Point de vue

16 janvier 2013

# Cachez ce tweet que je ne saurai voir ! # Ce qui ne se lit pas n’existe pas ?

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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# haine racisme homophobie antisemitisme twitter

La haine de l’autre, le mépris, l’insulte quelque soit leur forme doivent-ils être condamnés et/ou avant tout combattus? Twitter ne devrait pas autoriser les messages haineux, et ensuite ? Cela règle-t-il vraiment le fond du problème ?

De mon passage en Ecole Supérieure de Commerce (ICN) je me souviens notamment de cette remarque d’un professeur : Rien n’est pire que de trouver une bonne réponse à une mauvaise question. (Il disait aussi : Il n’y a pas de problèmes, uniquement des questions qui demandent des réponses !)

Ce qu’il voulait je pense nous expliquer c’est qu’avant de trouver des « solutions », des réponses à des questions, il fallait s’assurer d’avoir bien défini le problème, enfin la question. Pas de bon traiement sans bon diagnostic de la maladie.

Et je crois que cet avertissement est particulièrement adapté à la polémique autour des messages nauséabonds sur Twitter ces dernières semaines. Je parle des tweets associés à des hashtags racistes, antisémites, homophobes… Attention, il est aussi possible de tenir des propos haineux avec des tags bien plus « sobres » (Exemple : #manifpourtous)

A la suite des ces tweets, du passage en TT (dans les 10 mots clés les plus tweetés) de ces Hashtags, les mettant ainsi dans la lumière, nombreux sont ceux, la très grande majorité très sincères, à s’être exprimés contre cette prolifération de tweets haineux. Et, dans un mouvement assez général, au moins dans les médias, de nombreuses personnes se sont prononcées pour l’interdiction de ces tweets.

Parmi eux, des associations et leurs avocats, certains toujours prêts à un passage télé, des journalistes mais aussi des membres du gouvernement souvent dans leur rôle, rappelant que la loi française interdit et punit ce type de propos.

Mais après ce battage médiatique, après des menaces de procès, des tentatives de pressions sur Twitter… A-t-on parlé et plus encore réglé le fond du problème ?

Twitter n’est qu’un media parmi tant d’autres mais pas comme les autres puisque moins contrôlé que la radio et la télévision et moins impressionnable car international.

Quelques remarques tout d’abord concernant cette « prolifération » de tweets racistes, antisémites, homophobes…

  • Il est relativement facile d’entrer en TT, de faire partie des mots clés les plus tweetés. Il y a des heures creuses et des méthodes pour y entrer. Une concentration de tweets en quelques minutes peut permettre d’entrer dans cette TT assez facilement. Elle n’est pas toujours le reflet d’une forte activité autour de ces mots clé.
  • Si vous et moi qui suivons des personnes, des comptes, qui tiennent des propos répréhensibles, ou que l’on désapprouve, nous pouvons cesser de les suivre immédiatement sur notre fil Twitter. Nous pouvons agir et réagir. Ils sont nombreux à être sensibles aux nombre d’abonnés qui les suivent. L’autorégulation sur Twitter cela existe aussi.
  • Twitter est un compteur basique. Sous un même # on peut retrouver des propos haineux mais aussi les propos de ceux qui les critiquent, qui s’insurgent contre cette haine exprimée ouvertement ou qui font de l’humour, même de très mauvais goût.
  • Quelle part des twittos qui utilisent ces # sont conscients que leurs propos sont publics ? Combien font la différence entre des propos entre-soi et des propos publics. Il suffit de regarder les photos que certains postent publiquement sur leur profil Facebook…
  • Combien cherchent à faire parti d’un débat, d’un groupe, avoir l’impression d’exister en collaborant à un « événement » public qu’il soit sur Twitter sur les forums, sur des pages Facebook ? T’as vu combien de fois mon tweet a été repris !
  • Et il y a aussi bien sûr ceux qui profitent d’un anonymat (relatif) sur Twitter pour déverser leur haine et propager à peu de frais leurs idées.

Tout cela étant dit, on ne peut nier la présence de tweets haineux et qui sont interdits par la loi française sur Twitter.

Sont-ils plus nombreux qu’auparavant ? Traduisent-ils une montée du racisme en tout genre ou sont-ils uniquement le révélateur public de points de vue en France ?
Je n’en ai personnellement pas la réponse, n’étant pas spécialiste du domaine et ne bénéficiant pas de chiffres ni d’études précises à ce sujet.

Cependant, en tant que twittos, en tant que citoyen, je me retrouve à faire un peu le même constat que lors des dernières soirées électorales. Je m’explique.

Depuis quelques années, le soir des élections, les éditorialistes, les journalistes mais aussi et surtout les invités politiques doivent commenter les scores en progression ou les scores assez élevés du Front National, parti d’extrême droite.

Après les premiers constats et commentaires sur les chiffres, il y a en général rapidement un certain consensus des élus de gauche comme de droite à expliquer que non, tous les électeurs du FN ne sont pas forcément racistes, n’ont pas forcément de pensées haineuses vis à une vis d’une partie de la population française ou étrangère. Et c’est probablement en partie vraie. Il ne faut pas les « stigmatiser » ! Il s’agirait en grande partie d’un mouvement de contestation, de mécontentement…

La droite tient souvent ce type de propos notamment lors des soirs de premier tour car elle a besoin de ces voix pour gagner ou sauver ce qu’elle peut et la gauche, et bien je ne sais pas vraiment, peut-être se cache-t-elle les yeux ! Il ne serait pas possible pour un homme politique d’admettre publiquement qu’il y a chez de nombreux français de la haine, du mépris, de l’incompréhension surement aussi vis-à-vis différentes parties de la population.

Parfois la droite accuse la gauche d’utiliser le Front national (ou mouvement dit Bleu Marine, vous l’appelez comme vous voulez) pour la faire perdre et la gauche reproche à la droite de « draguer » l’électorat de ce parti d’extrême droite.

Résultat, on repart jusqu’aux élections suivantes pour refaire au mieux le même constat, donner les mêmes explications au risque de voir le problème encore grossir sans avoir pris le temps de chercher à le comprendre pour mieux le combattre et agir.

Avec cette réaction quasi unanime vis-à-vis des propos sur Twitter et un consensus pour les faire interdire et reprocher à Twitter de ne pas le faire automatiquement, de pas vouloir transmettre les données et informations sur les personnes qui les ont publiés de manière à faciliter leur condamnation, on se retrouve me semble-t-il au moins en partie dans la même situation.

Que des responsables politiques, que la justice veuillent jouer leur rôle et faire respecter les lois en vigueur est une chose mais quand, mais si ces Tweets disparaissent car interdits, bloqués, si certains twittos sont condamnés, est-ce que cela aura vraiment résolu le vrai problème : Les raisons qui amènent ces personnes à tenir ce genre de propos, à être convaincus par ce qu’ils écrivent ?

Ces interdictions sur Twitter ou sur internet en général ne sont en aucun cas suffisantes. Il va bien falloir rapidement faire le constat de la réalité des comportements et points de vue de certains français pour les convaincre qu’ils se trompent. N’est ce pas cela la priorité?

Et puisque Twitter est fortement utilisé par les jeunes, cela devrait aussi passer par l’école. Il me parait important de rappeler l’aspect public des propos tenus sur Twitter et de parler des réseaux sociaux en général et de débattre de ce sujet comme d’autres d’ailleurs probablement. Il faut rappeler qu’un Tweet engage. Cette éducation aux réseaux sociaux peut aussi passer par une communication publique sur les autres médias.

Par ailleurs cette situation pose aussi la question de la possibilité d’expression de tels propos. J’ai volontairement choisi de ne pas parler de « liberté » d’expression.

Le fait de ne pas pouvoir exprimer certaines idées sur des médias comme la radio, la télévision, la presse écrite pour la ramener vers sites internet communautaires plus ou moins facilement contrôlables et condamnables a-t-elle fait baisser le racisme, la haine de l’autre en France ?

Ne faudrait-il pas oser réfléchir à la possibilité de laisser exprimer certains propos dans le cadre d’un débat contradictoire et de façon encadrée de manière à pouvoir répondre et argumenter plutôt que de laisser à ces seules personnes extrémistes la gestion des débats et des discussions dans des cercles privés, restreints où seules leurs pensées peuvent être exprimées et ainsi justifiées?

Il serait surement alors très désagréable d’entendre, de lire certains propos. Mais peut-être que cette expression publique de ces arguments fallacieux ne dégoûtera plus seulement ceux qui les combattent mais finira aussi par détourner ceux qui doutent ou même qui les expriment. Je pense que la question mérite, doit être posée très rapidement. Une certitude, il faut trouver des solutions, des traitements mais aux vrais maux!

J’ai choisi d’illustrer cet article avec un # comme Haine, je terminerai par un T comme Twitter mais aussi T comme « Tais-toi » ! Et si nous réfléchissions tous un peu plus avant de nous exprimer sur Twitter ou ailleurs et réapprenions à nous taire aussi parfois!

Media(s) un autre regard est désormais en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

Vous pouvez cependant continuer à suivre les commentaires sur l’actu TV sur le fil Twitter et sur mon compte personnel : @Emmanuelmatt

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






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