Coulisses des émissions

26 octobre 2012

19h Paul Amar le samedi sur France 5, interview du journaliste « spectateur engagé »

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Un nouveau décor, un direct depuis le Studio Gabriel pour la première année, un nouveau titre d’émission : 19h Paul Amar. Observateur, médiateur, commentateur de l’actualité que son émission décrypte : Interview de Paul Amar qui nous livre son point de vue sur son métier de journaliste passionné d’info…

Un samedi, il y a deux semaines dans une loge du Studio Gabriel, quelques minutes après la réunion conducteur et avant les répétitions techniques du direct de 19H Paul Amar, le journaliste / producteur a bien voulu répondre aux questions de Media(s) un autre regard.

Paul Amar a été aux commandes du 19/20 sur France 3 puis du 20h de France 2, chaîne qu’il quitte en 1994 pour animer différentes émissions sans en être le producteur. Cela change en 2002 quand Jean-Pierre Cottet lui propose de créer sur France 5 une émission pour les jeunes : 109. Il crée alors No-Mad Prod.

Paul Amar : Il y a 10 ans, Jean-Pierre cottet m’a proposé de créer une émission pour les jeunes : 109. Jusqu’à là je travaillais pour des producteurs, ils étaient sympathiques mais il y avait toujours trop d’interlocuteurs. J’ai demandé à produire pour des raisons éditoriales bien plus qu’économiques. Cela me faisait d’ailleurs un peu peur car je n’avais jamais été producteur. J’ai une directrice de production qui me fait tous les comptes ce qui me permet de m’impliquer totalement dans le contenu et d’en être le rédacteur en chef, et c’est mon bonheur.

Je m’implique énormément dans le contenu, je reste foncièrement journaliste.

Sans expérience de production, comment avez-vous choisi votre équipe ? On fait appel à des personnes que l’on a croisé tout au long de sa carrière ?
P. A. : En 10 ans je n’ai eu que deux directeurs de la production. Je travaille beaucoup dans la fidélité. On m’a présenté la précédente directrice de production qui est restée quelques années avant de partir faire quelque chose d’autre ce qui est tout à fait compréhensible. Laurence Argelier, la directrice de production actuelle est à mes cotés depuis déjà trois ou quatre ans.

Réunion de conducteur de l’équipe de 19h Paul Amar – No-mad Production

J’ai aussi une collaboratrice extrêmement fidèle, Laetitia Allemand, cela fait 15 ans qu’on travaille ensemble. Elle m’a rejoint à l’époque de Recto Verso.

J’engage souvent mais pas uniquement des jeunes que je forme. Certains d’ailleurs après une bonne formation me quittent…

Vous leur en voulez quand ils vous quittent ?
P. A. : Quand je les aime beaucoup oui je leur en veux, j’ai du mal à me séparer des gens… Mais cela ne dure pas.
J’ai hésité entre enseignement et journalisme, j’aime être au contact de plus jeunes que moi comme moi j’ai été au contact d’ainés qui m’ont beaucoup donné. Je pense à Yves Mourousi ou à Jean Marie Cavada. Je reproduis cela avec des jeunes qui ont parfois déjà travaillé ailleurs et qui cherchent un emploi.

Vous n’en avez pas piqué aux collègues ?
P. A. : Non, je ne l’ai jamais fait. En revanche certains concurrents l’ont fait.

C’est terrible… Ils savent que j’ai formé tel ou tel pas seulement sur le contenu. J’ai eu la chance d’exercer de nombreux métiers. Je pense avoir couvert pas mal de fonctions à l’exception de la réalisation et de l’animation de variétés et de sport. Cela permet de connaître pas mal de corporations et de partager cette expérience… Et puis ils me les piquent. Je ne suis pas content !

Vous voulez dire que les professionnels regardent vos émissions et se servent ! 
P. A. : Dans ce métier on se connait tous. J’ai pas exemple travaillé pendant 10 ans avec Renaud le Van Kim qui a été mon réalisateur. Les uns, les autres on sait comment chacun travaille. Dans notre milieu d’initiés, on sait très bien qui fait quoi, qui est bosseur ou pas… qui est fumiste ou pas, chiant ou pas…

Certains prennent un malin plaisir à débaucher, je ne le fais pas. Et quand je recrute en juin et juillet quand je sais que j’ai une émission, à âge égal et à statut égal, je choisis celui qui n’a pas de boulot. C’est ma fierté à moi de créer quelques emplois.

Dans le métier vous disiez qu’on sait qui est « chiant » ou pas ! Quelle est votre réputation dans le milieu?
P. A. : Je crois que j’ai l’image de quelqu’un de fraternel, convivial mais exigeant. Vous pouvez traduire cela en « chiant » mais je dirais exigeant. Une exigence que je m’applique bien sûr à moi-même.

Ce n’est pas de la tyrannie, je tiens compte des jours de repos et de l’évolution de la société. Quand j’avais 23 ou 30 ans, dans ce métier, on était corvéable à merci. Aujourd’hui les 35 heures sont passées par là auxquels il faut ajouter l’évolution des mœurs avec le loisir qui compte autant que le travail. Je dis ça sans aucun jugement, c’est un constat que je fais. Ma génération s’est construite socialement par le travail. Je reste au « addict » total au travail. Parfois cela créée des malentendus, mais je m’adapte.

Vous ne commencez donc pas à envoyer les premiers mails pour la prochaine émission dès le dimanche ou le lundi (…lundi qui est le jour de récup’ pour les équipes) ? :
P. A. : Non jamais. Le seul contact que j’ai, et c’est elle qui m’appelle et qui est totalement atypique dans sa génération, c’est avec Laetitia Allemand, sur le pont 7 jours sur 7. Elle est comme moi.

Je suis spectateur dans l’exercice de mon métier, engagé dans le regard que je porte sur la société et le choix des thèmes que je peux proposer.

Vous êtes donc au contact permanent de l’information ?
P. A. : Je m’adapte à la nature de l’émission que je présente. J’ai une capacité d’adaptation assez exceptionnelle. C’est peut-être lié à ma vie. J’ai quitté l’Algérie à l’âge de 11 ans, il a fallu s’adapter. On n’avait alors plus rien.

Et comme je suis un peu monomaniaque… Enlevons le « un peu » !… Je m’adapte à l’émission que je présente depuis cinq ans mais c’est aussi un plaisir. J’anime une émission qui parle de l’actualité de la semaine. Cela veut dire qu’il faut être aux aguets en permanence. Le premier réflexe le matin, mais un réflexe que j’ai toujours eu : l’actu l’actu, l’actu… l’actu mais de façon distanciée.

Lorsque j’animais Recto Verso c’était très différent. Il s’agissait d’interviewer des artistes et je me suis donc adapté. J’étais alors sans arrêt lecture, théâtre, ciné etc. Je m’attachais à la culture et délaissais l’info quotidienne.

Quand je recevais un écrivain, je lisais tous ses livres au point de ne plus dormir. Vous pouvez regarder trois films dans une même journée mais trois livres c’est impossible. J’ai d’ailleurs expliqué aux éditeurs que j’arrêtais les auteurs de livre pendant quelques temps.

L’actu « de façon distanciée », ce n’est pas le 20h.
P. A. : Oui, encore que les 20h ont évolué et ils s’arrêtent parfois et c’est une très bonne chose, sur un événement qu’ils vont décrypter. C’est notamment le cas sur France 2, et TF1 commence à le faire. Cela correspond à un besoin des téléspectateurs et l’émission que je présente comme d’autres y répond.

Je suis l’actualité quotidienne et je suis attentif aux évènements qui méritent qu’on s’y attarde et qui méritent décryptage.

19h Paul Amar , le samedi sur France 5

Les 20h ne devraient-ils pas encore aller vers l’investigation. Ils sont les seuls à pouvoir encore le faire…
P. A. : Ayant présenté le 1920 et le 20h pendant des années, je ne veux pas me poser en donneur de leçon, mais j’essaye de comprendre. Je pense que c’est faute de temps. Le 20h durerait une heure, ils pourraient le faire mais en 35 minutes…

Un journal de 35 minutes contient déjà de très nombreuses images. Je constate d’ailleurs une consommation effrénée d’images par les téléspectateurs, lecteurs, auditeurs, internautes… à qui il faut donner toujours plus. On est dans une surenchère permanente qui est inquiétante car on bouffe de l’image comme du Mac do. On ne trie plus rien, d’où la nécessité de faire ce type d’émission.

Dans ma vie, j’ai toujours eu deux démarches même quand je présentais l’info hard news quotidienne : du journalisme basique « le chien a mordu le chat » mais j’ai toujours essayé de répondre aussi à la question « Pourquoi le chien a-t-il mordu le chat ? »

Votre rôle dans cette émission est avant tout de passer la parole ou aussi de donner un point de vue ?
P. A. : Donner un point de vue non…

Vous ne le donnez pas en choisissant vos invités?
P. A. : Bien sûr, bravo (Qui a un bon point ? ! et ptet bientôt une image ?!) Votre remarque est pertinente. J’ai choisi la posture de médiateur, j’essaye d’avoir une grande « neutralité » j’essaye en tout cas de proposer un équilibre des points de vue.
J’ai vécu aux Etats unis et j’aime le journalisme à l’Anglo-Saxonne. Contre vents et modes, je plaiderai toujours pour un équilibre des points de vue. Pour moi c’est capital.

On peut penser que je n’ai pas de point de vue mais vous avez raison de le dire, il peut se lire de façon subliminale dans le choix des invités, dans le choix des thèmes, dans la prédilection pour tel ou tel thème.

Tout ce qui est atteinte aux droits de l’homme, tout ce qui est homophobie, atteinte à la démocratie, toutes les idéologies tyranniques, dictatoriales et dangereuses, cela m’intéresse bougrement. En choisissant ces thèmes j’exprime de façon subliminale, mais pas sournoise car je l’assume, un certain regard sur la société dans laquelle je vis.

J’aime la très belle formule de Raymond Aron : Un spectateur engagé. Je suis spectateur dans l’exercice de mon métier, engagé dans le regard que je porte sur la société et le choix des thèmes que je peux proposer.

19h Paul Amar c’est en direct mais un samedi soir. Comment éviter d’être une émission bilan qui ne fait que remontrer ce que l’on a déjà vu plusieurs fois tout en ne pouvant pas plus être l’émission qui débute la semaine suivante ?
P. A. : On ne va pas se mentir, c’est le pire créneau pour une émission d’actualité. La direction de France 5 sait que je le pense, je le leur dis depuis 5 ans.

Au départ, quand Patrice Duhamel m’a placé à cet horaire, c’était un choix très intéressant car il s’agissait de m’installer sur le numérique qui était alors un désert.

(France 5 partageait alors en hertzien un canal avec Arte. France 5 occupait l’antenne jusqu’à 19h avant de laisser place à Arte. Seuls les téléspectateurs équipés du satellite ou du câble pouvaient continuer à suivre des émissions comme celle de Paul Amar sur France 5 après 19h00)

L’émission était alors rediffusée en hertzien le dimanche de 12h30 à 14h et on faisait un carton. Dès les premiers mois on tournait à 600 000, 800 000, c’était magnifique.

Et pour des raisons que je n’évoquerai pas, mais les faits parlent pour moi, Patrice Duhamel a supprimé la diffusion du dimanche. Ne restant que sur le numérique le samedi soir on a ramé. On avait tous les handicaps possibles.

Lesquels ?
P.A. : On a commencé sur le désert numérique. Mais on a réussi à fédérer un public qui est désormais fidèle et c’est notre plus belle récompense. L’émission gagne encore à être connue mais quand quelqu’un a regardé l’émission, il revient. On a une relation de fidélité forte avec ceux qui regardent l’émission.

(L’émission a réalisé une audience moyenne de 307 000 téléspectateurs sur les cinq premières émissions, en légère baisse sur la saison précédente : 347 000 en moyenne. France 5 précise que l’émission progresse toujours en cours de saison) 

Si l’on excepte le 1920 qui répond à un besoin d’information au quotidien, le samedi, à cette heure, correspond à un créneau de divertissement. C’est un moment d’entre deux. Les gens qui regardent la télé ont envie de se détendre, de ne pas penser aux soucis de la semaine précédente ni de celle à venir.

La télé c’est du bon sens. La plupart des gens recommencent à s’intéresser à l’info le dimanche. Cela explique le succès des émissions d’info de fin d’après-midi le dimanche dont C Politique.

Vaincre ces « handicaps », cela se joue aussi par le choix des invités? 
P. A. : On se bat comme des malades pour avoir les invités surtout que je demande à l’équipe d’être réactive à l’actualité. Ils bossent vraiment bien.

Les invités savent aussi où ils mettent les pieds. Je pense qu’il y a une relation de confiance. Je ne triche pas avec l’invité. Quand c’est une interview c’et une interview, quand c’est un débat, c’est un débat. Certaines ne veulent pas débattre, ils ne viennent pas.

Les invités de la dernière partie sont programmés par Laëtitia Allemand longtemps à l’avance, c’est un peu une sécurité pour nous. Décrypter l’actualité c’est aussi décrypter l’actualité culturelle. Cette dernière séquence est aussi là pour détendre un peu le téléspectateur, sourire un peu.

En proposant une émission globale sur tous les registres, on a réussi à attirer un public divers.

Une nouvelle émission marquée aussi par un changement de nom ?
P. A. : Je vais être honnête avec vous, l’émission a cinq ans, elle marche bien, la courbe est ascendante, la chaîne est contente de l’émission mais a souhaité et je l’ai compris, la faire évoluer.

Elle m’a demandé de réfléchir à un nouveau décor, que l’on a conçu avec Michel Hassan (le réalisateur), avec Christian Maury, le décorateur et François Roux à la lumière.

On a vraiment travaillé tous ensemble et la chaîne est très contente de cette modernisation.

Le décor de 19h Paul Amar installé au coeur du Studio Gabriel

Mais pourquoi avoir supprimé le public ? (Une mauvaise idée d’après moi)
P. A. : La direction de France 5 a supprimé le public… 

Et le nouveau titre, une histoire d’égo ?
P. A. : Non, je n’ai plus l’âge pour cela. C’est aussi un choix de la chaîne.

On a forcément un égo quand on passe à la télé…
P. A. : On répond à un besoin d’égo énorme bien sûr ! Mais après, le besoin se dissipe sauf pour certains que je ne citerai pas ! (Son émission ne pourra décidément jamais s’appeler Ca balance à Paris !)

J’ai accepté le changement car j’étais contre le nom « Revu et corrigé » depuis cinq ans ! « Corrigé » c’était très présomptueux, corriger qui ? corriger quoi ? Mais le choix du titre appartient à la chaîne.

Pour 19h Paul Amar je reconnais que Bruno Patino (Directeur de France 5) et Pierre Block de Friberg (Directeur de l’antenne) ont un argument qui a fini par me convaincre, mais au bout de quelques semaines seulement : Quand on lit dans les programmes Revu et corrigé on ne sait pas ce que c’est. Quand on lit 19h Paul Amar on sait avec qui on a rendez-vous et à quelle heure. Le titre donne une information. J’ai fini par accepter.

Mais je ne voulais pas que mon nom apparaisse partout dans le décor et je pense qu’avec mon comportement on voit bien que je n’en fais pas des tonnes.

Le direct reste très important pour vous ?
P. A. : C’était important pour la chaîne et pour ce type de programme, oui, bien sûr. Cela nous permet d’être très réactif.

Il m’est arrivé de détricoter l’émission le samedi matin pour en proposer une autre aux équipes l’après-midi. Par ailleurs, j’en ai besoin. Ce tract, cette tension, cette mise en danger, c’est mon adrénaline. Enfin, c’est un respect que l’on doit à nos invités. Je sais qu’il y a des animateurs qui tournent et qui montent toujours à leur profit parfois au détriment de leurs invités…

Vous voulez parler d’une émission diffusée à la même heure que 19h Paul Amar ?
P. A. : (Grand sourire), Hein ? …. Je déteste cela.

Il m’est arrivé d’enregistrer à cause de la campagne électorale parce qu’on ne pouvait pas faire l’émission en direct. Je me suis trompé d’une date dans un lancement. Marine (la scripte) me dit : tu t’es trompé on va la refaire. Mais comme je voulais enregistrer dans les conditions du direct comme je le fais toujours dans ces cas là, je lui ai répondu non on continue, c’est pour moi. Je sais que certains animateurs se bonifient au montage…

C’était différent pour Recto verso, quand j’interviewais les artistes. On était dans une démarche plus artistique, plus proche d’un film.

A lire aussi : un samedi dans les coulisses de 19h Paul Amar au Studio Gabriel


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