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4 avril 2013

Master-classe « Les femmes dans l’info» : Les jeunes s’y intéressent-ils?

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Ecrit par : Jessica Chanteux
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Faut-il être blonde, jeune et belle pour être journaliste à la télévision? Pourquoi y a t-il des différences de salaires entre les hommes et les femmes? Comment concilier sa vie de femme et sa vie professionnelle quand on est grand reporter ?…

Il y a quelques jours, le  vendredi 22 mars,  à l’occasion de la 24ème semaine de la presse et des médias dans les écoles, le Ministère de l’Éducation nationale et le CLEMI (Centre de liaison de l’Enseignement et des Medias d’information) organisaient une rencontre entre des lycéens et des journalistes au cœur de la jeune cité du cinéma, dans les locaux de l’école Louis Lumière. L’occasion pour des élèves de trois classes- Lycées Gabriel Péri de Champigny et Jean Renoir de Bondy et collège Denecourt de Bois-le-Roi- d’échanger avec plusieurs journalistes dont Rachid Arhab, journaliste et ancien membre du CSA, Marie-Laure Augry, journaliste et médiatrice des rédactions de France 3 mais aussi avec des journalistes de France Ô, de France Inter, Dominique Quinio, rédactrice en chef de La Croix

Place à la master-classe: Les élèves s’installent, certains sont stressés à l’idée de poser leurs questions devant tout le monde. Les profs quant à eux espèrent que tout va bien se passer. D’autres élèves sont restés dans leurs écoles mais assistent eux-aussi au débat par visioconférence. Début des discours de Rémy Pflimlin, PDG de France Télévisions et de George Paul-Langevin, Ministre déléguée auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargée de la Réussite éducative qui ont fait le déplacement. Un même constat : une présence minoritaire des femmes dans les médias, surtout dans les postes stratégiques. Ce n’est pas Rémy Pflimlin qui va dire le contraire, quand on sait qu’il n’y a plus aucune femme à la direction générale de France Télévisons. La dernière, Emmanuelle Guilbart ayant récemment quitté le Groupe.

Les téléspectateurs s’identifient à travers la télévision et tout le monde doit s’y retrouver a rappelé Rémy Pflimlin, y compris les nombreux jeunes. Les médias jouent un rôle important dans leur éducation a précisé George Pau-Langevin.

« Faut-il être blonde, jeune et belle pour être journaliste à la télévision? »

Place au débat: Les jeunes ont préparé pendant plusieurs semaines des travaux sur la place de la femme dans les médias. Iseult, une lycéenne s’est consacrée au sexisme dans les médias et notamment dans la presse féminine. « Les femmes y sont-elles mieux représentées ? »

« Non, pas forcément, comme dans la publicité, on ne montre pas la vraie image de la femme, elle est mince et ce n’est pas le cas de toutes les femmes dans la réalité. » Les quelques rires dans la salle viennent détendre l’atmosphère.

« Est ce que les femmes ont vraiment pris le pouvoir ? » demande Hélène Camouilly animatrice du débat (Elle a été journaliste à RFO, elle est actuellement membre de la direction des Affaires internationales à France Télévisions après un passage au Ministère de l’Outre-mer). Kaola, lycéenne lui répond « Non pas vraiment, il y a eu du progrès mais il reste toujours des inégalités, par exemple à l’Assemblée Nationale, elles sont 27% contre 73% d’hommes. »
Pendant ce temps là, dans la salle, les collégiens et lycéens sont pour la plupart attentifs, même si certains discutent et d’autres jouent avec leur portable.

Une autre lycéenne évoque le métier de grand reporter, un sujet qui fascine les jeunes. Cela tombe bien, puisque Gaèlle-Anne Dolz, grand reporter pour France 3 fait partie des journalistes présents. « Comment concilier sa vie de femme et sa vie professionnelle quand on est grand reporter ? » « N’est-ce pas trop difficile de voir des atrocités ? » « Est ce que c’est plus dangereux pour les femmes que pour les hommes ? » Elle répond : « Non, ce n’est pas plus dangereux. Au contraire, être une femme dans des contextes difficiles permet d’avoir une relation différente avec les gens qu’on interroge, je suis persuadée que sur certains reportages, si un homme avait été à ma place, cela aurait été différent. »

Le débat se poursuit, mais la plupart des jeunes sont intimidés, surtout les garçons. Une lycéenne se lance et pose la première question à la Ministre : « Comment expliquez-vous l’inégalité quant au nombre d’hommes et de femmes députés alors que la France a voté une loi favorisant la parité ? » « La loi n’est pas tout ! Il faut voir d’où on vient aussi , il y a eu du progrès notamment grâce aux groupes de gauche qui ont favorisé cette parité. La lutte pour l’égalité se mène tout le temps et partout, alors vous avez du travail mesdames ! » a expliqué George Pau-Langevin.

Les propositions de George Pau-Langevin:  » 
– Former les jeunes à une bonne utilisation des médias pour qu’ils aient une notion équilibrée de la société
– Rétablir un équilibre entre les hommes et les femmes, notamment au niveau des rectorats au sein de l’Éducation nationale »  

Les élèves osent désormais davantage intervenir. « Pourquoi il y a t-il des différences de salaires? » « Pourquoi il y a plus d’hommes grands reporters ? » « La question de la sécurité rentre t-elle en jeu ? »

Rémy Pflimlin prend la parole: « La question d’envoyer une femme ou un homme en reportage sur un terrain de guerre ne se pose plus car le danger est le même pour les deux. Concernant la différence de salaire, à France Télévision, il n’y en a plus à l’embauche grâce aux grilles de salaires, mais il reste des inégalités entre les personnes qui sont dans l’entreprise depuis un moment. »

Les propositions de Rémy Pflimlin : « 
– Lutter contre les stéréotypes dans les programmes pour les enfants et notamment dans les dessins animés
– Se fixer un certain nombre d’objectifs pour qu’il n’y ait plus à France Télévisions un débat sans au minimum une femme représentée
– Inciter et préparer les femmes à occuper des postes d’encadrement à hautes responsabilités en les formant à prendre des initiatives
– Mettre en place des politiques volontaristes »

Une heure après le début du débat, une question attire l’attention générale: « Faut-il être blonde, jeune et belle pour être  journaliste à la télévision ? » Rires et surprise dans la salle, enfin une question percutante! Samira Ibrahim, journaliste et présentatrice sur France Ô tente de répondre : « C’est vrai qu’on demande aux femmes d’être plus jolies que les hommes à la télévision. Mais je ne suis ni blanche, ni blonde et je suis journaliste. Il faut passer outre ces discriminations et ce battre pour y arriver! »

Mais une élève insiste: « On se dit que ce n’est pas pour nous, on est pas assez mince, pas assez jolie… » Rachid Arhab, sensible à ces questions récurrentes sur le physique intervient « On a souvent mis à l’antenne des « Ken et Barbie »,  mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, les choses commencent à changer. »

Master Classe "Les femmes dans l'info" Ecole  Louis Lumière

Master Classe « Les femmes dans l’info » École Louis Lumière

« Les femmes s’autocensurent. »

« Pourquoi il y a si peu de femmes à la tête de médias ? » demande une des jeunes. Dominique Quinio, directrice de La Croix fait partie des rares femmes à diriger un média. Nathalie Nougayrede nommée en mars 2013 à la direction générale du Monde fait d’elle la deuxième femme à la tête d’un média. Dominique Quinio explique que ce sont exactement pour les mêmes raisons qu’il y a très peu de femmes à des postes à hautes responsabilités dans les grandes entreprises. Elles sont nombreuses à être journalistes, mais au delà des postes de chefs de services, elles sont très peu. Il y a une sorte de « plafond de verre » comme l’a cité Rémy Pflimlin. « Il faut qu’elles aient aussi envie. Elle ne font pas le métier de journaliste pour avoir une responsabilité hiérarchique mais pour la passion du métier ».

« Avez-vous envie de vous investir dans le journalisme ou les métiers du cinéma? demande Rachid Arhab. Deux ou trois lycéennes lèvent la main. Contre toute attente, l’une d’entre elles, explique : « Je ne me restreindrai pas à cause des inégalités, si j’ai envie de faire ce métier, je le ferai ! »
Une autre jeune fille précise qu’elle aurait aimé faire ça, mais qu’elle ne pourra pas, elle ne s’en sent pas capable.
Rachid Arhab réagit en expliquant qu’il y a une forme d’autocensure dans ces non réponses. « Où sont les blocages à devenir journaliste? Ces métiers sont accessibles à tous. »

« Accrochez vous les jeunes, c’est mieux après le bac, on fait ce qu’on a envie! » ajoute Stéphanie Duncan, journaliste à France Inter.

« Osez, allez y, tout est possible! »

C’est au tour de Célia Mériguet, rédactrice en chef de francetvinfo.fr, d’apporter sa vision des choses, notamment sur Internet.  « Aujourd’hui on ne recrute plus forcément un étudiant ou une étudiante qui sort d’une école de journalisme, mais également des personnes qui sont très actives sur Internet, les réseaux sociaux et les blogs. Il y a une voie royale certes, mais il y a de nombreux autres chemins pour y arriver. Il faut vouloir raconter des histoires. »

Les propositions de Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes qui était présente via un message vidéo: « 
– Ouvrir le champs des possible et agir pour l’égalité des textes
– Lancer « l’ABC de l’égalité »: un module d’apprentissage ludique de la maternelle jusqu’au primaire »

Place aux questions des élèves restés dans leurs écoles. L’occasion de « re »-capter l’attention des jeunes, curieux d’entendre leurs camarades. « Pourquoi des sujets « sérieux » comme la finance, l’économie et la politique sont davantage traités par les hommes ? » « Effectivement on a tendance à aller vers les personnes qu’on a l’habitude d’entendre et de voir sans trop se poser de questions. C’est une question d’habitude. » explique Célia Mériguet.

Les élèves posent de plus en plus de questions: « Quelle responsabilité a l’éducation par rapport aux représentations sociales des enfants? » « Pourquoi ce ne sont que les femmes qui évoquent des sujets à propos des femmes ? »  « Y a t-il des comportements sexistes dans les écoles de journalisme ? » « Oui, comme partout » répond Benoit Califano, directeur de l’école supérieure de journalisme de Montpellier.

Au bout de quasiment deux heures de débat, les jeunes commencent à s’agiter. Pour clore le débat, les invités souhaitent donner de l’espoir à ces jeunes et les inciter à aller vers le journalisme et les nombreux autres métiers qu’offre le secteur des médias. « Osez, allez-y, tout est possible » déclare George Pau-Langevin. « Cultivez-vous, découvrez, regardez, allez au théâtre, changez de chaînes, vous êtes jeunes et c’est ça votre richesse ! » insiste Stéphanie Duncan. Pour Dominique Quinio, c’est une question de volonté: « Si on vous dit que vous pouvez, vous pouvez, mais si on dit que vous ne pouvez pas et bien vous pouvez quand même! »
Benoit Califano, ajoute : « Si vous avez envie d’être journaliste, choisissez ce métier pour de bonnes raisons, pour témoigner du monde qui vous entoure. »

Donner la parole aux jeunes, du collège au lycée a permis de savoir, que, oui ils s’intéressent aux médias et au pouvoir qu’ils ont. Ces jeunes ont bien conscience de l’inégalité entre les hommes et les femmes. C’est important car c’est leur génération qui va  faire changer les choses. Enfin on le souhaite! Car après une longue période de combats et de changements, cette lutte pour l’égalité hommes/femmes notamment dans le milieu professionnel connaît une certaine stagnation depuis ces dernières années. Alors la génération Z, on compte sur vous!

 

Media(s) un autre regard est désormais en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






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