Coulisses des émissions

30 janvier 2012

Interview de Jean Marc Sylvestre de i>TELE Débrief après l’interview de Nicolas Sarkozy à l’Elysée

Plus d'articles par »
Ecrit par : Emmanuel Matt
Étiquettes : , , , , , , ,

Avec Claire Chazal, Laurent Delahousse et François Lenglet, il interviewait pour i>TELE ce dimanche soir Nicolas Sarkozy en direct de l’Elysée. Une interview diffusée sur de nombreuses chaines et regardée par plus de 16 millions de téléspectateurs.

Il était donc intéressant de connaitre le point de vue de Jean Marc Sylvestre par ailleurs animateur des Clés de l’Eco le lendemain de ce direct et qu’il nous explique comme se prépare et se déroule une telle soirée.

Une interview doublement d’actualité car Jean Marc Sylvestre a aussi beaucoup amusé sur Twitter avec sa veste  » à paillettes » ou « H S » comme Head & Shoulders . Les inconvénients de la HD?

Interview à chaud.

Quel  est votre sentiment au lendemain de cette interview?
Jean Marc Sylvestre : Mon sentiment est que nous avons fait le job.

C’était l’émission du Président de la République.

Le véritable enjeu : Est-ce qu’il a été compris ? Est-ce la pédagogie qu’il voulait faire passer est passée ? Est-ce que les mesures qu’il voulait annoncer ont été entendues ?

Maintenant c’est au public d’analyser, de juger…

De notre coté nous avons essayé de passer des questions, d’aller un peu plus loin.

Etait-ce d’ailleurs plus le discours d’un Président ou une véritable émission d’interview ?
J.-M. S. : Non, c’était plutôt une émission d’interview qui n’était pas préparée.

La seule préparation que nous avons eu était une préparation technique avec les services de production de TF1 qui nous ont indiqué comment allait se passer le plateau, l’ordre de passage des différentes personnes.

Je savais donc qu’il y avait une première partie plus générale et politique animée par Claire Chazal (TF1) et Laurent Delahousse (France 2) et qu’ils allaient nous donner la parole dans une seconde partie pour approfondir les sujets et les dossiers purement économiques.

Vous aviez j’imagine réparti vos questions avec François Lenglet ?
J.-M. S. : On avait effectivement un peu partagé les questions tout en se laissant la possibilité d’intervenir et de relancer sur l’un des sujets.
François Lenglet avait plutôt prévu de travailler le chapitre TVA sociale et j’avais pour ma part pris le sujet compétitivité et emploi.

Jean Marc Sylvestre et François Lenglet

Vous avez eu le temps de poser toutes vos questions ?
J.-M. S. : Non. J’en avais préparé 50 000 !!! Et on en a posé trois ou quatre chacun.

D’ailleurs, à l’image on semble voir votre agacement lors de plusieurs plans de coupe mis à l’image par Serge Khalfon. Etiez-vous plus agacé par les réponses du Président de la République ou par vos collègues ?
J.-M. S. : J’étais une ou deux fois agacé par le Président et une ou deux fois agacé par mes collègues. Comme je peux difficilement dissimuler mes états d’âme, cela se voit parfois à l’image.

De quelle manière avez-vous été agacé par Nicolas Sarkozy?
J.-M. S. : Peut-être que certaines réponses n’allaient pas jusqu’au bout. C’est compliqué sur ce type d’émission de faire des relances parce qu’on est quatre et que le temps passe.

Le fait d’être quatre complique les choses mais à l’inverse fait aussi que l’émission passe plus vite et est plus fluide. C’est un compromis. C’est le propre des émissions de télévision. Il faut toujours trouver un compromis entre le temps qui vous est donné, très compté et la matière que vous avez à traiter qui est très vaste.

Pourtant Claire Chazal a insisté pour que vous entriez avec François Lenglet en plateau à l’heure dite…
J.-M. S. : Claire Chazal a été très correcte, très professionnelle dans la gestion du temps de l’émission.

A un moment le Président vous a gratifié d’un « c’est une bonne question ! » Est-ce un bon ou mauvais signe pour un journaliste ?
J.-M. S. : Non, en général non ! Quand il dit cela, cela signifie en général qu’il n’a pas envie de répondre à la question.

Pour revenir à votre agacement qui se voyait à l’image, Laurent Bazin (RTL / France 5) se demandait sur Twitter si on allait vous perdre ? On vous a perdu ?
J.-M. S. : Non, pas du tout. Il est vrai que j’ai une image d’économiste libéral, un peu provocant (avec Sylvester Stalone, il est l’inspirateur du commandant Sylvestre des Guignols !) mais je n’ai aucune raison de faire un numéro d’ultra libéral.

Vos questions par moment ressemblaient plus à des propositions ?
J.-M. S. : Mon problème à moi était de sortir des chiffres.  Je n’attends pas du Président de la République pas plus que François Hollande d’ailleurs qu’il soit expert comptable. On était noyé dans les chiffres et j’aurai voulu que Nicolas Sarkozy donne un moment des tendances sur l’évolution à moyen terme de l’industrie française au-delà même des coûts de production. Quels seront les grands secteurs sur lesquels l’économie française va pouvoir s’appuyer dans les années à venir?

Pour revenir à la préparation de ce direct, vous n’avez eu aucune réunion?
J.-M. S. : Non, mais nous nous sommes parlés au téléphone avec Claire Chazal, François Lenglet et Laurent Delahousse.

Nicolas Sarkozy face aux quatre journalistes dans la Salle des fêtes de l’Elysée

Vous n’avez pas été en contact avec Franck Louvrier (Conseiller du Président de la république)?
J.-M. S. : Non jamais. J’ai été prévenu par la direction de la chaine i>TELE.

Franck Louvrier avait appelé i>TELE pour leur dire qu’il se proposait de retenir la chaine pour l’interview du Président et qu’il souhaitait que soit désigné un journaliste de la chaine. Le cahier des charges était par ailleurs de faire une l’émission à caractère principalement économique. Le Président souhaitait d’exprimer sur des réformes économiques dans le contexte de la crise internationale.

Concrètement, dimanche, vous êtes arrivé à quelle heure à l’Elysée ?
J.-M. S. : A 18h30.  On a commencé par visiter le plateau (un décor de Philippe Désert). On a regardé les emplacements, les trajets et vu où on risquait de déraper ! Il ne fallait pas se « casser la gueule »!

On a réglé les micros, regardé les lumières (Directeur de la photo : Fred Dorieux).

Le plateau installé à l’Elysée pour l’interview de Nicolas Sarkozy

Vous avez reçu des consignes particulières de Serge Khalfon, le réalisateur (pour la première fois) ?
J.-M. S. : De façon classique, il nous a montré où étaient nos caméras. Nous avions par ailleurs chacun une oreillette branchée sur notre rédacteur en chef qui pouvait nous parler pendant toute la durée de l’émission. Chaque journaliste était en liaison avec son propre rédacteur en chef. Pour moi c’était Albert Ripamonti.

Quelles consignes vous a-t-il justement données ?
J.-M. S. : Ne fais pas de grimaces ! (raté !). Surveillez les temps, vous n’avez plus que 5 minutes… Sur les 35 heures, il n’a pas vraiment dit qu’il les abandonnait, faudrait peut-être le relancer…

Qui étaient les personnes à vos cotés dans le « public » Etaient ce des invités ?
J.-M. S. : Non il s’agissait du personnel de Élysée.

La salle des fêtes de l’Elysée pendant l’interview du Président de la République

Dans le grand salon équipé d’un téléviseur où était servi un buffet, il y avait quelques invités en compagnie de Xavier Musca (Secrétaire général de l‘Elysée), d’Henri Guaino (Conseiller Spécial du Président) et de Carla Bruni.  Parmi eux, le personnel de chaque chaine. Les équipes de TF1 étaient assez nombreuses. Chaque chaine pouvait venir avec une quinzaine de personnes.

Comment se passe l’arrivée du Président de la République ?
J.-M. S. : Dans la salle des fêtes il y avait le plateau mais aussi une partie transformée en loges avec bureau, une pour chaque journaliste et son équipe. Il y avait aussi une loge maquillage.

A 19h45 Franck Louvrier est venu nous chercher, nous quatre journalistes, pour nous dire que si nous souhaitions voir le Président, il avait 5 minutes à nous accorder.

Evidemment nous quatre sommes allés le rejoindre dans un salon où il était seul avec Carla Bruni et leur fille Giulia. Etaient aussi présents Xavier Musca et Franck Louvrier.

Et nous avons ensuite directement rejoint le plateau pour le direct.

Après le direct, avez-vous eu une autre discussion avec le Président ?
J.-M. S. : Après le direct il est allé dans le Grand Salon où il y avait tous les invités. Le Président a discuté avec tout le monde. Je ne suis pas resté longtemps car je devais intervenir en direct depuis la cour de l’Elysée sur i>TELE.

I>TELE avait d’ailleurs annoncé en début de soirée que vous les rejoindriez en plateau à la fin de l’interview. Vous n’y êtes finalement pas allé ?
J.-M. S. : Oui, c’était plus ou moins prévu. Mais finalement j’ai préféré le faire de l’Elysée.

Le Président de la République ne vous a fait aucune remarque sur vos questions ?
J.-M. S. : Non pas du tout. Non, en revanche, il a beaucoup insisté avant et après le direct sur la présence des chaines d’information. Ce changement lui paraissait important et à nous aussi.

Je ne pouvais pas finir sans prendre des nouvelles de votre veste (à paillettes disaient certains sur Twitter)
J.-M. S. : Ecoutez, on est en train de faire une enquête ! C’était un costume tout neuf. Est-ce dans la matière du tissu ? Est-ce de la poudre de maquillage ? Dans tous les cas ce ne sont pas des pellicules, je n’en ai pas !

Pendant la soirée, vous êtes devenu l’un des sujets de prédilection de Twitter. Vous avez même répondu sur votre blog ce matin ?
J.-M. S. : Il parait qu’il y avait 80 000 interventions à mon sujet sur Twitter. Je devais bien le faire.

Dans un article Rue 89 faisait remarquer que vous aviez reçu (comme Claire Chazal) la légion d’honneur par Nicolas Sarkozy? Cela a-t-il eu un effet sur votre interview?
J.-M. S. : Pour moi, la légion d’honneur, pour un journaliste, ne se demande pas, ne se refuse pas, ne se porte pas !

Et cela change quelque chose pendant l’interview?
J.-M. S. : Rien du tout.

A lire aussi : 


Media(s) un autre regard est en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

La production TV qui inspire les autres formes de rencontres avec le public?  Retrouvez les nouvelles activités – Interventions, Conseil, formation… – de l’auteur sur Emmanuel Matt Accompagnement et sur les réseaux sociaux : Twitter @EmmanuelMatt et sur Facebook   

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






0 commentaire


Soyez le premier à déposer un commentaire!


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *