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23 mai 2012

Jérôme Caza, producteur de On n’est pas que des Cobayes sur France 5 – Interview

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Jérôme Caza (à droite) avec l'équipe de On n'est pas que des cobayes - France 5

Jérôme Caza – Producteur – 2P2L

On n’est pas des Cobayes fête déjà sa 100ème expérience ce vendredi en prime time sur France 5.

Et Jérôme Caza, n’est pas qu’un producteur…

Il est aussi un producteur indépendant et qui les défend en tant Président du collège Télévision du Syndicat des Producteurs indépendants (le SPI) depuis 3 ans…

Il n’a pas toujours été qu’un producteur puisqu’il a été cadreur, journaliste, réalisateur et aujourd’hui un manager.

En attendant la seconde saison de On n’est pas que des Cobayes, interview de son producteur. Jérôme Caza nous explique la genèse de cette émission et sa production. (Relire la ballade au pays des Cobayes!)

Quelle est la genèse de « On n’est pas que des cobayes » sur France 5 ?
Jérôme Caza : Il y a un an, France 5 a consulté une dizaine de sociétés avec un cahier de charge précis pour un magazine de prime time le vendredi soir avec des expérimentations comme le font les anglo-saxons.

En France il y avait déjà C’est pas sorcier, Incroyables expériences… Il fallait trouver en trois semaines une idée suffisamment puissante pour un prime time avec une dimension divertissante forte tout en restant dans la ligne éditoriale des programmes de France 5.

Deux ans plus tôt nous avions répondu à un appel d’offre de France 2 qui avait, après la consultation, donné ADN produit par Gédéon. Notre projet s’appelait Invisible mais vrai. L’idée était de rendre visible par l’image ce qu’on ne voyait pas à l’œil nu. C’était alors pour nous une première approche de la science à la télévision, qui n’était pas jusque là notre spécialité.

N’aviez-vous pas peur de manquer de matière ?
J. C. : On s’est tout de suite posé la question d’être monothématique ou multithématique. Y avait-il de quoi nourrir ne serait-ce qu’une saison, c’est-à-dire 33 émissions (30 inédites + 3 best of) soit une centaine d’expériences ?

Ce qui semblait compliqué c’était d’être spectaculaire sans trop s’éloigner de la vie quotidienne, et, d’être, le mot clé magique du milieu, concernant.  (que le téléspectateur se sente concerné et donc regarde l’émission)

Il ne fallait pas non plus être uniquement spectaculaire pour être spectaculaire et ne proposer que des expériences « barrées »  comme dans Mythbusters ou d’autres émissions de ce type en Grande Bretagne.

L’idée était aussi de parler aux femmes et pas qu’aux hommes et de tout faire péter juste pour voir ce que cela fait.  Dans la première émission par exemple on a volontairement traité des poux car c’était concernant (mamans, enfants,). Sur un sujet aussi commun peut-on faire quelque chose et trouver un traitement télé qui soit étonnant et qui permette d’apprendre des choses ?

Comment Agathe Lecaron, David Lowe et Vincent Chatelain ont-t-ils été choisis ?
J. C. : Très vite, on a identifié le casting avec les trois animateurs actuels, tout comme le titre l’émission d’ailleurs.

Nous avons brainstormé à plusieurs. Antoine Piwnik, un des producteurs de 2P2L connaissait très bien Agathe Lecaron et pensait qu’elle pouvait être intéressée. Elle participait à Top chef sur M6, dans un rôle un peu secondaire. Elle était frustrée de ne pas pouvoir donner plus.

Vincent Chatelain, nous l’avions notamment repéré dans Thalassa quand Bonne Pioche avait participé à la direction artistique de Thalassa.  Il faisait partie des reporters voyageurs.

Quand à David Lowe, c’est Eventhia Lachaud qui travaillait avec nous sur l’appel d’offres qui a pensé à lui en se souvenant de lui à l’époque de Christine Bravo et du Fou du Roi sur France Inter. On cherchait quelqu’un qui puisse être le designer d’expériences, le savant fou, le professeur Nimbus. Elle savait qu’il était diplômé en physique nucléaire. Et c’était intéressant d’avoir une personnalité forte, chroniqueur et comédien. Ça ouvrait sur un personnage avec une palette intéressante.

Les trois devaient avoir un rôle très précis tout en restant eux-mêmes au maximum.

Deux jours avant de rendre le dossier, on a convoqué le casting et réalisé un teaser. On a bricolé de quoi donner un aperçu. Il faudrait le demander à France 5, mais je crois que la chaine a été tout de suite convaincue, d’autant plus que nous avions fait une proposition financière qui correspondait à ce que je savais de la case Empreintes. Nous n’étions pas irréalistes même si cela est dur de rester dans l’enveloppe.

On a la lancé la production fin juin, début juillet 2011.

Comment réagit la communauté scientifique ?
J. C. : Au début, nous avons marché sur des œufs, quand bien même l’équipe constituée était connue du milieu scientifique.

Je pense que dans un premier temps ils nous ont regardé avec un peu de curiosité. Neuf mois plus tard je pense que l’émission on a une très bonne image, que les scientifiques aiment bien notre grain de folie, celui de tenter des expériences inattendues. Même si nous ne pouvons pas respecter tous les protocoles scientifiques, car parfois il faut faire les expériences en accéléré, la communauté scientifique a pu constater que nous le faisions toujours sur la base d’un travail scientifique sérieux. Je crois qu’ils ont compris qu’on arrivait à rendre populaire des choses qui ne l’étaient pas forcément.

Ils ont envie de participer, de mettre à disposition leurs moyens ?
J. C. : Nous les sollicitons beaucoup, peut-être un peu trop parfois ! Mais ils aiment participer. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux ont montré leur enthousiasme à faire des expériences qu’ils n’avaient jamais eu le temps de faire. Quand on en arrive là on a gagné !
Et comme les scientifiques savent que l’émission est regardée et notamment par un public assez jeune, ils ont compris que ce pouvait être l’occasion de créer des vocations.

On joue un rôle de médiateur qui est bien la tradition de France 5, sans se prendre au sérieux.

Que se passe-t-il quand les expériences ne fonctionnent pas ou ne donnent pas le résultat attendu ?
J. C. : Les expériences sont des histoires que l’on va raconter. Vont-ils être capables ce faire ceci ou cela ? Parfois on s’y est mal pris, on est parti sur une fausse piste, ou alors il y a des conditions qui ne pas sont pas totalement réunies pour qu’on obtienne le résultat escompté… On le raconte alors dans la plus grande transparence.

Par exemple, on a fait une expérience pour montrer qu’on pouvait casser du verre avec la voix comme la Castafiore, voir si ce cliché tenait la route ou pas. On a eu un mal fou à casser un verre. On a mis les musique à fond, créé tout un système pour diriger les ondes. Au bout de plusieurs heures de tournage, on se disait : ils ne vont jamais réussir. Et ils ont fini par y arriver. Mais quand ce n’est pas le cas, on assume et on explique ce qui se serait passé en partant des expériences réalisées par des scientifiques.

On a une grosse littérature scientifique, on est conseillé, il y a toujours un expert derrière nous.

Pouvez-vous justement nous parler de l’équipe éditoriale ?
J. C. : La difficulté de ce type d’émissions c’est qu’il s’agit d’une hebdo et que la masse de travail est considérable.

Il faut 4 semaines d’enquêtes pour les 3 expériences d’une émission. Chaque semaine, nous tournons une autre émission et nous en montons encore une autre. Pour la première saison, nous avions l’équivalent de 2 rédactrices-en-chef, Claire Degueldre et Eventhia Lachaud et un pool de 6 à 7 journalistes qui se relayent, qui enquêtent un mois, tournent 1 semaine puis montent une semaine.

Pour la partie fabrication, parfois il faut construire, comme cette semaine, une espèce de canon à vortex, à air. Pour cet exemple, on avait vu beaucoup de choses qui avaient déjà été faites en métal, et il s’avère que fabriquer des choses en métal, cela nécessite une expertise que nous n’avons pas encore et qui coute plus cher que le bois. Donc nous l’avons construit en bois.

Notre budget étant contraint, on choisit de le mettre là où cela vaut vraiment le coup pour fabriquer des choses, pour se payer parfois des expériences en labos, ou des vols en hélico, des caméras phantom ou thermiques etc. Il faut que cela soit payant. En gros, il y a 5 à 6 personnes en permanence en fabrication et en accessoirisation. Le coût des expériences représente en moyenne 25% du budget.

Il y a tellement d’accessoires que l’accessoiriste, Jules, est devenu un personnage!
J. C. :  Oui, Jules dont le vrai nom est Vincent Ménard (Il y avait déjà un Vincent dans l’émission !) est accessoiriste de métier. Il a déjà travaillé sur C’est pas Sorcier. Il a beaucoup de qualités et un vrai univers artistique. Il contribue vite à créer un décor, à enjoliver le tout, à inventer des mécanismes. Il sait aussi faire appel à d’autres spécialistes quand cela est nécessaire.

Jérôme Caza (à droite) avec l'équipe de On n'est pas que des cobayes – France 5

Qu’en est-il de l’audience ?
J. C. : Sur 2011 dans la case du vendredi soir, entre septembre et décembre 2011 on était à + 25% par rapport à la saison précédente, tant en PdA  en moyenne à 1,6% qu’en nombre de téléspectateurs, en moyenne à 427 000.

Sur la saison entière nous dépassons 450 000 téléspectateurs de moyenne soit +29% et à 530 000 depuis quelques semaines. Cela va dans la bonne direction, avec une concurrence compliquée notamment face à Koh Lanta qui touche aussi un public très jeune.

On constate que le bouche à oreille est très important, notamment dans les cours de récré, et à 2P2L on se dit qu’on va dans la bonne direction et que c’est bien un programme familial sans que l’adulte ne soit infantilisé. On apprend parfois des choses, aussi ou cela nous rafraichit la mémoire et puis on peut prolonger l’émission avec les enfants.  C’est le vrai programme familial.

La moyenne d’âge tourne autour de 42 ans avec des émissions à 33, 36 ans de moyenne d’âge avec de grosses performances sur des 6 – 14 ans et 15 – 25 aussi. C’est la belle surprise.  Ni nous, ni la chaine ne l’avions vraiment anticipé. Pour une chaine avec une moyenne d’âge de 59 ans c’est intéressant d’arriver à faire venir une fois par semaine des jeunes, à un horaire pas vraiment facile. La bonne nouvelle c’est que le vieillissement du public des chaines de France Télévisions n’est pas une fatalité, la preuve, on peut rajeunir le public de France Télévisions.

Qu’en est-il des audiences en tenant compte des rediffusions ?
J. C. : Avec les rediffusions du dimanche on atteint le million de téléspectateurs avec une part de marché de plus de 2%. Cette année on va faire une part de marché moyenne supérieure à 1,7% et l’année prochaine, il faudra tourner à 2% avec, je l’espère, des pics de temps à autre à 3%. C’est aussi la démonstration, et 2P2L en a été victime dans le passé, qu’il faut donner du temps à une émission pour qu’elle s’installe, qu’elle soit de bonne qualité. Une émission cela se rôde.

Je vois bien qu’on a progressé sur un certain nombre de points, dans la forme et sur le fond.

On n’a malheureusement pas le temps en France de faire des pilotes. Cela coute cher, alors on les fait à l’antenne. On fait des pilotes diffusables mais il faut alors savoir donner du temps. On avait une porte de sortie à 15 émissions et on a atteint vite l’objectif, tant mieux. Je suis assez confiant pour la suite.

Quand vous parliez d’en avoir été victime, vous pensiez à Direct chez vous sur France 3?
J. C. : Oui, bien sûr et on ne s’en est pas caché. J’ai un certain plaisir à rappeler que lorsque nous avons rendu l’antenne, après avoir mis en place une deuxième formule car la première était peut-être un peu trop ambitieuse, notre audience était de 5,5% PdA à 13h, là où aujourd’hui France 3 est à 2,3 et Midi en France était à 3%. Ce qui était d’autant plus frustrant, c’est que, lors des 6 dernières semaines, nous étions passés de 3 à 5,5% et que la sauce était en train de prendre.

La frustration était d’autant plus importante qu’on avait réussi à travailler intelligemment avec les 24 antennes régionales de France 3. Nous avions un rôle de coordinateur éditorial et de production et nous avions réussi à créer une relation de respect réciproque avec les régions.

Quand l’émission a été arrêtée, injustement, pour des raisons politiques, suite à l’arrivée de Pierre Sled à la direction des programmes, de nombreuses voix en région disaient que c’était d’autant plus dommage que, pour la première fois, ils avaient eu l’impression, d’appartenir à la grande famille de France 3. Pour moi, France 3 est une chaine au potentiel extraordinaire et qui malheureusement ne donne pas le meilleur d’elle-même. Mais cela viendra un jour.

Heureusement, comme nous avions rencontré des gens de talent et qui avaient apprécié nos compétences nous avons pu depuis travailler avec quelques régions, comme le Sud Ouest et le Nord Ouest. On continuera, je l’espère.

Direct chez vous était présenté par François Pécheux. Un programme original dans sa forme avec deux duplex quotidiens avec les antennes régionales, un décor réussi de Franck Fellemann et une mise en image originale de Sébastien Devaud. De quoi justifier une série d’articles rassemblés dans le dossier Direct chez vous.

Sur Twitter, Jérôme Caza se présente ainsi : @jcaza : « Bourlingueur de la télé… caméraman, reporter, réalisateur et désormais producteur, chef d’entreprise et syndicaliste (le SPI) »

En effet, comme il me l’a expliqué il a commencé sa carrière à l’ECPA avant de rencontrer Hervé Chabalier en  1988. Il accompagne alors la création de Capa. Mais « J’ai vite acheté ma caméra car je voulais rester indépendant ». Fin 1991, il est correspondant à San Francisco pendant 7 ans. Il réalise alors des reportages aux Etats unis au Japon et en Chine (24h sur Canal +, Zone Interdite sur M6, Envoyé spécial sur France 2) jusqu’en 1998, obtient un Fipa d’Or en 1992 pour le Chœur des Hommes (avec Claude Chelli et Anne-Marie Bennoun). De cadreur, JRI, réalisateur, il était alors déjà devenu un chef d’entreprise. 3 personnes travaillaient avec lui.

Jérôme Caza – Producteur – 2P2L

1998, une année importante ?
J. C. : En 1998 j’ai donné un coup de main à François Pécheux, journaliste sport à Canal + et à Stéphane Meunier qui venait de quitter Capa, qui réalisaient alors Les Yeux dans les bleus. On a tous les trois vécu cette Coupe du Monde de façon exceptionnelle.

Les Yeux dans les bleus 1 est une production interne à Canal + mais la pierre fondatrice de 2P2L. On avait tous les trois les mêmes envies de télévision. On coupait avec les cadres imposés par des gens enfermés dans un bureau à Paris. On avait soif d’audace. J’avais une petite société que j’ai alors transformée pour accueillir Stéphane et François.

On a signé notre première émission  C’est ouvert le Samedi sur Canal +.

J’ai quitté l’aventure Capa pour ce projet. J’ai continué à réaliser pas mal de documentaires dont un film sur la campagne malheureuse de Lionel Jospin (Tournage pendant 2 mois au QG de campagne). Le développement de la société a pris du temps. Nous avons produit des programmes événementiels, des magazines pour ne pas être trop dépendant de Canal +.

Mon rôle de chef d’entreprise s’est imposé et j’ai découvert que des entreprises étaient syndiquées. J’ai ainsi rejoint le SPI. En moins de 3 ans j’ai été élu au bureau du syndicat puis Président du collège Télévision depuis 3 ans.

Quels sont les programmes de 2P2L en cours ? Les projets pour la rentrée en dehors d’une seconde saison de On n’est pas que des Cobayes ?
J. C. :  Motus et bouche cousu ! Les projets ne valent d’être commentés que lorsqu’ils se concrétisent. Pour l’instant, nous essayons notamment de développer des formats « français », avec Christian Le Bozec, ancien de TF1 et expert es programmes reality qui vient de monter sa boite « Talk To You ».

Il est indispensable que les producteurs français ne laissent pas le terrain des formats de flux, de jeux mais aussi de séries documentaires aux seuls anglo-saxons. Il est de l’intérêt d’ailleurs des diffuseurs de permettre l’éclosion de véritables savoir-faire français car, à trop dépendre des formats étrangers (même le service public s’y est mis ces dernières années), il y a un risque que ces derniers court-circuitent les éditeurs avec l’émergence de la télé-connectée.

Nous développons également de la fiction courte, des shortcoms, mais aussi des concepts plus culturels pour Arte, et toujours des documentaires.

Avec Jérôme Caza, nous avons ensuite évoqué le rôle du SPI, la situation de la production en France, les propositions de SPI, l’exception culture française face aux évolutions technologiques, à l’arrivée des groupes puissants via notamment la télévision connectée. De quoi vous proposer prochainement la seconde partie de l’interview.  






One commentaire


  1. delage

    Bonjour,

    Pourquoi la prochaine émission de vendredi 19.10 le programme annoncé dans télé 7 jours n’est pas transmis? Il y a encore un replay !!!

    Pour votre défense, je reconnais que c’est un tour de force de présenter 3 sujets par semaine et pendant 8 mois.

    Je ne vois pas la nécessite d’avoir 3 animateurs !!! l’anglais est au-dessus du lot et surtout reste modeste, mais plein d’humour.

    Bien à vous

    WILLY



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