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5 juin 2012

Fred Godard réalisateur du tournoi de tennis de Roland Garros : « Du plus, du plus, du plus ! »

Fred (Frédéric) Godard est le réalisateur conseil du tournoi de Roland Garros pour France Télévisions, producteur exécutif des images du signal international.

A ce titre il supervise la réalisation de l’ensemble du tournoi et réalise aussi avec Françoise Boulain, les matchs principaux sur le Court Philippe Chatrier.

Quel rôle pour les 18 caméras du court central lors de la réalisation d’un match entre deux joueurs de tennis? Comment réalise-t-on un match de tennis?  Voilà quelques unes des questions posées il y a quelques jours, lundi 28 mai au moment où des matchs étaient réalisés par plus de 20 réalisateurs sur 7 courts en simultanée.

Fred Godard venait alors de sortir d’une réunion de débriefing avec les autres réalisateurs.

Autant apprécié que « découpé » pour reprendre son expression, voici ses réponses à Media un autre regard.

(Je vous conseille auparavant la lecture des articles sur Le dispositif France Télévisions à Roland Garros et La réalisation à 4 caméras d’un match de Tennis à Roland Garros)

Comment réalise-t-on un match de Tennis à Roland Garros?
Fred Godard : On passe de courts équipés de 4 caméras à 18 caméras sur le court central Philippe Chatrier. C’est l’équivalent d’un prime time de football avec 22 joueurs.  Et pourtant au tennis, ils ne sont que 2 joueurs. C’est bizarre d’en mettre autant…

Effectivement,…
F. G. : Pourquoi en mettre autant ?
4 caméras permettent de voir l’échange. Pendant l’échange, à 80% du temps c’est même une caméra, le plan large qui est utilisé dans un seul axe.
Après, ce que tu travailles, ce sont les réactions avec des gros plans. En plus tu as des caméras divergées qui te proposent des images au ralenti dans les 3 autres axes. Tout cela est multiplié pour travailler toujours plus dans le détail.

Chaque année on a essayé d’augmenter le nombre de caméras.

Vous disposez aussi du système Cable Cam ACS au dessus du Stade de Roland Garros ?
F. G. : Le système ACS à Roland Garros , c’est un plan mondial. Roland Garros sans ce plan ce n’est plus possible aujourd’hui.
C’est important pour situer le lieu, pour l’image de Paris et de notre pays.

Cable Cam ACS – Roland Garros

Quand on redescend vers le terrain, ce que l’on veut voir c’est le jeu, ce sont les joueurs.

Por ce faire, on avait bien sûr au départ les plans de base : les plans larges sur l’échange et les plans serrés sur les joueurs pour les détails.

Ensuite on a eu envie de travailler les diagonales, au dessus et en dessous, et notamment en dessous pour montrer la vitesse. On ne pouvait pas montrer la vitesse vue depuis les cotés, car à la télévision c’est insupportable mais, par contre, dans l’axe et en contreplongée on la sent.

Et puis les moyens techniques se sont perfectionnés.

Vous utilisez effectivement des loupes et super loupes ?
(Pour définir la loupe Mohamed Hassani utilisait dans l’article sur la réalisation d’un meeting d’athlétisme cette image assez parlante : « Avec une caméra, quand il pleut, au ralenti tu vois des traits, avec une loupe tu vois des gouttes » 

La loupe permet d’enregistrer de 75 à 100 images par secondes soit de 3 à 4 fois plus qu’une caméra classique.

La super loupe permet d’en filmer des centaines. La caméra HyperSlow proposée dans le futur nouveau car Extender d’AMP devrait permettre de filmer jusqu’à 10 000 images/seconde en théorie et 2500 dans la réalité )

F. G. : La loupe existe depuis 10 ans. On en a mis une puis deux pour montrer le manche, la raquette, le jeu de jambes…
Et puis après on a ajouté la Superloupe. A Roland Garros, quand il fait très beau on arrive à obtenir 500 images par seconde. C’est énorme.

Quand tu l’as eu tu ne peux plus t’en passer mais tu ne peux pas supprimer le reste. On fait toujours du plus, du plus, du plus.

On est donc arrivé au taquet et j’ai supprimé les deux travellings au sol près des fleurs. Il y en avait un de chaque coté.

Le travelling suspendu ACS  installé en 2011 existe toujours dans le Court Philippe Chatrier?
F. G. : Oui c’est moi qui l’ai installé en 2011. Depuis, Madrid nous l’a repris. C’est chiant… C’est flatteur mais c’est chiant !

Je vais essayer de travailler sur d’autres technologies.

Le Speedtrack ACS cours Philippe Chatrier Roland Garros France Télévisions

(Un Speedtrack suspendu a été installé en 2011. Le voici en photo à droite. Pour en savoir plus sur ce système ainsi que sur le second cable cam …)

Lesquelles ?
F. G. : Ben je vais garder mes idées en fait !

… mais je pense qu’on peut voir un geste technique à 360°

(Travaille-t-il à de la recomposition d’images comme cela avait été testé sur Canal + lors d’un OM/PSG  (« Stitch & Data Augmented Video » de Sony)

Cela existe peut-être en 3D mais cela dépend encore de la manière dont c’est filmé. En 2D, tu peux le faire aussi. Comment? … Je ne te le dirai pas.

Cela te va ?

(Rires…) Non, cela ne me va pas mais je crois que je faire devoir faire avec !  Vous utilisez aussi des caméras remotes ?
F. G. : Il y en a depuis quelques années déjà sous la chaise arbitre. La première c’était en 1995 quand je suis arrivé et que Jérôme Revon réalisait le tournoi.

Il n’y avait d’ailleurs pas encore la cablecam. On a alors tout d’abord installé une grue de 60 mètres de haut. C’était la première fois où l’on voyait Paris. Cela a donné ensuite l’idée du câble aérien.

Les caméras remote permettent aussi aux joueurs de ne pas être gênés, même si désormais ils sont habitués avec les caméras. A l’époque c’était stricte, on n’avait donc placé qu’une caméra sous la chaise arbitre. C’était une première caméra indiscrète. Aujourd’hui cela parait évident pour tout le monde, on ne pourrait plus s’en passer. Mais à l’époque c’était révolutionnaire.

Deux plans de caméras – Roland Garros – France Télévivions

La réalisation d’un échange c’est 80% de plan large, disiez-vous. Comment le complète-t-on?
F. G. : Le plan large est indispensable mais il faut s’adapter à l’intensité de l’échange, à l’action. Il faut montrer ce qui se passe sur le terrain et à l’extérieur.

Quand je réalise je dois permettre la compréhension du jeu, l’aspect technique des choses, dans le détail, le ralenti mais aussi montrer la ferveur, la pression. Cette partie est un film dans le film.

Vous disposez de LSM pour les ralentis…
F. G. : Sur un match j’ai 5 LSM 4 canaux. On peut entrer 20 caméras, 20 axes.

L’enchainement des images au LSM est systématique, calée à l’avance?
F. G. : Non, je me souviens de l’action car je contrôle les caméras devant moi. Je sais exactement quel (opérateur) ralenti a quoi. En fonction de l’action qui vient de se passer je sais quel ralenti il me faut et donc je les demande.

En Athlétisme par exemple, des réalisateurs demandent aux opérateurs d’enchainer les images toujours de la même manière…
F. G. : Tu m’entraines vers quelque chose où on ne va pas être d’accord. Et en plus je vais me faire des ennemis. A une époque j’étais très critiqué. Quand je suis arrivé ici en 2000 je voulais faire changer les choses. Quand tu fais changer les choses, tu déranges les gens.

Quels étaient vos principaux changements ?
F. G. : Les plans débullés, les contrechamps… J’y allais… Je me suis fait découper par les américains, et l’année d’après il y avait cela à New-York. J’essuie les plâtres, je fais progresser la machine.  Il y a ceux qui suivent et ceux qui font.

Je fais partie des gens qui font mais malheureusement comme parfois tu es en avance, tu te fais découper.

Comment ont été choisis les autres réalisateurs ?
F. G. : Cela n’a pas trop bougé depuis 3 ans lorsque nous avons fait entrer 2, 3 jeunes que l’on a testés. Ça le fait à 4 caméras.

Fred Godard – Car Lille France Télévisions – Roland Garros – Crédits : Gilles Gustine

Après, la réalisation c’est un état d’esprit.

Quand on réalise un signal international la responsabilité est importante même sur un court à 4 caméras. Leur objectif, faire que l’on voit les joueurs, l’échange, un ralenti et un score. Et cela doit être répétitif. Il faut imprimer cette marque là. C’est plutôt bien fait à Roland Garros et j’y tiens.

Tu vois là je sors de réunion car j’ai checké tout ce qui n’allait pas. On débriefait.

Qu’est ce qui s’est dit en débrief ?
F. G. : Je leur ai dit : ce que tu fais là c’est pas bon, tu arrêtes tout de suite. Et ils m’ont dit oui, je suis nul ! Mais ce sont des gens gentils, des jeunes et des réalisateurs de France Télévisions. Il y a une grosse audience pour ces signaux internationaux et tout le monde est satisfait du travail que l’on fait. Nous travaillons sérieusement.

Nous on aime notre métier, on est des passionnés et on est gentils… Mais si, c’est important, essentiel même.

De nouveaux Courts vont voir le jour, allez vous travailler aux cotés de la Fédération?
F. G. : Normalement je dois être réalisateur conseil pour la Fédération Française de Tennis. J’ai déjà travaillé avec eux pour la charte d’habillage. Dix sociétés avaient répondu à l’appel d’offre. On en avait retenu 3 et au final nous avons choisi Seenk dont l’habillage a été ensuite adapté par Ids Sport (qui gère d’autres gros tournois comme Wimbledon).

S’il y a un nouveau stade couvert, je pense qu’il va falloir travailler sur de nouvelles technologies, avec internet, penser à l’usage via les tablettes, la HBBTV (la télé connectée).

Vous êtes aussi le réalisateur conseil pour la réalisation des matchs en 3D, cela implique de positionner les caméras autrement?
F. G. : Je suis aussi réalisateur conseil sur cette partie mais après il y a des spécialistes de la 3D… On en pensera ce qu’on voudra… Y a des bons réalisateurs comme Stéphane Foucoin et François Lanaud que j’aime beaucoup.  Mais c’est vrai que la 3D j’ai une idée très précise, mais pour le moment apparemment il y a des spécialistes !

Fred Godard est accompagné à la réalisation du tournoi et des matchs sur le court Philippe Chatrier par Christine de Saint Denis, scripte et par Fred Taborin son assistant de réalisation.

Fred Godard est par ailleurs le réalisateur conseil de BeIN Sport lancé il y a quelques jours en France.

Pour en savoir plus sur Roland Garros version Télé : le dossier


Media(s) un autre regard est en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

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