Interviews

25 juillet 2012

Usain Bolt, l’homme le plus rapide du Monde, le film. Interview de Gaël Leiblang, réalisateur

Un tournage débuté en mars 2011. Un réalisateur cadreur, Gael Leiblang et Laurent Langlois au son. 8 mois de montage avec Frédéric Béraud-Dufour, un monteur de fiction. Un travail de Sound design pour la bande son…

Le résultat, un film documentaire de 90 minutes exceptionnel dans l’intimité de Usain Bolt, la star des Jeux Olympiques de Londres 2012 diffusé ce jeudi 26 juillet à 20h35 sur France 2 dans le décor spécial JO.

Une équipe légère et réactive, un cadreur et un ingénieur du son, la « French Touch », voilà ce qui a peut-être fait la différence auprès de l’équipe d’Usain Bolt entre la proposition de Elephant Doc (la société de Emmanuel Chain et Thierry Bizot) & Leiblang Productions et d’autres propositions américaines au moment de suivre en exclusivité mondiale Usain Bolt, le champion lors de ses entrainements et au milieu de sa famille à Kingston en Jamaïque mais aussi lors de plusieurs compétitions mondiales.

Un athlète particulièrement attendu aux Jeux Olympiques de Londres 2012 pour ses performances et ses records, mais tout le monde aura aussi en tête son faux départ aux Championnats du Monde de Corée du Sud, à Daegu lors d’un 100 m. Une incertitude qui pèse désormais sur toutes ses apparitions dans un stade d’athlétisme.

C’est d’ailleurs avec cette scène et les réactions à chaud privées d’Usain Bolt quelques heures plus tard dans sa chambre d’hôtel que commence ce film.

Usain Bolt, the fastest man alive, est distribué par Zodiak Rights hors de France. Une diffusion est déjà prévue dans plus de 25 pays. dont le Japon, les Etats-Unis, la Chine et l’Angleterre sur BBC 1.

Daniel Bilalian pour France télévisions a donné très vite son accord. France 2 est alors devenu le co-producteur de ce film dont le budget est de 500 000 euros. (Budget plutôt important pour un documentaire)

Comment se film a été réalisé ? monté ? Et comment Gael Leiblang a réussi à convaincre Usain Bolt et son entourage de le laisser le suivre pour ce film ?

La rencontre décisive, aux JO de Pékin :
Gaël Leiblang était accrédité aux JO de Pékin. Travaillant alors chez CAPA, il a pris un mois sabbatique pour réaliser des sujets pour Canal +. Comme il avait carte blanche il a choisi de filmer le contre champ de la course, de se focaliser sur la famille de Usain Bolt lors de la Finale du 100 m. Il savait qu’elle était présente dans le stade, mais où? Par chance il croise l’agent du champion qui lui indique leur emplacement dans les Tribunes.

Gael Leiblang filme alors la joie de la mère d’Usain Bolt et de sa fiancée au moment de la victoire olympique du champion. Le réalisateur du direct a déjà quitté Usain Bolt au moment celui-ci rejoint alors ses proches en tribune. Gaël Leiblang est alors le seul à filmer cette séquence d’embrassades en famille.

Le lendemain, Gaël Leiblang recroise Usain Bolt et lui propose de visionner les images sur son ordinateur portable. Le sportif « se marre » et lui demande de lui faire un DVD. Gaël Leiblang avait déjà un DVD sur lui qu’il lui donne de suite.

Six mois plus tard, Gaël Leiblang devenu producteur indépendant se rend à Kingstom pour un nouveau sujet sur Usain Bolt qui apprécie sa démarche et l’invite chez lui à la maison.

Usain Bolt pendant son entrainement dans sa piscine – Ph. Gaël Leiblang

Ce n’est qu’au moment des Championnats du monde à Berlin en 2009 que le projet d’un film pour Londres en 2012 se dessine. Le tournage débutera en mars 2011 en équipe légère, un réalisateur cadreur et un ingénieur du son.

GaëL Leiblang : Le tournage a été réalisé avec une caméra Sony XDcam 700 et à quelques reprises uniquement, comme lors de la séquence dans la piscine à la Gopro . Une petite Canon X1 a été utilisée en complément sur des séquences privées avec Usain Bolt. Notre objectif était de ne jamais le faire attendre, ne jamais lui demander de refaire telle ou telle scène pour la caméra, nous devions donc être une équipe légère et très réactive.

Nous avons tourné 60 jours sur 6 mois dont 3 périodes de 10 à Kingston puis lors de compétitions. Nous l’avons suivi lors d’entrainements et avons choisi non pas de l’interviewer régulièrement mais de réaliser une grosse interview à la fin de tout le tournage. Le reste du temps nous avons privilégié le live.

Pourquoi est-ce plus un film qu’un documentaire ?
G. L.: Pour la petite histoire, c’est la première fois que je montais avec un monteur de fiction, Frédéric Béraud-Dufour, le monteur habituellement de Fais pas ci Fais pas ça. Cela me plaisait de proposer des choses moins attendues que sur un documentaire. Est-ce que le montage aurait été différent avec un autre monteur, je ne sais pas mais certainement, là c’était intéressant d’avoir des codes de fiction.

En quoi est-ce différent ?
G. L. Cela peut se voir parfois dans la manière d’accélérer l’histoire, par exemple avec un travail d’ellipse plus important que ce que l’on se permet parfois en reportage ou en documentaire où l’on installe un peu plus les scènes.

L’écriture doit s’adapter au personnage que l’on filme. On est avec un mec le plus rapide du monde mais aussi un homme cool. Intellectuellement cela fuse aussi tout le temps, toujours une petite remarque, une petite réflexion à la caméra.

Usain Bolt est un bon client mais on a aussi découvert autre chose que son coté rigolo. Je dis toujours qu’Usain Bolt n’a pas d’âge. Parfois on a l’impression qu’il a 18 ans et la phrase d’après il peut avoir 55 ans. Il parle alors comme un maitre zen. Ce contraste permanent est intéressant. On ne sait jamais sur quel pied on va danser.

Nous avons aussi récupéré de nombreuses archives de courses en Full HD et d’autres en 4/3 et 16/9. Usain Bolt qui hurle après son faux départ est une image retrouvée au bout du bout d’un « feed » de réalisation de la compétition, une séquence enregistrée mais non diffusée alors pendant le direct. En visionnant tout en intégralité nous sommes tombés sur cette image incroyable.

Gaël Leiblang derrière Usain Bolt en Corée du Sud – Ph. Laurent Langlois

Le montage est aussi long car il y a de très nombreuses entrées dans le film. Je suis particulièrement content de la narration. On construit les personnages secondaires au fur et à mesure du Film. Quand on se retrouve à Daegu dans le film on les connait tous.

Dans la post-production on a été aussi vers quelque chose de différent. On est allé plus loin. On a travaillé le son, fait du sound design, cherché des effets sonores comme par exemple l’ajout de bruit d’avions pour appuyer la puissance incroyable de ce champion (1m96, 93 kg, une foulée de 2,70 m (41 foulées pour un 100 m) 9’58 pour un 100 m et 19’19 pour un 200 m)

On a vraiment essayé de chercher l’émotion en étant bien sûr au plus près de Bolt et de la réalité journalistique.

Au niveau de l’image, on est resté plus classique tout en cherchant à obtenir l’image la plus belle possible en tournant en full HD. On a aussi soigné l’étalonnage sur Symphony, un étalonnage réaliste même si nous avons un peu poussé dans les couleurs.

Vous avez réalisé un effet 3D sur des photos ?
G. L. : Il s’agit d’un détourage  réalisé par le monteur qui remet de la vie dans les photos. J’avais déjà utilisé cette technique en 2008 dans Le libre Joueur, un documentaire sur Michel Platini diffusé sur France 5 dans la collection Empreintes.

(Gael Leiblang a déjà un long parcours de réalisateur, il a notamment réalisé les premiers numéros de Harry Roselmank en Immersion sur TF1, et la série documentaire avec Diego Bunuel : Ne dîtes pas à ma mère que je suis … en Afrique, en Terre Sainte, en Corée du Nord (ce dernier documentaire a été récompensé par 4 prix au Festival du Scoop et du journalisme d’Angers en 2007)

Usain Bolt était-t-il équipé au son ?
G. L. : Nous avons travaillé à la perche et souvent au micro HF sauf pendant les entrainements. Usain Bolt est assez bon client et à l’aise dans la parole, à l’aise avec son image.

Tournage pendant l’entrainement d’Usain Bolt – Ph. Laurent Langlois

Le fait de visionner régulièrement vos rushs (90 h de rushs) entre plusieurs séquences de tournage a fait évoluer votre manière de tourner ?
G. L. : Non, pas vraiment car je filme donc j’ai mon écriture. J’essaye d’être toujours en alerte…  La force du doc est de capter ces petits moments de vérité, ces moments où cela bascule. J’ai aussi dû faire beaucoup de concessions sur le matériel avant de démarrer le tournage.

5D ? Alexa ? XD Cam ? Chaque format avait son avantage, l’Alexa de faire des images en 4K extraordinaires, le 5D pour sa réactivité et son grain. Je ne l’ai cependant pas choisi car il découpe beaucoup le sujet par rapport au fond or Usain Bolt est intégré dans le décor, dans sa Jamaïque. Il a d’ailleurs toujours refusé de vivre à l’étranger.

De plus, pour la livraison du film à l’international, nous devions livrer en 4:2:2 50 mbits. Il me restait donc l’XD Cam ou la XL 305

J’ai éliminé cette dernière car je savais qu’en basse lumière elle était un peu faible. Je suis parti sur une XD Cam Sony et je n’ai pas de regret : qualité d’images, souplesse d’étalonnage…

Coté optiques je suis très content des 21 x 7,6 de chez Planipresse. A de rares occasions cependant (séquences de photos, musculation), lorsque les scènes étaient plus statiques, je me suis fait plaisir avec des optiques Zeiss. Cela a été aussi le cas lors de l’interview finale tournée à deux caméras et avec une lumière plus travaillée.

Lors de la plupart des séquences, les discussions étaient en Jamaïcain, cela nous a obligé à scripter les rushs en montage et à être très attentif à ce qui se passait en tournage. Nous avons beaucoup travaillé à l’écoute, aux intonations. Pendant l’entrainement, les phases de récupération nous cherchions plus l’humanité d’un champion hors norme que la petite phrase, le scoop.

Nous voulions sortir du cliché.

Usain Bolt est-il justement uniquement cet homme jovial, cool, toujours souriant? Est-ce du Marketing ? L’avez-vous vu s’énerver ? (… complète un autre journaliste)
G. L : Quand des adultes bousculent des enfants venus faire signer des autographes, oui, il peut s’énerver. Quand sa mère est bousculée, il déteste ça.

Est-ce du marketing ? Disons plutôt que le marketing a trouvé chez lui un personnage et il en joue parfois notamment avec son geste sur le stade.

Usain Bolt a besoin de son public, il fonctionne avec eux, prend leur énergie.

Quand on le rencontre il faut aussi oublier notre culture et s’adapter à la sienne. On peu boire un verre avec lui le soir et pendant cette heure il sera pleinement avec vous. Le lendemain on peut à l’inverse avoir l’impression qu’il est totalement lointain. Ce n’est pas impoli juste une autre culture. Il faut nous débarrasser de nos codes. Autre exemple, chez lui il ne vous demandera pas si vous voulez un café. Vous avez soif ? et bien vous ouvrez le frigo et vous servez.

Gaël Leiblang a comme il le dit lui-même vécu Bolt pendant des mois. « Papa, tu ne vas pas encore me montrer un truc sur Usain Bolt » lui a demandé il y a quelques semaines sa fille de 5 ans de demi!

Et il va encore en manger pendant quelques semaines puisqu’il va encore suivre Usain Bolt pendant les JO de Londres et nous raconter cette nouvelle histoire d’un champion vainqueur ou vaincu dès la fin de cet événement, en août sur France 2.

En bonus, deux extraits de Usain Bolt, l’homme le plus rapide du monde / Usain Bolt, the fastest man alive :

Dès le lendemain de sa diffusion sur France 2 (Jeudi 26 juillet), Usain Bolt, l’homme le plus rapide du monde est aussi disponible en DVD / Blu-Ray, Editions Canal +.

Pour tout savoir sur les Jeux Olympiques sur France Télévisions, le dossier complet


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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






One commentaire


  1. agepmi

    Bonsoir,
    Quel très beau reportage, très émouvant. Usain Bolt est gentil, charmeur et quel sportif.

    Je ne pensais pas regarder car je n’aime pas particulièrement le sport à la tv, finalement je suis resté scotché, une très belle histoire, de très belles images, bravo à eux pour ce travail.

    Et merci aussi pour cette interview, parfait.
    Merci pour tout



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