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25 juin 2012

Nicolas de Tavernost & Nonce Paolini à l’Université d’été du SNPTV, les meilleurs moments !

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Nonce Paolini, PDG de TF1 & Nicolas de Tavernost, PDG de M6 ne se produisent pas souvent en public et c’est bien dommage !

Et c’est encore plus rarement qu’ils interviennent ensemble. Ce fût pourtant le cas ce lundi 24 juin 2012, devant les publicitaires et annonceurs, lors de la 7ème université d’été organisée par le Syndicat National de la Publicité TéléVisée (SNPTV) dont TF1 et M6 sont membres. Une salle comble amusée et applaudissant ce joli numéro de pros de l’audiovisuel français. Un régal à LiveTwitter.

« Nicolas de Tavernost a un humour redoutable. C’est un garçon pour lequel j’ai une très grande affection et une grande marque d’estime mais il est absolument redoutable comme concurrent je vous le confirme » : Nonce Paolini.

Nonce Paolini, Nicolas de Tavernost, un duo quand il s’agit de rassurer les annonceurs et de les convaincre de la puissance de la télévision et de leurs chaines, un duel passionnant quand il s’agit de marquer la concurrence entre M6 et TF1. Un dialogue riche de bons mots et de vacheries teintées parfois d’une certaine mauvaise foi dont je vous propose les meilleurs échanges.

Une vision parfois commune, parfois différente de la situation actuelle et de l’avenir de la télévision et de ses déclinaisons.

Quand on a assisté à ce duo exceptionnel on ne peut que regretter l’absence à la dernière minute de Bertrand Méheut patron de Canal +. Celui-ci pourra cependant méditer cette célèbre maxime : Les absents ont toujours tord !

Dès le début de leur intervention modérée par Enguérand Renault du Figaro, le ton est donné.

Le simple fait que Nicolas de Tavernost passe un micro à Nonce Paolini lance le duo:

Nonce Paolini : Merci Nicolas. C’est assez rare que Nicolas me rende service. En général il me taille des croupières. Là il est aimable, surement parce que je suis le premier à intervenir ce qui lui permettra de rebondir. On est tous les deux ravis d’être là. Il nous manque Bertrand Méheut… il ne nous manque pas vraiment pour tout dire. (Devant un public déjà conquis et hilare)

Excusez-moi mais il faut bien rire un peu….

Avec Nicolas on partage au moins une conviction, c’est que la télévision est le cœur de l’écosystème qui vous (les annonceurs) unit au public, à vos prospects, à vos clients. Beaucoup aujourd’hui constatent que la télévision reste le média du partage, du lien social.

Dans les années 2008 2009, la pensée unique était de nous expliquer que le digital et particulièrement le web serait le fossoyeur de la télévision.

Le digital était la meilleur chance d’avenir de la télévision d’abord parce que cela a permis de donner à la télévision grand spectacle son écrin magique avec la Haute Définition et demain avec une définition comme le 4K ou le 8K. La 3D ne sera plus nécessaire pour avoir des définitions tout à fait exceptionnelles. Le Digital a permis de créer un lien nouveau avec nos différents publics en passant du Mass media au One to One et de créer une relation d’un nouveau type.

On était habitué à envoyer des programmes à un public très large avec des mesures d’audience sans forcément connaitre très bien les consommateurs en question. Aujourd’hui grâce au Digital on a la voie de retour grâce à nos relations avec les téléspectateurs. Par exemple, TF1 et Vous c’est 2 millions ou 3 de visiteurs uniques chaque mois.

C’est aussi l’occasion d’aller plus loin avec vous (les annonceurs) dans la relation avec le consommateur qui n’est plus qu’un téléspectateur. Il est un internaute, mobinaute, consommateur et le digital nous permet de jouer ce rôle tout à fait central qui fait que le lien n’est jamais rompu, au contraire on peut l’enrichir au fur et à mesure.

Voilà une idée qui est partagée par la plupart. La mesure d’efficacité sur les réseaux sociaux n’est pas tant d’y mettre de la publicité, c’est de faire en sorte que nos programmes, nos contenus puissent être partagés à distance par ces jeunes et moins jeunes qui, avec leurs tablettes, leur BBM ou smartphones, commentent à distance les programmes. Cela a remplacé la cour d’école ou la machine à café. Aujourd’hui on partage la télévision instantanément en même temps qu’on la partage avec sa famille.

Et juste un mot sur la télévision connectée, je vous rappelle qu’elles sont connectables et pas toutes connectées.

N. de Tavernost : Nonce Paolini pourrait être Président de M6 car je n’ai vraiment pas un mot à retirer à ce qu’il vient de dire. (Rire !)

Je voudrai seulement complémenter :

La première chose : il y a des modes à la télévisin, des modes reprises de manière virale et on s’aperçoit que ce sont de grosses erreurs.

Il y a eu une mode : dire que la fragmentation c’est synonyme de qualité. Elle n’est pas synonyme de qualité. On constate aujourd’hui un appauvrissement de la télévision par la fragmentation.

Deuxièmement la télévision locale est l’avenir de la télévision. Aujourd’hui, si vous avez de l’argent à perdre, investissez dans la télévision locale tant qu’il y en a.

La troisième remarque : La TMP (Télévision Mobile Personnelle) était le grand chantier d’il y a trois ans. La télévision mobile existait mais elle ne passait pas par la voie hertzienne comme nous l’avions indiqué aux autorités compétentes.

Enfin je me hasarderais à un pronostic : la 3D ne sera pas la vraie révolution technique à laquelle chacun s’attendait il y a deux ans puisque c’était la grande mode.

La seule chose qui est un invariant la dessus, comme Nonce l’a très bien dit, ce sont les programmes fédérateurs qui font la télévision. J’ajouterais, profitant qu’il (Bertrand Méheut) ne soit pas là qu’on a reçu une leçon il y a deux ans : seule la télévision à péage était l’avenir de la télévision car c’était la seule à pouvoir financer des programmes de télévision attractifs. Ce sont les mêmes qui proposent d’entrer dans la télévision gratuite aujourd’hui.

Je dirais : revenons à des choses simples : la télévision ce sont avant tout des programmes forts pour des chaines généralistes. Ce sont des programmes événementiels, ce sont des fictions, ce sont des magazines, ce sont de la téléréalité, la téléréalité ayant été la première à tester l’implication des réseaux sociaux et des réseaux interactifs puisque je vous rappelle que le Loft en 2001 a lancé la mode de l’interactivité à la télévision.

Nous, notre bataille est d’abord une bataille de programmes et de contenus, la protection de nos droits et ensuite de l’exploitation de ces contenus sur l’ensemble des supports.

De la télévision de rattrapage, nous avons toujours dit qu’elle serait une consommation additionnelle, une occasion supplémentaire de faire consommer nos programmes, de manière plus individuelle d’ailleurs que l’est la consommation primaire.

La deuxième chose, elle s’améliore d’année en année et nous pourrons arriver à 5 à 10% de l’audience de télévision qui viendra s’ajouter à la croissance de l’audience live de nos antennes.

Aujourd’hui l’Europe est en vraie difficulté et la France en particulier dans son domaine d’activité. On commence à voir chez nos clients les difficultés auxquels ils font face.

Faisons attention à ne pas raffiner l’exercice avec des pouvoirs publics toujours plus « solliciteurs », en terme d’obligations, d’engagements, de réglementations, en terme de normes. Nous avons à défendre notre métier , nous avons à défendre ensemble (annonceurs et diffuseurs) notre activité, des emplois.

Les pouvoirs publics seraient bienvenus de faire confiance aux entrepreneurs pour développer de l’activité sinon il n’y aura pas de programmes réussis.

Je sens un tournant dans l’activité économique aujourd’hui…

Il est alors complété par Nonce Paolini : Le numérique est un complément de recettes. Aujourd’hui, l’activité digitale de TF1 a accru son chiffre d’affaires de façon importante notamment sur la publicité vidéo. La catch up télé a énormément de succès et apporte un complément de recette intéressant.

Simplement, il n’est pas à la hauteur de la façon dont nos recettes se dégradent parce que la situation économique n’est pas bonne et que les perspectives restent très inquiétantes pour certains de nos annonceurs.

Ça ne remet pas en question le média télévision. Ces médias numériques sont des médias de compléments. Le grand écran du salon cela reste l’écran fort, les tablettes et smartphones sont des écrans de confort!

Il faut faire en sorte que la créativité puisse se développer dans un contexte règlementaire plus souple qu’il ne l’est puisque aujourd’hui on le sait, en France on a la réglementation la plus rigide que ce soit dans le secteur de la publicité que dans le domaine de la production et diffusion des œuvres.

Au fond elle est très contraignante pour les diffuseurs et en même temps elle ne permet pas la création d’œuvres qui s’exportent. A partir du moment où les œuvres sont financées l’exportation devient secondaire par rapport à d’autres pays où les œuvres doivent se financer avec l’exportation.

Ce qui est appuyé par N. de Tavernost : Ce n’est pas la télévision qui est en crise mais l’économie. Le média télévision se porte extrêmement bien. Généralement nos clients sont satisfaits et il est efficace. Il ne faut pas se tromper. C’est un peu différent de la presse écrite qui a un challenge : son produit.

La télévision a déjà intégré la révolution digitale, elle s’en sert.

La question des programmes :
Nicolas de Tavernost : Est-ce que les groupes et sociétés comme les nôtres auront les moyens de poursuivre leur financement des programmes?

J’ai deux ou trois recettes simples : Chaque télévision doit de plus en plus produire et chercher son propre programme pour être unique, pour protéger ses droits et notamment ne pas avoir à discuter avec les ayants-droit pour tous les devices. Notre métier est aussi de savoir s’entendre quand il faut aller attraper un programme qu’on ne veut pas laisser échapper notamment sur la télévision payante.

C’est ce que nous savons fait avec intelligence je crois avec l’Euro au bénéfice des deux (TF1 et M6) et dans un climat tout à fait cordial (cela fait sourire la salle)… avec des bonnes audiences chez nous mais aussi chez TF1… (rires salle)… On a fait un peu plus hier (Salle conquise!) un peu plus aussi avec l’équipe de France mais t’as pas eu le bon match dit-il en regardant Nonce Paolini. T’as pas eu de chance mais je pense que tu feras une très bonne finale !

Notre métier va passer d’un stade d’intermédiaire entre les fabricants de programmes et les distributeurs à un métier de producteur.

Nonce Paolini : Il faut créer des événements soit avec nos propres moyens de production soit avec des producteurs extérieur, c’est l’oiseau rare et c’est une quête permanente dans les tous les domaines des programmes, des programmes courts aux séries américaines qui représentent aussi des foyers de succès très grands pour les annonceurs.

Nicolas de Tavernost : En ce qui nous concerne nous continuons à augmenter les budgets alloués à nos programmes. Nous ne sommes pas dans une stratégie de réduction des coûts en matière de programmes.

La fragmentation est excessive. Le 12 décembre 2012 il y a aura 25 chaines, c’est trop. Il a eu un commerce « limite » de fréquences en France. C’est un vrai sujet.  Le temps de consommation devant la télévision n’est pas fonction du nombre de chaines mais plutôt de la qualité des programmes des chaines majeures.

Au sujet de l’arrivée du Groupe Canal + sur la télévision gratuite : Est-ce que le même acteur qui a le monopole du payant peut aller sur la télévision gratuite en profitant de ce monopole ? (N de Tavernost demande ensuite à pouvoir diffuser plus vite un programme non préacheté et non diffusé par Canal + , à revoir la TVA à taux réduit pour les abonnement payants ? )

Nonce Paolini : Canal + est devant l’autorité de la concurrence comme il est normal dans un processus de concentration. Et avec Nicolas de Tavernost on connait bien cette procédure puisqu’il m’a attaqué pendant 12 mois sur le sujet pour TMC et NT1. On est même allé jusqu’au Conseil d’état et là je dois dire que j’ai gagné sur Nicolas de Tavernost. Ce qui ne m’arrive pas forcément tous les jours. (Salle ravi du spectacle)

On croit toujours que Canal + est le financier de la création française, ce n’est pas vrai. Si l’on met bout à bout le service public, TF1 et M6, on représente trois fois en terme d’investissement la création par rapport à Canal +

La concentration des acteurs du marché ?
Nonce de Paolini : Il ne faut pas confondre deux choses : la multiplicité de l’offre et la multiplicité des acteurs.

Il n’y a pas un pays européen qui ait multiplié les acteurs comme l’a fait la France. Les pays européens ont proposé à des groupes que ce soit RTL ou Itv, Pro 7… de multiplier leurs canaux et leurs chaines. Du coup l’économie d’échelle pouvait être vertueuse. Du coup l’exploitation des droits pouvait être intelligente. La variété de l’offre est probablement meilleure qu’en France car ces groupes sont puissants.

Nicolas de Tavernost : On nous présente parfois comme un oligopole. Il n’y a pas de minute sans que Nonce ne rêve de la concurrence des différentes chaines et en particulier de M6. Et nous pareil. Je n’ai pas une minute de satisfaction tant que je n’ai pas le sentiment qu’on a fait ce qu’il fallait pour aller concurrencer TF1.

Vous en voulez encore?

Vous voulez voir le tacle de Nonce Paolini sur les audiences de l’Europa League réléguée sur W9 ? Vous connaissez la blague de l’interactivité et du bébé de l’Amour est dans le pré par Nicolas de Tavernost ?

Vous voulez en savoir plus sur leur vision de la Social tv en accompagnement avant, pendant et après la diffusion des programmes ?

Vous voulez entendre leur avis sur l’arrivée de Canal + dans la télévision gratuite et sur le financement des programmes de la TNT ? Sur la publicité sur le service public ?

Vous voulez entendre les interventions de Thierry Camas Président Gérant de Viacom International dont j’ai du faire l’impasse ?

Alors voici le replay de l’ensemble de la 7ème Université d’été du SNPTV filmé et hébergé par Eyedo :

Le spectacle commence à 2h28 et dure un peu plus d’une heure ! Régalez-vous … Et profitez-en pour découvrir la nature du discours et la personnalité de ces grands patrons.


Media(s) un autre regard est en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






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