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11 octobre 2012

Olivier Mégaton, réalisateur de Taken 2, le succès du box office : Interview … Action!

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Olivier Mégaton / Liam Neeson - Taken 2 - Europacorp

Comment se déroule une tournée promo internationale? Les coulisses de la réalisation d’un carton au cinéma en France et à travers le monde… Olivier Mégaton, réalisateur de Taken 2 en toute transparence… Mais aussi ses réflexions sur une presse française éloignée des goûts du public et son acharnement contre Luc Besson, sa collaboration à la nouvelle Ecole de la Cité. Et des illustrations inédites…

Pour la première fois sur Media(s) un autre regard, l’interview d’un réalisateur de cinéma…

C’était jeudi 4 octobre, le lendemain de la sortie française de Taken 2, une sortie consacrée par le public français (Plus de 1 million d’entrées déjà au bout de 5 jours). Le film était aussi déjà un énorme succès à l’étranger mais il fallait encore attendre la sortie aux Etats-Unis.

Taken 2 a depuis engrangé pas moins de 50 Millions $ lors du premier week-end aux Etats-Unis. C’est la plus grande sortie de tous les temps pour un film français et européen aux Etats Unis. Déjà 117 millions $ à travers le monde. Le film se place aux mêmes niveaux que des blockbusters comme The Dark Knight, Avengers, Spiderman…

Un énorme succès commercial inimaginable avant sa sortie pour Olivier Mégaton, ses producteurs et encore plus pour une grande partie de la presse française qui s’est déchaînée contre lui, nous dit-il dans cette interview d’une rare, étonnante et appréciable franchise.

Un beau cadeau à Media(s) un autre regard de la part d’Olivier Mégaton et des retrouvailles à titre personnel après avoir eu le privilège de travailler à ses cotés pendant quelques jours il y a déjà quelques années, le temps pour lui d’une parenthèse, le tournage d’une parodie des Experts pour TF1! (Une invitation de Cauet). Une expérience très riche pour moi… 

Une oeuvre de Olivier Mégaton

Cela fait déjà plus d’un an qu’Olivier Mégaton vit, mange, dort Taken 2, enfin presque car il y aussi la peinture, cet autre art qu’il pratique depuis des années. « Je ne peux pas arrêter, cela me permet de faire autre chose. C’est le moment où je ne dépends de personne et je n’emmerde personne. »

Le ton de l’interview est donné.

Olivier Mégaton a commencé la préparation de Taken 2 en août 2011, le tournage a commencé en octobre jusqu’en février 2012.

Quand a commencé la promotion de Taken 2 ?
Olivier Mégaton : Elle a commencé quasiment pendant le tournage du film. Désormais on a besoin d’inscrire ce genre de film en profondeur. Pendant toute la période du tournage la Fox a fait venir des journalistes, des équipes de tournage car c’est un moment unique.

On se retrouve d’ailleurs dans des situations bizarres, je me souviens d’une interview dans le hammam alors qu’on était en plein process de tournage.

La promo a continué pendant les 5 semaines de post production – sur 3 bancs de montage – avec de nombreuses interviews notamment de la presse US. Elle s’est poursuivie pendant l’été non stop et, à partir de septembre a démarré un impressionnant promo tour.

Quasiment un pays par jour avec des Press Junket , des interviews à la chaîne, et des grands « Table press » (Les acteurs, le réalisateur, le producteur tous installés à une même table dans le salon d’un hôtel répondent aux questions des nombreux journalistes face à eux) 

La promo est vrai métier en parallèle. Entre Liam (Neeson) et moi, je pense qu’on a du couvrir l’ensemble des médias du monde. C’est délirant, le film est sorti dans quasiment tous les pays du monde (65 pays), c’est monumental !

Quelles sont les questions qu’on t’a souvent posées lors de ces interviews à la chaîne?
O. M. : Il y a toujours entre trois et cinq même questions partout dans le monde : Comment en êtes-vous arrivé à réaliser ce film ? Pourquoi une suite à Taken 1 ? Qu’est-ce que cela fait de travailler avec Liam Neeson ? Comment on tourne à Istanbul ? Comment on travaille avec Luc Besson ? Y-aura-t-il un Taken 3?

Je suis assez catastrophé par la presse française et leur acharnement sur les films produits par Luc Besson et sur les films d’action. Cela devient systématique.

Ces questions de base sont parfois complétées de questions un peu différentes et qui varient selon les pays. En Angleterre on m’a parlé de violence, en Russie du thème de la vengeance.

J’ai aussi vécu une interview surréaliste à Los Angeles avec un journaliste qui s’était particulièrement bien documenté comme le font les journalistes américains et qui m’a interrogé pendant trente minutes sur Stanley Kubrick. Il savait que je suis un inconditionnel de ce réalisateur et cherchait des similitudes avec mon travail.

Cinq mêmes questions mais aussi cinq mêmes réponses de ta part ?
O. M. : Non, on essaye de changer mais aussi d’être malin en couvrant les cinq questions en une même réponse. On essaye de les éviter toutes pour aller vite notamment lors des Press Junkets car on enchaîne les journalistes et les mêmes questions. J’ai eu des interviews de parfois trois minutes seulement.

A l’inverse, aux Etats unis il m’est arrivé de participer à des tables rondes face à Variety, le Los Angeles Times, le New York Times et tous les gros magazines. Même si je parle anglais, je reste français, c’est impressionnant de se retrouver face aux poils lourds de la presse écrite américaine. Cela s’est au final très bien placé.

Et en France ?
O. M. : Je suis assez catastrophé par la presse française et leur acharnement sur les films produits par Luc Besson et sur les films d’action. Cela devient systématique. Faut faire James Bond pour les faire rêver. Ils ne sont pas dans la réalité du public. Cela me fait assez mal car c’est la seule presse qui réagit comme ça.

C’est aussi peut-être la presse que tu lis le plus ?
O.M. : Non pas du tout, je reçois des Sum Up ! (Les revues de presse) C’est intéressant de lire ce qu’écrivent Variety, le LA TIMES le NY Times ou l’Hollywood Reporter, de voir des journaux américains parler du succès coréen alors qu’ici personne n’en a parlé.

Malgré l’énorme succès du film, cela fait très mal, il y a eu un acharnement systématique et assez personnel d’une « nomenklatura culturelle », on ne sait plus vraiment pourquoi je me suis fait défoncé et pourquoi ça devient vite agressif, insultant. De l’autre coté, il y a un public géant, qui paye sa place, c’est assez facile de « vomir » sur un film tel que celui ci qui fait un succès mondial, pour se payer le producteur et au passage le réalisateur.

Je fais des films internationaux, ce n’est donc pas la presse française qui peut le plus m’aider ou me nuire, c’est une triste réalité, ce genre de film n’existe que par le public, sans personne. Ces critiques de la presse franco-française n’ont pas d’impact important sur le film, presque le contraire, mais si il s’agissait d’une réalisation d’un film d’auteurs ce pourrait être catastrophique pour une sortie qui aurait besoin de bouche à oreille. Je trouve ça assez cela lamentable, mais c’est de pire en pire, et puis je m’y suis blindé.

Si le cinéma va mal, la presse cinéma va mal etc. Critiquer c’est très français, c’est génial, il faut préserver cette particularité, cela fait partie de notre personnalité mais il faut savoir aller plus loin, et ne pas systématiser…

Dans le reste du monde, les gens veulent participer à un succès, ça les motive, ça excite leur curiosité, et ils le respectent. Ce genre de film peut ne pas être leur « came » mais ils se mettent à la place du public pour comprendre pourquoi ça fonctionne, et orientent leurs critiques là-dessus et non sur un ressenti personnel.

En France, je trouve que certains journalistes maltraitent le public. Première et Studio sont tout de même des magazines qui s’adressent à un grand public…

Et parfois c’est la cours de récréation. Dernier exemple, une grande chaîne hertzienne avait réalisé un beau sujet sur le film, mais la présentatrice qui a trouvé qu’on l’avait mal reçue lors de l’inauguration de la Cité du Cinéma a décalé le sujet du 20 h au 13h…

Dans le cinéma comme ailleurs aussi il y a probablement des réseaux réalisateurs – producteurs – journalistes/médias ?
O. M. : J’adore Haneke par exemple et il est assez évident que jamais quelqu’un ne dira du mal de son travail, depuis que Cannes l’a sacralisé comme intouchable. C’est lié à un milieu que l’on retrouve notamment dans ce festival, c’est presque un trip maçonnique. Il faut faire partie de ce sérail, et la décision de faire partie de ce club très fermé dépend d’à peine quelques personnes.

Le festival a réussi à imposer une sorte de charte avec quelques réalisateurs. Regardez le palmarès des vingt dernières années, tout le monde suit sans réfléchir, et on a presque l’impression que lors de ces dix jours se joue toute l’année du cinéma en France en terme de critique, c’est vraiment dommage que ce soit aussi fermé, aussi attendu à chaque sélection.

Je ne fais pas encore de films qui conviennent à cette règle ce qui ne me pose pas directement de problème mais je pense aux autres films qui devraient avoir la possibilité de se défendre lors de ce festival et ont du mal à pénétrer ce milieu très opaque.

La presse est désormais dans cette même logique, c’est un vrai miroir de cette charte de réalisation mais qui n’est plus la réalité des salles.

Taken 2 est un succès mondial malgré tout ça , comme quoi…

Extraits du Making of de Taken 2 – Olivier Mégaton – Europa Corp

Je ne suis pas pro américain, j’étais même plutôt un anti-impérialiste caractéristique au sortir de mon adolescence, mais il y a quelque chose que j’aime bien là bas, c’est l’esprit d’entreprise. Dans le monde du cinéma on dépend tous les autres. Si le cinéma va mal, la presse cinéma va mal etc. Critiquer c’est très français, c’est génial, il faut préserver cette particularité, cela fait partie de notre personnalité mais il faut savoir aller plus loin, et ne pas systématiser…

La Fox qui a sorti Taken 2 aux US et dans le monde a eu ces dernières années des problèmes importants. Ils ont été très impactés par la grève des scénaristes des séries. Au moment de la sortie de Taken 2, les autres studios sont solidaires de cette sortie, ils sont eux aussi derrière le film. Le marché est au plus bas depuis un mois, mettant en danger l’industrie du cinéma, un succès tel que celui-ci a remonté considérablement la fréquentation et tout le monde est soulagé maintenant.

Est-ce que l’on voit cela en France ? On en est bien loin, il y a toujours les querelles de clochers qui impactent notre industrie ciné.

Tout le monde est lié, de l’auteur au producteur au réalisateur au critique, à l’exploitant… Tous dépendent de tous. Même sur le net, lorsqu’on est blogueur et qu’on s’adresse à des très nombreuses personnes, on doit avoir conscience de sa responsabilité vis a vis de ce qu’on raconte, la politique de la terre brûlée c’est jouissif d’un point de vue perso et sans risque sur le net, mais ce peut être dévastateur dans le monde réel. Ce n’est pas comme si l’on parlait dans un café à des potes ou des collègues… On s’adresse à un grand nombre, et à des gens anonymes, on n’a pas le même rapport.

On a tendance à faire de grands raccourcis en attendant le prochain truc sexy à déchirer ou encenser, et on critique souvent sans vraiment se rendre compte du contresens, de l’ineptie de l’acte. Par exemple, comment peut-on parler de xénophobie ou de racisme dans mes films sans connaitre mon parcours, c’est une ineptie, un contresens majeur. Et pourtant il y en a qui ne se gênent pas pour faire ce genre de lecture zéro du film.

…je cadre tout le temps. Depuis mon premier court métrage jusqu’à mon dernier, je suis toujours dans le cercle des comédiens.

Plus jeune, je donnais des cours de graph en banlieue en France. Il y avait peu de gens autour de moi. On me disait que le graph cela ne s’apprend pas et pourtant j’en ai donné dans 250 villes. On parle d’Echirolles dans l’actualité. J’y étais il y a vingt ans pour donner des cours de peinture à de mômes, mais aussi à Gennevilliers, Nanterre,Vitry, Ivry, partout en France j’ai rencontré des jeunes passionnés. La plupart n’ont bien entendu pas fait carrière dans l’art mais cela les a structuré, ils ont un travail, une famille aujourd’hui et cette expérience les a aidé,structuré. Je suis très fier d’avoir réussi cela.

D’autres oeuvres de Olivier Mégaton

Parfois tu culpabilises d’avoir réussi et tu ne sais pas trop d’où vient ton succès, c’est alors important d’en aider d’autres, de donner des choses. Ces cours étaient un retour d’ascenseur que je me devais…

Je pense que Luc Besson l’a fait aussi à sa façon avec l’Ecole de la Cité, cette école de réalisateurs et scénaristes qu’il vient de monter à Saint Denis. Cela ne va rien lui rapporter concrètement à un niveau personnel de créer une école à part d’avoir la satisfaction d’arriver a découvrir ne serait-ce qu’un metteur en scène par promo qui n’aurait jamais vu le jour.

Luc Besson n’a-t-il pas justement aussi une certaine responsabilité dans ses relations difficiles avec les médias ?
O. M. : C’est vrai que les journaux ont un problème avec Luc Besson, et tous ceux qui travaillent avec lui on une image de crétins. Je ne caricature pas, c’est malheureusement réel, on porte cette triste image et ce n’est pas tous les jours facile de ne pas s’y attarder, de l’ignorer .

On avait besoin de studios cinéma, avec la Cité du Cinéma (La visite) on les a. Est-ce que cela va sauver le cinéma français, peut être pas, ne soyons pas démago mais cela fait vingt ans que cela aurait du être fait, mais pas par lui, mais par Gaumont, Pathe, UGC ou d’autres financiers du cinéma. Et pourtant ces groupes qui ont fait de nombreux bénéfices avec le cinéma dans leurs complexes ne l’ont pas fait.

Tu as tourné dans la Cité du Cinéma, tu va intervenir à l’Ecole de la Cité ?
O. M. : J’ai tourné quelques petites scènes complémentaires de Taken 2 en mai 2012 dans les plateaux des Studios de Paris alors que la Cité du cinéma n’était pas encore ouverte. C’était surtout symbolique.

J’aurai aimé qu’on me demande plus souvent ce que c’est que réaliser un film d’action parce que c’est surement ce qu’il y a de plus difficile à faire et dans l’esprit des gens ça a l’air tellement facile, et sans réflexion…

Bien sûr que je vais intervenir à l’Ecole de la Cité. On m’a demandé de les conseiller pour sa création car j’ai une expérience totalement différente de ce que l’on peut apprendre de façon classique dans une école.

C’est important de montrer à ces jeunes que la théorie ne suffira pas du tout à devenir ce qu’ils veulent devenir. Je suis un contre-exemple de la théorie et du schéma classique, en étant arrivé au cinéma par un concours de circonstances.

Et puis je sais qu’il y a des moments dans cette école où il va falloir déclencher des choses chez ces étudiants leur montrer d’autres options, d’autres pistes.

Pour revenir aux questions des « vrais » journalistes, en dehors des 5 questions habituelles y-a-t-il d’autres questions que tu aurais aimé qu’on te pose ?

O. M : Il n’y a pas de vrai ou faux journalistes mais seulement la passion… Concernant les questions oui, il y en a globalement cinq, même si certains sont plus curieux et s’écartent de la logique commerciale dans leur propre critique.

Par exemple, j’aurai aimé qu’on me demande plus souvent ce que c’est que réaliser un film d’action parce que c’est surement ce qu’il y a de plus difficile à faire et dans l’esprit des gens ça a l’air tellement facile, et sans réflexion… il y a deux process dans ce genre de film, l’un très constructif dans l’action, l’autre très expressif dans le jeu…

’essaie de privilégier le travail de direction d’acteurs, de prendre le temps de créer une émotion dans une séquence précise. Dans Colombiana avec Zoé Saldana, cela représentait 80% de mon temps. Cela commence d’ailleurs déjà bien avant le tournage, au moment de l’écriture, avec des dialogues qui mettent les comédiens à l’aise.

Storyboard d’une scène d’action de Colombiana – Réalisation Olivier Mégaton – Dessin de Jonathan Delerue / Europacorp

Faire exploser une bagnole on sait le faire. Je suis super content de le faire mais je suis si bien entouré par des gens comme Philippe Hubin et Michel Julienne par exemple ou par Alain Figlarz pour les combats. On travaille ensemble depuis très longtemps, et à chaque fois on pousse jusque ce que cela soit parfait mais c’est béton armé. Ils ont ma confiance intégrale et cela me laisse une partie de mon cerveau pour me concentrer sur le jeu et l’humain.

Une planche du storyboard de Transporteur 3 – Réalisation Olivier Mégaton – Dessin Jonathan Delerue / Europacorp

Tout est énormément préparé avant. On ne fait pas de previse (prévisualisation) car en France on n’a pas les moyens, on travaille alors toutes les scènes d’action en amont sur storyboard. Je travaille avec Jonathan Delerue qui est excellent.
On met aussi des chiffres (budget) sur chaque plan avant de décider de tourner ces séquences.

Créer l’émotion n’a rien de mécanique, on doit créer peu a peu une ambiance, une atmosphère propice à développer ce genre de séquence. Avant le tournage de la scène de fin, j’ai viré toute l’équipe du plateau, comme à chaque début d’une nouvelle séquence. Je suis resté seul sur le plateau avec Liam et Rade (Šerbedžija) pendant plus d’une heure.

On avait déjà préparé ensemble cette scène des semaines auparavant, mais là, sans un bruit, on a retravaillé les dialogues, le jeu, les placements, le rythme … On a créé un moment unique au cœur de ce décor de Hammam vieux de 600 ans, avec son acoustique… C’était le dernier jour de tournage en Turquie, Liam était exténué par ses combats. On était tous épuisés et c’est aussi pour cela que la scène est magique. Personne ne pourra oser me dire que ces deux mecs ne jouent pas bien à ce moment là. Et c’est pour cela que je fais ce métier.

J’aimerai qu’on me fasse parler de ces moments là. J’ai des milliers de souvenirs uniques, mais dès que ça sort des boum, boum, bang… ça intéresse moins…

Comme on le voit dans le court Making of public, tu as aussi la particularité de cadrer. C’est le cas de toutes les scènes ?
O. M. : Oui, je cadre tout le temps. Depuis mon premier court métrage jusqu’à mon dernier, je suis toujours dans le cercle des comédiens. A aucun moment je suis déconnecté de l’action. Quand ils regardent la caméra, ils me regardent. Avec Liam, un regard suffit, on se comprend, il voit mon émotion, il aime la discrétion. On ne se parlait que tous les deux en aparté.

Je ne peux pas me permettre de rester devant un combo à 50 mètres de la scène à moitié endormi comme trop souvent le font certains de mes collègues, et hurler. Moteur! … Coupez ! au talkie ou dans un porte voix…

Je comprends que des gens aient besoin de cela, moi j’ai besoin d’être dans le jeu, dans l’action dans l’humain.

En cadrant tu sais exactement quelle image tu as tournée ?
O. M. : Oui bien sûr. Je sais aussi ce que tournent le steadicam ou l’autre caméra à coté de moi. On se fait signe même pendant que je cadre. Je suis peintre à la base et je réalise comme je peins, je fais les choses, j’y participe et j’essaie de les contrôler au max!

Quelle était la configuration classique de tournage ?
O. M. : J’ai un système assez rôdé depuis quelques années. On tourne à deux caméras minimum ou trois caméras. En général je cadre le close up avec un zoom, je suis dans l’émotion, dans les regards. Le stead en parallèle est plus large et situe la séquence.

Et pendant les scènes d’action ?
O. M. : Je ne peux pas faire dix fois certaines scènes. Le train qui écrase une voiture ? Je n’avais qu’une voiture. La prise devait être parfaite. Alors j’ai mis 10 caméras dont une ou deux que t’envoies à l’abattoir ! Pour une cascade même si tout est préparé, tu ne maîtrises pas la roue qui se détache et va partir a 100 m de là, l’onde de choc qui bloque le déroulement de la péloche etc…

Un train qui roule à 70 km/h et qui vient éclater une voiture qui roule elle à 60 km/h, je te promets qu’il n’y a pas de caméra au monde qui peut supporter un tel choc, on essai d’être le plus précis possible, mais ce genre de cascade est tellement violente qu’il faut s’attendre à de la casse si minime soit elle…

On a fait des essais avec le 5D que, comme d’hab les dir de prod essaient de te vendre (euh, eh oh, bon ok c’est vrai!) … On en a «enterré» trois . L’électronique ne supporte pas de telles ondes de choc… Je ne suis pas prêt de tourner en digital.

Pour ce genre de cascade, au fil du temps on a appris à travailler avec le bon matériel, et éviter l’expérimentation. On tourne avec des petites caméras 35 Arri IIC et 2.35, 4.35 qui sont mécaniquement très solides, le digital on le laisse pour le moment de côté, trop fragile, trop lourd, trop peu pratique en terme de mouvement.

Planches du storyboard de scènes d’action de Transporteur 3 – Réalisation : Olivier Mégaton, Dessin : Jonathan Delerue / Europacorp

Pas d’effets spéciaux en post-production ?
O. M. : Je tourne tout en réel, je n’aime pas les effets spéciaux – Désolé Mac Guff !

Les post-prod de mes films sont de plus en plus courtes, les VFX (Visual Effect – Effets spéciaux visuels) se limitent à du « polishing » sur l’image, ce qui reste important mais n’a rien d’impressionnant. On s’en tient à enlever les câbles des cascades, ou à effacer des caméras, des bouts d’équipes, on aide l’image…

Avec quelle caméra cadres-tu ?
O. M. : J’en ai deux : La « big mama » comme l’appelle mon équipe, une 5 35 Arri Lite avec un zoom Optimo 24-290 , un gros zoom.

C’est ma caméra de jeu en général. Je cadre quasiment tous les plans serrés avec mais aussi des plans en très très longue focale.

Il y a aussi « My baby, » une toute petite Arri 2.35  très très technologique entre la ARRI 2C et la 4.35. Elle est très petite, légère, solide, malléable. Une vraie caméra stylo que tu retrouves au bout de la main alors que c’est une caméra scope 35.

Je ne fais pas un film sans une 2 35, ça s’habille et se déshabille très vite et cela s’emmène n’importe où . La Big mama avec un zoom Optimo, c’est mon outil de travail. Pour le jeu…

Tu tournes aussi avec des Go pro pour des scènes d’action ?
O. M. : Je suis trop exigeant avec l’image pour utiliser ce type de camera . La Gopro reste une caméra de making of, ou pour se faire des trucs sympas au ski entre potes. Non, je plaisante mais il y au écart de def’ tellement énorme que ce n’est pas très sérieux d’imaginer inclure un plan à la go pro dans un film qui sera projeté sur une écran de 15 mètres de base…

Tu réalises de nombreuses prises malgré le manque de temps ?
O. M. : Je fais peu de prises mais beaucoup de plans. Dans les scènes de comédie cela reste limité mais j’aime la variété des plans. J’aime bien le cinéma de David Fincher, un cinéma très intuitif. Mon idéal serait de tourner en plan séquence, mais mes derniers films m’ont conduit à un autre langage…

Y-avait-il une seconde équipe de réalisation ?
O. M. : Non, je n’en ai pas. Les inserts je les tourne pendant le tournage. Je prends une partie de mon équipe et on tourne en parallèle sur un plateau 2. La séquence pendant laquelle Bryan Mills (Liam Neeson) compte dans sa tête dans un Van a été tournée dans un plateau à coté parce qu’il fallait tourner la scène avec peu de gens, on l’a faite à trois. Il y a des choses trop précises pour que 80 pèlerins tournent autour…!

Tous les plans sont préparés à l’avance, la méthode de tournage est très précise, super rodée, je ne reviens pas au montage avec un plan qui me manque…

Olivier Mégaton / Liam Neeson – Taken 2 – Europacorp

Certaines scènes sont cependant tournées, retournées plus tard si nécessaire ?
O. M. : Premièrement on ne peut plus se le permettre. Mais, il nous arrive très rarement de tourner quelques unes mais quand tu tournes aussi vite et que tu n’as que cinq semaines à trois monteurs pour monter le film, tu as intérêt à ne rien oublier.

On fait alors de petits retakes, une main sur un téléphone… En une demi heure avec la même veste et tu y arrives.

Cinq semaines de montage ?
O. M : Oui, cinq semaines avec trois monteurs. Une sacrée organisation après des semaines de tournage intense pour y arriver. Après quatre mois et demi de tournage, il a fallu attaquer de suite. J’ai arrêté le tournage un vendredi et samedi matin 9h, j’étais à la salle de montage pour un nouveau marathon 7/7 16 heures par jour.

Je prend toutes les choses que je fais au sérieux mais je ne me prends pas au sérieux contrairement à ce que beaucoup de gens pensent ou voudraient faire croire. Il n’y a pas pire juge que moi-même.

Ce n’est cependant pas un exemple, j’aurai préféré avoir 15 semaines mais la Europa (Corp) s’était engagée avec la Fox sur ces délais, infaisables.

Le montage avait commencé avant la fin du tournage ?
O. M. : J’ai pour habitude de faire commencer mon monteur au bout de trois semaines de tournage. Il prémonte des séquences, comme il peut vu que l’on ne tourne quasi jamais dans la continuité. Il me monte un premier trailer avec les premiers rushs. Je le montre aux équipes de tournage. C’est très important car les équipes ne voient pas les images pendant le tournage. Cela les rebooste, leur permet de voir pourquoi ils travaillent, c’est la moindre des choses que je puisse faire pour eux.

Et pour moi, ce trailer est une bonne première vue du film, il est fait sans marketing, juste avec le premier mois de rushes, c’est assez intéressant de voir le premier « Mood » du film.

Cela ressemble à une première bande annonce … Comment est-elle réalisée? Qui décide ?
O. M. : En montage, avant le passage de l’équipe marketing, on réalise trois ou quatre bandes annonces. Elles sortiront ou ne sortiront pas peu importe, c’est ma vision avec mes monteurs.

Le marketing arrive alors avec ses chiffres, ces courbes ses camemberts et avec des idées plus ou moins justes. Mais in fine je me trompe rarement. Ainsi, par exemple, notre premier teaser était mauvais mais je les avais prévenu bien avant. Ils avaient choisi le mauvais monteur pour ce genre de travail. Quand on connaît par cœur le film, et son potentiel, on ne se bat pas par ego mais vraiment pour la qualité du film. Quand un teaser n’est pas représentatif du film je le dis, c’est la première vitrine de mon travail.

Apres ce mauvais premier teaser, le marketing a finalement décidé de se tourner à nouveau vers mes monteurs, et là, on a vu une série de teasers et de trailers vraiment représentatifs du film, et très proches de l’idée qu’avaient eu les gars du marketing de la Fox, de leur coté.

La bande annonce ce n’est pas le film en accéléré c’est que le spectateur a envie de voir du film. Il faut un minimum de rêve. Parfois j’utilise d’ailleurs d’autres prises que celles du film dans la bande annonce parce qu’elles correspondent mieux dans son montage.

Il y a de nombreuses bandes annonces selon les pays et les cibles. Aux Etats-Unis, il y a quelques jours, ils ont fait fabriquer un trailer spécial pour la cible féminine de 25-35 ans parce qu’ils ont relevé un mou dans les « tracking numbers » sur cette cible. Une cible comme celle-ci, aux Etats-Unis, cela représente des millions de personnes, c’est donc important.

Avec un peu de recul maintenant, et connaissant les records d’entrée en salle, y-a-t-il des scènes dont tu n’es pas tout à fait satisfaits ?
O. M. : Bien sûr, beaucoup. J’ai toujours du mal à regarder le film. Cela a toujours été la même chose depuis mes premiers films.

Je prend toutes les choses que je fais au sérieux mais je ne me prends pas au sérieux contrairement à ce que beaucoup de gens pensent ou voudraient faire croire. Il n’y a pas pire juge que moi-même. Les gens ne se rendent pas compte à quel point je peux être dur avec moi-même.

Ces bons résultats sont quand même une période agréable à vivre…
O. M. : Depuis les premiers bons chiffres, je déguste ces jours. Ce n’est que du bonheur. Cela ne va cependant durer que quelques semaines et on va passer à autre chose.

Après ces bons chiffres va arriver le moment le plus tendu, le moment où il faut rebondir sur d’autres projets. Et plus ça va monter haut plus ce sera dur pour moi, le contraire de ce quel les gens pensent.

Quels sont tes projets au cinéma ?
O. M. : Je travaille sur Land of the living, un thriller inspiré d’un livre britannique, je travaille dessus depuis 4 ans. C’est un projet très ambitieux donc je ne suis pas encore sûr que ce soit mon prochain film.

Je vais aussi lire les très nombreux scriptes qu’on m’a envoyés et puis j’aimerai quand même bien refaire aussi un film en France.

Tu as aussi je crois vendu les droits d’une série aux Etats-Unis. Peux-tu nous en dire plus ? Quelle est l’idée ?
O. M. : je développe depuis quelques années un projet de série d’anticipation type Fils de l’homme, je suis en train de le développer aux US. Avec leur infrastructure, leurs idées, leurs moyens, j’y arriverais mille fois plus vite et mieux qu’ici .

Un très grand merci à Olivier Mégaton d’avoir pris le temps d’accorder cette interview à Media(s) un autre regard et pour la mise à disposition de ces très riches illustrations.

A lire aussi : Transporteur – la série (bientôt sur M6) : Episode 1 : Comment repérer un tournage? Episode 2 : Les moyens techniques et humains, la feuille de service / Episode 3 : Les coulisses du tournage d’une scène à Paris / Episode 4 : une histoire de caméras


Media(s) un autre regard est désormais en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

Vous pouvez cependant continuer à suivre les commentaires sur l’actu TV sur le fil Twitter et sur mon compte personnel : @Emmanuelmatt

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






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