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27 novembre 2012

Déborah Huet, productrice de La France a un incroyable talent sur M6 : « Feel Good! »

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Des artistes face au jury de La France a un incroyable talent - Fremantle Media / M6

La France a un incroyable talent sur M6, c’est : un casting très varié et surprenant parfois (plus de 130 numéros), trois membres du jury et leurs votes rarement consensuels, deux animateurs vifs réagissant en coulisses au spectacle et aux choix du jury, une équipe de production et de réalisation. A leur tête, une productrice chez Fremantle Media : Déborah Huet. Interview.

Ce mardi soir, M6 diffuse la dernière des émissions enregistrées, les auditions. Dès la semaine prochaine, place aux directs sur M6, non plus le mardi mais le mercredi soir en prime time.

Voici ce que nous expliquait Déborah Huet, début septembre, quelques jours après la fin de l’enregistrement des auditions pendant cinq jours de tournage et alors que le montage venait de commencer.

Avez-vous été satisfaite par le casting présenté pendant les auditions ?
Déborah Huet : Tous les ans, pendant le tournage des auditions je saoule tout le monde car je me dis qu’on est moins bon que l’année précédente et ce malgré plus de 130 numéros auditionnés.

Et en fait, les équipes font des miracles. Ils ont encore réussi cette année à trouver des disciplines qu’on n’avait jamais eu, des numéros différents et il est vrai que certains candidats se révèlent face au jury. Des gens qui, au précast ne vous ont fait ni chaud ni froid, se révèlent en audition. D’un seul coup il se passe quelque chose avec Gilbert ou avec Dave et là on a une séquence qui est géniale.

Certains candidats vous ont aussi déçu ?
D. H. : Bien sûr. Parfois on a des coups de cœur en précast et puis une fois sur scène, ce n’est pas le bon jour, ils se plantent dans la chorégraphie ou bien techniquement cela ne se passe pas bien. Un numéro dont on pensait avec certitude qu’il irait en demi finale se fait buzzer et c’est raté.

Cela arrive tous les ans et heureusement. Ce serait triste si on pouvait écrire l’émission en pré-production.

Et vous voyez déjà quelques candidats qui se détachent du lot ?
D. H. : Oui car (au moment de l’interview) nous venons de terminer l’enregistrement de la délibération d’avant demi-finales. Parmi ces sélectionnés il y a trois ou quatre candidats qui ont vraiment un très bon niveau mais on sait aussi que le vote des téléspectateurs n’est pas basé uniquement que sur la discipline. Cette année encore on a du lourd.

Comment se passent les délibérations ?
D. H. : C’est le jury qui décide et cela fait deux ou trois ans que l’on fait cela dans une salle de réunion à M6 où le jury dispose d’une table tactile avec toutes les photos. Ils ont revu toutes les prestations auxquelles ils ont dit oui et en général cela dure plusieurs heures.

Revenons un peu arrière sur la phase de casting…
D. H. : Une grosse équipe bosse pendant quatre à cinq mois. Le casting se fait grâce à l’appel à candidatures sur M6 mais aussi grâce à un noyau dur de casteurs dont l’un a ses contacts dans le monde de la magie, un autre dans le domaine du cirque etc. Chacun active son réseau. En plus nous contactons les écoles de danses, les cabarets, les mairies, les MJC…

On est en saison 7, nous ne sommes donc plus obligés de passer par la phase de présentation de l’émission. Il s’agit surtout de faire savoir que le casting est réouvert. Cela passe aussi par la PQR, la radio etc.

Certains candidats des saisons précédentes retentent leur chance ?
D. H. : Il y en a quelques uns qui retentent leur chance.

Vous leur donner leur chance ?
D. H. : Si cela vaut vraiment la peine, oui. On est dans un divertissement et on veut un esprit «Feel Good» donc, soit c’est marrant de retrouver un candidat, soit il y a de vrais progrès phénoménaux et on leur redonne leur chance, soit cela n’a pas d’intérêt.

Comment sont sélectionnés les candidats des auditions? 
D. H. : Une personne s’occupe du serveur des candidatures et regarde les vidéos dès qu’elles arrivent, tous les jours et régulièrement. Chaque semaine nous faisons des points avant d’organiser des precast en région.

Ils se déroulent en deux salves. On donne des rendez-vous précis aux candidats et les numéros s’enchaînent toutes les quinze minutes.
Le précast c’est assez génial car c’est le moment où l’on découvre les numéros… Quand on passe la tête dans la salle attente on découvre un homme à moitié nu en train de se maquiller dans tous les sens, des gens qui s’échauffent, d’autres qui jonglent. Il y a aussi des bestioles qui arrivent. C’est fou. On s’amuse beaucoup.

C’est le moment pour vous de découvrir les numéros ou de voir aussi leur personnalité ?
D. H. : On voit bien sûr leur numéro et on leur demande régulièrement de les recalibrer car ils durent souvent plus de deux minutes.

Vous leur donnez des conseils sur ce qui est mieux ou moins bien dans leur numéro ?
D. H. : Oui mais on les laisse assez libres. Parfois cela nous arrive de leur dire : ton numéro est super, ce passage est fort mais c’est dommage de ne pas l’avoir mis dans tes 2 premières minutes.
Les candidats nous répondent souvent que comme il y a trois passages, ils veulent garder des cartouches pour les auditions suivantes. Mais c’est une erreur car il faut déjà passer la première audition, ce moment où les candidats sont très nombreux. Il faut être malin, attaquer fort tout en en gardant des cartouches pour la suite.

Quelles sont erreurs à ne pas faire pour vous convaincre ?
D. H. : Ce que je reproche plus aux gens c’est de manquer de conviction. C’est votre moment, vous avez un micro, vous êtes devant le jury, allez y !

Des artistes face au jury de La France a un incroyable talent – Fremantle Media / M6

Dans certains divertissements (dont La Nouvelle Star produite aussi par Fremantle et de retour prochainement sur D8), il y a parfois des « mauvais » candidats choisis en tant que tels. Est-ce aussi le cas pour La France a un Incroyable Talent ?
D. H. : Certains seront peut-être moins bons mais ils sont peut-être beaucoup plus convaincants. D’autres vont nous faire marrer mais volontairement.
De plus, les candidats ne viennent pas tous pour gagner 100 000 euros ou aller en finale. Il y en a certains qui viennent pour un coup de pub. A mon niveau de productrice, je sais que pour eux, passer dans mon émission c’est un tremplin.

L’émission a évolué et encore une fois c’est Feel Good, On aime bien ce mot dans cette équipe et cela fait un moment qu’on l’emploie. Même si cela se passe mal et que cela buzze ce n’est pas la fin du monde. Le jury ne fait pas de mise à mort, il peut faire des critiques mais cela reste constructif et bon enfant.

La France a un incroyable talent est dans la lignée des émissions qui se veulent positives ?
D. H. : Cela s’est fait naturellement. On est une équipe qui s’entend bien et on fait du divertissement. On n’est pas là pour faire du mal aux gens et leur porter préjudice.

Les téléspectateurs attendent probablement aussi le coté sniper, la bonne phrase du jury ?
D. H : Le buzzer c’est déjà quelque chose. Vous venez, donnez tout ce que ce vous avez et vous entendez ce bruit atroce… La mécanique est déjà dure.

C’est pour cela qu’il y a aussi beaucoup d’humour dans le jeu.

Donc pas de gens ridicules…
D. H. : On peut toujours se tromper mais on fait attention. Il faut que cela reste bon enfant et qu’on ne soit pas mal à l’aise. Il faut rire de bon cœur.

Parmi les 130 ou 140 prestations, y en a-t-il certaines qui ne seront pas diffusées par égard vis-à-vis de certains candidats ?
D. H. : Non mais chaque année on a une telle matière, et donc on doit faire des choix. Au final il y a chaque année une poignée de candidats qu’on ne diffuse pas. Il y a parfois des numéros tièdes. Il ne se passe finalement rien d’exceptionnel sur scène et pas grand-chose avec le public ni avec le jury.

Comment programmez-vous les candidats pendant la phase de tournage des auditions?
D. H. : Déjà il y a une histoire de disponibilités. Qui dit professionnels dit contrats et dans notre bureau vous il y a un paperboard avec un post-it par candidat et ses disponibilités. C’est un vrai casse-tête car sur cinq dates de tournage ils n’ont souvent que deux jours disponibles. Ensuite pour eux, pour nous, pour le jury, pour le public dans la salle nous cherchons à avoir le plus de diversité chaque jour.

Vous mélangez ensuite les séquences dans le montage télé.
D. H. : Effectivement, c’est d’ailleurs pour cela que les animateurs et les membres du jury sont habillés pareil pendant toutes les auditions.

Ils ont droit à plusieurs tenues identiques ?
D. H. : Ils ont un même costume mais deux chemises et il y a un service de pressing la nuit ! C’est particulièrement important pour Sandrine et Alex qui font des démos, se retrouvent parterre…

La seule chose que l’on n’a pas pu bouger cette année c’est la présence de Manoukian qui a remplacé Dave un soir alors qu’il avait un concert de prévu.

Vous êtes en contact avec le jury via leur oreillette, comment cela se passe-t-il pendant le tournage ? 
D. H. : Déjà, vous ne dîtes pas à Gilbert ou à Sophie ce qu’ils doivent faire.

Ils ont une oreillette car ce sont eux qui donnent le rythme du plateau. Comme les animateurs sont en coulisses et que nous sommes dans le car régie à  cent mètres d’eux, on ne peut pas faire d’aller retours. C’est important d’être reliés à eux par ce moyen car il y a des périodes de coups de mou, c’est normal. Allez, cinq numéros et c’est fini… Allez Gilbert on est en train de perdre le public, tourne toi, chauffes-les !
C’est important de leur dire « vous êtes bien », de leur proposer un raccord maquillage…

Comment gérez-vous les animateurs ? (Elle reçoit dans le car une image et un son témoin de leur caméra)
D. H. : Ils sont accompagnés sur place en permanence par Roméo mon adjoint. Dans le car je n’ai qu’un Titan (signal HF) de leur caméra ENG. Pendant le temps d’installation, j’ai parfois le temps de regarder et je dis à Alex : Arrête avec tes jeux de mot (Rires) Parfois quand cela ne s’est pas bien passé pour un candidat avec le jury on leur dit « Allez-y » C’est mieux de crever l’abcès tout de suite.

Quelle est leur mission ?
D. H. : Ils doivent être avec un maximum de candidats et pendant le numéro être en réaction, commenter de façon naturelle comme le font les téléspectateurs. Il y a aussi quelques petites présentations dans la salle d’attente etc. Ils s’entendent bien et sont faciles à bosser- c’est pareil pour Jérôme Anthony – ils sont partants pour tout. C’est très agréable. En plus ils se font beaucoup rire tous les deux, on découvre des tas de choses dans les rushs en fin de tournage. Souvent on ne le monte pas !

Ils ont le conducteur du passage des candidats, leur souhaitent bonne chance et sont en réaction et quand Alex s’énerve quand Gilbert a buzzé c’est vrai.

Sandrine Corman & Alex Goude dans les coulisses de la scène de La France a un incroyable talent sur M6

Il y a aussi des journalistes avec des caméras de reportages en coulisses. Comment répartissez-vous leur travail ?
D. H. : C’est tout notre boulot en amont. On a notre quota de portraits, d’illustrations, de scénettes, et puis il y a toujours des imprévus, des gens à débriefer.

Qu’est ce qui a changé en 7 ans ?
D. H. : Je ne sais pas.

Le cadre figé de ce format international a été « francisé » au cours des années ?
D. H. : On aime bien la version anglaise en terme de narration, elle est une vraie source d’inspiration. La saison actuelle aux Etats-unis aussi.

Lors de la première saison, nous étions le second pays à se lancer. On y est allé avec une sorte d’inconscience, sans bien se rendre compte du barnum que c’est. On a ajouté les directs, créé des tableaux sur les demi-finales. Les tableaux des auditions sont plus bruts, il faut une gradation dans le programmation.

On maîtrise de plus en plus cette émission, on se connait tous bien et c’est vrai qu’avec ce jury depuis trois ans il y a un truc.

Les régisseurs en action – La France a un incroyable talent – Fremantle Media / M6

Ils savent encore vous surprendre ?
D. H. : Oh que oui, ils nous sortent parfois de ces choses, on se dit : c’est pas possible! Ils nous font marrer. Gilbert nous a parfois énervé cette année parce que parfois il buzze et on n’est pas d’accord. Mais c’est cela aussi qui est intéressant.

Comment cela réagit alors dans le car à ce moment là ?
D. H. : Et bien on se met tous à hurler ou à rire. Cela dépend. Mais Gilbert, c’est le patron, En quelque sort c’est le taulier !

En prévision de la mise en ligne de cet article j’ai proposé à Déborah Huet de réagir à la polémique du moment concernant un groupe ayant participé aux auditions. Elle n’a pas souhaité réagir officiellement rappelant que ces mises en cause ne concernent aucune séquence diffusée dans l’émission. 

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