CSA - Législation

26 mars 2013

Diversité, la télévision est-elle le miroir de la France?

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Ecrit par : Jessica Chanteux
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La télévision française est bien loin de la réalité et pour cause ! CSP+ sur-représentées, handicapés très peu présents, une grande majorité de personnes perçues comme « blanches », sans parler de la place des femmes. Le stéréotype du jeune cadre dynamique n’est pas encore prêt à disparaître à la télévision!

Le baromètre de la diversité mis en place en 2009 par le CSA, permet de savoir de manière quantitative si la télévision reflète la diversité française.

Réalisé avec l’aide de l’Institut TNS Sofres, pour la première fois pendant deux semaines, du 3 au 16 septembre 2012, le baromètre de la diversité a pris en compte 16 chaînes hertziennes gratuites et Canal +. Cette étude a observé 1 450 heures de programmes entre 17h et 23h. Résultat : Plus de 40 000 personnes et 2500 programmes indexés.
Cette année, l’étude a intégré pour la première fois la chaîne France Ô dans son baromètre. Pas de statistiques par contre sur la présence des femmes à l’écran. Un groupe de travail spécifique « Droits des femmes » a été créé au sein du CSA et est dirigé par Sylvie Pierre Brossolette, jeune membre du CSA.

Après une ouverture de la conférence de presse par le nouveau président du CSA, Olivier Schrameck, c’est Mémona Hintermann Afféjee, présidente du groupe de travail « Diversité » qui a présenté les résultats, accompagnée du vice-président du groupe de travail, Nicolas About.

Née au cœur de la diversité, Mémona Hintermann Afféjee a commencé par rappeler ses multiples origines : indienne, musulmane, réunionnaise, bretonne. Pas assez blanche, ni assez noire, elle s’est battue pour en arriver là. Journaliste pendant près de 40 ans, elle est arrivée au CSA en janvier dernier. Armée de son tempérament de feu et de sa conviction inébranlable, elle a pris la tête du groupe de travail sur la diversité auquel de nombreux représentants d’associations sont attachés. Très engagée en faveur de la diversité, elle a dressé le portrait d’une télévision non représentative de notre société très diverse.

Qu’en est-il du bilan de l’année 2012 ?

Barometre CSA de la Diversité : Vague 2012

Barometre  de la Diversité à la télévision par le CSA : Vague 2012

Notez que 75% des personnes apparaissant à la télévision sont des CSP + alors qu’ils ne représentent que 21% de la population française.

Les différences sont encore plus flagrantes sur certains types de formats :

Baromètre du CSA sur la Divertisité à la télévision - Vague 2012 - Par format

Baromètre du CSA sur la Divertisité à la télévision – Vague 2012 – Par format

Concernant le handicap, il y a eu une légère augmentation de leur présence à l’écran, à savoir 0,8% contre 0,6% en 2011, une conséquence probable de la diffusion des Jeux paralympiques diffusés l’été dernier.

Qu’en est-il de la couleur de la peau?

Baromètre de la diversité à la télévision par le CSA - Vague 2012 - La couleur de peau

Baromètre de la diversité à la télévision par le CSA – Vague 2012 – La couleur de peau

Quelques précisions tout d’abord. « Perçus comme blanc » peut laisser penser qu’il s’agit d’un sondage. Mais il s’agit bien d’une indexation après visionnage des programmes. Le document « Historique et méthodologie » qui accompagne le baromètre précise :  » L’indexation de l’origine a été réalisée en tenant compte des catégories de sens commun à partir desquelles, en France, les individus sont aujourd’hui « vus comme »… : « blancs », « noirs », « arabes », « asiatiques, « autres ». Elle est réalisée en tenant compte également des indications pouvant être recueillies dans les commentaires ou par auto-désignation. »

Les personnes perçues comme « blancs » continuent d’être sur-représentées, à savoir 88% cette année contre 85% en 2011 si l’on ne tient pas compte des programmes de France Ô. En intégrant les programmes de France Ô le chiffre baisse un peu mais on arrive toujours à 86% de personnes perçues comme « blancs » c’est à dire seulement 14% de personnes considérées comme « non blancs ».

Rappelons que les statistiques « ethniques » sont interdites en France ce qui ne permet pas de comparer à la réalité de la population française. On peut néanmoins douter du reflet de la population française sur ce critère à la télévision.

Et enfin malgré sa sortie plus tardive, l’étude sur les femmes a d’ores et déjà révélé une moindre représentation des femmes, à savoir 35% alors qu’elles sont 51% dans la population française.

Alors quelles solutions envisager face à un écart qualifié de « monstrueux » par Nicolas About ?

« Faire avancer les choses ! », a répété avec détermination, Mémona Hinterman Afféjee. « Tout les bonnes idées sont les bienvenues et cela passe par des mesures et des engagements pris tous ensemble » a insisté l’ancienne journaliste.

D’abord, auditionner les responsables de radio et de chaînes pour obtenir des engagements fermes de leur part. Mettre en place une formation spécifique de certains corps de métier dans le domaine de la création et de la représentation de la diversité. S’engager à diffuser des programmes aidés par la commission Images de la diversité du CNC. Rencontrer les responsables de différents ministères.

Mais aussi réaliser un spot pour le 14 juillet promouvant la diversité des visages, des parcours et des talents et cela, Mémona Hinterman Affejee y tient tout particulièrement.

Étendre enfin aussi ces actions autour de la diversité des âges et de l’apparence physique. Contribuer à la lutte contre l’homophobie dans le cadre des actions gouvernementales.

Car il y a urgence à lutter contre les préjugés et les stéréotypes comme l’ont dit les membres du CSA, surtout quand on sait que les actes et les menaces à caractère raciste, antisémite et anti-musulman ont augmenté de 23% en 2012, selon le rapport annuel de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH). Ce n’est plus qu’une question de diversité mais une question d’intégration selon Nicolas About.

Grande joie malgré tout pour Mémona Hinterman Afféjee, quand elle voit que les personnes qui agissent en faveur de la diversité sont toujours plus nombreuses. Cela commence dans les écoles de journalisme au niveau du recrutement et des cours. Des journalistes issus de la diversité donnent le bon exemple, les chaînes étrangères aussi comme celles de nos voisins les allemands et les anglais.

De plus en plus de médias obtiennent et souhaitent obtenir le label de diversité. Actuellement, TF1, Radio France et le CSA ont ce label. France Télévisions quant à elle est en course pour le décrocher. Sans oublier que de belles initiatives voient le jour, comme celle de BFM TV qui a fait lancer les titres par une jeune trisomique de 19 ans, le jeudi 21 mars.

Est-ce que ces concertations et engagements vont faire évoluer la situation? Le CSA devra-t-il en passer par des sanctions? Et est-ce que la motivation de Mémona Hinterman Afféjee suffira ? Réponse dans quelques années ou dans les prochains mois, on préférerait!

Cet article est le premier proposé par Jessica Chauteux. Elle est la première contributrice de Media(s) un autre regard. Bienvenue à elle. Si cela donne des idées à d’autres, n’hésitez pas à contacter Media(s) un autre regard via l’onglet Contact

A lire aussi : 
– L’intégralité du baromètre du CSA sur la diversité, la présentation de la méthodologie et le plan d’actions


Media(s) un autre regard est en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

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One commentaire


  1. rach

    La télévision n’est pas le miroir de la France. Mais pourquoi est-ce que la télévision devrait être le miroir de la France ? Pourquoi est-ce que la télévision devrait représenter toutes les catégories socio-professionnels ?

    Ca parait logique que les « inactifs » soit faiblement représentés à la télévision. Rien que le fait de participer à une émission de télé-réalité, c’est assimilé à un contrat de travail.

    Ca parait logique qu’il n’y ait 0% d’agriculteurs dans les émissions sportives…



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