Coulisses des émissions

18 décembre 2012

Une nouvelle météo des neiges, la météo continue d’évoluer sur France 2. Interview de Philippe Verdier

Le nouveau décor de la météo des neiges sur France 2

La météo, un programme de la rédaction, a changé en profondeur à la rentrée dernière sur France 2. Sa métamorphose continue avec l’arrivée jeudi d’une nouvelle météo des neiges. Elle se poursuivra en 2013. Interview de celui qui présente l’un des programmes les plus regardés chaque jour sur France 2, la météo d’après 20h et qui prend sa pleine part à sa modernisation : Philippe Verdier.

Il y a quelques semaines Media(s) un autre regard vous proposait découvrir les coulisses de la préparation et d’un tournage de la météo sur France 2 avec Philippe Verdier. Ce premier article a été complété par une présentation de la fabrication des éléments  graphiques (cartes, plaques…) qui s’insèrent dans le décor virtuel mis à l’antenne depuis la rentrée dernière sur France 2. Une fabrication réalisée par chaque journaliste, présentateur de la météo.

Peut-être l’avez-vous remarqué mais cette météo continue d’évoluer. Elle s’adapte aux saisons, à l’ambiance météo du jour et s’enrichit de nouvelles possibilités techniques dont l’une apparue la semaine dernière. Philippe Verdier nous explique son travail au quotidien et les raisons de ces évolutions, de cette modernisation de la météo sur France 2.

Les données sont fournies par Météo France sur toutes les chaînes et pourtant… Fait-il plus beau sur France 2 ?
Philippe Verdier : Je vois où tu veux en venir. C’est une impression ! On a quasiment tous la même carte source, une carte brute en provenance du principal fournisseur de cartes météo : Météo France. Après, chaque chaîne l’interprète avec son univers, sa charte graphique.

Sur TF1 par exemple, la carte de France est jaune… Il fait plus beau ?
P. V. : Cela correspond effectivement à un parti pris d’une France ensoleillée avec différentes textures nuageuses qui viennent dessus. C’est une vision une peu plus optimiste de la météo, mais c’est vrai qu’on préfère quelqu’un qui vous annonce de bonnes nouvelles à quelqu’un qui annonce de la pluie.

Quand on est un bon marchand c’est une très bonne idée, par contre du côté rigoureux de la météo ce n’est pas tout à fait convaincant. Sur le fond on estime que le travail qui a été accompli est assez correcte vis-à-vis de Météo France et assez réaliste vis-à-vis de la prévision météo telle que l’on veut la traduire auprès du public.

Sur France 2, anciennement on avait un décor un peu plus sombre, une sorte de nuit étoilée, un fond de planète avec des couleurs bleutées un peu froides. Maintenant je pense que le coté un peu sombre est atténué par le décor beaucoup plus clair.

Nos principaux concurrents ne sont par ailleurs pas la chaîne d’en face mais tout ce que l’on trouve sur les smartphones. On revient souvent à des fondamentaux avec des symboles très épurés, des choses assez simples qui pourraient nous faire réfléchir.

Les cartes n’ont pas changé à la rentrée. Cela fait partie du chantier de 2013.

Pour plus de clarté encore, nous pourrions essayer de lisser les textures qui sont parfois un peu trop chargées.

La météo fait partie du service de l’information à France 2 :
P. V. : Absolument. Le service météo appartient au service de l’information de France 2 au même titre que le service société, le service culture, politique…

La carte de France est cependant bien faite. Avant de cacher l’Aquitaine on a le temps de prendre du poids !

On le traite donc comme du News même s’il s’agit de prévision. On est prêt à intervenir dans les journaux. Nous sommes mobilisables dans les 13h et 20h tous les jours de la semaine sur un sujet lié à la météo dès qu’il y a une intempérie ou parfois sur des sujets plus légers.

Cela se voit aussi dans le nouveau générique et nouveau décor virtuel ?
P. V. : On s’est totalement inspiré du décor du studio Gilles Jacquier dans lequel se déroulent les JT.

On a repris une partie de la scène donnant sur la Seine depuis le générique tourné par Fabien Sarfati à la grue.

Tout a été fait en interne et on a voulu reprendre les codes des jt dans la météo car on est reparti des remarques des gens qui assimilaient la météo à un programme court dans un tunnel de diffusion. En terme d’image de marque cela se rattache à la rédaction. On est ici au quatrième étage, celui de la rédaction. On voulait que le public le sache et le voit, qu’on imprime la marque.

Cela se traduit aussi avec le petit logo météo sur fond rouge comme pour le 13h ou le 20h…

Quand il fait mauvais temps depuis deux semaines, on essaye de trouver une information positive, optimiste ?
P. V. : A la météo, nous essayons de trouver un angle d’attaque un peu différent chaque jour. Quand on a trois semaines d’anticyclone, lors d’une vague de froid avec -10°C tous les jours, il y a un moment où l’information se tarie. Les cartes sont les mêmes tous les jours, et tu as quand même envie de varier les plaisirs.

C’est comme en info géné, quand tu as une information plate, tu essayes de faire sortir des thèmes qui sont un peu plus magazine, de trouver des accroches, des angles un peu différents même si les fondamentaux sont les cartes et la semaine qui est déroulée.

Le fait que la météo soit accessible pendant la journée sur les applis, les chaines d’info en continue, sur internet, est ce que cela change la manière de la présenter à 20h ?
P. V. : On essaye d’être bien réactif bien qu’on soit en léger différé. (météo enregistrée vers 18h) Cela reste un rendez-vous grand public donc, même si les gens peuvent consulter la météo toute la journée sur des tas de supports, s’il y a encore un très large public qui regarde la météo, s’ils ne zappent pas au moment de la météo à ces grands carrefours du soir, c’est qu’il y a quand même un rapport de confiance et quelque chose d’humain.

Cela passe par une expertise, un niveau d’explication de la météo ?
P. V. : La manière de raconter la météo est assez froide au départ. Même si chacun est content de voir le pictogramme avec une température de sa ville, c’est basique.

Le discours qui vient autour, si on fait en sorte que cela ne soit pas seulement une fioriture, ni un blabla mécanique, a une valeur ajoutée.

Ce nouveau décor participe-t-il justement à raconter plus de choses notamment via la partie gauche magazine ?
P. V. : Tout à fait, c’est ce que l’on voulait, apporter un coté plus éditorial de la météo, avec un travail sur la photo, les infographies. On n’en est qu’au début, cela passe par un gros travail de développement graphique qui a été commencé et qui se poursuit.

Depuis quelques jours, on occupe l’espace vraiment dans toute sa largeur. On ne peut plus placer seulement une plaque après l’autre mais plusieurs en simultané dans l’ensemble du décor, comme dans la scénographie d’un musée avec plusieurs espaces différents de placement pour que le discours et le placement soient totalement raccords.

Trois "plaques" en simultanée dans le décor de la météo sur France 2

Trois « plaques » en simultanée dans le décor de la météo sur France 2 (Capture d’écran)

Et c’est donc vous qui concevez tout y compris les cartes, leur positionnement jusqu’à la création des éléments graphiques ?
P. V. : Oui, en temps cumulé je dois mettre 2h30 à 3h (pour 2 bulletins avant après 20h et un bulletin météo outremer diffusé la nuit sur France 2).

La fabrication concrète des cartes demande environ une heure. Mais il faut rajouter le travail de veille d’information. Je consulte une quarantaine de sites météo en Europe en dehors de Météo France pour trouver des infos additionnelles, comparer, savoir où je vais aller.

En même que vous construisez vos cartes, vous écrivez vos textes ?
P. V. : Tu l’écris déjà un peu dans ta tête.

Il dépend beaucoup du temps que tu as pour chaque édition. Dans le temps imparti tu vois comment t’organiser. Il y a des éléments qui sont incontournables : les temps du jour et de la semaine. Après tu organises ton histoire. Moi j’aime bien avoir une grande fluidité.

Je ne propose donc pas tous les soirs le même déroulé. S’il a fait doux, je commence avec les températures, s’il a beaucoup plu je commence par l’animation sur la pluie…

L’idée est de casser les codes. Jusque là la météo était assez traditionnelle, un peu conventionnelle dans la manière dont elle était traitée. Depuis que je suis arrivé j’ai essayé d’ouvrir les champs d’écriture.

On peut commencer par une photo, par un chiffre… Il y a différentes manières de raconter l’histoire. On veut pouvoir explorer plus de pistes.

Exemples de cartes météo France 2

Exemples de cartes météo France 2

Vous avez quelle formation, vous êtes météorologue ?
P. V. : Non, je suis journaliste. Je suis devenu météorologue sur le tard, en ayant travaillé douze ans sur la chaîne météo, en travaillant en permanence avec des météorologues qui m’auraient tapé dessus si j’avais dit une bêtise.

Et puis après, c’est à la matinale de BFM TV que j’ai appris à prendre des libertés avec les codes et réflexes de la météo. On est parti de rien avec des gens que j’aime beaucoup : Christophe Delay et Pascale delatour du pin. On était en plus en direct et on m’a incité à casser des codes et réflexes que je pouvais avoir pour m’autoriser plus de choses.

En arrivant à France 2 c’était un peu compliqué au début. Petit à petit on arrive à explorer ces pistes là. On a renouvelé un peu le genre, peut-être.

En terme d’audience, la météo sur France 2 reste un pic d’audience ?
P. V. : La météo de 20h30 marche particulièrement bien. La météo d’après 20h est le moment le plus regardé de la journée de France 2. Celle d’avant 20h est dépendante du programme d’access prime time. Les météos du dimanche et lundi sont les plus regardées, elles dépendent aussi du programme qui suit et de ce qu’il y a en face.

A plusieurs reprises le temps de la météo, le lundi soir avant Castle, une série qui fonctionne particulièrement bien, on est passé devant la concurrence. Merci Castle! (C’était encore le cas lundi dernier) Plus de 6 millions de téléspectateurs le dimanche soir, surtout tenant compte du coût de production du programme, c’est un mystère non expliqué de la télévision toutes chaînes confondues.

Vous recevez du courrier pour des mauvaises prévisions ?
P. V. : On reçoit plutôt du courrier sympa. Rarement sur des erreurs de prévision même lors du contact avec les gens à l’extérieur. C’est toujours très convivial, cordial.

Par contre des critiques peuvent venir de Bretagne, ou plutôt du Finistère…
P. V. : Oui quand tu caches une amorce de température sur Brest, les finistériens sont très chatouilleux. Cela fait partie du jeu mais ce n’est pas méchant de leur part ni méprisant de la mienne.

La carte de France est cependant bien faite. Avant de cacher l’Aquitaine on a le temps de prendre du poids !

Est-ce que l’on raconte la même chose avant ou après le 20h ? Est-ce que l’on garde des informations sous le coude pour l’après 20h ?
P. V. : Cela m’agace quand je le vois faire.

A France 2, j’essaye de trouver des accroches différentes et de modifier le conducteur de manière à raconter l’histoire de façon différente. Avec ce décor virtuel, je peux travailler des paramètres de manière à avoir une machinerie différente. Je peux jouer sur les déplacements.

Parlez-moi des fonds de décor… Vous avez le choix entre une dizaine par 13h, une dizaine par 20H . Vous les choisissez en fonction de quelle météo et de quelle humeur ?
P. V. : J’étais parti de l’idée que lors de la précédente météo à France 2 comme sur toutes les chaînes on était souvent en code graphique sur une planète bleue vue de l’espace.

Quand je regardais la météo sur France 2 ou ailleurs, que tu sois en hiver le soir ou le 15 août à midi, tu avais une personne la tête dans les étoiles sur une carte. Je te mets au défi de voir que c’était la météo d’un midi d’été ou d’un soir d’hiver.

L’idée est donc déjà d’avoir ces raccords jour / soir et en fonction du type de temps sur la France. Ce n’est donc pas quelque chose d’objectif. Ce n’est pas le temps à Paris, c’est une ambiance comme on choisirait une intensité et une couleur de lumière dans un bar lounge. C’est un fond nuageux qui présente un peu la situation météo sur la France ou à venir. Quand tu vois le ciel plombé tu sais qu’il ne va pas faire très beau. Si tu vois un ciel bleu, tu sais qu’il va faire beau pendant ton week-end !

Ce n’est pas une info que l’on donne (Alain Gillot-Pétré portait déjà à son époque des pochettes de couleur) on ne parle jamais du décor mais il nous accompagne nous soutient dans notre discours et donne une impression générale.

Dans le bureau de la météo de France 2

Dans le bureau de la météo de France 2

Il y aura des versions avec de la neige ?
P. V. : Il y a des versions différentes en fonction de la saison pour les fonds et le paysage du décor.

On parlait aussi de l’arrivée prochainement d’images vidéo dans la séquence météo.
P. V. : On pourrait imaginer courant 2013 des images vidéo pour sortir du cadre habituel de la météo et voir l’extérieur. Mais il ne s’agit pas de tomber dans un festival d’inondations, de tornades, de tempêtes.

Pendant la météo des neiges à l’antenne dès jeudi, on va quitter l’habituel survol des stations de ski. On va utiliser le même décor façon JT mais avec un autre fond de décor et des flux d’images en provenance des stations de ski.

Le nouveau décor de la météo des neiges sur France 2

Le nouveau décor de la météo des neiges sur France 2

Le paysage du décor de la météo n’est déjà pas citadin.
P. V. : Il s’agit d’un paysage péri-urbain, un paysage dans lequel tout le monde puisse se reconnaître  Via le médiateur de l’information à France 2 on reçoit souvent des critiques de téléspectateurs ultra saturés du parisianisme. On a voulu passer à autre chose sur la météo.

Pour mémoire : 
Les coulisses d’un tournage de la météo de France 2 avec Philippe Verdier
La création des cartes et éléments graphiques de la météo sur France 2

La création et conception graphique de l’univers virtuel du décor de cette nouvelle météo a été notamment conçue par Lucoplesse.com

(Article à nouveau mis en ligne malgré les nombreuses pannes de connexion SFR Box)


Media(s) un autre regard est désormais en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






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