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23 mai 2013

Medias le magazine sur France 5 : Quand Laetitia Krupa nous fait Le Coup de Com’. Interwiew

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Laetitia Krupa - Le Coup de Com - Medias le magazine - Jara Prod / France 5

Laetitia Krupa analyse chaque semaine le théâtre de la communication dans Medias le Magazine présenté par Thomas Hugues le dimanche à 12h35 sur France 5. Un point de vue sur le travail des communicants ou des journalistes? Interview.

Conférence de presse de marques, de clubs sportifs, lancement de programmes TV et bien sûr conférence de presse d’hommes et femmes politique. Laetitia Krupa se rend là où nous ne sommes pas invités. Des communicants d’un coté, des journalistes de l’autre, et nous téléspectateurs, lecteurs, auditeurs qui allons recevoir in fine le message de ces communications. Un message relayé par les journalistes? Un message analysé, décrypté et commenté par les journalistes?

Lors de ces opérations de communication, journaliste parmi ces journalistes et reconnaissable à son micro main à bonnette bleue et à son flag blanc signé Media(s) le magazine, Laetitia Krupa pose ses questions souvent à contre-courant.

Comment organise-t-elle les tournages du Coup de Com, quel regard porte-t-elle sur ses confrères et le travail d’information? Cette fois-ci c’est elle qui répond à nos questions.

Qu’est ce qui vous a donné envie de créer cette rubrique ?
Laetitia Krupa : La chaîne, le rédacteur en chef, le producteur (Christophe Koszarek – Jara Prod), Thomas Hugues m’ont demandé d’imaginer une chronique autour de la Com’. Peu d’émissions traitaient de ce sujet avec du recul. A partir de là, c’était à moi de tout inventer.

Coup de Com’ est une rubrique très découpée, presque « scénarisée » même si vous n’aimerez peut-être pas ce terme…
Si, un peu, car à chaque fois je raconte une histoire. Il y a un décor, le « théâtre » et je raconte l’histoire de celui qui, ce jour là, va délivrer un message et communiquer sur tel ou tel sujet.
Les thèmes sont différents mais le principe est toujours le même : j’y vais et je raconte l’histoire, celle que personne ne voit.

Le Théatre de Coup de Com présentée par Laetitia Krupa - Medias le magazine / France 5

Le Théatre de Coup de Com présentée par Laetitia Krupa – Medias le magazine / France 5

Et vous racontez ce qui se passe du coté des comédiens sur scène et en coulisses mais aussi de la salle où se trouve le public…
Exactement, et le public ici ce sont les journalistes. J’essaye de voir comment est perçu le message, avec quelles idées préconçues arrivent les journalistes et comment est traité le message des communicants.

Qu’est ce que vous vouliez démontrer en créant cette rubrique ?
Il ne s’agissait pas de démontrer mais plutôt d’analyser, de décrypter, ce que nous faisons par ailleurs depuis 5 ans, depuis que Medias le magazine existe. L’idée est d’aller voir derrière le rideau. Qui tire les ficelles et avec quel objectif car toute communication mise en place en a un, elle est préparée en amont et avec minutie. J’essaye alors toujours de comprendre ce que veulent vraiment les communicants.

Comment choisissez-vous vos sujets, comment organisez-vous vos venues ?
On essaye de coller le plus possible à l’actualité. Dès le week-end je regarde sur tous les supports (presse, TV, Réseaux sociaux) quelle sera l’actualité de la semaine suivante. On en parle aussi lors de la réunion du lundi. Par ailleurs, cela dépend aussi de la manière dont je sens un sujet, il faut vraiment qu’il y ait un enjeu.

Vous essayez de varier les secteurs (marques, tv, sport, …) ?
Je n’ai pas de limite. J’ai parlé de Com’ des marques, j’ai été voir du coté du sport, beaucoup du coté de la politique mais aussi du coté des médias.

Comment organisez-vous vos déplacements?
De façon très classique. Je suis comme les autres journalistes, j’ai une carte de presse et je m’accrédite comme eux.

Vous devez commencer à être repérée ? Cela a-t-il modifié votre façon de travailler ?
Je ne suis pas encore repérée, enfin ça dépend. C’est vrai que cela commence. Des conseillers en communication m’ont repérée.

Coup de Com’ ressemble plus à un édito qu’à un sujet classique de journalisme. C’est d’ailleurs pour cela que j’incarne cette séquence.

Cela-t-il rendu votre travail plus difficile ?
Pas pour le moment. Et je n’ai pas non plus pour le moment l’impression que cela ait eu une influence sur le comportement des personnes que je veux aller interviewer. On m’a encore rarement mis de bâtons dans les roues.

Vous recevez des appels ou messages après la diffusion de vos sujets ?
Cela arrive, mais pas souvent.

De quelle nature ?
En politique, je n’ai jamais d’appel, ils connaissent les règles du jeu. Parfois les communicants viennent me voir mais avant même la fin du tournage en me demandant quelles questions j’ai posées, ce que je vais en faire, quel est mon sujet. Ils veulent toujours savoir où je vais car je suis souvent à contre-courant du questionnement commun à tous les journalistes ce jour là.

Dans quel secteur d’activité rencontrez-vous le plus de difficultés ?
Le plus compliqué reste les opérations de communication des entreprises, des marques.
Quelque soit le type d’enquête que l’on veut faire, que ce soient des reportages ou des documentaires, l’entreprise cela reste très compliqué. En comparaison, la politique c’est plutôt ouvert.

Vous a-t-on déjà refusé des accès ou des accréditations ?
Une seule fois, il s’agit d’un refus du Ministère de la Défense. Il s’agissait de faire partie de journalistes « embedded » pour faire la promotion d’exercices de l’armée de l’air. Lors de mon premier appel ils étaient très emballés puis deux ou trois heures plus tard, ils m’ont rappelée pour me dire que cela n’allait plus être possible. Je crois qu’entre temps ils sont allés voir la chronique !

Votre chronique hebdomadaire est-elle plus une critique du travail des communicants ou de celui des journalistes ?
Il ne s’agit pas d’une critique mais plutôt de mon point de vue sur ce qui se déroule. C’est d’ailleurs pour cela que j’incarne cette séquence. C’est un point de vue sur un fait de communication donné à un instant T dans un décor donné avec un certain public.

Coup de Com’ ressemble plus à un édito qu’à un sujet classique de journalisme.

Je pense que j’ai désormais assez de recul pour comprendre ce que veut le communicant. Je n’ai pas à le critiquer mais à montrer aux téléspectateurs pourquoi telle communication à été mise en place ce jour là.

Laetitia Krupa - Le Coup de Com - Médias le Magazine - France 5

Laetitia Krupa – Le Coup de Com – Médias le Magazine – France 5

Quelle appréciation ou conclusion tirez-vous à ce jour du travail des journalistes lors de ces opérations de communication ?
Je ne tire pas de conclusion pour le moment mais je pense qu’il y a pas mal de contraintes de temps et d’argent qui font que l’enquête est de moins en moins possible et qu’on est tous dans le même questionnement au même moment parce qu’il y a notamment la concurrence des chaînes d’info.

Est-ce que cela se traduit par un journalisme relais uniquement de la communication ?
Non, heureusement il y en a encore qui se posent des questions et qui doutent.

Je suis journaliste News depuis 15 ans et pour le Coup de Com’ je vais sur le terrain avec une question qui est légitime qui fait partie du dossier du jour et qui pour x ou y raisons ne sera pas posée. On ne m’a jamais reproché de poser une question gratuite.
Quand je vais voir Cahuzac et que je lui demande s’il n’est pas sur un siège éjectable, c’est une question qui se pose et que personne ce jour là n’a posée, ce que je ne comprends pas.

Il y a des questions qui devraient être posées ce jour là mais qui ne le sont pas. Il y a de nombreuses raisons à cela. Si certains journalistes posent certaines questions, ils risquent d’être mis à part, de ne plus être accrédités aussi souvent, de ne plus avoir autant d’informations. Leur travail est très compliqué.

Mon travail est différent. Je ne suis pas spécialisée, j’ai donc une certaine liberté que d’autres journalistes n’ont pas.

Je me souviens d’un Coup de Com où vous racontiez la communication de la SNCF sur OuiGo avant de montrer le résultat dans un JT de France 2. On y voyait un journaliste faire l’argu dans un wagon de la SNCF…
J’ai découvert cette séquence dans un JT devant ma télé après avoir assisté comme les autres journalistes ce jour là à la communication de la SNCF. Et quand je vois le journaliste qui se met en scène et qui vante les mérites du wagon, du siège etc, oui, ça m’interpelle.

Il me semble que ce que l’on appelle les « Affaires » sortent désormais rarement des JT des grandes chaînes ou sur les chaînes d’info mais plutôt dans des magazines ou documentaires. En tant que journaliste, qu’en pensez-vous ?
Je pense que c’est avant tout une question de moyens. Les journalistes que je rencontre depuis plus de 10 ans ont vraiment une éthique professionnelle mais pas toujours les moyens. Ils ne peuvent pas rester deux mois sur le même sujet et ne sont pas assez nombreux.

Avec Le Coup de Com’ comment ont évolué vos relations avec les journalistes ?
En général, nos relations sont très bonnes. Il y a cependant toujours un même problème avec les journalistes et je le comprends pour faire le même métier. Certains, beaucoup dans la presse écrire, font leur métier dans l’ombre et ne souhaitent pas apparaître à l’image. Quand on vient me le dire, je le respecte et ne les passe pas à l’image.

Sur le résultat final de mon travail, je n’ai jamais eu de retours négatifs.

Et des encouragements ?
Oui, plutôt ! Le but n’est pas de trahir, de piéger.

Pensez-vous que les journalistes sont de plus en plus sollicités pour faire parler des marques dans les JT ! ?
Si c’est le cas, les rédacteurs en chef ont alors aussi un rôle à jouer. C’est vrai qu’un JT ce sont plusieurs millions de téléspectateurs. Cela reste la vitrine idéale et cela peut apporter une caution de sérieux, mais je crois vraiment encore en mon travail, au journalisme. Je ne pense pas que les journalistes se font acheter.

Vous parliez des journalistes qui ne veulent pas être filmés. Il vous arrive assez souvent de tourner en caméra cachée.
Ce n’est pas si régulier que cela.

Pourquoi et quand utilisez-vous cette technique de tournage ?
Parce que l’on sait que quand on montre la caméra les gens sont totalement différents. Quand on veut vraiment montrer la coulisse, il n’y a parfois pas d’autres moyens.

J’ai cependant affaire à des communicants, ils connaissent leur métier et remarquent assez rapidement la caméra. Parfois ils viennent me voir. Toujours la même règle, s’ils ne veulent pas être à l’antenne, je les floute.

Par exemple à Canal + où nous sommes croisés, lors de la présentation de Popstar diffusé par D8, la responsable de la communication avait repéré la caméra et est venue me demander d’arrêter de filmer. (Nous nous sommes croisés devant Canal + avant la conférence de presse. J’en ai profité pour lui proposer l’idée de cette interview)

Que pensez-vous des journalistes comme Jean-Michel Apathie qui critiquent l’usage de la caméra cachée ?
Il est éditorialiste politique. Il y a des secteurs différents dans le journalisme et je pense qu’il n’a jamais fait d’enquête. Il ne connait ni les contraintes ni les exigences d’une enquête journalistique. Ce n’est pas le même métier.

Lors du Coup de Com concernant la conférence de presse de lancement de Popstar version D8 vous avez diffusé une séquence où la Responsable de communication disait « Je vous ai dit qu’il n’y avait pas de caméras. Je ne comprends pas ce que vous faites. Si c’est pour faire comme Le Petit Journal et le sujet décalé de la conférence de presse, non voilà, je suis désolée… » Vous avez alors enchaîné en voix off en disant « CQFD : Les méthodes du Petit Journal sont malhonnêtes quand c’est une autre chaîne qui les utilise » Qu’est ce que vous vouliez dire puisque vous avez gardé cette séquence et insisté avec ce commentaire en voix off ?
Le Petit Journal tourne souvent en caméra cachée. C’est donc étrange pour une Directrice de communication d’une chaîne du groupe Canal + de venir critiquer une méthode qui est utilisée par l’un de leurs programmes phares. Je n’ai donc pas compris la pertinence de sa remarque.

Quel regard portez-vous sur le travail du Petit Journal ?
Un regard bienveillant mais on ne fait pas du tout le même travail. Les gens qui connaissent bien Le Coup de Com me disent à chaque fois que c’est complètement différent.

Dans la rythmique, dans le type d’images on pourrait y trouver des points communs mais je dirais que le Petit Journal m’amuse beaucoup. Je ne suis pas sûr que ce soit le même mot qui soit associé à ma chronique.

Quel mot serait le plus adapté ?
Ce serait plutôt Informer.

Laetitia Krupa - Le Coup de Com - Medias le magazine - Jara Prod / France 5

Laetitia Krupa – Le Coup de Com – Medias le magazine – Jara Prod / France 5

Qu’est ce que vous voudriez que vos téléspectateurs retiennent de votre chronique hebdomadaire ?
J’aimerai qu’ils arrivent à appréhender un message de communication ou publicitaire, qu’ils prennent du recul mais je pense qu’ils le font déjà. Si la chronique marche c’est que les gens y sont déjà sensibles. Ils ont déjà un libre arbitre, ils ne sont plus dupes.

Vous avez décrypté une opération de communication chez D8 mais vous travaillez pour un producteur TV. Y a –t-il des chaines taboues ou interdites ?
Aucune. En toute honnêteté, le producteur me laisse faire ce que je veux. Il ne m’a jamais rien interdit. Il est plutôt spectateur. Cette chronique me ressemble à 100%.

J’ai travaillé en reporter à I>TELE mais aussi à Canal + (pendant les deux dernières années de + Clair). Dans mes sujets, il y a toujours eu un moment où je me rapprochais du personnage principal et je lui posais une question avec un ton assez franc, direct qui pouvait le déstabiliser.

Coup de Com’me ressemble vraiment. Vous m’envoyez sur n’importe quel sujet, les questions que je vais mettre en avant sont celles que je me pose moi, pas celles que l’on m’a dit de poser.
On en discute cependant bien sûr en amont lors de la réunion du lundi et après pendant la semaine. Tous les jours le sujet se murit. Je creuse.

Par contre, je me suis mis une obligation, c’est de connaitre le dossier par cœur, de A à Z.
Si j’y vais avec un question qui peut déstabiliser, je parle surtout en politique, je dois connaitre le dossier à fond, pour pouvoir répondre et relancer, pour pouvoir comprendre si on est en train de me mener en bateau ou de m’envoyer sur une autre piste.
Je travaille comme si j’allais avoir devant moi un homme politique très important et une demi-heure en tête à tête avec lui.

Y-a-t-il parfois une grande différence l’opération de communication telle que vous l’imaginiez avant et sa réalité ?
Oui, complètement. Par exemple dernièrement lors du défilé de Jean-Luc Mélenchon, je n’imaginais absolument pas ça que cela allait se passer ainsi. J’ai été surprise par le service d’ordre. Cela fait 15 ans que je couvre des manifs. Des services d’ordre j’en connais mais là c’était inacceptable et incompréhensible. On était tous outrés.

Et à l’inverse, vous arrive-t-il de vous rendre à une opération de communication en craignant de ne pas avoir de matière?
A chaque fois, je me dis tout d’abord : Y a rien et en fait parfois l’histoire se fait devant mes yeux.
Je me dis aussi cela car parfois cela va très vite. Parfois au lieu d’une heure cela dure 5 minutes. Il n’y a pas de question et la personne s’en va. Il faut alors réagir vite et très vite trouver une histoire.
Comme je potasse à fond le dossier, quand je suis sur place je suis prête à accueillir l’histoire. J’improvise sur le moment.

Quels sont les retours des téléspectateurs ?
Les dimanches j’ai énormément de retours sur Twitter. Je suis très étonné.

Et que vous écrit-on ?
Honnêtement, souvent ce sont des compliments. Ils attendent la chronique.

A deux reprises aussi j’ai eu un message de confrères inquiets que j’en « prenne une » ! Je leur ai répondu que mes prises de risques sont mesurées. Mes questions ne sont pas agressives mais fondées et légitimes. A partir de là, je suis en droit de les poser et donc d’attendre une réponse.

J’avais proposé aux abonnés Twitter de Media(s) un autre regard de vous poser une question. En voici une  : « En quoi sa liberté d’informer étant journaliste, oblique ceux qu’elle voudrait interviewer à lui répondre sur commande? » :
Ah, non bien sûr que non. Jean-Luc Mélenchon ne m’a pas répondu ! Je suis collé à lui, je lui ai posé dix questions d’affilée et il ne m’a jamais répondu. Je n’ai aucun pouvoir à obliger quelqu’un à me répondre.

Serez-vous toujours à la rentrée dans Medias le magazine ?
Oui

Avec Coup de Com’ ? :
Oui

Interview réalisée le vendredi 17 mai 2013.

Son parcours en quelques lignes :
Laetitia Krupa a fait Sciences Po à Bordeaux puis l’IFP. Passionnée de radio elle a travaillé à Radio France pendant un an comme reporter. Après un projet personnel humanitaire d’un an au Cambodge qui l’ « a beaucoup nourrie », elle a rejoint la rédaction de I>TELE comme reporter jusqu’en 2007. Elle a ensuite été reporter pendant les deux dernières années de + Clair sur Canal + avant de rejoindre Medias le magazine. Pour + Clair elle réalisait des sujets proches de la séquence Contrechamp diffusée actuellement dans Media(s) le magazine sur France 5 :  l’actualité (Visite d’Obama en France, visite du Pape en Israël…) par le prisme des médias

A lire aussi :
Les coulisses de Medias le magazine (Les coulisses du tournage font référence à l’ancien décor)
Pour voir ou revoir les Coup de Com’


Media(s) un autre regard est désormais en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






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