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25 juin 2013

Yves Mourousi, ombre et lumière, la biographie. Interview de Christophe Carrière

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Ecrit par : Emmanuel Matt
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Yves mourousi 13h TF1 Ombre et Lumiere

Mourousi dans le Concorde, Mourousi sur la Place Rouge, Mourousi à Pékin, Mourousi et l’arrivée du Tour de France sur les Champs-Elysées, Mourousi l’ambitieux, Mourousi passionné, Mourousi échappant à l’explosion de son appartement, Mourousi la nuit, Mourousi assis sur ta table, interviewant Mitterrand… Bonjour!

Et non, le « demi-cul posé sur la table » à la Laurent « de la Mèche » Delahousse pour reprendre la parodie de Nicolas Canteloup sur Europe 1 existait déjà en 1985, le 28 avril sur TF1 dans « Ça nous intéresse, Monsieur le Président ». C’est dans cette position choquante pour certains qu’Yves Mourousi débuta l’interview de François Mitterrand, Président de la république.

Une interview rendue célèbre par la réplique de Mitterrand : « Chébran, c’est dépassé vous auriez du dire câblé… » Mais dont on apprend avec déception dans Yves Mourousi, Ombre et lumière, le livre biographique (Balland) de Christophe Carrière qu’elle n’était pas du tout spontanée mais préparée à l’avance. « Cela fait partie du tiers qu’on avait lâché à Pilhan (Conseiller de F. Mitterrand) et Colé. Ce qui explique pourquoi Mitterrand n’est pas très bon à ce moment là dans ses réponses. Il n’est pas naturel ». explique Pierre Géraud, rédacteur en chef et proche d’Yves Mourousi. Il est vrai que ce jour là, le journaliste avait rendu service! Un autre temps?!

Voilà comment Noël Mamère (Antenne 2) raconte cette émission :

Yves Mourousi, homme de Radio (France Inter) reste bien sûr célèbre pour les 13h de TF1, qu’il présenta, anima devrait-on plutôt dire avant d’être viré et de céder la place à Jean-Pierre Pernaut à sa tête depuis… février 1988. Celui-ci comme Michel Denisot avait déjà partagé auparavant l’antenne avec Yves Mourousi pour la partie actu du 13h, un journal dont on savait à quelle heure il commençait, plus rarement à quelle l’heure Yves Mourousi rendrait l’antenne en compagnie de Marie-Laure Augry.

Un journal où la part de l’international était bien plus importante qu’aujourd’hui, un journal dont le générique était interrompu en médaillon par le traditionnel « Bonjour »!

La biographie « subjective » de Christophe Carrière, journaliste à L’Express mais aussi régulièrement présent dans Touche pas à mon poste sur D8, nous raconte l’évolution de l’information, un changement d’époque mais aussi l’histoire des prouesses techniques des équipes de TF1.

Un direct depuis la place Tian An Men à Pékin,

Un direct depuis un sous-marin en mer au large de Toulon :

Des prouesses techniques au service de grands shows : « Une parade navale avec une trentaine de bâtiments et dix mille hommes suivie d’un concert de Johnny Hallyday sur la plate-forme du Clémenceau, accompagné de ses vingt-cinq musiciens et, pour l’occasion, des cent vingt premiers prix de conservatoire qui composent la musique de la flotte »

Christophe Carrière, Touche Pas à Mon Poste - D8

Christophe Carrière, Touche Pas à Mon Poste – D8

Dans Yves Mourousi, Ombre et lumière de Christophe Carrière, il y a le journaliste dans la lumière mais aussi l’homme d’influence et le personnage ambigu de la nuit, consommateur de drogues et d’hommes, le «bâtard» né en 1942. Un Yves Mourousi « bling bling » de tous les excès dont la vie est un roman, un roman qu’il n’hésitait pas réécrire. Un homme avec ses failles mais aussi ses intuitions.

Comment Christophe Carrière a écrit cette biographie?

Il a répondu aux questions de Media(s) un autre regard, c’était vendredi dernier. Il venait de terminer l’enregistrement de l’une des émissions d’été de TPMP animée celle-là par Philippe Vandel. Interview sur une télévision qui se tournait encore en 4/3…

Pourquoi avoir choisi Yves Mourousi ?
Christophe Carrière : De la même manière que pour Dewaere, il faut vraiment que j’ai de l’affect pour la personne. Mais je n’avais pas idée de tout ce que j’allais trouver. Cela a été une belle surprise.

Il existe beaucoup d’archives et de livres écrits par Yves Mourousi. Il n’y a pas de scoop dans ce livre mais j’ai rencontré de nombreuses personnes et ce qu’elles m’ont raconté était vraiment intéressant. Ils confirmaient et surtout corrigeaient ce qui avait pu être écrit ça ou là.

A la fin de votre introduction vous écrivez : « C’est simple, si Yves Mourousi n’avait pas existé, personne n’aurait osé l’inventer, et c’eut été dommage » ? Qu’est ce qui vous fascinait ou intriguait le plus ?
C. C. : Avant le journaliste et tout ce que peut représenter Mourousi, il y a l’être humain. Je suis fasciné par les gens qui ont un début chaotique, qui se sont construits sur des ruines. Je suis fasciné de voir comment ces gens avancent et comment ils se reconstruisent.

C’est comme un mec qui monte sur un ring pour un combat et qui décide d’aller jusqu’au bout pour gagner. Et Mourousi, il gagne même s’il fini KO.

Vous ne l’aviez jamais rencontré?
C. C. : Non, mais il a bercé mon adolescence. Tous les 13h, après Danièle Gilbert et Midi Première, il y avait Yves Mourousi. Je vous parle de cela à une époque où il n’y avait encore que 3 chaînes.

Il reste aussi dans la mémoire des plus jeunes car il est encore régulièrement présent dans les émissions d’archives de la TV, les bêtisiers etc.
C. C. : Il était tellement imprévisible et audacieux. Il était « Tellement », tout court !

Il avait une empathie avec l’invité, une insolence ainsi que, et c’est formidable, une volonté de transmettre des informations aux téléspectateurs. Il fallait qu’elle passe. Il ne suffisait pas seulement de la débiter, il la mettait en scène.

J’avais 10 ans, il pouvait parler d’économie, de problèmes internationaux, j’écoutais ce qu’il disait.

Mais est-ce qu’on écoutait vraiment l’info ou le show prenait le pas ?
C. C. : Mais bien sûr c’était le show avant tout et ce qui était génial c’était la façon qu’il avait de nous dire l’information. Tout est dans la façon de le dire.

Quand il présente une soirée au Bolchoï avec Boris Godounov cela n’intéresse qu’une niche de téléspectateurs. Mais quand il annonce Soirée au Bolchoï avec Mireille Matthieu, tout de suite, à l’époque, les gens sont intéressés. Ils regarderont pour elle et découvriront Godounov. Si seulement 5% des gens que j’arrive à accrocher avec cette affiche découvrent Godounov c’est formidable, disait-il.

C’était un bon principe et qu’il n’utilisait pas pour vendre de la « merde » ! Cela pouvait être de la culture, de l’information sociale, politique, médicale etc.

Comment écrit-on une telle bio ? Comment cela commence ?
C.C. : La première chose c’est de penser aux personnes qui vont intervenir. C’est comme une pelote de laine, il faut tirer le premier fil. Par où vais-je commencer ?

Très classiquement, vous commencez par regarder sur le net. Et oui, c’est aussi bête que cela, vous regardez sur Wikipédia. C’est basique mais riche grâce à toutes les références indiquées sur l’article.

Et vous voyez que sa mère était une demi-mondaine qui se prostituait sous l’occupation. Les bras vous en tombent. C’est au vue et au su de tout le monde. Et là vous regardez la référence : Les Comtesses de la Gestapo, un livre de Cyril Eder
Magie d’internet, vous commandez le bouquin que vous recevez cinq jours après. Vous lisez le chapitre sur sa mère et vous dites, c’est hallucinant.

Quand avez-vous commencé à préparer ce livre ?
C. C. : J’ai commencé l’été dernier.
J’ai tout de suite pensé à Pierre Géraud, qui a été rédacteur en chef de Mourousi et un très proche, je le connais très bien. Je l’ai appelé pour lui dire que j’avais la ferme intention d’écrire cette bio et qu’il était le mieux placé avec Marie-Laure Augry bien évidemment pour y participer. J’ai aussi appelé la journaliste pour lui parler de mon idée.

Les deux étaient d’accords pour témoigner mais je ne les ai pas vus tout de suite. On a pris rendez-vous pour la rentrée. Cela m’a laissé tout l’été pour compiler toute la doc et tout regarder.

Vous avez travaillé seul ? Avec une documentaliste ?
C. C. : Je travaille aussi à l’Express où il y a une bonne base. L’une des documentalistes de l’Express m’a beaucoup aidé et aiguillé, je la remercie dans le livre.

J’ai alors tout lu. Et là, il faut faire attention et tout recouper. Il y a parfois une version ici, une autre version là et c’est là que les intervenants comptent. Il faut les rencontrer.

Il y a des gens qui sont cités à la fin du livre, d’autres qui ne l’ont pas souhaité et d’autres qui ont refusé de me rencontrer. Mais ce qui est génial avec Mourousi c’est qu’au fur et à mesure que j’accumulais la documentation, que je regroupais les témoignages, que j’en parlais à gauche et à droite, je me suis rendu compte que quasiment tout le monde a rencontré Yves Mourousi. J’écris sa bio et je suis le seul à ne pas l’avoir rencontré !

Tout le monde a une version, même les anonymes. Vous pouvez rencontrer une esthéticienne ou un boucher qui va vous dire : J’ai rencontré Yves Mourousi. Ils ne lui ont peut-être parlé que pendant deux ou trois minutes, mais le mec était vraiment open, incroyablement facile d’accès apparemment.

Yves mourousi ombre et lumiere Christophe CarriereTout au long de mes lectures, de mes rencontres, j’écris tout cela sur mon ordinateur. Je remets tout dans l’ordre tout de suite. Ça dans telle partie, ça dans telle autre…

Vous avez d’ailleurs choisi de ne pas donner de titre aux parties mais de les introduire par une citation d’Yves Mourousi.
C. C. : Ah ça, Mourousi n’était pas avare d’interviews ! Je n’avais que l’embarras du choix.

Et une fois que j’estime avoir la masse, que j’ai fait le tour de la chose, je me mets à écrire et là je ne fais plus que cela.

Yves Mourousi est un personnage de roman, je veux que cela en reste un. Quand on voyait ce qu’Yves Mourousi disait à gauche et à droite, il n’y avait jamais la même version. Le type était plus intéressé par la légende que par la réalité.
Cela aurait donc été lui faire injure que de ne pas écrire un livre subjectif sur lui.

Par ailleurs, il détestait ceux qui ne se mouillaient pas.

Je n’ai pas encore de retour mais je suis certain qu’il y aura toujours des gens pour dire : C’est pas ça Yves Mourousi, cette version n’est pas la bonne. Mais à un moment vous dites stop. C’est ma version et de toute façon vous ne pouvez faire le tour complet d’une personne.

Vous expliquez qu’il aimait bien se réinventer sa vie qu’il y a souvent plusieurs versions d’un même événement, vous avez du revoir certaines personnes pour trouver la « bonne » version ?
C. C. : Ceux que j’ai vus plusieurs fois me racontaient la même chose.
Parfois il y a plusieurs versions de plusieurs témoins et encore d’autres versions dans la presse. Là cela devient difficile.

Vous parlez même d’un livre qui n’existe peut-être pas !
C. C. : Mais oui, c’est un grand mystère. J’espère qu’après la publication de ce livre, des personnes que j’ai rencontrées ou qui ne l’ont pas souhaité vont peut-être se manifester mais c’est incroyable. Yves Mourousi a annoncé un livre dans deux interviews dans dex journaux différents. Je l’ai cherché partout et je n’ai jamais trouvé de trace. C’est un livre mystère !

Il a écrit de nombreux livres mais il a réussi à trouver le moyen de ne jamais parler de lui-même, même dans son livre le plus « personnel » : Il est temps de parler.

Marie-Laure Augry vous dit, vous ne pourrez pas tout écrire…
C. C. : Evidemment que si! Pas de tabous! Marie-Laure était gênée que j’aborde le coté sombre, «dépravé» de Mourousi (drogue et bisexualité). Certains n’ont d’ailleurs pas voulu apparaître dans le livre.

Il y en a même certains qui m’avaient répondu « on record » et qui ne voulaient finalement plus apparaître. Certains m’ont envoyé des mails parfois très menaçants et m’ont appelé en panique à deux jours du BAT. (Bon à tirer, dernière validation avant impression)

Comment avez-vous alors réagi ?
C. C. : Dès que cela les mettait nommément en cause, j’ai enlevé les passages.
A leur décharge, ils veulent surtout protéger Sophie, la fille d’Yves Mourousi qui a perdu sa mère à 6 ans et son père à 12.

On est les gardiens du temple, m’a dit un témoin. Mais sans profaner le temple, faut rentrer dedans, on a le droit de le regarder surtout quand c’est un beau temple comme Mourousi. Je voulais vraiment faire visiter ce temple à tout le monde, sans fausse pudeur.

Yves Mourousi, Ombre et lumière est le titre de votre livre. Reste-t-il des zones d’ombre ?
C. C. : Plein ! Je n’ai pas la prétention de faire la bio définitive. Mais elle n’existera jamais. Cela ne peut pas exister. C’est un regard sur une personne.

C’est un grand professionnel. Tout le monde sait qu’il a révolutionné la présentation des journaux mais il y avait cependant deux choses que je voulais que les gens comprennent :
Premièrement que Yves Mourousi était incroyablement amoureux de sa femme. Il y a eu tellement de saloperies qui ont été écrites à ce sujet.

Son mariage avec elle arrive après une longue période où Yves Mourousi passait ses nuits dans le milieu homosexuel.
C.C. :Yves Mourousi était bisexuel. Véronique avait d’ailleurs un physique très androgyne.

Je ne sais pas s’il était aussi amoureux au début qu’à la fin car certains disent que c’était un jeu. Mais je pars du principe qu’il était très amoureux. A la mort de Véronique, il n’avait plus la télé, le téléphone ne sonnait plus. Comme il n’a jamais su gérer l’argent, il ne roulait pas sur l’or. La mort de Véronique l’a détruit, mais il y avait Sophie.

Deuxième chose très essentielle, c’était un très bon père. Sa fille était son trésor. Il a alors eu des petits amis, mais que sa fille n’a jamais croisés.

Revenons au journaliste. A prendre quelques libertés, aurait-il résisté à la mode du factchecking?
C.C. : S’il était là aujourd’hui, il ne serait pas à la TV mais sur le net. Il aurait un site d’enfer sur l’info. Il serait comme un dingue. J’en suis intimement persuadé.

Il voulait toujours être en pointe sur la technologie.

La télévision a changé. Aujourd’hui il serait malheureux à la TV, on ne le laisserait pas faire.

Dans le livre, vous racontez qu’il envisageait une grande édition d’info à partir de 18h. De l’actu et des parties magazine… La rentrée de Canal + pourrait y ressembler ?
C. C. : La tranche 18h – 20h30 lui aurait beaucoup plu. Ce serait bien de faire exploser ce sacro-saint 20h. De la culture, de la déconne, de l’info, de l’interview politique… J’adorerai.

Si vous deviez donner le nom d’un héritier aujourd’hui ?
C. C. : Il n’y en a pas. Mais ce n’est pas de leur faute. Il y a de très bons journalistes mais la TV ne permet plus à un mec de faire ce que faisait Mourousi. C’est fini depuis 20 ans.

La structure du journal reste la même un peu partout.

Dans la bibliographie en fin de livre vous citez Un jour un destin de Laurent Delahousse…
C. C. : Un jour un destin est une bonne base comme me l’ont dit certains intervenants du doc et de mon livre, une bonne colonne vertébrale. Je travaillais déjà sur le livre et en le regardant, je me suis dit c’est génial, c’est comme voir un squelette. On va y mettre la chair !

A la fin du livre vous écrivez : « A la télé, seuls réussissent ceux qui imposent leur personnalité, et non pas ceux laissent imposer la télé à leur personnalité » Vous pensez à quelqu’un ?
C. C. : Je pense à tous ceux qui ont réussi, en premier lieu à un mec comme Cyril Hanouna. Il a sa personnalité. Quand D8 l’a repris de France 4, ils l’ont repris avec sa personnalité.

On peut aussi citer Dechavanne, Arthur. On peut penser ce que l’on veut d’eux mais s’ils sont là, il y a une vraie raison. Drucker fait du Drucker, Foucault fait du Foucault et ils ont caractère assez fort car il faut tenir.

Ce que j’aimerai que les gens comprennent en lisant le livre c’est que vous avez beau être tout en haut de la pyramide ce qui était le cas de Mourousi, lui-même était intimement persuadé d’être intouchable, vous pouvez passer de la lumière à l’ombre d’un jour au lendemain. Il n’y a plus de poste intouchable. Regardez PPDA. On le croyait aussi intouchable.

Vous ne voudriez pas faire sa bio ?
C. C. : S’il acceptait de me parler à cœur ouvert et de balancer tout ce qu’il sait, ce serait génial…

Et vous, à la rentrée, vous serez toujours dans la lumière, présent dans TPMP?
C. C. : Au moment où je vous parle, je touche du bois, j’en suis. On y est tous. On sera là à la rentrée.

Yves Mourousi, Ombre et lumière, le livre biographique (Balland) de Christophe Carrière

Pour ceux qui auraient eu des difficultés de lecture des vidéos, voici les liens directs sur le site de l’INA :
Résumé par Noel Mamère de l’interview de François Mitterrand par Yves Mourousi
13h présenté par Yves Mourousi (Bonjour!) 
– 13h : Yves Mourousi sur la place Tien An Men à Pékin
13h : Yves Mourousi sur un sous-marin
Interview de Véronique, la femme d’Yves Mourousi


Media(s) un autre regard est désormais en sommeil. Les explications dans cet article Making of(f)!

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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)






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