, un commentaire. Presque une minute de plus, c’est la possibilité de développer certaines informations comme la disponibilité des brassières si une zone du bateau est rendue inaccessible, de parler de radars, de l’intervention de la capitainerie d’un port quand le bateau est à moins de 4km de là…

Et quand on rajoute des informations, quand on fait différentes modifications il faut parfois totalement remonter le sujet, supprimer des séquences, adapter certaines avec d’autres commentaires pour créer des transitions claires et logiques etc.

Sur ce, bon ben moi en tout cas, si M6 organise à nouveau comme en juin dernier une croisière avec ses animateur sur Costa Croisières … Non, non, j’y vais pas. A cause d’inquiétudes sur la sécurité des autres bateaux de la compagnie? Devinez…






4 commentaires


  1. clara

    houlalala faut faire plus court…


  2. Julien

    Bonsoir,

    En effet, il y a d’autres moyens d’évacuation. Il y a des radeaux gonflables, généralement sur les ferries comme ceux de la SNCM avec un toboggan ou une chaussette permettant une mise en œuvre rapide. Leur nombre est imposé par la réglementation et supérieur au nombre de passagers à bord.



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